‹ Essai sur les vaisseaux lymphatiquesChapitre 6 sur 7 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

Marche et terminaison des vaisseaux lymphatiques.

Dès leur origine, les vaisseaux lymphatiques forment entre eux des réseaux serrés , dont la distribution paroît être un peu différente dans chaque partie , comme cela s’observe aussi pour les vaisseaux sanguins. On a remarqué cette disposition toutes les fois qu’on a trouvé les radicules lymphatiques distendues par une matière absorbée, ou que dans les injections le mercure les avoit remplies en forçant les valvules.

Mascagni1 fait de ce réseau la trame du corps humain. Les parties qui ne possèdent pas de vaisseaux sanguins, ni de nerfs, en sont uniquement composées , par exemple, les cheveux, l’épiderme , l’émail des dents , les tissus cornés. — Les lymphatiques les plus ténus forment des réseaux qui composent la face externe des membranes simples; ils passent alors dans des réseaux plus serrés, dont sont formées les membranes qui ne contiennent non plus que des lymphatiques. Les vaisseaux de ces réseaux plus serrés se réunissent dans des canaux plus grands, qui forment alors des plexus à mailles plus lâches. Les lymphatiques des premiers réseaux contiennent des fluides simples; ceux des seconds contiennent des fluides plus composés. De la réunion des rameaux et des troncs de ces réseaux naissent de nouveaux plexus et entrelacemens, où l’on rencontre déjà des vaisseaux sanguins ; et de ceux-ci, enfin, naissent des plexus où se trouvent aussi des nerfs , formant ainsi des membranes sensibles. Les vaisseaux des membranes simples et composées constituent des plexus qui se rendent dans les glandes lymphatiques considérées comme points de réunion de tous ces vaisseaux, etc. Cette description que donne Mascagni, quelque belle qu’elle soit, ne peut cependant pas être regardée comme vraie , n’étant pas appuyée sur l’observation anatomique.

M. Alard a des vues bien plus e'tendues sur la distribution des vaisseaux lymphatiques : nous en parlerons à la fin de la 4.* section.

Dans les premiers plexus lymphatiques dont nous avons parlé, quelques-uns des vaisseaux qui les composent se terminent de suite dans les veines sanguines. Ce sont là, sans doute, les prétendues radicules absorbantes des veines, admises par des physiologistes qui n’ont pas songé que les veines rouges sont continuées des

1 Prodromo délia grande anatomia, ch. 1.

artères, et qu’un rameau qui naîtroit par un orifice libre, n’est plus, par cela même, une veine sanguine.

Les faits qui prouvent le passage des lymphatiques dans les. veines capillaires, et qui sont parvenus à ma connoissance , sont les suivans.

M. Fohmann 1 en ouvrant le bas-ventre d’un suicide' , quatre jours après sa mort, trouva, sur une portion d’intestin grêle, les lactés gorgés de chyle; il la recouvrit d'un linge trempé dans l’eau chaude , pour procéder d’abord à l’injection des artères et des veines. A peine l’injection des artères fut-elle terminée, que ces lactés, d'abord si visibles, se vidèrent sous ses yeux; et, quoique la portion d’intestin en eût été toute marbrée, on n’en découvrit plus de trace. Les veines étoient vides de sang; mais, remarquant un liquide dans leurs racines, il les incisa, et y trouva un suc blanc , semblable au chyle. On se demande maintenant si ce fluide a été absorbé par les veines elles -mêmes, ou s’il y a été versé par des vaisseaux lymphatiques : la dernière opinion paroît la plus vraisemblable.

Une seconde observation favorable à cette opinion appartient également à M. Fohmann2. On aperçoit sur le gros intestin des carnivores 3 et surtout sur celui du lion, une quantité innombrable de lymphatiques; ils sont disposés de manière à former deux couches, l’une située entre la tunique interne et la musculaire , l’autre entre celle-ci et la péritonéale. La première se compose de vaisseaux qui entourent l’intestin circulairement , de manière, cependant, que chacun de ces vaisseaux communique avec son voisin par un nombre considérable de petites branches de réunion. Il

’ Anatomische JJntersuchungen , etc., p. 28.

a L. c. , p. 55 et suiv. ; p. 42 , 48 , 47 , 48 , 49 et suiv.

3 M. Fohmann les a trouvés sur le lion, le chat sauvage et domestique , le chien, le phoque, la loutre , Fours, la marte et le blaireau. J’en ai constaté l’existence sur le chat sauvage , le chien et le loup.

existe en outre une grande quantité' de petites branches qui s’unissent à ce réseau* *, qui naissent dans la tunique interne, et que j’ai été obligé de couper en séparant cette tunique pour mettre le premier réseau à découvert. Une multitude d’autres petites branches , qui partent de la première couche , se portent en dehors en perforant la tunique musculaire , et donnent naissance au second plan de lymphatiques , qui se compose de vaisseaux longitudinaux, communiquant aussi entre eux. De ces vaisseaux , ainsi que de ceux qui composent le plan profond, partent des lymphatiques très-ténus, ayant une direction oblique, et qui se portent vers les glandes lymphatiques situées au bord concave de l’intestin.

M. Fohmann est le premier anatomiste qui ait fait connoître cette disposition; il y a été conduit en examinant le gros intestin du lion, où les lymphatiques longitudinaux ont jusqu’à la grosseur d’une plume à écrire. Or, en injectant ces réseaux1, le mercure ne sortit de dessus les tuniques intestinales que par les vaisseaux obliques, très-ténus, qui se rendent dans les glandes, et par quelques rameaux veineux. Quoique M. Fohmann ne vît pas l’endroit où les lymphatiques entroient dans les veines, il crut avec raison n’en devoir pas moins admettre la réunion immédiate, en considérant l’étendue prodigieuse de ce plexus lymphatique, comparée à la petitesse des vaisseaux lymphatiques qui en partent.

Un troisième fait est consigné dans un Mémoire de M. Harless sur la circulation2. L’auteur rapporte qu’il y a une vingtaine d’années que Mascagni lui montra sous le microscope, en employant une lentille peu forte , des portions de peau et d’intestins où le mercure n’étoit pas seulement entré dans les plus petits rameaux lymphatiques qui se terminoient ou naissoient dans des cellules

> Z. c», pag. 5o.

