CHAPITRE IV
DEâ MOYENS PHYSIQUES EN USAGE POUR L'EXPLORATION DU SYSTÈME NERYEUX.
Nous nous occuperons d'abord des moyens d*exploration des centres nerv^eux : la cérébroseopie et tes divers procédés (t exploration de la moelle épinière. Nous examinerons en secund lieu les moyens en usage pour l'exploration des sens. Un dernier chapitre sera consacré à rétude des procédés de diagnostic des lésions de la motilité.
De la cérébroseopie (1). — La cérébroseopie est la mélhode d'exploration du cerveau par rexamen ophthalmf)seopicjue du fond de Ta/iL
Bouchut, par ses études sur la cérébroseopie, a fait faire un progrès réel à la science. Nous croyons cependant que lorsque cet auteur met la cérébroseopie au mémo niveau pour la pathologie du cerveau que rauscultation et la percussion pour les maladies des poumons et du cœur, il s'enthousiasme un peu trop pour une étude amoureusement poursuivie , mais dont les résultats sont plus curieux que vraiment utiles. Qui trop embrasse malétreint. Et Bouchutn'a pas abouti, comme il le prétendait, à faire pour la cavité crânienne ce que Avenbrugger, Laënnec, Piorry ont fait pour la cavité thoracique. Il a bien dû se Tavouer à lui-même du reste : «Il ne faudrait pas
(l) Botichut. Patbalr.gie gi^Mi/Tnlc— Id, Du diognostic des maladies nen eu8f?8 par ruphUmlm'^acope.
— !51 — ëroîro, dit-il, que les lésions do Tœil obsorveos concurremment avec les maladies du cerveau nient quelque chose de palhognomuuiquè par elles-mêmes, et qu à la simple inspection de la papille on puisse dire, chez un malade, méningite, ou chez un autre, hcmorrhagie cérébrale.»»
Malgré ces restrictions nécessaires et ces aveux de Fauteur lui-même, les tiavaux de Bouchut n*en demeurent pas moins d'une valeur et d*un intérêt incontestables, tant au point de vue de la science pure qu'au point de vue pratique.
La cérébroscopie emploie Tophthalmoscope. Devons-nous décrire les ophlbalmoseopes? Nous ne le pensons pas; d'abord parce qu'ils figurent dans tous les traités d*oculislique, en second lieu parce qu'ils appartiennent surtout au domaine chirurgicaL Nous renvoyons donc au Traité des maladies des yeux de Galezowski, au beau livre que Perrin vient de publier sur rophthalnioscopie, et encore au tome 11 do T Arsenal de chirurgie de Gaujot et Spillmann.
Moyens physiques employés pour TexploratloE delamoeUe épinlère. — La pression digitale sur le rachis, la percussion immédiate ou médiate, cette dernière permettant une localisation plus précise, Tapplication d'une éponge imbibée d'eau chaude ou d*eau froide, l'application d'un morceau de glace sont les moyens physiques d'exploration delà moelle épinière qui ont pour but de provoquer le phénomène douleur.
La pression digitale exercée sur les apophyses épineuses DU même sur les apophyses transverses doit être assez forte et égale dans toute la hauteur du rachis. Il faut prendre garde de confondre la légère sensation de douleur que provoque la pression de la
H JeanneL 11
peau aVec la véritable douleur médullairo réveillée par la pression.
La percussion vaut mieux que la pression. EUo s'exerce sur le doigt (daclylo-plessisme, Piorry), Les procédés deTéponge et do la glace sont simples et no nécessitent d'autre précaution que de ne pas mouiller ni échauder ni refroidir le malade.
Exploration de la sensibilité. — L'analyse physiologique a reconnu plusieurs espèces de sensibilité qui sont ; la .^ensiùi/iié mi contact ou tact proprement dii^ la sensihiiûé à la doiileffr^ la semibilité au froid tu au chaud; et enfin les diverses sensibilités spéciales,
11 y a. sans aucun doute^ un intérêt réel seienlifique, sinon diagnostique, à s'assurer, chez les sujets atteints do maladies nerveuses, do Tétat de ces diverses sensibilités et du degré de leur altération.
