CHAPITRE II
« Le foie n’est plus, dit Monneret (1), considéré aujourd’hui comme un simple organe de la sécrétion biliaire. La doctrine de Galien, un moment ébranlée par Riolan , mais étayée de nouveau par les expérimentateurs modernes, a prévalu. Elle montre qu’il se passe dans cet organe des métamorphoses importantes de la matière animale, que le sang y subit une élaboration profonde, peut-être même que l’élément globulaire s’y forme et que les matières albuminoïdes et les hydrocarbures concourent à la formation du sang.
M.C1. Bernard s’est efforcé de mettre dans le foie la production de la glycose et le foyer principal de la calorification » Ces quelques lignes résument les fonctions phy-
siologiques du foie, admises de nos jours, soit que ces fonctions s’exécutent dans deux organes de texture différente, mais associés, la g’ande vasculaire sanguine pour la substance glycogène et la glande en grappe composée pour la bile, soit qu’au contraire, les rapports les plus intimes existent entre les origines des deux systèmes biliaire et glycogénique.
Le rôle du foie envisagé de cette façon parait assez simple. Il est vrai de dire que, pour certains physiologistes, tout ne se borne pas à une production de bile et de matière glycogène, mais que le foie remplit d’autres fonctions importantes, ce qui peut faire justement pen*
(1) Traité de pathologie interne, t. I.
ser que le complexus fonctionnel de cet organe n’est qu’en partie connu jusqu’à ce jour.
Des travaux récents, basés sur des preuves expérimentales et sur des faits d’ordre clinique, tendent a faire admettre pour le foie une autre fonction qu’on pourrait appeler désassimilatrice, car elle aurait pour résultat principal la formation des deux grands produits de la désassimilation azotée, l’urée et l'acide urique.
Entrevue il y a longtemps par Prévost et Dumas (1), et par M. le professeur Bouchardat (2), l’existence de cette nouvelle fonction du foie a reçu de M. G. Meissner (3) la première sanction expérimentale.
Avant d’étudier l’état actuel delà science à cet égard, il ne nous paraît pas inutile de passer rapidement en revue les explications qu’on adonnées jusqu’à présent de la production de l’urée et de l’acide urique, et de voir où cette fonction a été successivement localisée.
§ 1. — ORIGINE ET ÉLIMINATION DE l’uRÉK.
a. L’existence de l’urée a été constatée dans la plupart des liquides de l’organisme.
Cette substance, une fois reconnue et trouvée dans l’urine, fut recherchée d’abord dans le sang. Les premières analyses n’y dénotèrent point sa présence, attendu qu’elle y existe en quantité très-faible : encore cette quantité est -elle variable, suivant les organes que le sang a traversés. La moyenne, à l’état normal, est de 0 gr. 016 pour 100 d’après M. Picard, ou 0 gr. 018 pour 100 d’a-
(1) Loc. cit.
(2) Loc. cit.
(3) Heule’s Zeitsch. Bd. XXXI, p. 144.
près Marchand. Celte proportion diffère chez les animaux, selon les espèces et les individus.
En sortant d’un organe, le sang contient moins d’urée qu’en y entrant. Des expériences comparatives sur la proportion de l’urée dans le sang de l’artère et de la veine rénales, ont été faites par M. Picard sur des chiens (1). Dans un cas, le sang artériel renfermait 0,0365 pour 100 d’urée, et le sang veineux seulement 0,0186 pour 100. D’après Gobley et Poiseuille, les différentes quantités d’urée que le sang contient à son entrée et à sa sortie d’un organe, prouveraient que ce produit n’est pas seulement excrémentitiel, mais qu’il subit en partie des dédoublements,
M. Wurtz, ayant analysé la lymphe du chien, du cheval et du bœuf, y a trouvé une proportion d urée beaucoup plus forte que celle qui est normalement contenue dans le sang, environ 2 pour 1000 (Wurtz. Comptes rendus de l'Académie des sciences , 1859).
Pour être complet, il nous faudrait examiner les travaux de Nysten, Simon, Bouchardat, Quevenne, bavre Millon, Wœhler, etc. ; nous nous contenterons de citer les quantités d’urée obtenues par M. Picard.
100 parties des humeurs suivantes ont donné à ce
physiologiste :
Lait 0.013
Humeurs de l’œil 0.500
Sueurs 0.08S
Salive 0.035
Liquide amniotique 0.035
Sérosité de l’ascite 0.015
Sérosité du vésicatoire 0.060
(1) l'icard. l>e la présence de l’urée dans le sang. Strasbourg, p. -*8.
La chimie n’a pas encore fourni le moyen de constater avec certitude l’existence de l'acide urique dans le sang, quand l’organisme est à l’état normal. MM. Strahl et Lieberkühn (1) disent n’être parvenus à le découvrir qu’une seule fois dans le sang d’animaux à l’état normal.
Tout récemment, O. Popp a affirmé que labile contient normalement de l’urée, ce qui n’a pas encore été confirmé. Dans certaines maladies, il est vrai, telles que le choléra, l’albuminurie, on peut en trouver des quantités considérables (0,30 pour 100, d’après M. Picard). Parmi les procédés indiqués pour la recherche de l’urée dans ce liquide, nous mentionnerons seulement les deux suivants :
1° Evaporer la bile au bain-marie à siccité : épuiser le résidu par l’alcool et précipiter par un excès d’éther.
Après vingt-quatre heures de repos, décanter, distiller pour retirer l’éther et évaporer de nouveau à siccité au bain-marie. Reprendre le résidu par l’eau : dans la solution, on constatera la présence de l’urée.
. 2° Procédé de O. Popp. — Etendre la bile de son volume d’eau : précipiter par un excès de sous-acétate de plomb, filtrer la liqueur, la traiter par l’hydrogène sulfuré, évaporer à sec. Il reste une masse contenant un mélange d’urée et d’acétate de plomb. On sépare l’urée au moyen d’une série de traitements fractionnés par l’alcool absolu.
b. Les matières azotées, introduites dans l’économie,
(1) Strahl und Lieberkühn. (Archiv für physiologische lieilkunde, 1849, t. VIII.
Genevoix. /.
subissent une série de transformations dont le dernier terme est l’urée. La majeure partie de l’azote est, en effet, contenue dans ce principe : sur 20 parties d’azote, 17 passent à l’urée (Budge). Il n’est donc pas étonnant que de toutes les matières animales, ce soit l’urée qui renferme le plus d’azote (46.7 p. 100).
Mais indépendamment des métamorphoses organiques qui résultent de la désintégration des tissus, l’urée peut provenir de l’excès d’aliments azotés, introduits dans la circulation. C’est ce qui ressort des expériences faites par von Franque sur lui-même (1).
URÉE