* Historisch - physiologische Bemerlcungen und neue TJntersuchungen iiber den Bhitutmlauf in warrnbliitigen Thieren ; von D.x Chr. Fr. Harless , inséré dans les Kheimi&ehe J ahrbiicher fur Medizin und Chirurgie , jter Band, ztes Stück ; z8a3.

ou papilles ( acini ) très -fines (rameaux qui, dans leur trajet, devenoient très-visiblement de gros troncs lymphatiques), mais où le mercure remplissoit encore une grande quantité d’autres vaisseaux capillaires, qui s’anastomosoient distinctement avec des veines sanguines d’un plus gros diamètre. Ces capillaires séreux1, qui appartenoient évidemment au système veineux, ne contenoient plus de mercure quand ils s’étoient éloignés des lymphatiques anastornosans , et qu’ils avoient augmenté en calibre et en épaisseur des tuniques. Il parut y avoir une certaine limite, quoique nulle part exactement tracée, pour l’intromission du mercure dans les vaisseaux séreux, qui, peu à peu, deve^oient des veines sanguines parfaites. L’auteur de ce Mémoire ne put pas distinguer si le mercure avoit aussi pénétré dans les rameaux artériels de ce réseau; au moins ne put-il plus se rappeler si Mascagni avoit observé quelque chose de pareil, ou s’il l’y a rendu attentif: il en doute d’autant plus, que Mascagni lui-mème est un des anatomistes qui ont défendu l’indépendance du système lymphatique d’avec le sytème artériel, et par conséquent la non-réunion des rameaux artériels avec les lymphatiques dans les réseaux capillaires.

En réfléchissant sur ces observations, l’idée m’est venue que ce pourroient bien être des expériences analogues qui ont donné lieu à l’opinion sur la communication des artères avec les lymphatiques. En effet, on injecte les artères d’une partie; l’injection les remplit parfaitement bien : en disséquant, on trouve que les lymphatiques sont remplis de même , et si on ne rencontre aucun épanchement dans le tissu cellulaire, on se croit fondé en apparence à admettre la continuité de ces vaisseaux. Mais, d’après ce que nous avons dit précédemment, ce raisonnement paroîtra dé-

' M. Harless se rapproche ici du système de décroissement de Boerhaave, en faisant un ordre particulier de vaisseaux sanguins , formé de ceux qui ne contiennent plus que du sang décoloré , et les nommant artères et veines séreuses.

fectueux ; car, en examinant les pièces où l’injection a passe dans les lymphatiques, on trouvera aussi de la matière à injection dans les veines, et alors la réplétion des lymphatiques est facile à expliquer par leur abouchement dans ces dernières. On me fera l’objection que, si telles étoient les choses, les lymphatiques devroient être remplis toutes les fois que les veines le sont. En effet, cela arriveroit toutes les fois, si les lymphatiques n’e'toient pas garnis de valvules qui en de'fendent l’entrée; mais, cela étant, leur réplétion doit être aussi rare que l’est celle des lymphatiques de la peau par voie rétrograde , dont on ne connoît de même que peu d’exemples.

Ceux d’entre les vaisseaux lymphatiques concourant à former les réseaux capillaires dont nous avons parlé, qui ne s’unissent pas de suite aux veines sanguines, se réunissent peu à peu pour former des rameaux plus considérables, qui, à leur tour, s’anastomosent et se divisent de manière à former des réseaux à mailles toujours plus larges, à mesure que les branches augmentent en grosseur.

Leur direction est alors plus ou moins rectiligne, rarement flexueuse. Dans les membres, les parois du tronc, et dans les cavités splanchniques, ils sont distribués en deux plans : l’un superficiel, accompagnant les veines sous- cutanées , et rampant immédiatement sous les membranes séreuses dans les viscères ; l’autre profond , qui accompagne les vaisseaux sanguins et les nerfs.

Le volume de ces vaisseaux est bien moindre que celui des veines : les profonds sont plus gros que les superficiels ; ceux des membres inférieurs le sont plus que ceux des supérieurs ; ceux de la tête sont très -petits, et n’y forment en outre que le plan profond. Le volume des lymphatiques est susceptible de changer avec l’état des parties : c’est ainsi que ceux de la matrice, assez minces quand elle est à l’état de vacuité, sont considérablement agrandis dans la matrice à l’état de gestation. On remarque

la même chose sur les lymphatiques des mamelles des nourrices : leur volume augmente encore dans les organes en suppuration ou dans un état squirreux.

Le nombre des vaisseaux lymphatiques est très- considérable ; on en compte une trentaine dans le plan superficiel de la partie supérieure de la cuisse, et quinze à seize dans le plan superficiel du bras : le nombre des vaisseaux profonds est moins grand.

Lorsque les vaisseaux lymphatiques des membres sont arrivés dans le pli des grandes articulations (le pli du jarret, de l’aine, du coude, de l’aisselle), et que ceux des cavités splanchniques ont quitté leurs viscères , ces vaisseaux se divisent subitement , à la manière des artères, en rameaux d’une petitesse extrême, qui communiquent les uns avec les autres, et se réunissent enfin de nouveau, à la manière des veines, en un ou plusieurs troncs. Tous ces vaisseaux sont unis, dans l’homme et les quadrupèdes, par du tissu cellulaire fin et serré, de manière à former un peloton représentant un corps assez résistant pour avoir reçu le nom de glande lymphatique.

Ces glandes lymphatiques, confondues avec les autres glandes par Hippocrate1 , reçurent de François Sylvius2 le nom de glandes conglobées, de Lossius5 celui de glandes conglomérées; et enfin M. Chaussier 4 leur donna celui de ganglions lymphatiques , d'après l’analogie que Soemmering 5 trouva entre le rapport de ees glandes aux vaisseaux lymphatiques, et celui des nerfs à leurs ganglions.

Les glandes lymphatiques ont ordinairement une forme oblongue, in peu aplatie. Leur grandeur varie beaucoup suivant les parties :

1 n épi tzJêVaV.