Au premier abord, le problème semble facile h résoudre. Nous n'oserions dire, en effet, que c'est là une exploration réellement difficile, mais elle est mi* nutieuse et délicate, surtout lorsqu'il s'agit d'apprécier des altérations peu prononcées.
Pour être complète, Tétude de la sensibilité doit être comparative entre les deux côtés du corps; il faut y mettre le temps, la renouveler dans les cas douteux avant de rien affirmer; il faut encore tenir grand compte de rintelligencedu sujet, de sa bonne foi et de l'état général de la sensibilité dans les parlies saines; certains sujets étant, eommo chacun sait, beaucoup plus sensibles que d'autres.
i** Semiùiliié au contact ou tact. — Pour apprécier rétat du tact, le malade étant couché et ayant les yeux bandés, touchez du boutdu doigt, sans pression,
la partie à explorer et posez la question suivante : Voustouche-t-on? Si la réponse est affirmative, cessez le contact et réitérez la question. Demandez ensuite au sujet de préciser le point du contact. Souvent, en effet, il se trompe dans l'appréciation du siège de l'impression; d'autres fois, la transmission de l'impression est tardive; dans certains cas encore le malade ne signale le contact que lorsqu'il est brusque ou bien au moment où il cesse.
Benedikt (1) a montré que de toutes les sensibilités cutanées, celle qui conserve le mieux son intégrité est la sensibilité au froid et au chaud. Dès lors, pour être sûr que la différence de température entre le doigt qui exerce le contact et la peau du malade ne produise pas une sensation que le malade rapporterait faussement au contact, il est bon de recouvrir d'un linge la région que l'on explore.
Pour apprécier la sensibilité à la pression, qui n'est en somme qu'une variété de la sensibilité au ^ contact, on peut se servir de l'instrument suivant construit par Mathieu :
Une tige en aluminium, de près de 0",05 de longueur et de très-faible diamètre, est terminée an pointe mousse à l'une de ses extrémités et surmontée à l'autre d'un plateau aussi léger que possible également en aluminium. La tige glisse sans frottements dans une étroite coulisse supportée par un manche. L'instrument est saisi par son manche; la pointe mousse est mise en contact avec la peau. La légèreté de l'instrument est telle qu'il ne détermine alors aucune sensation. L'expérimentateur met alors
(I) Betiedikt. JUeber tabès dorsualis. (Oesterreîch 2^itachrift fur prakt. Heilkunde, 1864).
^ ire polit à petit des poids sur le plateau jusqu'à prcdii tion d*une sensation.
Mais la sensation Uictilo peut exister, elle peut être exactement localisée , rîmpression peut se transmettre sans retard, et pourtant la sensibilité tactile être altérée. Elle existe, mais sa finesse physiolo|j^ique estjilus on moins émoussée. On comprend que pour oppréfier lo degré de llnesse d'un sens on ne puisse se fier à Tappréciation du malade lui-même, qui ne peut que fort grossièrement indiquer si rîmpression qu'il perçoit aies qualités habituelles et nor- fl maies. 11 était donc besoin de rechercher un critérium ' plus lîdèle et plus exact* E. H, Weber a montré que lo contact de deux pointes rapprochées donne dans les régions du corps les plus sensibles, rextrémito libre de la langue, par exemple, une double sensation, tandis qu'il no donne qu une sensation simple, c'est-a-dire celle d'une seule pointe dans les régions douées d'une sensibilité moindre. Il a montré ainsi que Ton peut classer lesdifTérentcs régions du corps, ^ suivant h> degré moyen d'écartcment de deux pointes ^ nécessaire à la production d'une sensation de double contact; le tact étant d'autant plus délicat sur une région donnée que Técartement nécessaire à la sensation double est moins considérable. Des tables dressées par cet auteur donnent la mesure physiologique do la finesse du tact aux diverses régions du tégument externe. fl
Voici un tableau dressé par E. ÏLWeber(i) donnant les indications nécessaires aux besoins de laclinique :
(l) E. IL Wi'bcr, De stibtîJUatc ructuE, dans Touvragc intilulé : De piilsu, rcsorpLionc, audilu et lactti annoUUioncs nimL et physiolog. Lipsiiî 1834, in-4^ analyse'; in Lcnget, t. UI.
TABLES DE E. H. WEBER(i).
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