‹ Essai sur les troubles psychiques consécutifs aux maladies de l'oreilleChapitre 27 sur 33 · AO Eee · texte numérisé non relu

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Elles étaient connues, du reste, depuis longtemps ; et Calmeil, dès 1836, observait ce fait, que l’hallucination de l’ouïe, pouvait ne se produire que d’un côté. Il a constaté, en outre, que chez les sourds, ces hallucinations ne sont ni moins nettes, ni moins actives, que chez les individus dont l’ouïe est parfaitement saine.

Mais à propos des hallucinations unilatérales, occasionnées, soit par la perte de l'ouie, soit par l’altération d’une des parties de l'appareil auditif, on s’est posé cette question : Le malade a-t-il des hallucimations ou des illusions ?

Ilimporte, croyons-nous, de rappeler l’opinion d’un certain nombre d'auteurs, afin de bien déterminer dans quel cas on devrait employer l’une ou l’autre de ces expressions.

Un halluciné, dit Scipion Pimel, « voit réellement « ce qu'il exprime ; mais 1l le voit dé dedans en « dehors, au lieu que les gens raisonnables voient « de dehors en dedans : aussi voit-il seul ce qu'il « voit. Dans les songes, nous voyons bien réelle- « ment ce qui est devant nos yeux, et en supposant « que le songe persistât après le reveil, nous serions « de vrais hallucimés. »

Les hallucinations (1), dit Bottex, diffèrent des illusions dessens, en ce qu'elles sont toujoursle résultat d’une affection du cerveau; cela est si vrai qu'elles portent quelquefois sur un sens qui n’existe pas chez l'halluciné. Ainsi, on rencontre dans tous les hospices

(4) Bottex. Essai sur les Hallucinations. Lyon, 1836.

d’aliénés des sourds qui entendent des voix et des aveugles qui ont des visions.

L'illusion, dit avec une élégante concision le professeur Lasèeue, est à l’hallucimation ce que la médisance est à la calomnie. Le premier de ces phénomènes s'appuie sur la réalité, mais la brode ; le second invente de toutes pièces, ilne dit pas un mot de vrai. En un mot, le moment où de l'illusion le malade passe à l’hallucination, est celui où 1l abandonne complètement le monde extérieur pour vivre dans celur des chimères (1).

Il est mutile d'augmenter le-nombre des citations pour se rendre compte que l'hallucination est la perception de sensations sans aucun objet extérieur qui les fasse naître ; que l'illusion est une erreur causée par quelque objet extérieur. En résumé, un homme qui a une hallucmation de l’ouïe entend des sons sans qu'aucun son soit produit ; un homme qui a une illusion de l’ouïe entend un son qui, en effet, est produit au dehors, mais son oreille le trompe sur la nature de ce son.

Evidemment, dans l'illusion 1l y a une fausse interprétation ; c’est bien le cas, croyons-nous, dans les affections de l'oreille, déterminant des troubles psychiques. Le professeur Ball l’a fort bien fait remarquer dans les réflexions qui suivent sa remarquable observation. « On me reprochera sans doute, € dit-il, d’avoir confondu les hallucinations propre- « ment dites aveclesillusions internes. A ce reproche

(4) Léon Martinenc. De l'Evolution de l'Hallucination de l'ouïe dans le délire des persécutions. Thèse de Paris, 1880, p. 15.

« Je répondrai qu'une analyse plus approfondie et « moims métaphysique des faits, nous apprendra « peut-être que la plus grande partie, sinon la tota- « lité des hallucinations, ne sont en effet que des illu- « SIOns internes. »

« Pour résumer en quelques mots ma pensée, je « dirai que je me suis efforcé de démontrer par des « preuves matérielles, l'intervention directe des « Impressions sensorielles dans le mécanisme des « hallucinations. À l’état normal, les organes des « sens sont des serviteurs dociles chargés d’appréter « le festin de l'intelligence; à l’état pathologique, ce « sont des convives importuns, qui viennent s’as- « seolr à ses côtés et réclament énergiquement leur « part. »

Les hallucmations par lésion auditive n’ont pas le caractère pour ainsi dire complet des vraies hallucinations ; lemalade entend un cri soudain, quelques mots incohérents, mais pas de ces phrases qui se rapportent toujours et avant tout à la forme de son délire. Elles ne ressemblent pas aux grandes hallucinations de l’ouïe qui offrent un rapport constant avec la forme du délire et qui ont lieu toujours dans le sens de celui-ci (1). Il n’en est pas toujours ainsi et comme on a pu le voir dans lobservation de M. Réaiïs, le malade a atteint le sammum de l’hallucination auditive, c’est-à-dire le phénomène de l’écho et le dédoublement de la personnalité.