3 Disput. med. quint., n.os 25, 26 et 27.

J Disput. de glandulis in g encre , n.°* 24, 28 et 5o.

* Table synoptique des lymphatiques.

5 L. c., tom. IV, p. 438.

les plus grandes, se trouvent à la racine du mésentère, des poumons, au pli de l’aine, sur le trajet des vaisseaux iliaques ; les plus petites, dans le canal carotique, dans l’épiploon, sui le trajet des vaisseaux profonds des extrémités. Leur grandeur varie aussi suivant! âge du sujet: plus volumineuses, plus molles dans les enfans, elles diminuent de volume en gagnant de la consistance avec l’age , et sont enfin très- petites ou disparoissent même en partie dans les vieillards. Cette disparition avec lage n’a rien qui doive nous étonner; car, n’étant, comme nous avons vu et comme nous verrons encore, qu’un amas de vaisseaux lymphatiques, il leur arrive ce qui arrive à une partie des capillaires sanguins dans un âge avancé: il y a oblitération des plus petits vaisseaux, et tel lymphatique qui, dans un jeune sujet, aura paru interrompu dans sa marche par une glande , ne présentera plus dans le vieillard que quelques divisions ou réunions, ou même un canal unique.

La couleur des glandes lymphatiques diffère suivant les parties : celles qui appartiennent aux lymphatiques des extrémités sont rougeâtres; celles du mésentère, blanches pendant la digestion, prennent une teinte rosée quand les vaisseaux lactés sont vides ; celles du foie sont jaunâtres; les glandes lymphatiques de la rate sont brunes, celles des poumons noirâtres; enfin, celles du cou d’un nègre1 furent trouvées de couleur noire.

Les glandes lymphatiques sont entourées d’une membrane d’apparence fibreuse; mais, en injectant les vaisseaux sanguins et lymphatiques, cet aspect disparoît, et on voit que ces fibres ne sont autre chose qu’un entrelacement de vaisseaux. Malpighi2 prétendit avoir trouvé des fibres musculaires au-dessous de cette tunique; mais Haller3 déjà l’a réfuté, et depuis aucun anatomiste n’a été assez heureux pour les voir.

' Sœmmering, l.e., tom. IV, p. 440.

1 De gl. conglob., n.° 2, opusc. 1 6 5 .

3 De part. corp. hum. fabr. , tom. I.*r, p. 342.

Il entre dans les glandes lymphatiques un grand nombre de vaisseaux sanguins ; elles deviennent toutes rouges par l’injection : les veines surtout y sont très - volumineuses et dépourvues de valvules. Pour bien voir la distribution des vaisseaux sanguins dans ces organes, il faut, comme le conseille Mascagni 1 , d’abord injecter les lymphatiques avec du mercure, puis les artères avec de la colle colorée par du cinabre : on verra alors un réseau vasculaire sanguin entourer jusqu’aux moindres vaisseaux lymphatiques.

On voit des nerfs y arriver et les traverser; mais il est difficile de décider s’il y en reste quelques filets , ou si tous ne font que les traverser. Deux grands anatomistes sont opposés sur ce sujet : Wrisberg1 2 3 4 les admet, et Walter5 les nie. Par une dissection des plus minutieuses, Soemmering^ n’a pas pu se convaincre qu’il en restât. Mais toujours peut -on y admettre des nerfs qui forment un plexus subtil sur les tuniques des artères qui s’y rendent.

Wharton, Malpighi , Nuck, Morgagni, Haller et autres, trouvent dans les glandes lymphatiques un fluide particulier, qui est mentionné dans la Physiologie de M. Magendie sous le nom de fluide propre aux glandes mésentériques. Ce fluide est contenu dans les vaisseaux de la glande et non dans le tissu cellulaire , et il n’est pas plus propre aux glandes mésentériques qu’aux autres, si ce n’est que, les premières en sont plus souvent distendues lors de la digestion.

Les anatomistes diffèrent d’opinion sur la structure des glandes lymphatiques : les uns les regardent comme entièrement vascuîeuses ; les autres y trouvent des cellules; d’autres, enfin, admet-

1 Vas. lyrnpli. hist. , sect. 5, p. 32.

2 Cité par Sœmmering , l. c., tom. IV, p. 441.

3 De nerv. abdom. et thoracis , dans la préface.

4 L. c., tom. IV, pag. 441.

tent ces deux sortes de texture, et même une troisième résultant de leur combinaison. Parmi les premiers on compte Albin us, Ludwig, Hahn, Monro , Meckel, Wrisberg, Hewson , Walter et M. Béclard; parmi les seconds, Malpighi , Brunner, Nuck, Mylius, Hunter, Werner et Feller, Sheldon et Cruikshank; parmi les derniers, Mascagni et Soemmering.

Il y a des glandes qui ne sont incontestablement formées que de vaisseaux lymphatiques ; c’est ce qu’on observe quelquefois sur la plupart des glandes d’un cadavre , et il en existe* 1 toujours au moins dans le médiastin postérieur et dans le bassin. Je conserve une préparation qui , surtout , prouve bien que les glandes lymphatiques ne sont que des plexus réunis par du tissu cellulaire : c’est une glande parfaitement remplie de mercure , et qui , avant l’injection, n’avoit aucune apparence glanduleuse ; il n’y paroissoit que quelques troncs lymphatiques qui longeoient les vaisseaux iliaques, et, le mercure y ayant pénétré , on y vit en outre un réseau de vaisseaux lymphatiques de différentes grandeurs, repliés les uns sur les autres.

D’autres fois les glandes paroissent en effet formées de cellules ; mais cette apparence résulte de la dilatation des vaisseaux lymphatiques en forme de chapelet, comme on l’observe dans les veines du pénis2. On a aussi pris quelquefois pour des cellules les coudes que forment ces vaisseaux repliés sur eux-mêmes.

