CHAPITRE III
VARIATIONS DE l'uRÉE SOUS l'iNFLUENCE DE QUELQUES AGENTS THÉRAPEUTIQUES
L'interprétation physiologique de certaines actions médicamenteuses trouve dans l'analyse des urines des données positives et rationnelles. Mais les recherches sont encore bien incomplètes, et, à côté de quelques résultats certains, il en est beaucoup qu'il ne faut pas accepter sans contrôle.
En comparant les conclusions données par différents expérimentateurs, on constate parfois des divergences qui s'expliquent par l'action souvent multiple des médicaments et les difficultés de l'observation expérimentale. En effet, la nutrition peut être influencée de diverses manières par un agent thérapeutique : la composition du sang, l'activité de la circulation et du système névro-musculaire, peuvent éprouver des modifications simultanées ou successives, et déterminer dans les déchets organiques des variations opposées suivant les individus, la dose du médicament et la période de son action. Certains substances renfermant plusieurs principes dont l'action physiologique n'est pas la môme, il suffit d une disposition individuelle ou du mode de préparation pour faire dominer l'un ou l'autre de ces effets dissemblables : aussi me semble-t-il impossible défaire correspondre les variations en plus ou en moins de l'urée à aucune classification thérapeutique. Je vais, Fouilboux. 4
en examinant quelques agents médicamenteux, à ce point de vue, étudier successiveinent ceux qui augmentent et ceux qui diminuent l'excrétion de l'urée. Mais nous en trouverons plusieurs qui possèdent cette double action, et d^autres dont les effets ne sont pas! encore bien déterminés.
A. Oxygène. — L'inhalation de Toxygène active les combustions et augmente Turée. 25 litres de ce gaz par jour ont fait monter le chififre de l'urée, chez une femme leucocythémique, de 19 grammes à 23 en trois jours. Nous avons déjà vu que la pression et la dépression atmosphériques modifient ses propriétés] physiologiques.
Les ferrugineux servant à la formation des globules rouges, véhicules de Toxygène, élèvent la température et le chiffre de l'urée. Ces deux phénomènes ne deviennent sensibles qu'après quelques jours de traitement.
Chlorures. — Le sel marin semble activer les digestions, l'hématose et les oxydations. Voit et Bischoff ont constaté ce fait dans des expériences sur des chiens, M. Rabuteau, s" étant soumis à un régime uniforme et très-peu salé durant une semaine» et au même régime très-salé la semaine suivante, a trouvé que Turée augmentait de 4 grammes par jour sous rinfluence du chlorure de sodium, et la température 4e 0%5,
Un effet analogue est produit par les chlorures d'ammonium et de potassium (15 à 20 pour 100 d'urée au plus), par l'acide chlorhydrique et les hypochlo-
rites alcalins qui se transforment en chlorure ae sodium, et par les hypophosphites (20 pour 100, à la dose de 3 grammesj.
La plupart de ces recherches ont été faites par M. Rabuteau qui a étudié l'influence d'un grand nombre de substances sur Texcrétion de l'urée.
Les analeptiques ou reconstituants (phosphate de chaux, huile de foie de morue, etc.) doivent, par leur influence favorable sur la nutrition, élever le chiffre des principes excrémentitiels : une assimilation plus active des matières azotées s'accompagne d'une augmentation des produits désassimilés. On n'a pas étudié, il est vrai, cet effet des médications reconstituantes ; mais il s'accorde avec les autres phénomènes généraux qu'elles déterminent.
Une excitation digestive, favorable à l'absorption alimentaire et par suite à la nutrition, est le premier effet d'un grand nombre de substances, dont l'action générale et définitive détermine cependant un ralentissement des actes nutritifs (alcool, arsenic, etc.) Si l'effet général et antidéperditeur n'a pas le temps de se manifester, grâce à leur faible dose ou à leur prompte élimination, il ne reste que l'action coiinnune aux excitants digestifs.
