OBSERVATION XXI
SoMMaIR&e. — Otorrhée purulente, de l'oreille droite depuis l’âge de douze ans, déterminant un état habituel d'hypocondrie ; à 25 ans, accès d'aliénation mentale, caractérisé par des idées de persécutions et des hallucinations de l'ouïe, exclusivement localisées dans l'oreille droite (injures, pensées répétées, etc.) Traitement de l'affection auriculaire par les cautérisations ponctuées. Guérison. Disparition consécutive des hallucinations et du délire. Persistance de la guérison,
M... Charles, 27 ans, élève en pharmacie, entre à la clinique des maladies mentales le 22 janvier 1880. Sa mère, un peu nerveuse, est morte d’un cancer de l'estomac. Son père, âgé aujourd'hui de 72 ans, est un vieux militaire emporté, congestif, rhumatisant, et par-dessus tout alcoolique. Il a des idées de persécution et s’imagine, entre autres choses, que sa femme, qui a étouffé ses deux premiers enfants, a eu le troisième, le malade, d'un de ses cousins; ce qui explique la froideur qu'il manifeste à l'égard de son fils.
Celui-ci a eu une fluxion de poitrine vers l’âge de 3 ans. Il s’est toujours connu à peu près sourd de l'oreille droite, ce qui lui fait supposer qu'il est né ainsi.
À 12 ans, en jouant avec ses camarades, il reçut sur cette oreille un violent coup de pelote en cuir. Eprouvant de vives douleurs, et comme une sensation d’obstruction dans le con-
(1) Le malade est aujourd'hui complètement guéri de son otorrhée et de ses hallucinations.
(2) Des hallucinations unilalérales, par le docteur E. Régis, #» Encéphale, 1851.
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duit auditif, il essaya de le déboucher à l’aide d’épingles et d'autres instruments acérés. Un écoulement purulent survint, qui n’a jamais cessé depuis.
Cette otorrhée, par sa persistance et sa mauvaise odeur, ne tarda pas d’agir sur son esprit, en même temps qu'elle en fit un objet de répulsion pour ses camarades. Rebuté par eux, rudoyé par son père, déjà porteur peut-être d’une prédisposition névropathique mélancolique, M...…., vrai paria du collège, devint sombre, taciturne, mélancolique et à dater de ce jour, il n’eut plus qu’une préoccupation, son otite. On ne saurait croire combien cette affection toute locale a eu d'influence sur la vie du malade ; dès la jeunesse elle en fit un malheureux hypocondriaque, toujours concentré sur les progrès de son mal, s’analysant d'une façon intime, prêt à verser, en un mot, et au moindre choc, dans l’aliénation mentale.
Nous ne saurions mieux faire, au surplus, que de transcrire ici une partie de son histoire, écrite par lui-même. Ces quelques pages toutes personnelles, et qui montre le malade à nu, pour ainsi dire, sont plus frappantes et plus éloquemment vraies que la meilleure des observations.
« Je perdis ma mère vers l’âge de 12 ans, époque à laquelle je contractai ma maladie d'oreille. Je dois être né sourd ou en partie de l'oreille droite, et j'avais eu lieu de m'en apercevoir. Les essais que je fis pour retirer l’obstacle matériel auquel j'attribuais ma surdité enflammèrent la caisse du tympan et quelques contusions que je reçus dans mes jeux déterminérent enfin l'otite chronique. Dès ce moment, je fus condamné à vivre à l'écart, ce mal empirant sans cesse au point de rendre mon voisinage incommode, et m'attirant de la part de mes camarades des paroles désagréables et des taquineries qui m’aigrirent le caractère. Je dois ajouter que cette maladie, par la distraction qu'elle me causait, nuisait à mes études, obligé que j'étais plu-sieurs fois dans la journée, au fort d'occupations sérieuses, de donner à mon oreille les soins qu'exigait un écoulement devenu de plus en plus prononcé. J’insiste sur ce point, car
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tel est le motif de mon isolement, de mon séjour à Paris et enfin de ma situation actuelle. Le tempérament et les habitudes de soldat de mon père ne lui permettaient malheureusement pas d'apprécier le côté pernicieux d'un mal léger en apparence, surtout au début, mais qui a eu pour moi les conséquences les plus funestes.
