‹ Essai sur les variations de l'urée et de l'acide urique dans les maladies de foieChapitre 11 sur 24 · j >-i to · texte numérisé non relu

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Lésions des voies biliaires et altérations du parenchyme hépatique concomitantes.

§ I. — Maladies avec augmentation du taux de l’urée.

Les affections du foie dans lesquelles on a jusqu’à présent constaté une augmentation du taux de l’urée paraissent être de celles qui n’intéressent pas d’une façon grave le parenchyme hépatique autant qu’on en peut juger du moins par les phénomènes cliniques. Tels sont par exemple, l’ictère, les congestions hépatiques.

Ictère. — Les auteurs classiques ne signalent aucune modification des principes azotés de l’urine ictérique. Ceci paraît étonnant, car dans aucune autre maladie peut-être, ce liquide n’a été plus étudié sous le rapport de ses propriétés physiques et chimiques. Les observations que rapporte M. le professeur Bouchardat et dont l’une remonte à 1846, ne laissent cependant aucun doute à ce sujet.

Voici ces observations :

Observation I (1).

M..., ouvrier bijoutier, âgé de 22 ans, entra à l’Hôte'-Dieu le 11 janvier 1844 ; il fut couché au n° 29 de la salle Sainte- Madeleine, dans le service de M. Chôme]. Ce jeune homme, bien constitué et d’une grande force, éprouva une joie subite et extraordinaire en revoyant sa mère qu’il croyait morte. Son émotion fut si grande qu’il futpresque subitement affecté d’ictère Effrayé de lv Cvloration de sa peau et de ses yeux, il entra immédiatement à l’Hôtel-Dieu. Son pouls est régulier, durant tout son séjour à l’ hôpital. il n’a pas

(1) M. Bouchardat. Annuaire de thérapeutique, I8!i6, page 328, et Traité de la glycosurie et du diabète sucré note VIII.

— (iO —

eu de fièvre ; il rendait des urines abondantes, chargées en couleur (vert brunâtre), et qui laissaient déposer un précipité considérable d’une couleur rougeâtre.

Du 13 au 14. Les urines furent recueillies exactement pendant vingt-quatre heures, il en rendit 3 litres 73 centilitres. Leur couleur est foncée, leur densité considérable ; elle est égale à 1,031 à -j- 10 c.; elles laissent un précipité rougeâtre très-abondant qui, mis en digestion avec l’éther, le colore fortement en jaune. J’ai déterminé dans cette urine la quantité des principes fixes et la proportion exacte d’urée et d’acide urique.

Les principes fixes pour 1 litre étaient de 38 grammes 90 centigrammes : pour les urines de vingt-quatre heures, 220 grammes 87 centigrammes. La quantité d’acide urique impur était par litre de 3 grammes 22 centigrammes, et la proportion d’urée de 38 grammes 42 centigrammes et de 133 grammes 6 centigrammes pour les vingt-quatre heures; proportion énorme dont je n’ai jamais approché dans aucun autre cas. Cette urine contenait en outre la matière colorante de labile; mais je n’avais pas déterminé la quantité.

L’ictère diminua rapidement, et la quantité d’urée décrût aussi vite.

Du 14 au 13. La quantité d’urine rendue dans les vingt-quatre heures ne fut plus que de 2 litres 40 centilitres ; sa densité était restée la même, et par le repos le dépôt rougeâtre était moins abondant. Les proportions des principes fixes étaient encore de 52 gr.; mais pour les vingt-quatre heures il n’y en avait plus que 140 gr. La proportion d’acide urique par litre était de 2 gr. 47 centigr., celle d’urée de 37 gr. 16 centigr. et 89 gr. 18 centigr. pour les vingtquatre heures.

Du 15 au 16. Les progrès vers la guérison furent considérables, la malade rendit 2 litres 60 centilitres d’urine; mais leur densité n’était plus que 1,013, leur couleur à peu près normale et le dépôt rougeâtre presque nul. La proportion des principes fixes, dans 1 litre d’urine, n’est plus que de 24 gr. 70 centigr. et pour les vingtquatre heures elle est réduite à 64 gr. 22 centigr. La proportion d’urée par litre est de 14 gr. 21 centigr., et dans l’urine de vingtquatre heures elle est de 46 gr. 94 centigr. L'ictère diminua rapidement, et le jeune homme sortit de l’hôpital sans qu’il eût offert d’autre symptôme que la coloration ictérique de la peau qui l’avait seulei nquiété.