Eucaliyptol. — Le D' Gimbert a constaté, dans diverses applications thérapeutiques de ce médicament, qu'il détermine l'élimination d'une grande quantité d'urée. A doses modérées, l'eucalyptus est, en effet, un excitant des centres nerveux et de la circulation ; mais» l'emploi prolongé de ces doses ou leur augmentation produisant un effet opposé, on
peut présumer que Turée suit les mêmes variations (Arch. méà. 1873).
Coca. — Cette substance est rangée par certains auteurs parmi les modérateurs de la nutrition : mais les recherches de M, Gazeau (Compte-rendu de TAcademie des sciences, 1870), qui a étudié sur lui-môme ses propriétés alimentaires et son influence sur Turée» Tont conduit à une conclusion opposée. Il s'est condamné, pendant deux mois, à un régime identique avec ou sans coca* L'élimination de l'urée a augmenté de 11 p. lOD avec 10 grammes de feuilles de coca, et de IG à 24 p. 100 avec 20 grammes ; il y a eu 400 grammes d*urine de plusj les chiffres de la température, du pouls et des mouvements respira^ toires se sont élevés ; le poids du corps a perdu 1 kitog. Durant la diète avec coca^ l'urée s'élimine en plus grande quantité que durant la diète simple, et les forces se soutiennent plus longtemps* Cette exaltation névro-musculaire suppose un accroissement d*activité dans la métamorphose des éléments azotés, qui se traduit par une augmentation d'urée et une perte de poids. « Sous l'influence du coca, dit M. Gazeau» l'homme se mange lui-môme, mais il mange* » Tous ces faits expliquent suffisamment l'accroissement des déchets organiques par une suractivité dans les phénomènes de la nutrition, sans qu'il faille l'attribuer, avec M. Sanson (réponse aux conclusions de M. Gazeau, —compte-rendu de l'Académie des sciences}, à la diurèse que le coca détermine et qui débarrasserait le sang de la proportion d'urée qu'il contient normalement. Nous allons voir que cette influence est au moins douteuse.
Diurétiques. — On a dit que les diurétiques augmen • taient la quantité d*urée. Le fait est, peut-être, vrai pour ceux qui ont d'autres effets physiologiques que la diurèse et qui excitent la nutrition (essence de térébenthine, cubèbe, copahu, etc.) ; mais on confond alors des propriétés indépendantes. Il existe, en effet, des substances qui diminuent l'urée, tout en produisant une diurèse abondante : l'alcool est un diurétique puissant et rapide (5 à 7 fois plus que l'eau), qui Ralentit en môme temps les combustions organiques et fait tomber l'urée de 2(Tp. 100, à la dose de 200 grammes (Rabuteau) ; la digitale élève la tension artérielle et détermine ainsi l'élimination d'une grande quantité d'eau ; mais en même temps, elle modère la circulation, et la production de l'urée se trouve ralentie. En un mot, l'excrétion de ce principe peut être augmentée ou diminuée par les diurétiques, qui ont une action générale, et non par ceux dont l'effet se borne à exciter simplement la sécrétion rénale.
L'opinion contraire n'a pas tenu compte des circonstances dans lesquelles on fait usage de ces médicaments, il s'agit ordinairement de débarrasser le sang d'un excès d'eau et de faire disparaître des hydropisies en exagérant le fonctionnement rénal.
Or, il y a souvent, dans ces cas, accumulation d'urée dans le sang et les liquides épanchés. Si l'on vient alors à faire passer dans les urines l'excès de l'eau du sang et celle des épanchements, l'émonctoire rénal éliminera momentanément plus de matériaux solides. Deux cueillerées de vin scillitique ayant déterminé une polyurie artificielle chez un homme atteint de dyspnée et de palpitations liées à
un rétrécissement aortiqoe, il y eût 2,762 grammes d'urine, 29 grammes d'urée, 12 grammes de matières extractives, 35 grammes de sels inorganiques et 27 grammes de chlorure de sodium (Kieoer), L'augmentation énorme et relati%^ement plus grande des substances minérales prouve bien qu'il y avait rétention de tous lesproduitsexcrémentitiels. C'est ce qu'on observe quelquefois dans les crises urinaires spontanées ou provoquées des maladies fébriles. Mais cette élimination ne se maintient pas longtemps au chiffre du premier jour, malgré la persistance de la polyurie.