« Reçu bachelier, je n'eus qu'une seule préoccupation, guérir de mon otite, ce qui m'empêcha malheureusement de porter choix sur une carrière spéciale, et j'abordai la maitrise d'étude en vue d'arriver à Paris pour guérir de mon infirmité, devenue de plus en plus intolérable.
Me voici seul à Paris, m'adressant à tous les bureaux de placement, en vue de trouver un emploi, qui ajouté à mes ressources personnelles me permette enfin de me traiter sérieusement. Après bien des pourparlers, mon père me donna 5,000 francs et le prix du loyer de sa maison en échange de la pension qu'il me faisait. J'en profitai pour consulter un médecin spécialiste, et je suivis son traitement qui amena une amélioration passagère de mon otite.
« ..... J'entrepris alors la pharmacie, mais infructueusement. Enfin, je me décidai à trouver un emploi de bureau; mais le temps se passait sans résultat. C'est à ce moment que j'eus quelques discussions avec mon père, qui, jointes à mes déboires personnels et aux tourments que me causait ma maladie, me mirent véritablement hors de moi. Il m'avait semblé entendre vaguement sur mon passage le mot « fou » à mon adresse. Frappé de cette idée, je fus consulter un médecin au sujet de l’altération probable de mon intelligence ; c'était un doute que je voulais éclaircir..................
« Je ne saurais préciser à partir de quel moment j'ai attiré sur moi la malveillance ; mais j'ai à cet égard une certitude indubitable. Je r'ai pas d'abord su pourquoi, lorsqu'au voyage que je fis chez mon père, cette malveillance se traduisit par des allusions tellement claires et des mots tellement blessants de la part des personnes que j'eus occasion de voir, que je n’eus plus aucun doute sur les motifs qui l'avaient fait naître...
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« J'étais donc absolument certain d’exciter de l’aversion, sans savoir par quels moyens elle se manifestait, partout où j'allais. (Toutefois, cet incident prêterait à quelques suppositions admissibles ; la police pouvait me suivre, on avait pu distribuer ma photographie, etc.) J’eus ainsi l'idée du phonographe. Dans mon hôtel, j'entendais quelquefois des insultes à mon adresse de la part des locataires qui le matin passaient devant ma chambre, et surtout de celui de la chambre contiguë à la mienne. Le concierge me faisait mauvais visage et, à l'étage supérieur, j’entendais régulièrement chaque matin des coups de talon tellement violents que j'en étais brutalement réveillé. Ils duraient jusqu'à ce que l'individu descendit pour vaquer à ses occupations. Enfin, plusieurs de ces insultes, je les entendis répéter à voix basse pendant toute une nuit d’abord, puis pendant plusieurs nuits consécutives. Ne pouvant admettre qu'on eût la méchanceté et la patience de m'invectiver durant des nuits entières, je pensai qu'un phonographe était installé à proximité.
« J'étais déjà fort inquiet, lorsqu'un soir ces voix s’accentuërent encore; puis je m'entendis adresser des reproches auxquels je répondais. Une conversation s’engageait telle que celle-ci : « Vous êtes un misérable ; vous avez fait... — Que dois-je devenir? — Vous ne pouvez plus rien faire que de vous engager comme simple soldat; vous n'êtes plus rien. Connu du monde entier maintenant, vous êtes marqué au phonographe ; c’est pis que de l'être au fer rouge. »
« Ce colloque dura la nuit et se prolongea dans la matinée. Le timbre des voix des personnes était parfaitement rendu. J'eus un instant de vraie folie. Je crus d’abord être soumis à un jugement par voie phonographique, tandis que, comme je l'explique ci-après, je n'entendais que toutes les invectives, accusations qui me venaient à l'imagination à prapos de tout ce que j'avais enduré jusqu'alors, et que l’espèce d’effroi où je me trouvais exagérait de. beaucoup. J'étais à la fois interrogateur et répondant.
