CHAPITRE II
RÉSUMÉ DES DIVERSES THÉORIES ÉMISES SUR LE MÉCANISME DES TROUBLES INTELLECTUELS CONSÉCUTIFS AUX MALADIES DE L'OREILLE
Nous consacrons ce chapitre à l'exposé des théories émises sur la production des troubles intellectuels consécutifs aux maladies de l'oreille. Nous ne pourrons guère entrer dans de longs détails, car sur ce point très délicat de physiologie pathologique, la lumière est loin d’être faite (1).
Toute cause augmentant la pression labyrinthique serait capable de produire non seulement les attaques épileptiformes et le vertige, mais encore les troubles intellectuels. Une observation de M. Duret (2) vient à l'appui de cette vue théorique au moins pour ce qui concerne les perversions psychiques : un malade
(4) Nous trouvons la plupart de ces théories exposces dans la thèse de M. Alb. Robin.
(2) Duret. — Societé de biologie, 1879.
traité depuis quinze ans pour des troubles intellectuels et des vertiges avait une exostose de la paroi inférieure du conduit situé immédiatement en avant ; en pressant un peu sur cette saillie osseuse à l’aide d'un stylet, on provoquait mécaniquement tous les troubles spontanément éprouvés par le malade.
Jakson invoque un mécanisme plus nébuleux : une excitation de la périphérie du nerf acoustique produirait sur les centres cérébraux avec lesquels ce nerf est en connexion, des changements dynamiques occasionnant des décharges de force nerveuse rendues manifestes par l’explosion des phénomènes délirants.
On a dit aussi que les troubles intellectuels provenaient d’une irritation congestive propagée des méninges et du cerveau, congestion fondée sur les rapports circulatoires de l'oreille et de l’encéphale.
M. Bouchut, pour les cas qu'il a publiés, admet que ce sont des névroses réflexes dues à l’irritation des filets du nerf sensitif. Mais comment une irritation périphérique des nerfs agit-elle sur le cerveau ? Là, estla difficulté d'interprétation. Cette irritation entretient-elle un état d’hyperhémie ou d’ischémie capable de troubler les fonctions sensoriales, motrices et intellectuelles? Il est évident, dit M. Bouchut, que c’est l’un ou l’autre, et dans sa pensée il voit plutôt dans ces cas des exemples de névrose réflexe congestive que des cas de névrose ischémique. Ce qui le lui ferait croire, c'est l’état du fond de l'œil, constaté avec l’ophtalmoscope. En effet, on n'y trouve, jamais d’ischémie, et ce qu'on y rencontre, c'est l'état normal ou un état conjestif très prononcé de la papille et des veines de la rétine.
La théorie de M. Bouchut ne peut, croyons-nous, s'appliquer qu’à certains cas. Elle ne serait pas admissible, par exemple, dansles cas où la rétention du pus dans la cavité tympanique paraît être la cause des perversions psychiques: Il est bien plus simple d'admettre, dans ces cas particuliers, du côté des méninges, une poussée sub-inflammatoire par propagation Re cessant dès que le pus a trouvé une issue au dehors.
C'est assez l'avis de M. Cordier (1): « quelquefois, dit-1l, le catarrhe de l'oreille moyenne est très grave, il s'accompagne de céphalalgie, quelquefois même de délire, et les douleurs ne disparaissent que quand la membrane du tympan perforée peut donner issue aux produits de suppuration.
Moos (2) classe aussi cestroubles dans l’ordre des réflexes ; pour lui, tous ces accidents auraient pour origine une excitation du riche réseau nerveux qui tapisse la muqueuse de la caisse (3).
Mais tous les sujets ne deviennent pas aptes aux troubles psychiques, et les tares cérébrales jouent ici un rôle prédisposant de premier ordre.
Burnett, tout en donnant à l’irritation du plexus
(4) Cordier. — Etude sur le catarrhe de l'oreille moyenne dans le cours de la rougeole. Thèse, Paris, 1873.
(2) Moos. — The comection betwen epileptiform phenomen and disease ofthe ear. Arch. of ophth. and old., 1875, pp. 102-107.
(3) Nous trouvons dans la thèse de M. Alb. Robin l'indication suivante : d’après M. le professeur J, Renaut (communicat. écrite) la cavité tympanique renfermerait des plexus sensitifs avec cellules Pose res constituant des centres périphériques.
tympanique le rôle prépondérant, fait aussi une part à l'augmentation de pression de la caisse.
M. Alb. Robin cite en dernier lieu l’opmion de M. Brown-Séquard : « De même, dit le célèbre physiologiste, qu'un ver dans l'intestin peut, en agissant sur les centres nerveux, produire des inhibitions cardiaques, respiratoires et autres, des pertes de fonction, des mises en jeu d'activité diverses et des perturbations variées ; de même aussi, une irritation provenant du nerf auditif peut, en agissant sur le centre cerebro-rachidien, déterminer des inhibitions, des pertes de fonction, des mises en jeu d'activité diverses {et par là produire du délire, des convulsions, des mouvements rotatoires, etc.), et enfin donner lieu à des perturbations multiples des propriétés et des fonctions des centres nerveux. »
Si nous essayons de résumer ces diverses théories, nous trouvons qu'elles peuvent être rangées sous deux chefs principaux: ou bien, par des voies plus ou moins directes, une inflammation dans une des parties de l’oreille se propage aux méninges et à l’encéphale, entraînant ainsi l'apparition de phénomènes cérébraux variés et plus ou moins définitifs, suivant que l’inflammation primitive s’agorave, diminue ou disparaît ; ou bien une irritation des filets périphériques des nerfs sensitifs ou sensoriels, irritation par compression où inflammation agit à distance sur les centres cérébraux où elle produit des modifications dynamiques. Si l'excitation morbide est transmise tout d’abord à certains points des centres vaso-moteurs, elle peut par une action réflexe plus compli-
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quée produire des congestions ou des anémies dans certaines parties des centres cérébraux dévolus aux phénomènes de l’idéation. On peut ainsi s’expliquer l'apparition des phénomènes délirants les plus variés.