L'eau, qui est un diurétique naturel, favorise, en s'éliminant rapidement, la sortie des matières inorganiques ; mais elle n'a aucune influence sur la production de Turée, et par suite sur son augmentation. IVL Rabuteau Ta démontré par de nombreuses analyses, et M. Roux est arrivé aux mêmes résultats (1), J*ai constaté aussi que l'excrétion de l'urée est indépendante de la quantité d'eau ingérée : rabsoption d'un litre de ce liquide n'a déterminé aucun changement dans la composition des urines.
L'eau facilite, sans doute, l'action dépuratîve du rein, puisque, dansl'anurie hystérique ou cholérique, Turée est obligée de prendre une voie anormale d'élimination, malgré l'intégrité du tissu rénal. Mais, en dehors de ces cas extrêmes, l'eau des urines est en suffisante quantité pour dissoudre et entraîner une substance aussi soluble que l'urée, et l'ingestion même copieuse d'un liquide dissolvant ne doit pas augmenter rexcrétion de ce principe, à moins qu'elle n'active sa production» C'est ce que prétendent un grand nombre d'auteurs. Becquerel, Beale, Golding-
(1) Communication orale.
Bird, Herpin, etc., affirment que Teau n'est pas seulement un diurétique naturel, mais qu'elle active aussi la désagrégation des tissus et entraîne avec elle une plus grande quantité de produits excrémentitiels. Kien a vu la différence s'élever de 66 grammes à 78 grammes.
Ce rôle est vrai dans certaines circonstances et pour quelques principes constituants de l'urine, moins solubles que l'urée (acide urique), ou introduits en excès par l'alimentation (chlorures, carbonates alcalins, etc). Du reste, il est simple et facile à comprendre, et c'est peut-être pour cela qu'il a été supposé avant d'avoir été observé. Mais comment un liquide, qui passe aussi rapidement que l'eau des voies digestives dans les voies urinaires, peut-il avoir une si grande influence sur les phénomènes lents et réguliers de la nutrition ? Des expériences plus récentes et plus précises ont montré, au contraire, que Teau ingérée ne modifie pas la quantité d'urée éliminée en vingt-quatre heures; ce qui a pu faire conclure autrement les auteurs précités, c'est le mode d'expérimentation ; on a déterminé la quantité d'urée éliminée en un court espace de temps sous l'influence de boissons abondantes. Il est certain qu'à la fin de l'expérience la proportion de produits excrémentitiels contenus dans le sang a diminué ; mais la production n'ayant pas varié, le total des 24 heures n'a pas augmenté. B. La thérapeutique a quelquefois recours à des agents physiques dont l'influence varie avec le mode d'application. Je veux parler de l'électricité et de l'hydrothérapie.
Electricité. — MM. Legros et Onimus ont étudié les
variations de l'urine et de Turée sous l'influence des courants interrompus ou continus. Les premiers diminuent la quantité de l'urine et celle de Furie* Un courant continu centrifuge fait baisser d'environ 2 grammes le chiffre de l'urée et augmente Texcrétion urinaire; le courant ascendant détermine dans le même temps un effet inverse et de même intensité. Les variations en plus ou en moins sont proportionnelles à la durée de la galvanisation. Ces expérimentateurs ont observé, dans d^autres cas, l'heureuse influence de rélectricité et surtout du courant ascendant sur la nutrition et le développement : ils pensent, d'après ce qui se passe dans rendosmomètra, que ces phénomènes ont pour cause Taction des courants sur Tendosmose et l'exosmose. {Société de biologie, 180U).
I! est bien plus probable que ces faits ne sont pas d'un ordre purement physique, et que la nutrition est modifiée par Tintermédiaire du système nerveux (1)* Cette interprétation est justifiée par les recherches de M. C. Peyrani sur les changements que l'excitation galvanique du grand sympathique fait subir â Texcrétion urinaire. Voici ses conclusions* (Compte rendu de l'Académie des sciences 4870).
