‹ Essai sur les variations de l'uréeChapitre 11 sur 70 · Bi · texte numérisé non relu

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Le chiffre d*urée le plus élevé de ce tableau correspond au troisième jour de la maladie. Le lendemain, survient une diminution de 18 grammes, quele traite* ment et les sj^mptômes ne suffisent pas à expliquer, La chute détinitive de l'urée n*arriveque le septième jour. La teinture de digitale semble la rendre encore plus

prononcée. On peut voir que Turée a diminué bien avant la température ; le 25 novembre, il y a encore 40**, et 13 grammes d'urée seulement. L'amélioration, survenue dans Tétat général du malade, le 27, correspond à cette défervescence thermique. La réaction des urines a été tantôt fortement alcaline (au début surtout), tantôt acide.

Observation VIII.

Chez un homme de 50 ans, atteint de pneumonie depuis trois semaines, et en présentant encore les signes aux lobes moyen et supérieur du poumon gauche ; il y avait 9 gr. 50 d'urée seulement pour 600 gr. d'urine, et une quantité minime de chlore. La température était de 39*». Quatre jours après, elle arriva graduellement à 37,3; le chlore fut augmenté, mais Purée resta au chiffre de 10 gr. Elle s'y maintint, à 50 centigrammes près, les jours suivants. On donnait une potion de Tood et des aliments 5 mais Tappétit était presque nul, et l'affaiblissement considérable. La température resta longtemps hyponormale (36,4). L'état local s'améliora difficilement, et je suspendis les analyses de l'urine avant la guérison complète. On peut s'expliquer cet abaissement de tou8 les produits excrémehtitiels (la densité des urines était faible) par la débilité du sujet, le repos, le peu d'aliments, le traitement alcoolique, et peut-être aussi par la nature suspecte de la lésion locale. La chute de la température coïncida avec une abondante polyurie (2 à 3 litres d'urine).

Phthisie pulmonaire.— La fièvre des phthisiques ne donne pas lieu à une bien grande augmentation d'urée. Le chiffre le plus considérable, observé par M. Andral, a été de 14 gr. p. 1000; chez quelques malades, arrivés au dernier degré du marasme, il s'était. abaissé jusqu'à 6 gr. et même 4 gr. p. 1000. c L'affaiblissement de la constitution, Tinsuffisance prolongée de l'alimentation, les pertes journalières qui ont lieu par Texpectoration, les sueurs et la diarrhée, expliquent comment la tuberculisation pulmonaire peut élever la

température sans augmenter toujours Purée, et même ne pas emp<5cher sa dicriinution. » Cette exception et les circonstances qui la détermineot se rencontrent dans d'autres maladies fébriles.

La phthisie aiguë, durant laquelle l'organisme est en proie à une dénutrition rapide et exagérée, doit produire beaucoup plus de déchets organiques. J*ai vu» dans un cas, dix jours avant la mort, les urines rouges, sédimenteuses et très-cliargées d'urates et d*urée.

Emphysème pulmonaire. — Dans un cas d'emphysème pulmonaire compliqué d œdème, de bronchite et d'accidents urémiques, Vogel a rencontré une diminut'on considérable d'urée (10 ù !2 gr.). Les diurétiquesla firent remontera 25 gr.; avec le retour du collapsus, la diurèse cessa et Turée redescendit à 12 gr.

Obsebvation IX.

Chez un homme, âgé de 56 ans, et ajîccté, h la suite d'une lésion cardiaque, d'emphysème et d'œdème pulmonaires^ d*œdème aux membres inférieurs et de congestion hépatique, les urines ont prL'sentê les caractères suivants, le lendemain de son entrée à l'hôpital: volume, ISTOcc; densité» 1024; urée» :t(> gr., 11.

Cinq jours après (4 ntiv.)» rétat général et local s'est aggravé» la respiration est difficile, l'anxiété plus prononcée. Le volume des urines est tombé à 350 c. c. et Turée ù 7 gr,, 76; la densité =^- 1025. La réaction est acide; coloration rouge; dépôt abondant d'urates. A partir de ce jour» ces caractères n*otit pas changé; le volume n'a jamais dépassé 550 c» c* et rurée 9 gr., 50. La quantité de chlore a varié entre 1 gr. 50 et 3 gr. L'analyse des urines n'a pu être faite plusieurs jours avant la mort.

Affeciions cardiaques, — On voit que les complications pulmonaires des maladies du cœur et le ralentissement consécutif de la circulation ont pour effet de

— loi —

diminuer l'hématose et les combustions organiques. Comme ces accidents subissent de grandes variations suivant l'état du cœur, il en résulte que les déchets de l'organisme, quoique généralement diminués, présentent aussi des oscillations très-étendues.- Dans un cas de maladie du cœur, Andral a trouvé, à peu de jours de distance, des chiffres aussi disparates que 4 gr., 8 gr. et 22 gr. d'urée p. 1000.

