‹ Essai sur les troubles psychiques consécutifs aux maladies de l'oreilleChapitre 9 sur 33 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Délire et folie par otite moyenne et otorrhée

Il y a deux ans, je fus appelé auprès d'un enfant de six ans que les parents étaient fort alarmés d'avoir vu cinq ou six fois de suite pris d'accès subit de délire présentant des caractères de folie: perte complète de mémoire, délire aigu, frappant, battant ses parents qu'il ne reconnaissait plus, criant, battant les meubles de l'appartement, s’adressant aux murailles qu'il prenait pour des êtres vivants.

L'accès était sans fièvre appréciable, durait quelques heures et prenait dans la seconde partie de la nuit aussi bien que dans le jour.

L'accès fini, l'enfant récupérait toute sa connaissance ne se plaignant que d’un peu de mal de tête. En questionnant les parents, j'appris que l'enfant avait été exposé à l'un des premiers froids vifs de la saison et que depuis trois mois, à la suite d’une fraicheur prise dans les bois pendant une promenade, il avait eu un fort catarrhe de l'oreille droite, catarrhe, qui avait été supprimé par la dernière exposition au froid. Bien que le cas fut singulier et quelque peu complexe, une partie des symptômes pouvait s'expliquer par l'otite et la myringite consécutive. L'enfant présentait une acuité de l’audition fort remarquable, ce qui me conduisit à penser à la possibilité d'une exagération violente de l'impression transmise au nerf auditif; du reste, toute la région du cou était fort sensible, avec des points d’exacerbation (sous-maxillaire, temporal, sous-occipital).

Je crus me treuver en face d'unenévralgie intense portant l'enfant au délire avec l'appareil de la folie. Dés lors, je

(1) Bouchut, Gazselle des hôpitaux, 1877.

n'hésitais pas à faire au petit patient, soir et matin, uneinjection de morphine de deux milligrammes chaque fois ; un vésicatoire fut placé sur l'apophyse mastoïde et l’on fit des injJections émollientes dans le conduit auditif. Trois jours après le traitement, calme complet, rétablissement de l'écoulement que je fais cesser d'une facon méthodique. Guérison complète.

Page 1