L’observation et le raisonnement nous conduisent à rejeter, dans la structure des glandes, des cellules distinctes des vaisseaux: car, si elles existoient , la lymphe y seroit versée par les vaisseaux entrans (vasa inferentia) , et y seroit de nouveau absorbée par les vaisseaux sortans ( vasa cfferentia} ; en les injectant, le mercure

1 Sœmmering, l. c., tom. I.er, pag. 442. Voy. Cruikshank , trad.de Ludwig, tab. 3 , fig. 3.

1 Élémens d’anatomie générale, par M. Béclard; Paris, 1823, p. 4*5.

s’épancheroit dans les cellules , et ce n’est que dans le plus petit nombre de cas qu’il entreroit dans les radicules absorbantes des vaisseaux sortans (supposé qu’elles existent); le plus souvent ce métal s’infiltreroit dans tout le tissu cellulaire de la glande, au point d’y déterminer une rupture, ce qui est contredit par l’expérience. Les glandes lymphatiques n’existent pas encore dans l’embryon ; à leur place on trouve de simples plexus, où la continuité des vaisseaux ne peut pas être révoquée en doute : or, si cette continuité étoit interrompue dans l’adulte par les cellules des glandes, il faudroit que ces vaisseaux, continus dans l’embryon, cessassent de l’être après la formation des glandes , ce qui n’est pas vraisemblable. Enfin, comme il y a des glandes qui incontestablement n’ont pas de cellules, et que d’autres en ont l’apparence, ces glandes, d’une structure si évidemment différente , devroient avoir des fonctions différentes, et par conséquent avoir une situation déterminée, ce qui n’est pas ; parce que, comme nous l’avons dit, quelquefois toutes les glandes d’un cadavre entier, ou d’une certaine région, sont sans cellules, et que d’autres fois ces mêmes glandes en présentent l’aspect.

L’examen des vaisseaux lymphatiques des oiseaux jette un nouveau jour sur ce point de discussion. On ne rencontre dans cette classe d’animaux de véritables glandes lymphatiques qu’à la partie supérieure du thorax, par où passent les lymphatiques du cou. Dans tout le reste du corps les glandes sont remplacées par des plexus considérables, où l’on remarque des dilatations des vaisseaux aux points de leurs réunions ou divisions. Il est évident que ces dilatations sont ce qu’on a pris pour des cellules dans les glandes où cette structure ne pouvoit pas être aussi distincte qu’elle l’est dans les oiseaux, où ces plexus ne sont pas réunis en un corps solide.

Les tortues et les poissons 1 , entièrement privés de glandes lym-

1 Philosophical transactions , 17 69, p. 198 et suiv.

phatiques, présentent ces dilatations des vaisseaux dans les plexus à un plus haut degré encore.

En parlant des glandes lymphatiques et de leurs cellules, il convient de mentionner leur structure dans la baleine. Abernethy 1 , en injectant de cire les vaisseaux sanguins du mésentère de cet animal , trouva qu’elle s’e'panchoit dans des poches de la grosseur d’une orange. En examinant ces poches de près, et en les vidant de la cire qu’elles contenoient, il trouva que leurs parois étoient formées par un entrelacement d’artères, de veines et de lymphatiques , qui tous y avoient des orifices ouverts. Il injecta en conséquence les lactés de mercure , et par là il remplit le réseau qui entoure la poche dans l’intérieur de laquelle quelquesuns de ces vaisseaux s’ouvroient, en sorte que le mercure remplit la poche. Ce métal en ressortit par d’autres lymphatiques, qui se rendoient à une nouvelle poche , après setre réunis aux lactés qui formoient un plexus à l’entour. Il paroît par là qu’il existeroit dans ces poches une communication entre les artères , les veines et les lymphatiques , si elles étoient naturelles, ce dont je doute, et il faudroit les assimiler aux dilatations qu’on observe dans les vaisseaux des glandes lymphatiques des quadrupèdes, ou dans ceux des plexus des oiseaux, des tortues et des poissons. Dans tous les cas, je trouve dans cette description d’ABERNETHY quelque chose qui est difficile à expliquer; car, comment concevoir l’injection des lactés qui entourent la poche, et de ceux qui en sortent, après l’incision qu’il y fit pour en extraire la cire qui y e'toit contenue?

Un point de discussion bien plus important que celui que nous venons de quitter, est la terminaison partielle des lymphatiques, qui a lieu dans les veines sanguines des glandes. Je ne citerai point le grand nombre d’auteurs qui observèrent le passage du

Philosophical transactions , 1796, p. 27 et suiv.

mercure des lymphatiques dans les veines, en admettant la terminaison directe de ceux-ci dans une grande veine autre que la sous-clavière ou la jugulaire : ces observations, rapportées par Haller1, me paroissent fautives, non sous le rapport du passage du mercure dans les veines, mais parce que ces auteurs ne paroissent pas avoir remarqué que cette communication avoit eu lieu dans une glande, et que c’étoit une veine, et non un lymphatique rempli de mercure, qui en étoit sortie pour se verser dans une grande veine.

Le premier anatomiste qui paroisse avoir connu le point où se fait ce passage, est J. F. Meckel, le père2, qui, en injectant une glande lombaire, vit passer le mercure dans la veine -cave inférieure, sans qu’il y eût rupture dans la glande, ce qui lui fît admettre, dans ccs organes, une communication des petits rameaux veineux avec les lymphatiques.

M ais , bientôt après, Hewson3 4, Cruikshank.4, Mascagni5 et autres s’élevèrent .contre la découverte de Mecicel, et l’attribuèrent à une déchirure qui auroit eu lieu dans l’intérieur de la glande ; et comme Haller6 7 avoit aussi penché pour la négative, l’observation de Meckel fut oubliée ou regardée comme une erreur7 , si bien qu’il n’en est plus fait mention dans la plupart des ou-

' De part. corp. hum. fàbrica , tom. I.er, pag. 334*

2 Nova expérimenta et observationes de finibus venarum ac vasor. lymphaticorum j Berol., 1772, sect. 1 , pag. 7 et suiv.

3 Experimental inquiries , part. 2, p. i5o et suiv.

4 L. c., ch. 16 , pag. 91 et suiv.

5 L. c., sect. 5, p. 32 et 33.

6 L. c., tom. I.er, pag. 337 suiv.

7 Sœmmering, l. c., tom. IV, p. 404, dit que personne n’a encore préparé un lymphatique se terminant dans une veine : l’insufflation ou la réplétion d’une veine avec du mercure ou de la cire par un lymphatique éloigné , n’en est pas une preuve. Il faut pouvoir montrer nettement le lymphatique et son abouchement dans la veine, pour prévenir tout soupçon que ces matières s’y soient introduites par un rameau veineux , ouvert et coupé.

vrages modernes d’anatomie ou de physiologie. Lindner1 publia, en 1787, une observation semblable, faite l’année précédente par J. F. Meckel, fils , et il réfuta, par les raisons les plus convaincantes, la supposition qu’un épanchement eût pu avoir lieu dans la glande. On ne paroît pas avoir fait plus d’attention à l’observation du professeur Vrolyk, publiée en 1801 , dans le Letterbode (Juin , page 35 ), qui remarqua sur le veau marin la communication des lactés avec la veine -porte.