— fi I —

Observation II (1).

M. D... est âgé de 55 ans. A la suite d’une violente contrariété, il fut pris subitement d’un ictère intense avec complète anorexie. Je ne le vis que deux jours après l’invasion de la maladie, il n’avait pas de fièvre, le nombre des pulsations était de 56, bien au-dessous de son rliythme normal. Je fis recueillir aussitôt l’urine rendue pendant vingt-quatre heures. La quantité en fut de 3 litres 40, le degré densimétrique ramené à la température de 15 fut de 12° 1/2.

La couleur de ces urines est foncée; elles laissent un précipité rougeâtre, abondant, qui, mis en digestion avec l’éther, le colore fortement en jaune. Cette urine évaporée laissa pour 3 litres, 84 gr. 3 de matériaux fixes contenant 57 gr. 2 d’urée pour vingt-quatre heures. Cette proportion, sans être aussi considérable que dans l’observation précédente, n’est pas moins très-élevée pour un homme à la diète; et il est probable que les jours précédents elle était encore plus considérable, car d’après ce qu’on m’a rapporté, la quantité d’urine rendue était plus élevée avec un dépôt plus abondant qui annonçait une plus grande concentration. M. D... se rétablit de même que le malade précédent

Le premier cas est remarquable à cause de la proportion énorme d’urée (133 grammes 6) rendue dans les vingt-quatre heures et cela dans un moment où l’ictère exerçant son influence sur le pouls, en déterminait le ralentissement (56 pulsations), et rendait, par conséquent, l’affection tout à fait apyrétique.

Le deuxième cas, toujours avec absence de fièvre, offre dans le chiffre de l’urée une élévation moindre, 57 grammes 2 dans les vingt-quatre heures.

Dans un mémoire important qui va prochainement paraître et dans lequel M. Brouardel, nous n’en doutons

(1) M, Bouchardat. Annuaire de thérapeutique, 1869, p. 237.

pas, élucidera la question difficile et peut-être encore si discutable qui nous occupe, il est fait mention de 5 ou 6 cas d’ictère spasmodique qui , examinés au point de vue des variations de l’urée, ont offert durant les premiers jours une augmentation constante de ce principe.

Les quelques observations suivantes quoique moins concluantes, n’en sont pas moins intéressantes, car elles permettent de suivre les relations qui existent entre l’excrétion de l’urée et de l’acide urique dans l’ictère.

Harley (1) avance que dans les maladies non malignes du foie, surtout vers leur dernière période, l’acide urique se trouve très-diminué. « J’eus une admirable occasion de vérifier ce que j’avance, dit-il, dans un cas d’ictère à terminaison fatale, sur les causes duquel les opinions étaient partagées : quelques personnes du métier pensaient avoir affaire à un cancer ; d’autres songeaient à une obstruction de cause non maligne ; cette dernière opinion reposait surtout sur co fait que l’acide urique n’était pas en excès dans l’urine. Je pus suivre ce cas avec soin jusqu’à sa terminaison; au fur et à mesure que le foie cessait de remplir ses fonctions normales, l’acide urique diminuait, jusqu’à ce que finalement il eût disparu d’une façon absolue de l’urine» (2).

Sans aller aussi loin que l’auteur anglais, nous pen-

2 novembre.

1er décembre 12 décembre.

Dates.

Quantité d’acide rendue en 24 heures.

1705 cc.

1333 ce.

1023 cc.

Quantité d'acide urique en 24 heures.

0 gr. 511 0 gr. 260 Nulle.

(1) Hariey. Urine et ses altérations pathologiques, 1^75, p. 86.

(2) On jaundice and diseases of the Liverand Pancréas, p. 71.

sons que dans certains cas d’ictère, l’acide urique diminue d'une manière notable.

L’observation VI nous paraît être assez intéressante à cet égard.

Les quantités d’acide urique décroissent progressivement : 0,75, 0,52, 0,28, 0,25, 0,22, 0,20.