« 1^ Les quantités d'urine et d'urée s'élèvent au fur et* à mesure qu'on augmente la force du courant voltaïque ;
* î'* Lorsqu'on emploie des courants galvaniques de la même intensité, le courant d'induction produit
(1) Le courant centripète en excitant îe sj'stème nerveux central détermine une sorte d*éiai fébrile artificiel» dont les effets se pro* longent après la cessation de rélectrisation.
une élévation beaucoup plus grande dans la quantité des urines et de l'urée que le courant constant ;
« 3® Si Ton coupe le sympathique, mais qu'on ne l'excite pas au moyen du galvanisme, la quantité de l'urine et de l'urée atteint un minimum ;
« 4® Cette quantité s élève, lorsqu'on galvanise le bout périphérique du nerf coupé au cou ; mais les chiffres sont toujours beaucoup au-dessous de ceux qu'on obtient en galvanisant le sympathique qui n'a pas été préalablement coupé. >
Ces faits intéressants pour la thérapeutique et la physiologie pathologique nous rendent compte de l'emploi de l'électricité dans le traitement de la polyurie, et des quelques succès obtenus (Seydel).
, Bains. — 1* Bains froids : ils ont pour but et pour effet d'activer la nutrition. La vitalité de tous les organes est surexcitée et les combustions organiques sont augmentées pour réagir contre l'impression du froid extérieur. Le bain froid empêche, en outre, les pertes occasionnées par la transpiration. Ainsi s'explique l'augmentation des matières organiques dans l'urine. Lehmann a vu le chiffre de l'urée s'élever de 20 p. 100 après les bains de siège froids.
2® Les bains simples à 359 ou sulfureux ont une action différente qui se manifeste surtout dans les variations de l'urée. Willemin et Lubanski (thèse de Strasbourg, 1869) ont observé une diminution de 39 grammes à 32 grammes. En regard de ce fait, ils ont démontré que l'acide urique augmentait de 0,1. La densité de l'urine est abaissée. Certains auteurs (Homolle, Duriau, O. Henry) ont attribué cet abaissement à l'absorption cutanée d'une grande quantité
d'eau* On voit que cette différence de densité tient à la diminution des matières solides. De tous ces principes, le chlorure de sodium est celui qui diminue le plus, même après les bains de mer.
L'anafyse des urines prouve donc que la constitution peut être modifiée par 1 hydrothérapie, qu'elle que soit Teau employée, et qu'en dehors d*une excitation générale et locale produite par la température ou la pression du liquide, i! ne faut pas chercher une autre mode d'action des bains minéralisés ou non. L'absorption cutanée est au moins douteuse, ainsi que Ta démontré le D' Amagat dans une thèse remarquable (Paris, 1873)*
Saignée, — La déglobulisation du sang et rabaissement de la tension artérielle, consécutifs à la saignée, pourraient faire supposer qu'elle ralentit les combustions et diminue Télimination excrémentîtielle. Mais le D' Bauër a démontré, par des expériences rigoureuses faites sur des chiens, que la saignée active la dénutrition des substances protéiques, La pression intravasculaire étant diminuée, les liquides des parenchymes acquièrent une pression supérieure à celle du liquide contenu dans les vaisseaux et sont ainsi attirés dans le torrent circulatoire. Il résulte de ces observations que la quantité d'urine excrétée, son poids spécifique et la quantité d'urée augmentent, et que Faugmentation persiste plusieurs jours. J/auteur explique cette dénutrition exagérée par la rupture de rharmonie qui doit exister entre les organes et certaines conditions du liquide sanguin : cet équilibre étant brusquement détruit, une plus grande partie des éléments des tissus se dégage de la com-
binai son organique. {Revue des sciences mèdica" les, 1873).
Une autre effet de la saignée, plus facile à expliquer par la perte d'une certaine quantité d'hémoglobine et par une moins grande absoption d'oxygène, c'est la diminution de l'acide carbonique exhalé, c'està-dire de la combustion des éléments hydrocarbonés. On comprend ainsi l'utilité de la saignée dans la médication antiphlogistique; elle peut bien augmenter la désassimilation des matières azotées par une action presque mécanique ; mais ce ne sont pas les éléments les plus importants de la combustion fébrile.