Une autre complication de ces maladies, VhydropisiCy fait baisser encore plus l'excrétion de Turine et de l'urée, qui suit alors une autre voie, celle des liquides épanchés; elle augmente, quand survient une crise urinaire spontanée ou provoquée. Vogel cite une observation à l'appui de ce fait : l'urée, descendue à 25 gr., s'éleva à 50 et 60 gr., quand la sécrétion urinaire fut devenue abondante, et s'abaissa de nouveau quand la diurèse eut cessé. « Ces variations, dit-il, se répétèrent plusieurs fois. » Il y avait évidemment accumulation d'urée dans l'économie par défaut d'excrétion et par épànchement du sérum sanguin Cette circonstance a pu faire croire que les diurétiques augmentaient la production de l'urée ; ils éliminent seulement celle qui s'est accumulée dans le sang et les liquides épanchés, et ne contribuent à sa production qu'en rendant plus faciles les circulations locales.

Rhumatisme articulaire aigu. — Toutes les matières organiques de l'urine sont augmentées. Bratler a rencontré une fois 60 gr. d'urée. Dans le cours de la période fébrile, ses variations coïncident généralement avec celles de la température, quoique dans cette aflfection la sueur et les épanchements locaux fassent

quelquefois osciller les résultats (Hirtz). En outre, les diverses complications du rhumatisme peuvent aggraver considérablement la maladie» élever même la température, sans que Tanalyse du sang et des urines présente rien de particulier. Un rhumatisme articulaire suraigu, terminé par des accidents nerveux (symptômes de méningite, accès de convulsions et coma, température élevée — 40° à 42*,8), n'a donné le jour et la veille de la mort que 23 gr. 00 et 11 gr. 50 d'urée ; il n*y avait pas accumulation dans le sang (Hœpffner, îoc, cit,)^

L'urée diminue au moment de la défervescence , mais elle subit souvent une augmentation considérable le jour de la crise urinaire.

Dans l'observation suivante, on trouve, le neuvième jour^ 1050 gr. d'urine et près de 40 gi\ d'urée, A partir de ce jour, la quantité d'urine augmente et Turée décroît assez régulièrement. Dans cette série de chiffres, on n*en voit aucun qui corresponde à une crise urinaire, si ce n'est celui du premier jour de Tobservation (Q*-' de la maladie). Mais les fluxionsarticulaires s' étant faites par poussées, dont Fintensité a été régulièrement décroissante, et la température ayant suivi une marche analogue, il se peut très-bien que la crise urinaire ait été insignifiante ou inaperçue. La polyurie arrive progressivement au chiffre de 3 litres 150. Faut-il rattribuer ainsi que la diminution graduelle de l'urée à Tinfluence de la propylamine ? Le jour où ce médicament a été supprimé, la diurèse a baisse rapidement.

Obs. X. — Rhumatisme articulaire aigu (n» 17).

Homme âgé de 20 ans, n'ayant jamais eu de rhumatismes, pris, le 2 octobre 1873, d'une douleur dans le genou droit. D'autres articulations ont été atteintes avant son entrée à l'hôpital Saint-Antoine, le 9 octobre. Maintenant les deux genoux, le coude gauche et les articulations du pied sont affectés. L'examen du cœur révèle un léger souffle à la base et au premier temps. — Prescription ; Tisane de chiendent nitré; propy lamine 1 gr., 50 5 potages et vins de Bordeaux, 24 centil.

Le 10. Les mêmes articulations sont douloureuses ; sueurs modérées ; 3 ou 4 selles diarrhéiques. — 2 gr. de propylamine.

Le 11. Les articulations précédentes vont mieux; le coude droit est pris. — 2 gr. 50 de propylamine ; urines légèrement alcalines, colorées et chargées d'urates.

Le 12. Amélioration; le malade peut remuer assez facilement les articulations malades; douleur légère dans les deux articulations coxo-fémorales ; sueurs peu abondantes. — 3 gr. de propylamine. Le malade prend quelques aliments en très-petite quantité.

Le 13. Douleurs bien moindres, mais généralisées à presque toutes les articulations. Etat général meilleur; anorexie, soif; peau moite. — 3 gr. de propylamine ; pouls régulier.

Le 14. Douleur dans l'articulation coxo-fémorale gauche. Langue presque normale. — Vésicatoire sur la région précordiale.

Le 15. Rien de particulier.

Le 16. Une nouvelle fluxion a atteint le coude et le poignet droits. Les autres articulations ne sont plus douloureuses. Soif vive, frissons et sueurs abondantes. Le malade mange un peu de viande. On donne toujours 3 gr. de propylamine.

