EXTRAIT D'UNE LETTRE DE LA MALADE
« La maladie m'a prise comme une mélancolie. J'ai éprouvé un chagrin tellement grand que je voulais me jeter dans un puits. Je ne pouvais pas manger ; je buvais beaucoup. C’est au commencement que j'airessenti du bruit dans mon oreille. La moindre chose que j'entendais du bruit, ma tête s’éclatait comme si on me l’ouvrait, et depuis quinze mois ce mal d'oreille existe. Depuis que M. le directeur m'a fait donner des injections, je ne sens plus rien. Par moment, ma figure devenait toute en feu ; cela me causait toutes sortes de révolutions ; je n'avais aucune force, je n'étais bonne que couchée. Mon mari, qui est venu me voir, a été bien joyeux de me voir en si bon état. »
Remarques. — Chez M°° G..…., on peut dire que la faiblesse intellectuelle semblait la préparer à des troubles des facultés.
L'insomnie datant depuis près de quinze mois, l’affaiblissement dù à la puerpéralité n'ont pas été étrangers à la production du délire qui s’est manifesté chez elle d’une façon si énergique et qui la poussait fatalement au suicide. Mais les hallucinations de l’ouie nous semblent avoir joué un rôle primordial dans la genèse du délire. En effet, ces hallucinations existaient depuis le début de la maladie et ne laissaient à la malade ni trève ni merci, ni le jour, ni la nuit.
De plus, dès qu'elles ont disparu, l'état mental s’est amélioré avec la plus grande rapidité ; tous les troubles mentaux ont cessé d'exister.
Mais cette observation a une importance toute différente.
Elle montre, en effet, que les hallucinations peuvent avoir pour point de départ une excitation, dont le siège se trouve sur une partie quelconque du système nerveux.
Un corps étranger, un grain de blé durci a suffi à irriter la membrane du tympan de M°° G... et à engendrer des troubles hallucinatoires internes. Ces hallucinations ont dis-
paru comme par enchantement et tout est rentré dans l'ordre.
Ce fait vient donc à l’appui de la thèse soutenue par M. Foville père sur la pathogénie des halluemations et tend à démontrer la véracité du fait énoncé par Régis, à savoir que lorsqu'on rencontre une hallucimation unilatérale soit de l’ouïe, soit de la vue, on doit toujours rechercher si elle n’a pas pour poimt de départ une lésion curable siégeant sur le trajet deS nerfs périphériques à la masse encéphalique.