Dans cette même observation on peut également remarquer les variations simultanées et concordantes de l’urée et de l’acide urique.

L’augmentation de l’urée avec un pouls non fébrile est manifeste dans les observations VIII et IX. Dans un cas le nombre des pulsations étant de 64, le chiffre de l’urée excrétée a atteint 60 gr. Dans l’autre la quantité rendue fut de 55 gr. avec 66 pulsations.

L’observation YII est encore plus nette. En effet le malade rend 50 grammes d’urée avec 54 pulsations, puis 45 grammes avec 52 pulsations seulement.

Observation III (Inédite) (1).

Le nommé Patinot, âgé de 20 ans, entre à la salle Saint-Augustin le 12 juillet 1869 (Hôpital Saint-Antoine).

Le 12. Le malade a des nausées sans vomissements ; perte d’appétit; pas d’épistaxis, selles grises. L’ictère a paru le 9 juillet précédé d’un peu de frisson. L’urine tache le linge. Douleurs très-intenses dans les jambes, lesbrasetle tronc. Démangeaison à la peau. Soir. P. 80. T. 37,8.

Le 13. P. 76. T. 37,5. L'appétit revient.

Analyse des urines. — Urée 55 gr. ; acide urique 0,80.

Le 14. Urines jaunâtres, selles colorées. P. 80. T. 37,6. Soir. P. 84. T. 37,9.

Le 15. P. 64. T. 37,7. Soir. P. 66. T. 37,8.

(1) Les observations 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9, nous ont été communiquées par M, le Dr Quinquaud.

Le 16. P. 60. T. 37,3. 1,800 gr. d’une urine jaune ictérique. Urée 28 gr. ; acide urique 0,34.

Le 19. Urine brunâtre, 1,200 gr.

Le 21. Urine l,000gr., urée 23 gr., acide urique 0,24,

Le 24. Le malade va à Vincennes (l).

Observation IV (Inédite).

Le 24 mai 1869, le nommé Sorieul, âgé de 53 ans, boutonnier, entre à la salle Saint-Augustin, n° 18 (hôpital Saint-Antoine).

Il a eu en Afrique des fièvres dont il a parfaitement guéri. Dans l’espace de deux ans il a eu deux fois la jaunisse. La première fois la jaunisse était accompagnée d’une congestion hépatique qui a fini par disparaître. C’est à la suite d’une émotion morale qu'il a contracté la deuxième jaunisse du fait de laquelle il est resté six semaines malade. Actuellement il a commencé par ressentir des coliques très-fortes qui ont duré deux jours; puis, il a eu quatre ou cinq frissons, avec claquement des dents et c’est six jours après seulement que l’ictère a paru.

Le 23. P. 92. T. 38,6. Etat actuel: Signes de catarrhe gastrique; ictère; urines tachant le linge et offrant la réaction caractéristique par l’acide nitrique; prurit. Soir. P. 96. T. 38,8.

Le 26. P. 96. T. 38,6.

Analyse des urines. — Urée 44 gr. ; acide urique 0 gr. 53. Soir. P. 108. T. 38,7.

Le 27. P. 86. T. 37,4. Soir. P. 84. T. 38,4.

Pendant le 26 et le 27. L’ictère a augmenté d’intensité.

Le 28. P. 78. T. 37,4.

Analyses des urines. — Urée 46 gr. ; acide urique 0,52. Soir. P. 88. T. 37,6.

Le 29. P. 82. T. 37. Prurit persistant. Soir. P. 68. T. 37,5.

Le 30. P. 68. T. 37,2. Le prurit est moins intense.

14 juin. Le malade sort amélioré, l’appétit est revenu, il se sent bien; l’ictère a diminué d’intensité.

L’analyse des urines faite à ce momeut donne: urée 23 gr., acide urique 0,27.

Observation V (Inédite).

Le 12 juillet 1869 la nommée Harel, cuisinière, âgée de 29 ans,

(1) Le dosage de l'urée a été fait au moyen du procédé de Liebig.

entre à la salle Sainte-Adélaïde, n° 13, hôpital Saint-Antoine, service de M. le Dr Lorain.

Elle raconte que le 9 juillet, allaitant et étant à l’époque de ses règles, elle fut fortement émotionnée: quelques jours avant, elle était déjà souffrante.

