‹ Essai sur les variations de l'urée et de l'acide urique dans les maladies de foieChapitre 8 sur 24 · PAR HEURE · texte numérisé non relu

PAR HEURE

Grammes. Grains.

Pour chaque livre du

poids du corps.

Grammes. Grains.

Ce tableau montre qu'avec un régime animal, la quantité d’urée excrétée est beaucoup plus considérable qu’avec un régime mixte, faiblement ou nullement azoté.

Bischoff, Voit, Parkes pensent que l’urée ne provient pas directement de l’excès d’aliments ingérés, mais indirectement de la portion qui a subi des métamorphoses dans les tissus.

(1) Harley. De l’urine et de ses altérations pathologiques.

Pour Neubaüer, une portion de l’urée peut se forme dans le sang par la décomposition de l’acide urique. En donnant à des lapins 2 à 3 grammes d’acide urique avec leur nourriture, la quantité d’urée excrétée en vingtquatre heures s’élevait de 2 gr. 1 à 4 gr. 2. De plus, l’acide urique, soumis à l’action du permanganate de potasse, se transforme en diverses substances, entre autres, l’urée.

Terme moins parfait de la transformation des albuminoïdes, l’acide urique qui renferme 33,33 pour 100 d’azote, semble également tirer son origine de la désintégration des tissus azotés et de l’excès des aliments albuminoïdes transformés.

Dans l’état de santé , tout ce qui augmente la dose d’urée éliminée, diminue celle de l’acide urique, et réciproquement tout ce qui tend à diminuer la dose d’urée, augmente la quantité d’acide urique dans les urines.

Ceci nous amène à voir comment on a cherché à expliquer la formation de l’urée.

Prévost et Dumas, Gmelin, Müller, Claude Bernard, Barreswil, Neubaüer et autres physiologistes regardent l’urée comme le produit de l’oxydation des matières albuminoïdes.

Les principes albuminoïdes exposés à l’action de l’eau et de l’oxygène de l’air, se décomposent facilement pour donner du carbonate d’ammoniaque, et cette transformation dépend de la fixation d’une certaine quantité d’oxygène par la matière organique azotée. « Il était donc permis de présumer que les matières albuminoïdes, en s’emparant d’une même quantité d’oxygène, pourraient, dans certaines circonstances, ne pas retenir les éléments

de l’eau en même proportion, et produire non du carbonate d’ammoniaque, mais de l’urée » (1).

M. Béchamp, dans des expériences de laboratoire, aurait réalisé cette transformation en soumettant des matières albuminoïdes à l’état de dissolution dans l’eau, à l'action oxydante du permanganate de potasse. Stadeler, Neukom et d’autres ont contesté les résultats de cette réaction et ont obtenu de l’acide benzoïque, au lieu d’urée. M. Ritter a répété les expériences de Béchamp et est arrivé à des résultats identiques.

Certainement, les réactions qui se passent dans l’économie ne sont pas comparables à celles des laboratoires; mais tout en admettant que l’oxydation des matières azotées n’est jamais complète dans l’organisme, certains partisans de la théorie d’oxydation ont cherché à expliquer ainsi la création de l’urée dans l’économie animale.

D’autres, comme Neubauër, ont avancé que. l’urée se produisait en s’oxydant aux dépens de substances azotées devenues inutiles et incomplètement brûlées, telles que la créatine, la créatinine, la xanthine.

Pour M. Robin, l’urée est le résultat des phénomènes de désassimilation. « L’absence de méthode dans la manière d’envisager les actes de l’organisme, la confusion entre les propriétés des éléments- et des tissus et les fonctions, ont conduit à une hypothèse erronée sur la formation de l’urée.

Considérant les produits de l’organisme comme un résultat de l’accomplissement des fonctions, tandis qu’ils dépendent, au contraire, de l’état des propriétés

(1^ Milne Edwards. Leçons de physiologie, t. Vil, p. 400.

de nutrition, les chimistes ont pris à tort ce principe pour un produit de combustion des substances azotées qui serait opérée par la fonction de respiration. Mais il ne se produit rien dans cet acte, où, comme dans l’urination, il n’y a qu’ expulsion de principes formés pendant la désassimilation nutritive. Or, l’urée, ainsi que nombre d’autres principes de la même classe, naît par catalyse dédoublante durant la désassimilation, l’un des côtés du double acte continu de nutrition. » (1).