Les choses en restèrent là jusqu’en 1820 , où M. Fohmann publia, dans la Gazette médico - chirurgicale de Salzbourg2, de nouvelles observations sur la communication des lymphatiques avec les veines, autre que celle parles canaux thoraciques ; communication sur laquelle il ne peut plus rester de doutes à qui aura lu l’écrit que cet anatomiste publia en 1821 3, appuyé d’une série considérable de faits observés sur l’homme et sur les animaux. Il résulte de ce travail que, dans l’homme , le mercure injecté dans les vaisseaux entrans des diverses glandes en sort tantôt seulement par des lymphatiques, tantôt par des lymphatiques et des veines en même temps, et tantôt par des veines seulement. Il remarqua que, dans les glandes où le mercure passa dans les veines, celles-ci e'toient en plus grand nombre et plus considérables que dans les glandes où ce passage n’avoit pas lieu.

Dans le chien il observa, comme dans l’homme, que le mercure injecté dans les vaisseaux entrans d’une glande passoit tantôt dans les lymphatiques, tantôt dans ceux-ci et dans les veines, tantôt, et c’est ce qui arrivoit le plus souvent, dans les veines seules, sans qu’il eût pu trouver de traces de vaisseaux lymphatiques sortans.

1 Specimen inaugurale medicum de lymphaticorum systemate ; Halœ , 1787, sect. 2, Pag. 78.

1 Salzburger med. chirurg. Zeitung , Jahrg. 1820, Bd. 2, pag. 5 1 g ; Bd. 5 , p. 175.

3 Anatomische Untersuchangen Hier die Vcrbindung der Saugadern mit dcn Venen ; Heidelberg, 1821, in- 12.

Cette dernière disposition se rencontre surtout aux glandes situées au bord concave du gros intestin, à celles placées entre le foie et le duodénum , où se rendent les lymphatiques du foie , et à la glande qui se trouve près de l’insertion de la veine céphalique dans la sous-clavière , dans laquelle glande entrent les lymphatiques de l’extrémité antérieure. Sur deux chiens M. Fohmann vida, aussitôt après la mort, quelques rameaux veineux qui sortoient d’une glande située entre le foie et le duodénum, et les lia à quelque distance de la glande, à laquelle il n’avoit pas remarqué de vaisseaux lymphatiques sortans. Bientôt après il les trouva remplis de la même liqueur jaunâtre qu’on voit ordinairement dans les lymphatiques du foie.

L’injection des lymphatiques du chat sauvage et domestique offrit les mêmes résultats.

Dans la marte le passage dans les veines fut moins fréquent.

Dans deux phoques, dont M. Fohmamn injecta les lymphatiques des intestins, du poumon et du cou, tout le mercure passa dans les veines, sans qu’il pût y trouver de lymphatique sortant, malgré la dissection la plus attentive.

Dans la loutre les communications avec les veines étoient plus rares.

Dans huit chevaux dont M. Fohmann injecta les lymphatiques des différentes parties, le mercure sortit des glandes par des lymphatiques ou des veines, ou par les deux à la fois. 11 vida, peu de temps après la mort de plusieurs chevaux , quelques veines qui sortoient des glandes mésentériques, les lia, et remit l’intestin dans la cavité abdominale. En le retirant quelque temps après, il trouva dans le sang qui y avoit de nouveau été versé, des stries de chyle très-distinctes, et dans plusieurs tout le fluide avoit pris une couleur blanchâtre plus ou moins apparente.

Les mêmes communications se trouvèrent sur l’intestin de deux vaches.

L’injection des lymphatiques des oiseaux offrit les résultats les plus importans. M. Fohmann injecta ceux de la cigogne, du héron, du butor, de l’oie, du canard et de la buse : il y injecta les lactés et les lymphatiques des extrémités et du cou. Ces derniers sont les seuls qui forment des glandes; tous les autres, au lieu de glandes proprement dites, ne constituent que des plexus lâches, dont il existe surtout un très -considérable sur les reins. Dans ce plexus M. Fohmann vit distinctement plusieurs rameaux lymphatiques s’unir immédiatement aux veines sacrées et rénales, par lesquelles tout le système veineux se seroit rempli de mercure , si on ne l’avoit contenu par des ligatures. Dans la buse, M. Fohmann injecta un lymphatique sur la partie externe de la cuisse, qui, sans communiquer avec d’autres lymphatiques , se dirigea vèrs l’échancrure sacro-ischiatique , et se versa dans un rameau veineux provenant du sacrum, rameau par lequel le mercure arriva aux veines rénales. C’est parla que M. Fohmann a résolu le grand problème de Soemmering, qui demandoit à voir le passage immédiat d’un lymphatique dans une veine ; et cette disposition du système lymphatique dans les oiseaux est un sûr garant de l’exactitude des observations analogues faites sur les mammifères.

IVf. Béclard 1 paroît admettre l’existence de ces communications, se fondant sur les stries de chyle que beaucoup d’observateurs ont aperçues dans le sang de la veine-porte , et sur le mercure qu’il a vu lui-même, nombre de fois, après avoir été introduit dans les vaisseaux lymphatiques du mésentère, passer au-delà d’une glande tout à la fois dans les vaisseaux efférens et dans les veines de la glande; passage qui est trop facile et trop constant pour qu’il puisse dépendre d’une double rupture.