Le 9, au soir. Elle vomit des glaires toute la nuit.

Le 11 . Elle eut la jaunisse.

Le 13. On constate une teinte ictérique nette. P. 72. T. 37,6.

Sensibilité au niveau de l’épigastre et de la vésicule biliaire, tension épigastrique, selles décolorées, cendrées; urines à réaction caractéristique ; démangaison à la peau.

L’analyse de l’urine des vingt-quatre heures donne les résultats suivants: urée 60 gr., acide urique 1,20.

La sensibilité au creux épigastrique disparait dans les jours suivants, l’appétit revient et la malade sortie 19 juillet en ayant conservé une teinte subictérique. A ce moment on trouve dans les urines : urée 30 gr., acide urique 0,50.

Observation VI (Inédite).

Le 31 juillet 1869, entreau n° 15 de la salle Saint-Augustin (hôpital) le nommé Maisonneuve, âgé de 24 ans.

Il'raconte qu’il n’a jamais eu de rhumatisme. Cependant, il y a un an, il aurait éprouvé à la région plantaire une douleur pour laquelle il est resté un mois au lit. Le pied était gonflé. En ce moment il a des nausées, bien que l’appétit soit conservé. Il n’éprouve d’ailleurs ni frisson ni chaleur. Depuis onze jours, les urines sont décolorées et depuis six jours, le malade a remarqué qu’il avait la jaunisse. En même temps que la jaunisse ont apparu des douleurs articulaires pendant cinq jours. Les jointures n’ont jamais été gonflées.

Ie1' août. Etat actuel. — P. 70. T. 37,8. Appétit conservé; selles décolorées ; le foie sans être volumineux est un peu sensible à la pression ; pas de prurit à la peau, pas d’épistaxis; tension abdominale; teinte jaune de la peau et des sclérotiques, douleurs sourdes dans les jointures ; pas de sueur.

Analyse de l’urine des vingt-quatre heures. — Urée 62 gr. ; acide urique 0,75. Soir. P. 72. T. 38.

Le 2. P. 66. T. 37,6. Soir. P. 68. T. 37,8.

Le 5. P. 64. T. 37,5.

Analyse de l'urine des vingt-quatre heures. — Urée 50 gr., acide urique 0,52.

Le 6. P. 80. T. 37,8. Soir. P. 84. T. 38.

Le 7. P. 88. T. 38,2. Douleurs des mollets moins vives. Taches bleues très-nettes aux cuisses et à la partie postérieure du tronc.

Analyse de l'urine de vingt-quatre heures. — Urée 42 gr. ; acide urique 0,28. Soir. P. 112. T. 38,6.

Le 8. P. 84. T. 37,5. Les sueurs persistent. Soir. P. 84. T. 38,2. La teinte ictérique diminue.

Le 9. P. 82. 37,8.

Analyse de l'urine des vingt-quatre heures. — Urée 32 gr. ; acide urique 0,25. Soir. P. 86. T. 38,8.

Le 10. P. 78. T. 37,4. Le malade s’est promené, les lâches bleues restent encore très-apparentes à la partie postérieure des cuisses. Urée 25 gr. ; acide urique 0,22. Soir. P. 80. T. 38.

Le il. P. 66. L’appétit revient. Urée 22 gr. ; acide urique 0,20.

Le malade sortie 14 et va à Yincennes, conservant encore une teinte ictérique qui a cependant beaucoup diminué (d'intensité.

Observation VII (Inédite).

Le 11 septembre 1869 le nommé Cantin (Antoine), âgé de 18 ans, cuisinier, entre à la salle Saint- Augustin, n° 3, hôpital Saint- Antoine.

Habituellement bien portant, fort et robuste, ne faisant pas d’excès alcooliques, ce malade fut pris, il y a deux jours, au milieu d’une parfaite santé, de céphalalgie, de douleurs dans les reins et dans les jambes; pas de diarrhée ni de coliques. Soif, nausées sans vomissements.

Le 17, soir. Cet état persiste encore aujourd’hui. P. 94. T. 39.1.

Analyse des urines des vingt-quatre heures. — Urée 62 gr. ; acide urique 0,40.