Jusqu'ici, nous nous sommes occupés des hallucma-

(4) Albert Robin — Des Affections cérébrales, elc., p. 109.

--ROS EE tions chez les malades affectés d'une maladie de l’appareil auditif, mais avec conservation de l'audition, malgré l'absence ou la perte de l’ouïe, les hallucinations auditives sont très fréquentes chez les aliénés, voire même chez les personnes saines d'esprit.

Une vieille demoiselle de soixante et dix ans, ave':gle et sourde, entendait les conversations de ses amies et en était agréablement impressionnée (1). On assure que Beethoven, devenu complètement sourd dans les dernières années de sa vie, entendait ses sublimes compositions se répéter dans sa tête d'une façon distincte (2).

Un ecclésiastique, privé de l’ouïe, composait des poésies latines et françaises, des discours, des lettres, des sermons en plusieurs langues ; 1l se figurait écrire sous la dictée de l’archange Saint-Michel, affirmant qu'il était mcapable de produire lui-même tant et d'aussi belles choses (3).

On pourrait multiplier les exemples.

Enfin les hallucinations auditives peuvent se produire chez les gens sains d'esprit et n'ayant aucune altération de l'appareil auditif. Rappelons les entretiens de Socrate avec son démon familier ; Le Tasse était dans le même cas. Un des exemples les plus frappants, est, sans contredit, Tartini écrivant sa fameuse sonate du diable. Sous l'influence d'une hallucmation bizarre ; 1l s’imaginait que Satan lui

(1). Brierre de Boismont — Des Hallucinations. (2) Brierre de Boismont, (3) Calmeil, 1836.

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jouait sur le violon la composition à la recherche de laquelle il était depuis longtemps.

On ne peut guère accuser de folie ces génies immortels, et cependant ces faits sembleraient donner raison à ce vieux proverbe : Non est magnum ingenium sine mixtura dementice.

Le cas de Tartini nous amène à parler des hallucinations musicales.

Le docteur Moos de Heidelberg en rapporte deux exemples.

On sait combien est fréquente, soit dans Îles maladies de l'oreille, soit dans les troubles généraux du système nerveux, la perception des bruits anormaux de toute nature ; mais en revanche, l’hallucimation des sons réellement musicaux est rare.

Dansles deux cas cités, l'hallucinations’estproduite, après de longues séances de musique, chez des personnes souffrant d’ailleurs depuis des années de catarrhe du conduit auditif externe. La perception persista pendant 15 jours, après un concert, dans le premier cas ; dans le second, chez un professeur de musique, elle dura plusieurs jours après chaque leçon.

Moos attribue ce phénomène à une persistance de l'impression produite sur les nerfs acoustiques, et l'assimile à la persistance des images sur la rétine (1).

Nous venons de passer en revue un certain nombre de faits intéressants, les circonstances dans lesquelles se produisent les hallucmations auditives, mais nous n'avons pas encore touché à la question capitale,

(1) Annales médico-psychologiques, 1869, €. II.

c’est-à-dire au point de départ unique de l’hallucination. Là, comme toujours et partout, apparaissent les opinions les plus diverses émises par les autorités les plus compétentes. On dirait que l’aliénation mentale et tout ce qui y touche de près ou de loin, a le don de diviser nos célèbres spécialistes, et ce qu'il y a de remarquable, c'est que tous apportent en faveur üe leur théorie des arguments irrésistibles, des faits inattaquables. D'une part,lathéoriepsycho-sensorielle triomphe ; elle est défendue par Baillarger, Michéa, À, Voisin, Ball et bien d’autres. Ils ont trouvé dans les hallucmations, unilatérales une position imprenable, et le fait est que le symptôme n’a lieu que d’un côté et toujours du côté malade. De l’autre, Luys et Ritti placent le point de départ de l’hallucination dans la couche optique. M. Ritti, dans sa thèse, cite plus de trente observations suivies d’autopsie, et dans toutes on a constaté des altérations de la couche optique.