Les faits concernant cette opinion , observés à notre amphithéâtre, sont les suivans.

* Anatomie générale, pag. 416 et 417.

Sur l’homme. En injectant, il y a trois ans, les lymphatiques du bras, M. Ehrmann trouva le mercure dans les veines qui sortoient des glandes de l’aisselle. Ce passage dans les veines appartenant aux glandes de cette région n’est pas constant ; car j’en ai injecté où cela n’a pas eu lieu, quoique de nombreux vaisseaux lymphatiques sortans se soient remplis de mercure. Dans une injection que je fis des glandes de l’aine, le mercure ne passa que dans les lymphatiques; dans deux autres, dans les lymphatiques et les veines à la fois. Ces pièces, séchées, sont déposées à notre Musée. Une seule fois j’y ai injecté une glande où tout le mercure sortit par les veines , et la dissection la plus minutieuse ne put rn’y faire apercevoir de lymphatiques sortans. Je conserve cette pièce dans l’alcool : on peut toujours encore introduire le tube dans les lymphatiques , et tout le mercure entrera dans les veines. Dans deux glandes situées à la petite courbure de l’estomac , le mercure ne sortit que par des vaisseaux lymphatiques. Dans deux anciennes pièces déposées au Musée de la Faculté, où les lactés sont injectés, on trouve des traces non équivoques du passage du mercure dans les veines mésaraïques.

Les injections sur des chiens m’ont prouvé que les communications avec les veines y sont beaucoup plus fréquentes. Pendant le séjour que je fis pour cet objet à Heidelberg, M. Fohmann voulut bien injecter en ma présence les lymphatiques de l’extrémité antérieure gauche d’un chien : ces vaisseaux se rendirent dans une glande située près de l’insertion de la veine céphalique dans la sous-clavière; cette glande fut parfaitement remplie, et il n’en sortit que deux veines , dont l’une très-forte ; le mercure y ayant été contenu par des ligatures, elles se remplirent au point qu’il fallut cesser l’injection, pour qu’il n’y eût pas de rupture; on ne put y trouver de vaisseau lymphatique sortant. J’ai plusieurs fois répété cette expérience, et j’ai obtenu des résultats semblables. De cette même glande, injectée des, deux côtés sur un

chien, il sortit deux gros lymphatiques et une veine assez volumineuse du côte' gauche; du côté droit la veine injectée étoit plus petite. Les lymphatiques des extrémités postérieures se rendent dans une grosse glande située dans le creux du jarret; le mercure en sort par deux ou trois lymphatiques et par une ou plusieurs veines: une seule fois ce métal n’en sortit que par des lymphatiques. Après avoir passé sous le ligament de Poupart, ils entrent dans plusieurs autres glandes, dont le mercure sort tantôt par les lymphatiques , tantôt par les veines. Les lymphatiques des intestins grêles entrent dans la grande glande située à la racine du mésentère {pancréas Asellii ), où ils communiquent les uns seulement avec les lymphatiques sortans,les autres avec ceux-ci et les veines; d’autres, enfin , avec les veines seulement. Le mercure sortit par des lymphatiques et des veines d’une glande située dans le rne'socolon. Les lymphatiques du foie et du pancréas se rendent dans les glandes situées derrière le duodénum, au-delà desquelles le mercure se trouva être contenu tantôt dans des veines seulement , tantôt dans celles-ci et les lymphatiques à la fois.

L’injection des lactés d’un jeune loup n’eut pas de résultat, la grande glande me'saraïque où ils se rendent s’étant rompue.

Quelques lymphatiques injectés sur le mésentère du chat sauvage entrèrent dans le pancréas d’Asellius et n’y communiquèrent qu’avec des lymphatiques sortans.

L’hiver dernier, M. Ehkmann injecta un grand nombre de lymphatiques sur le mésentère du blaireau; la glande où ils se rendirent, étant très-molle, se déchira : un de ces vaisseaux entra dans une petite glande située à un pouce de distance du bord concave de l’intestin; elle fut entièrement remplie, sans qu’il y parût un épanchement , et il n’en sortit qu’une veine qui se trouva remplie de mercure.

De toutes les recherches tendant à constater la communication des lymphatiques avec les veines sanguines autres que les sous-

cîavières et les jugulaires, les plus concluantes sont celles faites sur les oiseaux. Ces vaisseaux, que M. Magendie1 a nouvellement re'voqués en cloute, furent, en premier lieu, de'crits par Hewson2, quoique déjà avant lui quelques anatomistes , tels que Swammerdam, Jacobæus, Lang, Hunter, en eussent vu quelques-uns. — Malgré les notions précieuses que nous fournissent sur ces vaisseaux Hewson, M. Tiedemann3 4 et M. Fohmann^, je crois qu’il ne sera pas inutile de revenir sur ce sujet.

J’ai, à différentes reprises, injecté les lymphatiques de l’oie, en introduisant le tube dans un de ces vaisseaux situés immédiatement sous la peau qui recouvre l’extrémité inférieure du métatarse à sa réunion avec les orteils. C’est ici que se rendent les lymphatiques du pied , pour y former un petit plexus , dont partent trois à quatre rameaux: les uns, antérieurs et internes, accompagnent les vaisseaux sanguins en les entourant d’un réseau; les autres , postérieurs et externes , montent le long du tarse jusque vers son articulation avec la jambe, où ils forment un plexus à mailles très-serrées, dont quelques rameaux se sont remplis de mercure jusqu’à la face externe du derme. Tous ces vaisseaux montent le long de la jambe, en l’entourant d’un plexus jusque vers son milieu, où ils se réunissent en deux branches, dont l’une monte à la face antérieure externe, dans l’intervalle du tibia et du péroné, jusqu’à la partie supérieure de ces os, où, en passant par leur intervalle, elle se réunit en arrière à l’autre branche montant accollée aux vaisseaux sanguins. A mesure que le tronc, qui résulte de la réunion de ces deux branches, s’avance le long des vaisseaux de la cuisse, il reçoit les petits rameaux musculaires de cette partie, et une branche assez volumi-