Le 17. Les fluxions articulaires disparaissent. Même régime et même traitement.

Le 18 et 19. Rien de nouveau dans la maladie et le traitement.

Le 20. Nouvelle douleur dans l'épaule droite. Les autres articulations sont libres. Céphalalgie légère : sueurs nocturnes, appétit assez développé. On supprime la propylamine.

Les urines deviennent moins abondantes.

Le 21. Presque plus de douleurs articulaires.

Le 22. Douleurs peu intenses à la hanche gauche. Le malade se plaint d'un peu d'oppression. Bain de vapeurs.

Le 23. Le bras droit est encore un peu douloureux.

Le 24. Amélioration générale et locale depuis le bain de vapeurs. On en prescrit un second. Le malade prend un degré de nourriture. La convalescence est confirmée. Il n'y a pas de nouvelle fluxion articulaire.

Jours

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Goutte. — La production de l'acide urique est exagérée, mais ce fait n'est pas spécial à cette maladie. Il n'existe pas d'analyse assez rigoureuse pour établir les rapports qui doivent relier les variations de l'urée à celles de l'acide urique dans le sang et les urines. D'après une analyse très-précise de Neubauër, il n'y aurait pas de différence entre l'urine des accès et celle de leur intervalle. Dans plusieurs cas de goutte aiguë, le sang et la sérosité d'un vésicatoire ont renfermé un excès d'urée. (Garrod.)

— lOo — détournée de sa destination physiologique sans que la composition de ce liquide soit modifiée. Mais jusqu'ici, la difficulté de doser Talbumine à mis obstacle à ce genre de recherches.

Au début de la néphrite albumineuse, on n'observe pas une grande diminution de la quantité d'urée ; elle n'arrive qu'avec les progrès de la résion rénale, l'anémie et la cachexie consécutives aux pertes de l'organisme.

Observation XL

Chez un homme de 35 ans, atteint du mal de Bright depuis plusieurs mois et présentant une anasarque encore peu prononcée et de l'œdème pulmonaire, avec oppression considérable, l'analyse des urines a été faite durant un mois : la quantité de liquide variait de 1,500 à 2,500 centig., grâce au régime lacté (3 ou 4 litres de lait) ; celle de l'urée de 28 gr. à 15 gr. Les oscillations étaient très-irrégulières et sans rapport avec les symptômes ou le traitement. Cependant les chiffres les plus faibles de la série sont les derniers ; à ce moment l'œdème est devenu plus prononcé, roppression plus grande et les fonctions digestives commencent à faiblir ; il y a aussi des épistaxis. La quantité de chlore est restée normale ; la densité n'a pas dépassé 1018. L'albumine était peu abondante. Un mois après, au milieu des symptômes les plus intenses d'œdème pulmonaire et d*anasarque, la quantité d'urine est tombée à 1008 gr. et l'urée à 12 gr.

€ Dans les cas de lésions rénales, ditBeale, la diminution de l'urée est un signe à peu près certain de rétendue de ces lésions, et sa quantité normale permet d'espérer la guérison, malgré l'albuminurie. »

Il faut cependant excepter le cas où cette diminution aurait pour cause un état cachectique, comme on le voit dans l'albuminurie saturnine. Avant que Timperméabilité rénale, consécutive à l'intoxication, puisse modifier la sécrétion urinaire, il existe des troubles de la nutrition qui diminuent les déchets organiques. A la période des vomissements et des coliques, il y a Fouilhoux. 8

déjà 6 à 7 fois moins d'urée, et l'urine est réduite aux trois quarts de sa quantité normale. Ces variations se prononcent encore davantage avec l'anémie saturnine; et, lorsque la lésion rénale est assez étendue pour faire sentir son influence, ces deux causes réunies font' descendre Furine et Turée à des chiffres très-minimes (Bouchard).

Urémie. — Lorsque le champ de la sé:rétîon urinaire est diminué par une altération du tissu rénal, l'urine et ses principes constituants s*accumulent dans le sang et donnent lieu aux accidents dits ttrénii' ques. On les a d'abord attribués à la transformation ammoniacale de l'urée (Frerichs); mais cette théorie est aujourd'hui généralement a ba n do nnée» et il est démontré que c'est la rétention de Furine et non d'un seul de ses éléments, qui détermine Furémie. {Hirtz, Gubler, Chalvet, etc). L'injection de ce liquide produit ces accidents plutôt que celle de l'urée, Gallois a tué des animaux avec 2(*gr. de cette substance» sans constater de transforn^ation ammoniacale* Rosenstein , MM. Béliier et Liouville (1) ont montré enfin, par Fexpérimentation etla clinique, les différences qui existent entre Fempoisonnement par le carbonate d'ammoniaque et les phénomènes de l'urémie déterminés par

(1) Société de Biologie, 1873 (Communication de MM, Béhier et LiouviUe), et Pragrès médical, n«*« 2, 3, 4,5 et 6 (Étude de quelques points de rurémie : clinique, théories, expériences).