« Ce ne fut que peu après, remarquant que ma pensée
était exprimée, que j'eus l'idée d’être revenu moi-même homme phonographe, en punition des méfaits à moi reprochés. Le phonographe n'est-il pas le seul instrument qui marque les voix et leur timbre? Je ne soupçonnais pas une maladie ; une maladie exprimant oralement la pensée n'est-elle pas plus merveilleuse que toute combinaison possible? L'incident me fût-il arrivé dans la situation d'esprit où je me trouve actuellement, je croirais encore au phonographe, quoique, par une indifférence coupable, je n’aie jamais étudié cet instrument. N'importe, même l'ayant fait, j'aurais soupçonné quelque procédé caché. Ce fut en me rappelant certaines questions d’un docteur de Paris, et celles qui me furent posées ici que je revins de mon erreur.
« Avant cela, j'imaginais qu'à chacune de. mes pensées correspondait par habitude acquise un imperceptible mouvement des muscles de la langue qui la parlait, parole que transmettait l’homme devenu phonographe. Appuyant sur ma langue en même temps que je formulais intérieurement quelque pensée, j'avais cru sentir ce mouvement ; je me trompais, je n'étais pas phonographié, mais on m'avertissait de ce que j'avais. En tous cas, il restait acquis pour moi que ma pensée était exprimée oralement et entendue par les autres. Dans quantité de restaurants, les individus s’entretenant avec moi, répondaient à ce langage intime, faisaient le nombre de signes de tête que je leur demandais, répondaient aux questions que je leur posais ainsi, prononçaient exatement les paroles que je les priais de prononcer. Enfin, tant de preuves apparentes se réunissent à l’appui de cette idée que ma pensée est entendue, que je serais plutôt taxé de folie pour ne pas l’admettre que pour le cas contraire. Néanmoins. le fait parait tellement inouï que je n'ose jamais me prononcer d’une façon certaine. Eh bien! cela revient presque à douter de mon toucher ou de ma vue, à douter que mon encrier que je vois HN ONMACE le NO PE PRR AU PET CN AU
« Ma situation est réellement bien malheureuse, puisque j'ai à tout instant à craindre que l’on ne surprenne ma pensée,
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ce qui constitue pour moi un vrai supplice moral, dont je prie instamment qu'on me délivre, n'importe à quel prix. En tous cas, il est incontestable que j'entends ma pensée foraulée à intelligible voix ; on ne saurait me démentir à ce sujet. Qu'il soit contestable qu’elle soit perçue par les autres, il ne l'est pas qu’elle le soit par moi; je suis seul juge de mes sensations. À chaque pensée qui me surgit à l'esprit, la phrase qui l'eprime est rendue presque avec bruit. Il en est ainsi lorsque je me trouve en un endroit silencieux et que j'approche l'oreille de quelque encoignure. Si alors je bouche l'oreille gauche pour fermer accès à tout bruit du dehors, j'entends par l'oreille droite ma pensée formulée. Une idée que je désire cacher est rendue avec plus de force, surtout quand j’éprouve un sentiment quelconque, la crainte ou la honte. La nuit, une fois réveillé, si je reviens insensiblement au sommeil, arrivé à une demi-somnolence, je suis réveillé par ma pensée exprimée trop bruyamment. J'ai remarqué également que ma pensée était parlée par une sorte de voix venant de l’intérieur, surtout après avoir mangé. C'est comme un glapissement plaintif. (Si l'expression est ridicule, elle est seule vraie).