C. Les médicaments, qui ont pour effet de diminuer la somme des déchets organiques, sont généralement désignés sous la dénomination vague d'agents d'épargne ou antidéperditeurs. Ce sont des substances qui, fournissant par elles-mêmes peu de chose à la nutrition, ont la propriété de la soutenir dans les cas où la désassimilation est exagérée et l'assimilation insuffisante. Tels sont l'alcool, l'arsenic, la valériane, etc. Certains auteurs y comprennent le coca; mais nous avons vu que cette substance est plutôt un déperditeur, un excitant des métamorphoses organiques qui engendrent la chaleur et la force, qu'un agent d'épargne ; elle fait supporter la fatigue et la faim, mais aux dépens de nos tissus, puisque le corps perd de son poids. Il en est autrement des véritables antidéperditeurs : ce mot suppose une plus grand stabilité donnée aux tissus, un ralentissement de L'usure organique.
Un certain nombre de médicaments modèrent le mouvement nutritif, en excerçant une action chimique inconnue sur la composition des humeurs et
des tissus (altérants) ; quelque^ autres ralentissent" d'abord la respiration et la circulation, et, par suite, rhémaiose et les échanges organiques (digitale, etc). Citons, enfin, de récentes recherches sur Faction des alcaloïdes, en présence des matières albuminoïdes, qui existent à Fétat liquida dans !e protoplasma et les différents tissus de Torganisrae (Rossbach), Cette action est un peu modifiée par la nature des substances employées. L*auteur conclut de ses expériences que les alcaloïdes agissent sur l'hémoglobine, en augmentant son affinité pour Toxygëne, qu*elle cède par là même moins facilement aux matières oxydables des tissus. (Tiré de la iîeuue des se, méd,^ 1873,)
Quelle que soit la valeur de ces faits et de ces interprétations encore obscures, la clinique possède heureusement des données plus certaines, sinon plus rationnelles, que la chimie physiologique sur l'indication des médicaments d'épargne.
Café et thé. — Nous avons déjà vu que certaines substances pouvaient modifier la nutrition par des actions simultanées ou successives sur le système nerveux et sur les fonctions digestives, circulatoires et respiratoires; et que l'un ou Tautre de ces efTets multiples devenait prédominant suivant les individus, les doses et le mode de préparation, au point de faire varier les résultats fournis par Texamen des urines. Ainsi s'explique, sans doute, la difficulté d'observer nettement l'influence du café et du thé.
Qu'une personne, habituée à prendre du café après ses repas, interrompe brusquement cette habitude, la digestion soufifrirade Tabsence de cet auxiliaire obligé et pendant quelques jours Turée pourra diminuer-
C'est ce que j'ai observé sur moi-même. Voici le résultat de mes analyses : durant les trois jours qui ont précédé l'expérience, la moyenne de l'urée était de 22 gr. 50 ; le jour où j'ai suspendu l'usage du café, elle est descendue à 19 gr. 63 ; au bout de trois ou quatre jours, elle est revenu au premier chiffre. La quantité d*urine ne m'a pas paru influencée par le café. Je suivais pendant l'expérience un régime uniforme. Ne faut-il pas attribuer ces variations à la suppression de cet adjuvant digestif?
M. Rabuteau cite des expériences dans lesquelles 30 centig. décaféiné diminuèrent l'urée de 26 pour 100, et une infusion de 60 gr. de café torréfié de 20 pour 100. Le café vert, de même que la caféine n'a pas produit d'effets diurétiques, et l'urée a diminué de 14,11 pour 100, sous l'influence de la quantité minime de 15 gr.; il semble donc plus actif que le café torréfié, peut-être parce qu'il ne l'a pas été et qu'il contient plus de caféine. Cette opération développe, en effet, une huile essentielle, la caféone, dont les propriétés excitantes sur le système nerveux et la circulation peuvent dominer ou compenser celles de la caféine.