Ces savants observateurs, qui ont apporté dans la pathogênie si obscure de l'urémie les données expérimentales les plus récentes et les plus précises^ ont noté aussi un abaissement de la température après les injections d*urée ou de carbonate d^ammoniaque [Communicaiiûn à la Société anatomiquc, par MM. Béhier et Liouville, Btdtetin, 1873, et iVi^ouuenienf médical, 1873). Ce même fait avit été cliniquemenl observé par MM. Cbarcot et Bournevîlle.

le mal de Bright ou la néphrotomie; les symptômes ne sont pas les mêmes et les médicaments utiles dans un cas sont inefficaces dans l'autre (tiré de la Revue des se. méd., tome I).

Chalvet démontre l'impuissance de Turée à produire réclampsie par ce qui arrive chez les cholériques, dont le sang en contient d'énormes quantités (jusqu'à 4 gr. p. 1000), tandisque les matières extractives continuent à s'éliminer : cet auteur conclut de ses nombreuses analyses qu'il y a dépuration imparfaite du sang, chez les albuminuriques, par rétention d'un excès de matières extractiyes, et que la production de l'urée est ralentie. A Tétat morbide, comme à l'état sain, il a trouvé une égalité à peu près cons* tante entre le chiffre de l'urée retenue dans le sang exprimé en centigrammes p. 1000, et le chiffre de l'urée, éliminée par le rein, exprimé en grammes. Il est certain qu'une substance aussi soluble doit être en proportion sensiblement égale dans les deux liquides situés, de chaque côté du filtre rénal, si la quantité des urines n'est pas trop faible ; mais lorsqu'une altération du rein, très-étendue, réduit cette sécrétion à quelques centim. cubes de liquide, on conçoit que l'urée puisse s'accumuler dans le sang.

M. Bouchard cite l'observation d'un individu atteint d'intoxication mercurielle, puis de lésions rénales qui amenèrent l'urémie. Le dernier jour, il n'y avait que 44 centim. cubes d'urine en 24 heures, renfermant 0 gr. 185 d'urée et 1 gr. 10 de matières extractives.

Le sang contenait 17 fois plus d'urée et 3 fois plus de matières extractives. Il y avait aussi un peu d'albumine et de sucre. (Soc. de biolo., 1873).

Voici des résultats analogues que M. Hirue a bien

voulu me communiquer : chez un brightique, avant Tattaque d'urémie, il y eut en vingt-quatre heures, 900 c, c, d'urine et 9 gr. d'urée; pendant Tattaque, le sang en contenait 4 gr,, 8IÎ p. 1000. Dans un autre cas, il a trouvé 2 gr.\ 572 d'urée pour 250 c. g. d'urine; mais le malade en avait laissé perdre une quantité à peu près égale. Le sang renfermait 2 gr, 20 d'urée p. 1000.

Etunination de Vurée par des voies anormales. — Lorsque le rein ne suffit plus à l'excrétion urina ire, les produits de la désassimilation s'éliminent par tous les liquides normaux ou pathologiques. Les vomissements contiennent de l'urée dans plusieurs maladies (Bouchard), mais surtout lorsqu'ils accompagnent les accidents nerveux de Turémie. On en trouve aussi dans la diarrhée colliquative de cette affection. Certains auteurs pensant même que les troubles digestifs ont pour cause la transformation ammoniacale des principes de Furine dans le tube intestinal ; mais on a observé des vomissements urémiques sans produits ammoniacaux,

MM. G. Daremberg et Peter ont fait d'intéressantes recherches sur le rôle excrémentitiel des humeurs pathologiques, dans les cas d'insuffisance rénale. Le liquideascitiqued'unagonisant.qui n'avait pas uriné de puis trois jours, contenait quatre heures avant la mort, 90 gr. d'urée pour 15 litres. Chez un brlghtique, atteint d'urémie depuis dix jours, il y avait beaucoup de matières extractives et 24 gr. d'urée dans 12 litres de sérosité abdominale ; par dee ponctions répétées, qui déchargaient le sang des produits excrémentitiels, on put prolonger les jours du malade. « Ces faits renfev-

ment sans doute un grand intérêt pour la physiologie normale et pathologique, mais ils nous montrent surtout le nombre et la variété des ressources employées par la nature contre des maladies aussi inexorables, et les moyens thérapeutiques qui peuvent seconderces efforts naturels, soulager les souffrances et reculer le terme fatal. »

Maladies du foie. — La plupart de ces affections ont une influence marquée sur la composition des urines. Il semble, d'après certains faits pathologiques, qu'il existe d'importantes relations entre les troubles fonctionnels du foie et les métamorphoses de la matière azotée; mais la physiologie n'a pu encore les expliquer.