« Je me suis aperçu de cet état à la nuit précitée. Depuis, il a augmenté jusqu'à mon arrivée à Saint-Anne. Pendant les quelques nuits consécutives à celle où j'eus connaissance de ce mal, j'ai éprouvé des tremblements nerveux qui m'occasionnaient des soubresauts assez violents. Je n'éprouve plus cela aujourd'hui. Je sens toujours la nuit cependant une sorte de frémissement dans tout le corps. Mon état est accompagné d'un sifflement très aigu que je ressens surtout la nuit si je repose sur l'oreille gauche (saine). En ce cas aussi, ma pensée est exprimée plus distinctement, avec un bruit presque gênant. (C'est une forte voix de basse.)
« Quant à la question de savoir pourquoi les sons dont j'ai parlé sont perçus par une oreille malade et sourde, non par celle qui est en bon état, il se peut que la longue maladie dont cet oreille a été le siège, ait influé sur le système nerveux directement par le cerveau. »
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Ce récit, très précis comme on le voit, et qui marque étape par étape, pour ainsi dire, l’évolution progressive de la maladie, nous dispense d'entrer dans de longs détails sur l'état mental de M... lors de son entrée dans le service.
Parmi les phénomènes intéressants qu'il présentait, un fait appela dès l'abord tout particulièrement notre attention. Ce fut la localisation des hallucinations dans une oreille sourde, et qui était depuis longtemps le siège d’une otorrhée purulente.
La relation intime qui semblait exister entre la lésion sensorielle et les phénomènes hallucinatoires, nous porta à examiner attentivement les organes de l'ouïe chez notre malade.
Sur la prière de M. le professeur Ball, un des auristes les plus distingués de Paris, M. le docteur Miot voulut bien pratiquer cet examen, qui donna les résultats suivants :
Oreille droite : on retire de l'oreille une certaine quantité de matière purulente. A l’otoscope, la muqueuse de la caisse paraît congestionnée. La membrane du tympan, un peu rouge, présente à sa partie supérieure une perforation de # millimètres environ. L’oreille interne parait saine. La perception cranienne des sons s'opère normalement. L'acuité auditive, qui varie selon l'accumulation des produits sécrétés, est en ce moment de # à 5 centimètres.
A cette distance, le malade entend lorsqu'on élève un peu la voix. Lorsque son oreille est bouchée par les produits de secrétion, il n'entend plus de l'oreille droite.
Oreille gauche normale : acuité auditive, 2 mètres environ. Le traitement institué consista en lavages astringents de l'oreille et en injections hypodermiques de chlorhydrate de pilocarpine. Aucune amélioration bien sérieuse ne s'étant produite, nous eùmes l'idée de recourir aux cautérisations ponctuées que nous pratiquèmes quotidiennement derrière l'oreille, au niveau de la région mastoïdienne, à l’aide du thermo-cautère Paquelin. Trois semaines plus tard, l’écoulement avait diminué et les hallucinations n'étaient déjà plus
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perçues pendant le jour, ainsi que le constate le passage d’une lettre écrite par le. malade à cette époque :
« L'écoulement à diminué avec l'hallucination. Maintenant l'hallucination n’est plus perçue pendant le jour, et la nuit l'oreille ne coule pas. L'intonation interne, qui accompagnait simultanément cette voix fictive, qui exprimait mes pensées, a disparu avec la. décroissance du mal. Lorsqu'l était dans toute sa force, la lecture m'était pénible, j'enteudais ce que je lisais, puis je l'ai entendu de moins en moins; à l'heure actuelle, je ne l’entends plus du tout. Le sifflement très incommode dont j'ai parlé a disparu le jour, persistant la nuit assez fort, ainsi que l’hallucination. Il a diminué peu à peu et a complètement cessé, excepté lorsque, la nuit, la tête porte sur l'oreille gauche (saine); dans cette situation, l'hallucination et le sifflement qui en était l'indice le plus tenace étaient vivement ressentis, puis l’ont été de moins en moins, pour constituer l’état actuel de ma maladie. En résumé, depuis deux semaines, plus d’hallucinations dans le jour et fort peu la nuit, sauf dans la position sus-indiquée, auquel cas, chuchotement et sifflement dans l'oreille droite. »
Au bout d'un mois et demi de ce traitement par les cautérisations, la guérison, tant de l’otorrhée que de l’hallucination était complète; si bien, qu'à dater de ce moment, nous ne renouvelàmes les cautérisations qu'à des intervalles de plus en plus éloignés, pour en arriver à les cesser complètement.