Devant de pareils résultats, et surtout devant de pareils maîtres, 1l est bien permis d'hésiter. Suivronsnous Ball ou Luys ? ou bien nous rejetterons-nous sur la théorie psychique qui fait miroiter ce point dans les régions qui sont le siège de l'imagination et de la mémoire ? ou bien encore avec Tamburini de Modëêne, chercherons-nous à démontrer que l’halluemation est le résultat d’un état irritatif des centres sensoriaux de l'écorce ?

Loim de nous la pensée de vouloir émettre une nouvelle théorie, elles sont déjà assez nombreuses ; mais 1] nous semble qu’en médecme comme en beau-

Ep 4) es

coup de choses, le moyen terme se rapproche le plus de la vérité. Un des défenseurs les plus autorisés de la théorie psycho-sevsorielle, le professeur Ball, l'a fait très bien ressortir.

« Pour qu'une hallucmation sé produise, dit}, 1l faut d'abord une prédisposition cérébrale (ou psychique) ; 1l faut ensuite une excitation, dont le point de départ se trouve sur une partie quelconque du territoire nerveux. Ainsi donc,au pot de vue de leur origine, toutes les hallucinations sont psycho-sensorielles. S'il en était autrement, toutes les maladies des organes des sens donneraient lieu à des hallucinations, et c’est là, bien au contraire, un fait assez exceptionnel.

« Mais l'excitation morbide, qui sert de pivot au trouble psychologique a-t-elle un point de départ fixe et nettement localisé? Sous ce rapport, je professe les idées les plus larges et les moins exclusives : j'admets que toutes les parties du système nerveux participent aux mêmes privilèges et peuvent donner leu aux mêmes manifestations morbides, et j'appuie cette doctrine sur la loi si justement célèbre de Müller : Il n'est aucun genre de percephon, déterminé par des causes extérieures, qui ne puisse résuller, sans cause extérieure, d'une modification dans l’état du système nerveux.

« Ainsi donc, lésions de l’écorce cérébrale, des couches optiques et des centres sensoriels ; lésions des fibres de transmission qui les relient aux parties voisines et à la surface extérieure du corps, lésions de la moëlle épinière des nerfs périphériques, mala-

= 108 — dies des organes des sens, ce sont là pour nous autant de causes, qui, réagissant sur un terrain déjà préparé, peuvent donner naissance à des hallueïrnations. »

Le cas si intéressant de M. Régis nous amène à parler de l’évolution de l'hallucination de l’ouïe dans le délire des persécutions. C'est peut-être le seul cas connu où ce symptôme atteigne le degré le plus élevé, malgré la présence d’une affection de l'oreille ; car, comme nous l'avons déjà fait remarquer, les hallucmations par lésion auditive n'ont pas le caractère des grandes hallucmations.

Nous empruntons à la thèse de M. Martinenq les considérations suivantes : (1)

« Le délirant persécuté commence par entendre des bruits confus, des bourdonnements, des sons de cloches, enfin, comme le dit le professeur Ball, des hallucinations élémentaires, qui, au début sont appréciées souvent à leur juste valeur, mais qui d'autrefois deviennent, elles aussi, tout comme les sensations réelles, causes d'mterprétations délirantes. Ces bruits sont alors des bruits de pas dont le malade a peur ; des bourdonnements, des sons de cloches, des chuchotements mjurieux et outrageants, ete... Puis à une période plus avancée,ces bruits confus, ces bourdonnements diffus et lointains deviennent tout à coup des voix nettement articulées. Ce sont d’abord des interjections, des monosyllabes, de simples mots,

(1) Martinenq. De l’Evolulion de l'ARallucination de l'ouie dans le délire des persécutiens. Thèse, Paris, 1880,

toujours les mêmes, brièvement exprimés et le plus souvent injurieux.

« L’hallucimation peut ne pas présenter d’autres caractères pendant un temps très long et 1l existe alors un état stationnaire de la maladie.

« Mais tôt ou tard l'hallucination arrive à un degré plus avancé, et on la voit devenir plus fréquente en même temps qu’elle revêt une forme particulière. Les paroles se groupent pour former des phrases, courtes d’abord, puis devenant plus longues et pourvues de plus de sens, ces phrases peu à peu se groupent elles aussi et constituent à la fin un véritable discours. Peu à peu le monologue s'établit et tourne bientôt au dialogue.

«Ge dernier caractère, jomt à la fréquence très grande des hallucmations, indique le passage de la maladie à la période chronique.