Ictère. -— Frerichs ne signale aucune modification des principes azotés de Turine ictérique. On trouve cependant, des observations qui ne laissent aucun doute à ce sujet. M. le professeur Bouchardat rapporte deux cas d'ictère intense, de cause morale, dans lesquels les urines renferment une énorme proportion d'urée, le troisième et le quatrième jour : 133 gr. 6 et 59 gr. 2. Il serait, sans doute, intéressant de rechercher la différence qui peut exister à ce point de vue entre l'ictère apyrétique et l'ictère fébrile, entre la simple rétention des produits biliaires et les troubles fonctionnels de l'appareil sécréteur.

Dans un cas d'ictère, de cause morale, peu intense, sans troubles digestifs notables, j'ai trouvé 8 jours après le début 16 gr. etl2gr, 75 d'urée par vingt-quatre heures. 11 survint alors une crise urinaire, qui éleva la proportion à 19 gr. 63. Au bout de quelques jours

— uo — la moyenne physiologique avait reparu {25 gr.). La température fut toujours normale.

La congestion hépatique donne lieu à une augmentation d*urée. L'observation suivante en est un exemple assez frappant. La gravité des symptômes du début fut telle que l'on pouvait croire à une hépatite diffuse; mais la rapidité de la guérison et les caractères de la sécrétion urinaire doivent^ je pense, éloigner cette hypothèse. Nous verrons, en effet, que l'inflammation du parenchyme hépatique détermine dans les urines des modifications tout à fait opposées (Frerichs).

L'observation commence au cinquième jour de la maladie après Iç frisson, et les quantités d'urine et d*urée sont déjà très-considérables. Quoique la température soit peu élevée, je ne pense pas qu'il s'agisse là d'un flux critique, d'une véritable défervescence. Le chlore n'a pas encore augmenté, et l'absence d'éiévation thermique n'a rien d'étonnant dans un ictère aussi intense* Le flux critique semble correspondre plutôt au huitième jour : à ce moment, en effet, tous les symptômes se sont amendés, le chlore augmente du double, la quantité d'urine s'élève à 3650 c» c. et celle de Turée à 54 gr, 75; le lendemain, il y en a25gr* de moins, tandis que la polyurie persiste et que le chlore augmente toujours. Cette intersection des courbes de Turée et des chlorures caractérise bien une crise urinaire. A partir de ce moment, l*urée diminue graduellement* Dans le cours de la convalescence, il survient une éruption passagère de furoncles, qui s'accompagne d'une légère augmentation d'urée. Les urines ont toujours été très-faiblement acides et quelquefois un peu alcalines, surtout dans la convalescence ;

^ 411 — elles ont présenté une coloration ictérique extrêmement foncée, et qui avait à peine diminué le dernier jour de l'observation.

Obs. Xn. — Congestion hépatique intense (Hôpital Saint-Antoine, salle Saint-Lazare, service de M, Cadet de Gassicourt»

Le^ nommé X..., âgé de 27 ans, polisseur de glaces, a été soldat pendant dix-huit mois au Sénégal (1870-71), où il a eu trois mois de dysenterie et la fièvre intermittente tierce. Dans Thiver de 1872 et celui de 1873 il a eu la fièvre intermittente durant un mois. Cet homme boit un litre et demi ou deux de vin par jour, et un ou deux petits verres d'eau-de-vie le matin à jeun ; il a le sommeil troublé par des rêves, et souvent des vomissements le matin. Malade depuis le l^^*" novembre 1873» il a eu pendant quinze jours des digestions difficiles, une vague céphalalgie et de la constipation. Ce n'est que le 15 novembre qu'il a été obligé de se mettre au lit. Ce jour-là, il a été pris, deux heures après son déjeuner, d'un violent frisson suivi de chaleur et d'une sueur abondante, jusqu'à six heures du soir. En même temps, a commencé une violente céphalalgie qui persiste encore. Depuis ce jour, il passe toutes les nuits dans l'insomnie, l'assoupissement ou des rêvasseries ; il a une courbature générale, et des douleurs plus prononcées dans les jambes et le dos. Aujourd'hui, 19 novembre, on constate, outre ces phénomènes, une douleur continue dans l'hypochondre droit, qui est sensible à la palpation, une légère augmentation du foie à la percussion, une constipation absolue, un abattement assez prononcé et un ictère intense qui date du 18. La langue est sèche et un peu fuligineuse, l'appétit nul et la soif très-vive. La parole est lente et fatiguée. Depuis le 15, le malade vomit le peu d'aliments qu'il a essayé de prendre. 11 a eu une épistaxis avant-hier, 18 ; sécheresse de la peau.