M. Bouchardat pense également que l’urée provient du dédoublement des principes immédiats azotés. Dans son mémoire sur la production de l’urée dans l’économie vivante, il donne de nombreuses preuves à l'appui de la théorie du dédoublement. A propos de deux cas d’ictère de cause morale, dans lesquels il a observé une augmentation considérable d’urée, il dit : « Dans ces cas, il est évident que l’urée ne résulte pas d’une augmentation dans les phénomènes de la combustion respiratoire, car, à l’encontre de ce qu’on devrait observer dans cette supposition, le nombre des pulsations diminue et la chaleur s’abaisse en même temps qu’il existe une plus grande proportion de matériaux de la bile dans le sang. » Il fait remarquer, ailleurs, que chez les glycosuriques, où l’urée s’élimine en quantité élevée, il y a une notable diminution dans l’énergie des phénomènes respiratoires, et bien souvent un abaissement dans le chiffre de la température (2).

C. Dans quel organe se produisent les dédoublements qui donnent naissance à l’urée ?

(1) Diction, de médecine, Robin et Littré, p. 1586.

(2) Glycosurie et diabète sucré, note VIII,

Cette substance n’est pas formée dans les reins qui sont simplement chargés de l’extraire du fluide nourricier et de l’éliminer de l’organisme. Ce fait fut établi, en 1823, par Prévost et Dumas (1) qui, après l’extirpation des reins et la cessation de la sécrétion urinaire, virent l’urée s’accumuler dans le sang. Ils en conclurent que ce devait être ce liquide qui fournit à ces glandes l’urée qu’elles expulsent (2).

Ces résultats furent confirmés par Claude Bernard et Bareswill, Picard, Meissner. Gréhant. Ce dernier physiologiste montra qu’on obtient les mêmes effets sur la fonction rénale, en liant les uretères ou en pratiquant l’extirpation des reins. D'après lui « le poids de l’urée qui s’accumule dans le sang après la néphrotomie est égal à celui que les reins auraient excrété pendant le temps qui suit l’opération. »

La non production de l’urée par le rein est donc un fait bien constaté. Mais quand il s’agit d’en déterminer le point d’origine, les opinions varient. Prévost et Dumas, puis Millier, Cl. Bernard, etc., admettent que l’oxydation des albuminoïdes se passe dans le système capillaire.

Pour M. Wurtz, elle a lieu dans l’intimité des tissus.

D’après Lehmann, le peu d’urée contenu dans le sang* provient de sa destruction propre qui se fait dans le torrent circulatoire.

Les arguments n’ont pas manqué en faveur de l’opinion que l’urée est en rapport direct .avec les métamor-

(1) Annales de chimie et de physique, t. XXIII, p. 90.

(2) En 1799, dans leur mémoire sur l’urée, Fourcroy et Vauquelin écrivaient : « C’est du sang arrivé par les artères rénales que cette matière azotée (l’urée) se sépare... »

phoses des muscles, ce qui n’aurait rien d’étonnant, d’après Yoït, si l’on songe que ces organes constituent 45 pour 100 du poids total du corps et sont abondamment pourvus de matériaux nutritifs. A ce propos, M. Meissner(l) s’exprime ainsi : « J’ai trouvé dans les muscles des poulets une quantité d’acide urique trèspetite relativement à celle qui existe dans le foie ; cet acide pourrait être l’analogue d’une quantité également très-faible d’urée dans les muscles des mammifères et qui n’a été trouvée jusqu’ici que par Zalesky. » Pour lui, d’ailleurs, cette manière de voir ne s'appuie encore sur aucun fait positif de nature à trancher la question.

Pour d’autres, enfin, des glandes, telles que le pancréas, le foie, seraient chargées de cette production.

Ceci nous ramène à notre sujet principal, le rôle du foie comme organe remplissant une fonction désassimilatrice, d’où résulterait la formation de l’urée et de l’acide urique.

§2. — RÔLE DU FOIE DANS LA PRODUCTION DE l’üRÈE ET

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