1 Mém. sur les vaisseaux lymph. des oiseaux; Journ. de physiol. , t. I.cr, p. 47*

2 Philos, transact. , 1768, p. 217.

3 Anatomie der Vogel, Bd. 1 , p. 533.

4 L. c. , p. 63 , seq.

neuse qui accompagne les vaisseaux fe'moraux profonds. Le (ronc entre ensuite dans le bas -ventre en passant sous l’arcade crurale, reçoit plusieurs rameaux qui lui viennent des parties latérales du bassin, et se divise en deux branches : l’une reçoit des lymphatiques des reins, ceux des ovaires ou des testicules, et communique, supérieurement avec les rameaux qui entourent l’artère mésentérique supérieure , inférieurement avec un plexus qui entoure l’aorte et ses branches, et qui reçoit deux lymphatiques venant du plexus rénal et accompagnant l’artère sacrée moyenne ; l’autre branche, résultant de la division du tronc des lymphatiques de la cuisse, se porte sur l’aorte, et y forme un plexus avec la branche du côté opposé et avec les lymphatiques qui viennent des intestins. Ces lactés accompagnent les rameaux de l’artère mésentérique, où l’on voit pour une artère deux lymphatiques qui s'anastomosent fréquemment entre eux. Avant d’arriver sur l’aorte, ces vaisseaux communiquent avec la branche inférieure de ceux de la cuisse et avec ceux des ovaires ou des testicules ; après quoi ils se portent sur l’aorte , où ils reçoivent les lymphatiques du pancréas et du duodénum , et finissent par s’unir sur le tronc cœliaque à ceux du foie et de l’estomac, en formant un riche plexus, où il n’est pas rare de rencontrer des rameaux lymphatiques qui se versent dans les veines voisines. On trouve , enfin , sur les reins un plexus considérable de lymphatiques , provenant les uns de ces viscères mêmes, et les autres du rectum, et des muscles et de la peau qui recouvrent le sacrum et le coccyx. De ce plexus partent plusieurs rameaux, qui accompagnent l’artère mésentérique inférieure, reçoivent des lymphatiques du rectum, du cæcum et de ses appendices, et se réunissent enfin au plexus des vaisseaux qui entourent l'artère mésentérique supérieure. Deux autres rameaux , partant du plexus rénal , accompagnent l’artère sacrée moyenne , et se rendent dans le plexus qui entoure l’aorte. Les rameaux les plus nombreux et les plus considérables qui compo-

sent le plexus rénal, s’abouchent directement dans les veines rénales et sacrées, ce que l’on voit très-bien, surtout au moment où l’on injecte. Le plexus aortique , qui est formé par tous les lymphatiques que nous venons de décrire , donne naissance à deux canaux thoraciques de plus d’une ligne de diamètre, situés, à leur origine, derrière l’œsophage et devant l’aorte; ils se portent en haut et en dehors en s’écartant l’un de l’autre, montent sur les poumons, reçoivent quelques rameaux de ces viscères et de l’œsophage, et se terminent chacun dans la veine jugulaire de son côté par un ou plusieurs orifices , après s’être réunis aux lymphatiques des ailes.

canal thoracique gauche, avant de se terminer dans la veine jugulaire, reçoit le tronc des lymphatiques du cou de ce côté. Les lymphatiques des ailes suivent la marche de l’artère brachiale et s’unissent aux canaux thoraciques ; ceux du cou forment, par leur réunion, un tronc volumineux, qui accompagne de chaque côté les vaisseaux de cette partie et reçoit dans son trajet des rameaux assez nombreux, provenant des glandes particulières* 1 qu’on remarque sous la peau du cou. Arrivés dans la partie supérieure de la poitrine , ces vaisseaux traversent deux glandes lymphatiques 2 qui s’y trouvent, et qui ne laissent que difficilement passer le mercure. Du côté droit, le vaisseau lymphatique sortant entre dans la veine jugulaire, et du côté gauche il s’unit au canal thoracique correspondant.

Telles sont les observations qui militent en faveur de la commu-

1 Ces organes glanduleux, que déjà Hunter trouva sur le cygne, et que M. Tiedemann regarde comme étant des glandes lymphatiques ( Anatomie der Vogel , Bd. î , p. 538 ) , sont décrits par M. Magendie ( Journ. de physiol. , t. II , p. 184) , comme ayant été nouvellement découverts par lui.

1 Ce sont les organes thoraciques décrits par M. Magendie (Journ. de physiol.,

tom. II, p. 187).

nication des vaisseaux lymphatiques dans les glandes ou les plexus qui en tiennent lieu. 11 ne nous reste plus qu’à répondre aux objections élevées contre cette doctrine par les principaux auteurs qui ont écrit sur le système lymphatique , et surtout par Mascagni1. 11 dit qu’en injectant les lymphatiques de mercure, il le vit souvent entrer dans les veines; mais qu’il s’assura que cela se faisoit toujours par des ruptures : que le mercure injecté dans les lymphatiques d’une glande en sortoit par les lymphatiques efférens, et traversoit ainsi toute une série de glandes, si la pression étoit ordinaire; mais que, si on l’augmentoit au moyen des doigts , le mercure commençoit à passer dans les veines avec une telle rapidité, que non - seulement il y pénétroit celui sortant du tube, mais encore celui contenu avant dans la glande et les vaisseaux efîerens. En examinant ces glandes , il y trouva toujours des ruptures et des indices d’épanchemens par lesquels le mercure s’e'toit franchi une voie dans les veines. Il prétend que ces ruptures se trouvoient, tantôt à la surface et tantôt plus à l’intérieur, sous la forme de bulles ou de petits sacs d’une grandeur insolite; ayant ouvert ces sacs et l’injection étant continuée , il vit à l’œil nu le mercure sortir par les plus petites déchirures des vaisseaux, et alors, trouvant plus de facilité à passer par cette ouverture accidentelle , le métal ne passa plus dans les veines. En repoussant en sens inverse le mercure contenu dans les veines , il le vit manifestement rentrer dans ces sacs ouverts, en sorte qu’il ne lui resta plus le moindre doute sur le chemin qu’il s’étoit frayé. Mascagni ajoute que cela a lieu le plus souvent dans les glandes obstruées, squirrheuses et endurcies, comme dans la glande dont parle Meckel; mais que, si l’injection a bien réussi et quelle ait entièrement rempli les glandes, alors, si après avoir lié les vaisseaux sortans le mer-

* Vasor. lymph. hist., sect. 5, p. 32 et 33.

cure y est plus fortement poussé, les vaisseaux se rompent plutôt que de laisser pénétrer le mercure dans les veines.