Le 18. Même état; pas détachés rosées, faiblesse générale, douleurs musculaires ; bouche amère, pâteuse. Léger enduit jaunâtre de la langue. P. 88. T. 38,6.

Analyse des urines. — Urée 45 gr. ; acide urique 0,45. Le soir, apparition d’une légère teinte jaune des sclérotiques et du visage. Douleur et tension épigastrique. P. 80. T. 38,4.

Le 19. P. 54. T. 37,7. La teinte subictérique est très-nette; l’acide nitrique détermine une coloration verdâtre des urines. Pas

de douleur abdominale. Céphalalgie moins vive. Urée 50 gr. ; acide urique 0,50. Soir. P. 56. T. 38,6.

Le 58. P. 55. T. 37,9, Pas de diarrhée; insomnie, céphalalgie moins vive. Soif intense, bouche amère. Urée 45 gr. ; acide urique 0,48.

Le 21. P. 41. T. 37,4. Pas de céphalalgie. Le malade se trouve très-bien ; la teinte ictérique est devenue intense. Soir. P. 50. T. 37,4.

Le 22, P. 48. T. 36,7. L’ictère ne diminue pas.

Le 23. P. 48. T. 36,8. Urée 38 gr. ; acide urique 0,35. Soir. P. 52. T. 37.

Les jours suivants la température et le pouls varient un peu; le malade se trouve bien.

Observation VIII (Inédite).

Le 18 juin 1869 est entrée au n° 14 de la salle Sainte-Adélaïde, hôpital Saint-Antoine, la nommée Virginie, âgée de 32 ans, chif fonnière, quia contracté, iljy a trois semaines, des boutons aux parties génitales.

Il y a un mois, elle a éprouvé des nausées avec perte d’appétit, sans douleurs abdominales. Huit jours après l’ictère s’est montré. Le foie dépasse les fausses côtes de deux travers de doigt. Actuellement l’appétit est revenu. P. 64. T. 37,5. Urée 60 gr. ; acide urique 1 gr.

L’urine analysée à la sortie de la malade a donné : urée 25 gr. ; acide urique 0,32.

Observation IX (Inédite).

Le 18 juin 1869 est entrée à la salle Sainte-Adélaïde, n° 13, hôpital Saint-Antoine, service de M. le D'’Lorain, lanommée Hubert (Laurentine), âgée de 41 ans, travaillant dans une fabrique de boutons. Elle raconte qu’elle est bien réglée et qu’elle ne s’est jamais aperçue qu’elle fût malade. Depuis un mois elle a aux parties génitales externes des plaques muqueuses.

Il y a six jours elle a eu des nausées, de l'embarras gastrique sans douleurs abdominales et actuellement elle a de l’ictère.

Le foie est un peu congestionné et augmenté de volume. P. 66. T. 37,7.

Analyse des urines des vingt-quatrp heures. — Urée 55 gr. ; acide urique 0,62.

Au bout de quelques jours, la malade sort en conservant une teinte subictérique. Au moment de sa sortie l’analyse a donné comme résultat: urée 26 gr. ; acide urique 0,22.

Congestion hépatique. — Elle donne lieu à une augmentation d’urée : du moins l’observation X tendrait à le prouver puisque ce principe s’est élevé, pendant plusieurs jours, aux chiffres considérables de 43 gr. 45, 47 gr. et 54 gr. 75.

« Lorsque le foie devient le siège d’une congestion, dit M. Parkes, l’activité des cellules augmente et, avec elle, l’urée et l’acide urique. » (1)

Parmi les maladies de l’appareil hépatique qui compliquent le diabète, M. Bouchardat a constaté assez fréquemment l’engorgement simple du foie (2). Or, ne pourrait-on pas considérer certains cas d’azoturie liés au diabète comme dépendant d’une affection congestive du foie? Il y aurait là, du même coup, exagération de la fonction glycogénique et de la fonction désassimilatrice.

Si parfois l’augmentation dans l’excrétion de l’urée tient à la quantité d’aliments azotés que prennent les malades, elle peut en être indépendante.

Ainsi, chez un malade qui mangeait à peine, M. Bouchardat vit que la quantité d’urine rendue dans les vingtquatre heures renfermait 45 grammes d’urée.