Le 19, soir. T. 38. Le foie mesure 13 cent, de hauteur, et la rate 9^ent. Urines de coloration ictérique très-intense, peu acides.

Le 20. Ce matin, P. 90 ; T. 37,8. Large^vésicatoire volant sur la région hépatique. Tisane de chiendent ; extrait de quinquina, 3 gr. et 1 gr. de calomel ; bouillons et potage, 24 centil. de vin de Bordeaux. Le soir, la céphalalgie a diminué ; P. 98; T. 38,1. 11 y a trois garde-robes légèrement diarrhéiques et décolorées^ Les crachats renferment un peu de sang qui provient du nez ou de la bouche.

Le 21. La céphalalgie a presque disparu ; la langue moins noire, est recouverte d'un épais enduit. La peau est sèche ce matin, mais il y a eu des sueurs abondantes la nuit. On aperçoit

une Itigère desquamation furfuracée sur le visage. La douleur de i'hypochondre est moins vive. La diarrhée léf^ère de la veiil€ continue aujourd'huî» mais les matières ne stmt plus décolorée Lavement émollient ; même traitement : scammonée : 15 centij;r. calomel : 20 ccntîgr.

Le 22. Presque plus de douleur dan^ !e côté droit \ langue poisseuse ; appétit toujours nul, soif vive. Encore un peu de sang dans Texpultinn. La teinte ictcrique parait moins fiancée. Plus de sueurs. Un peu de sécheresse de la peau. Plus de céphalalgie, sommeil la nui* dernière» Une garde-robe diarrhéique et de couleur normale t mêmes prescriptions. P* S8. T. 37; ce matin.

Le 23. Mieux sensible ; ictère bien moins prononcée, plus de céphalalgie ni de douleur hépatique* les crachats renferment encore yn peu de sang provenant du nez ; langue moins collante, humide ; on remarque depuis deux jours un peu d^exsudalion épithéliale sur la muqueuse buccale. Peau moite, pas de sueurs ; démangeaison générale. Pas de diarrhée ; même alimentation avec bouillons et potages ; lavement émollient ; potïotr avec 2 gr. de bicarbonate de soude. Matin, P. 80, T. '.MA-

Le 24. Mieux plus prononcé; même état des voies digestives; beaucoup de soif et de frissons. Peu de sommeil, mais plus calme. Sueurs légères la nuit. L'ictère est encore moins prononcé, M ne reste qu'une faiblesse générale. Les crachats ne contiennent plus de sang. Même régime. Deux garde-robes diarrhéiques. P. 85 , T. 37,6 le matin.

Le 25. L*ictère diminue de plus en plus. Le malade ne présente aucun symptôme particulier. Le foie est encore un peu volumineux. Peu de diarrhée. Sueurs légères pendant la nuit. Matin : P. 76, T. .t7,4;

Le 26. Langue presque normale ; un peu d'appétit. Sueur» abondantes la nuit précédente. Amaigrissement assez prononcé depuis quelques jours. Le malade prend toujours ;^ gr. de bicar* bonate de soude. Diarrhée légère. Matin : P, 76; T. 37,6:

Le 27. Sommeil assez prolongé ; les sueurs nocturnes sont tou* jours abondantes ; constipation. Le malade prend pour lu première fois quelques aliments, œuf, poulet et potages. Matin : P, BO ; T. 37,6 ; soir :

Le 28* Les aliments ont été bien supportés. Même état des voies digestives. P. 60 ; T. 37» L Urines un peu moins foncées, légèrement alcalines.

Le 29. Rien de particulier dans l'état général- Même alimentation. P. 60» T. 37,4 le matin. Urines sédimenteuses jurâtes), neutres.

Le 30* Eruption de tnns furoncles» au niveau de la mâchoire inférieure du côté droit, sur le grand trochanter du même côte et dans le dos.

le» décembre. On incise deux furoncles. Le malade va de mieux en mieux. L*appétit et les forces vont en augmentant. L*ictère pâlit de plus en plus. Légère diarrhée. P. 60 ; T. 38,6 le matin.

Le 2. Sommeil prolongé et calme ; la langue est un peu saburrale. Côtelette, poisson, potages.

Le 3. Les furoncles incisés sont guéris. Celui de la région dorsale est ouvert par le bistouri, La démangeaison persiste, la nuit surtout. Appétit modéré.

A dater de ce jour, la convalescence suit une marche régulière et rapide. Mais le malade ne se lève qu'à partir du 8 décembre et pendant quelques instants seulement.