À ce moment, le malade nous écrivait :
« Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire, mon hallueination est guérie; rigoureusement, elle ne le serait que depuis un mois, mais on peut la considérer comme telle depuis environ quatre mois, tant elle a été faible depuis cette époque. Mon otite est aussi en très bonne voie, et tout me porte à croire, avec raison, à une guérison réelle; et comme celle-ci s'’accentue, surtout depuis que je suis traité à la pointe de feu, je suis fondé à croire à l'efficacité de ce remède, etc., etc
Aujourd'hui, nous avons cessé tout traitement depuis trois mois environ. Le malade est radicalement guéri de son otorrhée et de ses hallucinations. Il est sur le point de sortir de l'asile, qu'il aurait déjà quitté depuis longtemps, si son
père, toujours mal disposé à son égard, n'avait point-refusé jusqu'à ce jour de lui procurer quelque moyen d'existence. Cette difficulté est heureusement prête à être levée à l'heure
actuelle.
L’acuité auditive de l'oreille droite n'était que de # à 5 centimètres lors de l'entrée du malade dans le service, elle est aujourd'hui de plus d’un mètre. A cette distance, le malade entend très bien lorsqu'on lui parle. Cette amélioration doit surtout être attribuée à la disparition complète des produits
purulents de secrétions, qui autrefois obstruaient l'oreille et mettaient ainsi obstacle à l'audition.
Nous venons de passer en revue un certain nombre de faits dans lesquels les troubles psychiques étaient sensiblement modifiés par la prédominance d’un symptôme, l'hallucmation ; on pourrait même dire qu'ils lui étaient intimement liés, et que les phénomènes hallucimatoires ont joué dans la production de ces psychoses un rôle prépondérant.
Nous n'entreprendrons pas l'étude pathogénique des hallucmations, nous rappellerons simplement qu'à l'heure actuelle, les auteurs encore divisés se partagent en trois grands courants d'opinion.
Pour les uns, l’hallucination est un phénomène d'ordre psychique ; pour les autres, un phénomène d'ordre sensoriel; pour la plupart enfin, partisans de la théorie de Baillarger, un phénomène mixte, c’està-dire psycho-sensoriel.
Il a déterminé les trois conditions principales dont
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le concours est nécessaire pour qu’il se produise. Ce sont : 1° l'exercice involontaire de la mémoire et dé l'imagination ; 2° la suspension des impressions externes ; 3° l'excitation interne des appareils sen- SOTIAUX..
Cette théorie, formulée par lillustre aliéniste, avait été depuis longtemps entrevue par quelques auteurs qui avaient affirmé l'importance considérable des organes des sens dans la production du phénomène. Ainsi, Sauvage, dans sa nosologie, appelle hallucination le trouble des sensations produit par les organes des sens.
Se plaçant à un autre point de vue, Bottex, un ancien chirurgien-major de l'Antiquaille, avait dit : « I n’en reste pas moims démontré que le médecm doit examiner avec la plus scrupuleuse attention le rôle que joue chaque partie du système nerveux dans la production des diverses hallucimations. De quelle importance ne doit-il pas être, en effet, pour la guérison de certaines aliénations mentales, de faire disparaître d’abord l'affection locale qui les avait occasionnées ou entretenues » (1).
Sublata causa, tollitur effectus.
Avec la théorie psycho-sensorielle apparaissent de nombreuses observations d’aliénation mentale, sous toutes ses formes, coïncidant avec une lésion des appareils sensoriaux. L'éveil était donné , et les hallucmations unilatérales allaient apporter une nouvelle preuve en faveur de la théorie de Baillarger.
(1) Bottex, Essai sur les Hallucinations. Lyon, 1836.