Pour répondre à ces objections , je crois ne pouvoir mieux faire que d’emprunter les paroles de M. Fohmann.1

i.° Dans toutes mes injections je me suis servi d’un appareil composé d’un tube en verre muni d’un robinet; je ne remplis le tube de mercure qu’autant qu’il en falloit absolument pour le faire avancer lentement dans les vaisseaux, tandis que la force des tuniques des lymphatiques auroit supporté une pression bien plus considérable.

2.0 J’entrepris beaucoup de ces injections immédiatement après la mort du sujet, et, à cette époque, il est rare qu’on ait des épanchemens.

3.° Quand l’injection ne fut pas faite de suite après la mort , elle le fut au moins à une époque où il n’y avoit pas encore d’indices de putréfaction commençante.

4.0 11 est certain qu’on ne peut pas toujours éviter des épanchemens; mais, quand ils ont lieu, les suites en sont toutes différentes de celles indiquées par Mascagni : car, d’après mon expérience , tout passage dans les lymphatiques sortans et les veines cesse presque toujours dès qu’il s’est épanché du mercure dans le parenchyme d'une glande à la suite d’une rupture, et si l’on continue l’injection, la glande elle-même se rompt et laisse épancher le mercure dans les parties circonvoisines.

5.° Le passage du mercure dans les veines par suite d’une rupture la suppose double , celle du vaisseau lymphatique et celle des veines; mais, dans ce cas, le mercure s’épanche bien plus facilement dans le tissu cellulaire qui réunit les différens vaisseaux, qu’il ne passe d’un lymphatique rompu dans une veine rompue.

6.° En admettant cette rupture des tuniques vasculaires, pourquoi ie mercure sort-il toujours par des veines, et jamais par des artères ? Il sera difficile de faire admettre une différence notable dans la force des tuniques de ces deux ordres de vaisseaux dans cet état de division.

7.0 Mascagni remarque à un autre endroit1, que le mercure ne passe jamais dans les veines, si la glande est entièrement remplie ; mais que cela n’a lieu que quand elle est injectée partiellement , et qu’alors il y a rupture. Je suis encore obligé de le contredire en ce point. Le passage a lieu tant dans la réple'tion totale que partielle de la glande, ce qui s’accorde avec l’observation, qu’après l’injection de quelques vaisseaux entrans il ne se remplit que des vaisseaux sortans, et qu’après celle d’autres vaisseaux il ne se remplit que des veines , ou les deux à la fois; par quoi la glande doit naturellement être tantôt remplie en entier et tantôt en partie seulement, suivant le nombre de vaisseaux entrans injectés.

8.° Si la déchirure étoit la cause du passage du mercure dans les veines, l’uniformité dans les phénomènes que nous venons de mentionner ne seroit pas vraisemblable, vu les nombreuses intrications des vaisseaux.

9.0 Il y a des glandes sans lymphatiques sortans, dans l’homme, le chien et le phoque.

10. 0 Dans des animaux récemment tués, on peut souvent remarquer dans les rameaux veineux sortans des glandes le même fluide qui est contenu dans les lymphatiques entrans; la communication avec les grands rameaux veineux fut interrompue par des ligatures, et comme il n’y avoit pas là de pression extérieure, ce fluide ne put y entrer que par l’aciion des vaisseaux euxmêmes.

1 Prodrome d’un ouvrage sur le système des vaisseaux lymphat. , ch. 5, p. i5.

n.° Dans la classe des oiseaux, les lymphatiques des extrémités inférieures communiquent directement avec des rameaux veineux, et cela déjà dans le bassin, ainsi à une distance éloignée de l’embouchure des canaux thoraciques dans les veines sous-clavières , ce qui a lieu aussi en partie pour les lactés. Il s’en suit donc que la réunion de tous les lymphatiques provenant des diverses parties du corps en un tronc principal, n’a pas l’importance que lui attribue Haller. 1

12. ° Cette assertion de Haller est aussi contredite par le volume des lymphatiques dans les mammifères et les oiseaux, qui, pris collectivement , dépasse de beaucoup celui du canal thoracique ; et c’est précisément par là qu’une communication des lymphatiques avec le système veineux, autre que celle du canal thoracique, devient doublement probable. Enfin,

13. ° L’admission de cette communication se trouve appuyée par l’observation, que les animaux auxquels on a lié le canal thoracique vivent bien plus long-temps que ceux qu’on a laissés mourir de faim.

Ces raisons sont suffisantes, je crois, pour établir la communication immédiate, dans les glandes, des lymphatiques avec les veines, sans rupture de ces vaisseaux.

Jusqu’à présent nous avons vu deux modes de terminaison des vaisseaux lymphatiques : l’un dans les capillaires veineux , peu de temps après l’origine des vaisseaux lymphatiques ; l’autre dans l’intérieur des glandes ou des plexus. Un troisième mode de terminaison , qui a toujours été reconnu , est celui par le canal thoracique, résultant de la réunion des vaisseaux lymphatiques des diverses parties du corps qui n’ont pas déjà subi les deux premiers modes. Dans l’homme , le canal thoracique est situé derrière l’aorte, sur le côté gauche de la colonne vertébrale; il

De part . corp. hum. fahr. , tom. I.er, p. 3 3 7-

reçoit les lymphatiques des extrémités inférieures, du tronc, de l’extrémité supérieure gauche et de la partie latérale gauche de la tête et du cou : ce canal se termine dans la veine sous-clavière gauche, et quelquefois dans la jugulaire, par un ou deux orifices garnis de valvules pour empêcher le reflux des liquides. Les lymphatiques du bras droit et de la partie latérale droite de la tête, du cou et du thorax, se terminent dans la veine sousclavière de ce côté par un tronc vasculaire très-court , appelé grande veine lymphatique droite.

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