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Inflammation du parenchyme hépatique,-^ Frerichs a presque constamment trouvé une modification intéressante de la composition des urines : la leucine, la tyrosine et des matières extractives diverses ont été constatées en forte proportion, tandis que l'urée s*est trouvée réduite à des traces et quelquefois à zéro [Traité des maladies du foie, obs. 18 et 19).

« L'apparition d'une quantité considérable de matières extractives et la disparition progressive de l'urée et des phosphates calcaires annoncent, dit Frerichs,

— tildes anomalies profondes, longtemps inconnues, dans les transformations de la matière, et si Tobservation ultérieure confirme ces résultats, on possédera d'importantes données sur les transformations que subissent les matières albuminoïdes, lorsque le foie cesse d^être actif. »I1 est vrai que raccumulation de l'urée dans le sang, et les altérations de l'épithëlium et du tissu rénal, qui compliquent si souvent cette affection, rendent compte du changement survenu dans la composition des urines, et enlèvent à la lésion hépatique une partie de son rôle direct dans la production de ces phénomènes. Mais puisque la leucine et la tyrosine ont été produites en quantité anormale et ont pu être excrétées, il faut bien remonter aux troubles de la nutrition générale et à l'altération du foie, pour expliquer des variations si prononcées.

Cirrhose. — Dans trois cas de cirrhose. And rai a trouvé de 20 à 22 gr d'urée pour 1000; Frerichs a constaté quelquefois une diminution de l'urine et une forte proportion d*urée, de créatine^ de créatinine et d'acide urique. Mais la quantité d'urine n'étant pas indiquée, il peut bien y avoir une diminution réelle de ses principes constituants.

Voici le résumé de deux observations de cirrhose que M. Hirne doit publier ultérieurement, et dont j'ai analysé les urines :

Obs. XIII. — Cirrhose*

Homme âg^é de l\B ans, entré h rhôpital Saint-Antoine, salle Saint-Lazare, service de M. Cadet de Gassicourt, le 16 novembre 1872, pour aug:mentation de volume du ventre, œdème des jambes et des bourses et gène de la respiration. Le début de ces

accidents remonte à plusieurs mois. Ce malade boit deux ou trois Utres de Tin par jour et de Teau-de-vie. On constate une ascite considérable et une augmentation de volume du foie, dont la hauteur (ligne du mamelon) mesure 14 cent. Le repos et les diurétiques permettent bientôt au malade de quitter Thôpital ; mais il est obligé d'y rentrer le !«' août 1873. Le ventre est alors trèsvolumineux, les digestions sont pénibles, Tappétit a diminué, rœdème des membres inférieurs est considérable. En quelques semaines, les mêmes soins, le régime lacté d*abord, suspendu à cause de la diarrhée, puis les diurétiques, amènent une amélioration notable. Les épanchements disparaissent, le foie diminue, Tappétit et les forces reviennent presque complètement. Le malade quitte rhôpital dans un état excellent.

27 septembre. Le malade a rendu 41 gr. 37 d*urée pour 2,500 centilitres d*urine.

Le 29. 19 gr. 35. Les dosages ont été faits par Tappareil de M. Esbach ^ la quantité d^urée obtenue avec ce procédé n'est jamais tombée au-dessous de 17 gr. Lorsque le malade est sorti de l'hôpital (20 octobre), il y avait depuis quelques jours une moyenne de 24 gr. La quantité d'urine a oscillé entre^ 1,500 et 2,500 centilit. Les urines devenaient rapidement alcalines dans le vase qui les contenait. Aussi le procédé de M. Quinquaud (réactif de Millon) ne donnait que de très-minimes quantités d*urée : de 10 gr. à 1 gr. Quelquefois, il n'en décelait pas même des traces. L'azotate mercurique (procédé de Liebig) a généralement donné des chiffres plus élevés que l'azotite de mercure ; mais quelquefois aussi, la réaction était nulle. On ne peut pourtant pas supposer que toute l'urée se fût transformée en carbonate d'ammoniaque dans un liquide aussi étendu (2,000 centilit. en moyenne), puisque cela n'arrivait pas pour des urines placées dans les mêmes conditions. Des urines plus alcalines ont toujours présenté la réaction de l'urée avec l'azotate ou l'azotite de mercure, même après avoir été débarrassées de l'acide carbonique. Il faut donc admettre qu'il existait dans ce cas une grande quantité de produits azotés , décomposables par l'hypobromite de soude et que l'urée était en très-faible proportion.

Obs. XIV. — Cirrhose du foie.