Il nous reste à examiner maintenant une maladie, la goutte, qui doit peut-être a la coexistence d une aflec-

(1) The Lancet, t. I, april 8.

(2) M. Bouchardat. Du diabète sucré, 1875, p. 80.

tion congestive du foie, la production exagérée d'acide urique qui la caractérise.

La congestion hépatique est fréquente dans la goutte : parfois même, avant que les pieds soient attaqués, le foie des goutteux devient volumineux et sensible à la pression. Souvent, dans ce cas, la vésicule du foie présente des calculs qui, par leur irritation lente, déterminent ces fréquentes congestions. Ailleurs c’est à la seule diathèse goutteuse qu’il faut attribuer l’hyperémie hépatique.

Dans son Traité (1), Gairdner a signalé parmi les phénomènes qui font présager l’accès de goutte, la tuméfaction du foie.

Pour Scudamore (2), l’excès d’acide urique n’est jamais plus remarquable que dans le cas où le foie et les organes d’assimilation sont immédiatement affectés dans la maladie. D’après lui encore, beaucoup de goutteux présenteraient, dans leur constitution, l’évidence d’une diathèse bilieuse avant et subséquemment à la goutte, comme cela est prouvé par leur disposition à la jaunisse et à d’autres affections du foie.

M. Galtier-Boissière (3) a également signalé, d’après son expérience personnelle, l’accroissement temporaire du foie qui prélude aux accès.

De plus, les auteurs précédents ont fait remarquer que la répétition fréquente de ces hyperémies peut occasionner à la longue une tuméfaction permanente du foie.

Le fait intéressant pour nous, c’est la coïncidence de

(1) Loc, cit ., p. 171.

(2) Scudamore, loc. cit., p. 141.

(3) Loc. cit., p. 155.

cette hyperémie hépatique , avec l’accroissement de l’acide urique dans le sang, qui, d’après M. Garrod, commence à se produire dans la période qui précède l’apparition des accès de goutte, continue pendant leur durée et s’efface dans les intervalles. Il existe certainement une relation entre les deux phénomènes : dans le foie malade, l’acide urique se forme en excès, puis il s’accumule dans le sang et contribue à provoquer le développement de l’accès de goutte.

Observation X (1).

Congestion hépatique intense.

Le nommé X..., âgé de 27 ans, polisseur de glaces, a été soldat pendant dix-huit mois au Sénégal (1870-1871) où il a eu trois mois de dysentérie et la fièvre intermittente tierce. Dans l’hiver de 1872 et celui de 1873, il a eu la fièvre intermittente durant un mois. Cet homme boit 1 litre 1/2 ou 2 de vin par jour, et I ou 2 petits verres d’eau-de-vie le matin à jeun. Il a le sommeil troublé par des rêves et souvent des vomissements le matin. Malade depuis le 1er novembre 1873, il a eu pendant quinze jours des digestions difficiles, une vague céphalalgie et delà constipation. Ce n’est que le 15 novembre qu’il a été obligé de se mettre au lit. Ce jour-là, il a été pris, deux heures après son déjeuner, d’un violent frisson suivi de chaleur et d’une sueur abondante, jusqu’à six heures du soir. Eu même temps a commencé une violente céphalalgie qui persiste encore. Depuis ce jour, il passe toutes les nuits dans l’insomnie, l’assoupissement ou des rêvasseries : il a une courbature générale, et des douleurs plus prononcées dans les jambes et dans le dos. Aujourd’hui 19 novembre, on constate, outre ces phénomènes, une douleur continue dans l'hypochondre droit, qui est sensible à la palpation, une légère augmentation du foie à la percussion, une constipation absolue, un abattement prononcé et un ictère intense qui date du 18. La langue est sèche et un peu fuligineuse, l’appétit nul et la soif très-vive. La parole est lente et fatiguée.

(1) Thèse de M. le Dr Fouilhoux, 1874, Paris.

Depuis ls 15, le malade vomit le peu d’aliments qu’il a essayé de prendre. Il a eu une épistaxis avant-hier 18; sécheresse de la peau.

Le 10, soir. T. 38. Le foie mesure 13 centim. de hauteur, et la rate 9 centim. Urines de coloration ictérique très-intense, peu acides.