M. E. Roux a présenté, en 1873, à l'Académie des sciences, une note relative à l'influence du café et du thé sur l'excrétion de l'urée. Les conditions de l'expérience ont été aussi rigoureuses que possible. Durant 5 mois, il a suivi un régime identique. La moyenne de l'urée a été de 33 gr. L'auteur ne dit pas à quelle dose il prenait le café et le thé; mais, d'après une communication orale, je sais que la quantité était de 50 gr. de café torréfié en deux doses. Cette dernière substance éleva le chiffre de l'urée de 36 gr. à 41 gr.; le thé de 33 gr. à 37 gr. « L'augmentation fut passa-
-Mégère. En continuant l'ingestion de ces substances^ l'urée revient peu à peu au cbiflVe normal, jamais audessous, tt M, Rabuteau conclut aussi des résultats opposés, auxquels il est arrivé, que les effets de la caféine ne s'accumulent pas dans Téconomie,
Cette augmentation d'urée est attribuée par M. Lé- \)ine {Gazette médicale, 1873), et non à des combustions plus actives, mnis à un lavage plus complet des tissus, causé probablement par une action du café sur la circulation. L'accroissement parallèle du chlorure de sodium, observé par M. Roux, vient à l'appui de cette manière de voir. » D^autres auteurs avaient obtenu, les mêmes résultats (E. Smith, etc*).
Suivant Bœcker, Tusage du thé réduit de 2\b, la perte de 12 gr, qu'une alimentation insuffisante ferait subir au poids du corpsen 24 heures, et l'urée serait diminuée de 1 gr. Ces chiffres paraissent un peu faibles pour être bien discernés au milieu des oscillations physiologiques.
Dans une expérience, faite sur moi-même, j'ai obtenu les chiffres suivants. J*avais suspendu l'usage du café depuis 15 jours.
Volume des urines de vingt-quatre heures durant trois jours (sans café) :
Quantité d*urée ;
20 gr. 78 19 gn 40 20 gr* 88.
Du25 novembre, à midi, jusqu'au lendemaîo à la même heure, j'ai pris, à intervalles égaux, 4 tasses d'une infusion concentrée de café torréfié, Le volume des urines a été de 1720 c. c, et la quantité d'urée de 20 gr. 64, Elle n a donc pçis été modifiée, malgré la diurèse.
Une autre, expérience dont le sujet était un enfant
de 14 ans, m'a donné aussi des résultats négatifs. Après avoir oscillé durant plusieurs jours entre 17 gr. et 18 gr., la quantité d'urée s est maintenue à 1 7 gr. 20, le jour où j'ai fait prendre deux tasses d'infusion de café torréfié.
Squarey a constaté également que le café aux doses de 3i4 d'once à 6 onces, n'a pas d^influence marquée sur l'excrétion de l'urée.
S'il est permis de tirer une conclusion de ces expériences peu nombreuses, le café ne me paraît pas avoir sur la nutrition l'influence qu'on lui attribue. La diversité des résultats obtenus prouve du moins que la question est loin d'être résolue, et qu'il faut peut-être distinguer les effets de la caféine de ceux du principe aromatique, effets variables suivant le degré de torréfaction et la qualité du café, la température du liquide, Tétat de vacuité ou de plénitude de l'estomac, l'âge, le tempérament jet les dispositions individuelles. Dans les expériences de M. Roux, Taction digestive et excitante du café a sans doute prédominé, dans celles de M. Rabuteau, il semble bien démontré que la caféine ralentit la dénutrition.