« C'est à ce moment que l’on observe le phénomène si étrange du dédoublement de la personnalité. Il existe une véritable conversation mentale. Il ya l'individu qui pense et d'autre part l'interlocuteur qui répond à la pensée. Enfin à un degré extrême se produit le phénomène de l’écho et alors on entend les malades dire: « Zl existe comme un écho de ma pensée; je n'ai plus ma personnalité ; mes pensées sont répétées partout ; on répercute mes idées, on me vole mes idées. »

« Deux causes concourent à expliquer le phénomène de l'écho et à faire parler ainsi le malade. D'abord, il pense malgré lui. Cela vient de ce que, grâce à un affaiblissement évident de l'intelligence, la

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volonté n'a pas la même puissance de direction qu'elle avait auparavant sur le travail cérébral. Il se fait une cérébration en quelque sorte divagante et imposée qui explique pourquoi le malade sent sa pensée ne plus lui appartenir, et exprime ce sentiment par ces paroles : « On me vole mes pensées ; on me fait penser malgré moi à des choses auxquelles je n'aurai Jamas songé volontairement. »

En second lieu, la pensée se transformant automatiquement en sensation auditive par une pure aberration de l'intelligence et sous l'influence probable des hallucimations élémentaires dont nous avons déjà parlé, 1l laisse échapper ces mots : « Onme parle par la pensée... ; j'entends ma pensée répétée en dehors de moi, etc... » |

Les observations que nous avons examinées jusqu'à présent, bien que très intéressantes au point de vue de la relation des phénomènes inflammatoires de l'oreille et des troubles psychiques, ne nous ont en réalité fait assister qu'à de simples complications mentales passagères, et dans la plupart des cas heureusement conjurées.

Nous allons aborder une autre catégorie de faits qui, tout en étant aussi concluants, différent complètement de ceux qui précèdent, et dans lesquels

les désordres ont été tels, que l’on s’est trouvé en face d’une maladie mentale complète, dont la symptomatologie bruyante a pu donner le change et mas quer pour ainsi dire la lésion primitive.

Mais là, nouslaissons la parole à M. Albert Robin, dans la thèse duquel nous avons puisé ces précieuses indications.

« Au-dessus de tous ces cas, il en est d’autres fort rares, où les troubles de l’état mental prennent une telle prédomimence que tout disparaît devant eux. La maladie prend alors l'aspect complet d'une maladie mentale, au pomt de dérouter parfois le diaenostic. Et pendant une ou plusieurs années, les signes de l'affection mentale se développent avec une apparente régularité, jusqu’au moment où surviennent, comme accidents terminaux des phénomenes d'ordre méningitique, au milieu desquels surnage toujours la dominante mentale, qui à fait le fond symptomatique de toute l’évolution morbide. J'ai dit que ces cas sont rares; en effet, je n’en ai réuni que trois observations, l’une m'a été comuniquée par M. le professeur Fournier et MM. les docteurs Meuriot et Blanche; la seconde, par M.Fournier ; la troisième, due à M. Decorse, a été publiée dans la thèse de M. Biauté. Ces trois observations sont capitales au point de vue de la thèse que je soutiens. Les deux premières sont un exemple de délire analogue à celui de la paralysie générale, causée par une carie syphilitique primitive du rocher et d'une partie de la base du crâne ; dans la derniére (observation de M. Decorse, que nous avons reproduite x

eætenso), il s'agissait d’une otite moyenne avec earie du rocher chez un tuberculeux, qui, pendant plus d’une année, fut en proie à des troubles intellectuels continus avec accès de délire et hallucinations de l’ouïe.

« Voici le résumé des deux premières observations :

«Le malade de MM. Fournier, Blanche et Meuriot était un homme du meilleur monde, âgé de 46 ans, très correct dans sa tenue et ses allures extérieures, mais ayant toujours été, dans l’imtimité, bizarre, original et parfois violent. En 1871, il avait eu la syphilis. En 1877, il fut pris d’un accès de manie avec prédominence d'idées orgueilleuses, il croit commander à des troupes, se connait en chevaux mieux que personne, veut se faire recevoir vétérinaire. Il court les magasins, achetant des choses inutiles et affirmant qu'il a une grande fortune, le tout avec excitation extrême et accès de violence qui prennent bientôt un caractère menaçant, au point que les gardiens de la paix sont obligés de le mener chez le commissaire de police. On le transfère dans une maison de santé spéciale.