Méchin (Elie), âgé de 44 ans, entre à l'hôpital Saint- Antoine, le 18 juin 1873 (service de M. Cadet de Gassicourt). Depuis trois semaines, il a perdu les forces et l'appétit ; ventre volumineux depuis très-longtemps. Antécédents d'alcoolisme. Urines fortement coloriées en rouge brun, abondantes et sans matières colo-

rantes de la bile. Sous rinfluence du repos, des diurétiques et des toniques, Tétat général et local s'améliore et le malade quitte l'hôpital le 26 juillet.

Deux mois après, il y rentre. Abdomen plus volumineux. Œdème aux jambes ; un peu de fièvre, pouls accéléré ; le foie mesure 15 cent, (ligne mamelonnaire). Urines rares, d'un rouge jaunâtre très-foncé, et chargées d'urates alcalins *, pas de matières colorantes biliaires.

Vers le 5 octobre l'état s'aggrave ; gène de la respiration, langue sèche ; prostration. En quelques jours, amaigrissement extrême ; teinte jaune bistre de la peau.

Le 7. Ponction abdominale ; vomissements le lendemain. Les deux liquides ne contiennent pas d'urée. Le foie est dur, non mamelonné; il déborde les fausses côtes de 10 cent., sa hauteur est de 18 cent.

Le 14. Diarrhée, qui persiste jusqu'à la fin ; toujours un peu de fièvre ; faciès altéré ; œdèjxie des jambes.

Le 18. L'arthrite s*est reproduite. Urines toujouTS rares, non ictériques.

Le 21.,Mort.

A l'autopsie, rate et foie très-volumineux. La coupe du foie est dure et d'apparence fibreuse. Poumons congestionnés ; dilatation des cavités du cœur ; intégrité des autres organes.

Durant le premier séjour de ce malade à l'hôpital, les urines étaient abondantes et fortement colorées. L'analyse n'en a pas été faite. A sa rentrée, commence

en Tabsence de fermentation animoniacale. Néanmoins, la proportion n'a pas dépassé 10 ou 12 gr., et souvent elle est descendue à 5 ou 6 gr. Avec la liqueur de Millon (procédé de Quinquaud), on en obtenait 2 à 6 gr. seulement en moyenne, et quelquefois moins encore.

L'observation suivante que M. Hirné a communiqué récemment à la Société anatomique, est un cas de kyste hydatique du foie dont la diagnostic était si difficile que Ton crut à une cirrhose jusqu'à l'autopsie.

Obs. XV. — Kyste hydatique du foie (25 octobre 1873, Hôpital Saint 'Antoine, salle Saint-Lazare, service de M. Cadet de Gaasicourt.

Homme âgé de 46 ans. Antécédents : fièvre intermittente en Algérie, et depuis son retour en France *, rhumatismes, syphilis, un peu d*alcoolisme. Malade depuis un an ; sentiment de fatigue, hypochondrie ; ventre volumineux depuis longtemps ; peud'épanchement péritonéal ; jamais d*ictère. La hauteur du lobe droit du foie = 22 centim.; la rate == 15 centim. de hauteur.

Le 28. Œdème des membres inférieurs et des bourses. Urines rares et foncées.

Le 30. Œklème des parois abdominales ; ictère ; inappétence.

i" novembre. Régime lacté, diurétique (Gubler). Urines alcalines.

Le 3. Urines acides.

Le 6. Diarrhée.

Le 7. Epanchcment léger dans la plèvre droite.

Le 10. Selles molles, incolores ; ictère toujours accusé *, urines ictériques.

Le 11. Hémorrhagie intestinale légère. Potion de Tood, julep morphine. Urines plus colorées que d^habitude, acides, à peine ictériques.

Le 13. Ventre tendu ; région hépatique douloureuse ; veines sous-cutanées développées ; langue sèche ; urines plus claires

Le 14. Pas de sommeil ; constipation •, appétit nul, pas d'aliments, soif vive. Moins d'œdème aux membres inférieurs. Urines limpides, très-colorées.

Le 17. Moins d'ictère ] ascite, œdème des jambes. Le malade

ne peut rester couché \ selles colorées. Urines limpides et Don ictériques. Bouillons seulement.

Le 18. Mêmes symptômes» Presque plus d'ictère ; ventre plus, tendu, mais non douloureux. Urines acides, limpides, non ictériques, mais três-coloréea.

Le 19. Vomissements, ce matin ; abattement plus prononcé. ,

Le 21. Pouls faible, irrégulier; diarrhée. Plus d*ictère ; urines toujours très-acideB, limpides et de couleur presque normale. I^e malade a depuis quelques jours une petite eschare au sacrum.

Les 28, 29 et 30* Urines peu colorées, donnant par Tacide nitrique une matière colorante noire.

Le malade meurt quelques jours après. A Tautopsie, on trouve un k^ste hydatique communiquant avec les voies biliaires ; le lobe droit du fuie est réduit à une coque fibreuse ; rien dans le lobe gauche.

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