Digitale, — Le ralentissement du pouls, de la température et de la respiration, déterminé par cette substance s'accompagne d'une modification semblable dans les phénomènes chimiques de la nutrition. La diminution de l'urée est bien plus prononcée avec la digitaline pure cristallisée, qu'avec la poudre de digitale ou la digitaline de Homolle et Quevenne. Tandis que 40 centig. de digitale en poudre, administrés chaque jour durant une semaine, font descendre Turée de 21 gr. à 17 gr. seulement, la digitaline cris-
tallisée rabaisse le septième jour (aux doses de 1[5 et 1|3 de milUgr. par jour), à 14 gr. 50. On obtient] aussi avec ce produit une plus grande régularité dans les' variations de J'uréeet dans les autres eflFets physiologiques. Son influence se fait sentir d*une manière lente, graduelle et plus marquée le lendemain du jour où le médicament a été supprimé qu'au début de l'expérience (Megevaud et Rabuteau)* Cette action prolongée de la digitale trouve son indication dans les fièvres à longue échéance, surtout lorsqu'il y a une tempéï'ature trop élevée et une dénutrition trop rapide à combattre.
Sulfate de quinine. — Ranke a constaté une diminution de Facide urique, et il est probable qu'il doit en être de même de Turée, Mais cet effet n'a pas été observé à la dose de 1 à 2 gr., ou du moins aussitôt après Tadministration du médicament. Tandis que le sulfate de quinine ralentit assez rapidement la calorification au point de faire disparaître la manifestation thermique des accès fébriles, l'urée est encore augmentée à l'heure où l'accès coupé devait avoir lieu, La diminution arrive cependant, mais ce n'est que deux ou trois jours plus lard* La clinique savait déjà que ce médicament exerce sur Téconomie une action durable, et la preuve en est dans la diminution tardive des déchets organiques.
Bromure de potassium, — M. Rabuteau, ayant pris durant une période de dix jours, 1 gr, de bromure p;»r jour, trouva que la moyenne de l'urée était descendue de 22 gr, 25 à 19 gr. 52 ; au bout de trois ou quatre semaines elle remonta à 22 gr, [Soc, de bioL, 1869).
Cette action lente et prolongée explique l'emploi et l'utilité de ce médicament dans Tazoturie des diabétiques.
Opium. — L'opium présente cette même indication, et ses effets sont encore plus prononcés (Lécorclié).
Valériane, — Dans le diabète insipide, cette substance semble plutôt agir sur Tazoturie que sur la polyurie. Celle-ci n'est diminuée que lorsque l'urée est tombée au-dessous de le normale. La glycosurie, sans azoturie, n'est pas modifiée; mais, comme la consomption diabétique a pour cause principale les pertes de l'organisme en matière azotée, la valériane peut retarder l'état consomptif ou prolonger le diabète gras. (M. Bouchard, Soc. de biol., 1872). Ce même auteur, a vu descendre la quantité d'urine de 16 litres à 8 litres et l'urée de 34 gr. 5 à 12 gr. Il donne la valériane à doses fractionnées et arrive de 8 gr. à 30 gr. en 24 heures.
Alcool. — Quel que soit le mécanisme de son action, qu'il empêche l'oxygénation des globules rouges ou qu'il se substitue comme combustible aux molé* cules des organes, un des effets les plus certains est d'entraver les combustions organiques, de ralentir le mouvement nutritif et d'abaisser la température. Bocker a constaté une diminution de l'urée, de 18 à 13 gr. et de l'acide carbonique. Kien, ayant pris des liqueurs représentant 180 grammes d'alcool absolu, a vu baisser subitement les matières solides de ses urines, de 21 grammes ; la diminution a porté surtout sur l'u Fouiihoux 5
^ 58 rée, qui est descendue de 37 à 22 grammes. Sous Tinfluence de 200 grammes d'eau-de-Yie,M. Rabuteau a observé une abondante diurèse avec diminution de Turée dans la proportion de 25 p. OjU, L'alcool est donc un médicamen't d^épiirgne, capable d*entraver la dénutrition et d^arr^îter les progrès de la consomption fébrile. M. le professeur Béhier en a depuis longtemps donné la démonstration clinique.
lodure de potassium, —- M. Rabuteau attribue aux iodiques une action modératrice sur le mouvement de désassimilation, Avec 1 gramme d'iodure pendant 4 jours, il a obtenu une énorme diminution d'urée (40 p. 0/0}. L'action du médicament se continua audelà de cette période, et la moyenne d'urée, notée avant l'expérience, ne reparut que 15 jours plus tard.