« L'excitation continue pendant plusieurs mois. Puis vient une période de calme, avec le même délire orgueilleux, tendance à la violence, habitude d'onanisme et idées de persécution. Sa santé physique est d’ailleurs excellente. En octobre 1877, survint une éruption cutanée, d'aspect dartreux qui disparut sous l'influence de bains. En mars 1879, orchite droite. Le 15 juillet, attaque épileptiforme

pendant laquelle M. X. tombe et se blesse à la tête. La nuit suivante, deux nouvelles attaques. Elles se répêtent au nombre de 6 au moins dans la nuit du 1° au 2 octobre, puis le malade tombe dans le coma et meurt le 3 octobre au matin.

« À Pautopsie, on trouve à la surface des fosses temporales, surtout à gauche, les altérations osseuses décrites par Virchow sous le nom de carie sèche; le rocher et les fosses temporales semblent rongés par des vers; hyperhémie des méninges sur toute leur étendue. Adhérence de la dure-mèêre au niveau de la fossetemporale et de la convexité du lobe sphénoïdal gauche. Ailleurs, les membranes se détachent facilement. Pas d’adhérence du cerveau aux méninges. À la base du côté droit, zone de ramollissement à la partie antéro-interne du lobe sphénoïdal, correspondant au niveau même de la carie séche. Temte rosée de la circonvolution ainsi attemte, ne disparaissant pas sous un filet d’eau. Même lésion à gauche, à la région correspondante, mais à un degré moindre. Rien dans les autres parties de l’encéphale. A l'examen microscopique, encéphalite avec quelques points de dégénérescence atrophique et lésions de périartérite. Les lésions artérielles sont-elles primitives ou secondaires à l’altération osseuse, c’est ce qui est difficile de détermimer. M. Fournier croit qu'elles différent des artérites vulgaires par leur caractère éminemment protifératif et l’inégalité de leur distribution.

« La deuxième observation de M. le professeur Fournier a trait à un homme de 44 ans, fort distin-

gué sous le rapport de l'intelligence et de l'éducation et qui avait eu la syphilis vingt ans environ avant le début des accidents cérébraux singuliers par lesquels commença la maladie qui devait l'emporter.

« On s'aperçoit que cet homme présente peu à peu des signes d'abaissement intellectuel : ses allures, son caractère se modifient; sa mémoire s’altère ; 1l fait à l'hôtel des ventes, des achats qu'il oublie et refuse de payer, lui, homme serupuleux par excellence: il reste des heures sans dire un mot, semble «éteint » aux personnes qui l'environnent. Puis les troubles s'accentuent, il a des vertiges, se met à pleurer quand on lui dit que sa maison est la plus belle du pays, et parle sans raison au milieu d'un diner avec une étonnante volubilité. Plus tard, il fait un voyage pendant lequel il se perdait partout, ne trouvait pas la porte de sa chambre et s'égarait sur un bateau à vapeur au milleu de ses bagages. Douze à quinze mois se passent ; un jour, il est pris de vertige avec pâleur de la face et tombe dans la rue; cette attaque se reproduit à deux reprises. Un mois après, il est atteint d'un violent accès d’excitation maniaque avec délire enphatique et théâtral qui dure une quinzaine de jours. Cette exitation fait place à un délire mussitant ; le malade prononce des mots incohérents et vides de sens, où revient l'idée d'empoisonnement qui n a cessé de le poursuivre pendant l'accès d’excitation ; 1l succombe vingt jours environ après le début de celui-ci.

CA l'autopsie, on trouve, entre autres partieularités, une carie sèche « en dentelle » s'étendant de

l'ethmoïde au trou occipital; les fosses sphénoïdales sont tourmentées par des saillies linéaires ou tortueuses et par des éminences anormales disséminées çà et là: au niveau du rocher, vers la partie moyenne de son rebord supérieur, existait une éminence osseuse, blanche, très dure, du volume d’une petite noisette. Les méninges sont imjectées ; elles adhèrent fortement au niveau du lobe sphénoïdal, et en enlevant la ple-mère, on arrache une certaine portion de tissus cérébral; celui-ci était ramolli dans toute l'extrémité antérieure du lobe sphénoïdal, et au niveau de la deuxième circonvolution temporale. Une coupe passant par la partie médiane de l’insula mettait au jour un grand foyer d’encéphalite, localisé dans le noyau extra-ventriculaire du corps strié; il existait en outre quelques lésions méningo-corticales disséminées et paraissant indépendantes des lésions Osseuses.

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