Le 20. Ce matin, P. 90. T. 37,8. Large vésicatoire volant sur la région hépatique. Tisane de chiendent ; extrait de quinquina, 3 gr. et 1 gr. de calomel; bouillons et potages, 24 centilitres de vin de Bordeaux. Le soir la céphalalgie a diminué. P. 98. T. 38,1. Il y a trois garde-robes légèrement diarrhéiques et décolorées. Les crachats renferment un peu de sang qui provient du nez et de la bouche.

Le 21. La céphalalgie a presque disparu; la langue moins noire est récouverte d’un épais enduit. La peau est sèche le matin, mais il y a eu des sueurs abondantes la nuit. On aperçoit une légère desquamation furfuracée sur le visage. La douleur de l’hypochondre est moins vive. La diarrhée légère de la veille continue aujourd’hui, mais les matières ne sont plus décolorées. — Lavement émollient; même traitement: scammonée 15 centigr., calomel 26 centigr.

Le 22. Presque plus de douleur dans le côté droit; la langue poisseuse; appétit toujours nul, soif vive. Encore un peu de sangdans l’expuition. La teinte ictérique paraît moins foncée. Plus de sueur, un peu de sécheresse de la peau. Plus de céphalalgie, sommeil la nuit dernière. Une garde-robe diarrhéique et de couleur normale; mêmes prescriptions. P. 88. T. 37 ce matin.

Le 23. Mieux sensible, ictère bien moins prononcé, plus de céphalalgie ni de douleur hépatique; les crachats renferment encore un peu de sang provenant du nez. Langue moins collante, humide; on remarque depuis deux jours un peu d’exsudation épithéliale sur la muqueuse buccale. Peau moite, pas de sueurs; démangeaison générale. Pas de diarrhée ; même alimentation avec bouillons et potages; lavement émollient; potion avec 2 gr. de bicarbonate de soude. Matin. P. 80. T. 37,4.

Le 24. Mieux prononcé ; même état des voies digestives ; beaucoup de soif et de frissons. Peu de sommeil mais plus de calme. Sueurs légères la nuit. L’ictère est encore moins prononcé. Il ne reste qu’une faiblesse générale. Les crachats ne contiennent plus de sang : môme régime. Deux garde-robes diarrhéiques. P. 83 . T. 37,6 le matin.

Le 25. L’ictère diminue de plus en plus. Le malade ne présente aucun symptôme particulier. Le foie est encore un peu volumineux. Peu de diarrhée. Sueurs légères pendant la nuit. Matin. P. 76. T. 37,4.

Le 26. Langue presque normale; un peu d’appétit. Sueurs abondantes la nuit précédente. Amaigrissement assez prononcé depuis quelques jours. Le malade prend toujours 3 gr. bicarbonate de soude. Diarrhée légère. Matin : P. 76. T. 37,6.

Le 27. Sommeil assez prolongé; les sueurs nocturnes sont toujours abondantes ; constipation. Le malade prend pour la première fois quelques aliments: œuf, poulet et potages. Matin : P. 80. T. 37,6. Soir :

Le 28. Les aliments ont été bien supportés. Même état des voies digestives. P. 60. T. 37,1. Urines un peu moins foncées, légèrement alcalines.

Le 29. Rien de particnlier dans l’état général. Même alimentation. P. 60. T. 37,4 le matin. Urines sédimenteuses (urates), neutres.

Le 30. Eruption de trois furoncles au niveau de la mâchoire inférieure du même côté droit, sur le trochanter du même côté et dans le dos.

lor décembre. On incise deux furoncles. Le malade va de mieux en mieux. L’appétit et les forces vont en augmentant. L’ictère pâlit de plus en plus. Légère diarrhée. P. 60. T. 38,6 le matin.

Le 2. Sommeil prolongé et calme ; la langue est un peu saburrale. — Côtelette, poisson, potages.

Le 2. Les furoncles incisés sont guéris. Celui de la région dorsale est ouvert par le bistouri. La démangeaison persiste, la nuit surtout. Appétit modéré.

A dater de ce jour, la convalescence suit une marche régulière et rapide. Mais le malade ne se lève qu’à partir du 8 décembre et pendant quelques instants seulement.

JOURS

du

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