Comment concilier ce fait avec des observations cliniques dignes de toute confiance? Dans l'azoturie par exemple, Fiodure de potassium aggrave les pertes en matière azotée, tandis que d'autres agents d'épargne sont d'une grande utilité. La difTérence de ces effets peut tenir à la différence des doses, mais si des recherches ultérieures prouvaient qu'à toute dose, Tiodure de potassium produit ces résultats opposés, on serait forcé d'admettre que, dans les conditions morbides de l'azoturie» ce médicament n'agît pas de même que chez l'homme sain.
Arsenic. — De tous les modérateurs de la nutrition, Farsenic est un de ceux dont l'action d'épargne est le plus prononcée. Sous son influence, la circulation et la respiration se rai entis5ent,la température s'abaisse, les globules sanguins sont directement alté-
rés : d'où résulte une diminution de Théinatose, des échanges organiques et des produits excrémentitiels. Schmith, et Schutarwaage ont trouvé que l'urée et l'acide carbonique pouvaient baisser de 20 à 40 p. 0/0. Chez un chien, qui avait pris 5 cent, d'acide arsénieux deux jours de suite, Rabuteau a vu cette diminution * atteindre 60 p. 0/0. L'arsenic arrête donc la consommation des tissus, et c'est pour cela que les arsenicophages augmentent de poids. D'après quelques rares observations, ce serait un des médicaments les plus utiles aux azoturiques.
Il arrive quelquefois que l'urée augmente au début de la médication arsenicale. Ces deux variations opposées de l'urée correspondent à deux périodes diflFérentes de l'action physiologique de l'arsenic. On sait que les faibles doses rendent les digestions plus faciles et produisent une légère excitation du pouls et de la température. Il faut souvent plusieurs jours à ces mêmes doses pour amener une perturbation des métamorphoses organiques. J'ai pu observer ce premier effet de l'arsenic chez un homme qui prenait des granules à dose croissante. L'augmentation de l'urée fut très-passagère.
Quantité d'urine . • 2,000 1,050 1,650 1,600 1,500
~ d*urée... 16 gr.. 23,79 19,80 23,36 19gr.
(sans arsenic) (2 granules) C3 gran.) (4 gran.) (5 gras.) Quelques jours après, Turée était redescendue à 16 gr.
Mercuriaux. — Les propriétés physiologiques du mercure, et les altérations que son emploi abusif fait éprouver à l'organisme, permettent de supposer que la nutritio\i est profondément troublée et ralentie par ce médicament. A défaut d'expérience directe, il y a
-codes faits pathologiques qui le prouvent. M, Bouchard a constaté une diminution de l*urée dans une intoxication mercurielle, et il rapproche de ce cas d*hydrargirisme, les autres empoisonnements métalliques, dans lesquels l'on trouve Turée diminuée.
Aicalins, — Les bicarbonates de potasse et de soude déterminent une diminution assez notable de l'urée (20 p. 0/0| à la dose de 3 granrïmes durant cinq jours). MM. Constant et Rabuteau, qui ont fait celte expérience, pensent que la théorie purement chimique» sur laquelle est fondée le traitement du diabète par les alcalins, est complètement en défaut et qu'elle a donné lieu à une grave erreur thérapeutique. Quoi qu'il en soit de la théorie, si cette médication a un inconvénient, ce n'est pas celui de diminuer les pertes de matière azotée, qui sont, au contraire, un des plus grands dangers de cette maladie.
Chlorate de potasse. — Ce sel exerce une action se-
dative générale, dont le principal phénomène consiste en un ralentissement de la circulation {Isambert, Socquet, Rabuteau).
J'ai ohsen-é aussi une notable diminution de Tarée. La veille de rexpèrience, il y avait 1830 c lv d'urine et 24 gr. 62 d'urée; 5 gr. de chlorate de potasse la firent descendre à 18 gr. 81 en 2i heures, le volume des urines restant le même. Il y eut cependant un peu de polyurie durant les premières heures. Le lendemain et îe surlendemain, la quantitc d*urée remonta à 22 gr* 60; le troisième jour, à 24 gr* 32»