‹ Essai sur les variations de l'uréeChapitre 55 sur 70 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les affections catarrhales sont de deux ordres : affections locales, in/lammatiojhs caiarrhaks ; affections générales, fièvre catarrhak et grippe. Nous étudierons successivement les caractères généraux de ces deux grands groupes des affections catarrhales : dans leurs causes, Caractères étiologiques {constitutions médicales dîtes catarrhales y épidémies de grippe, catarrhe d'été ou catarrhe des foins); dans leur marclie, Caractères symptomatiqties ; dans les lésions anatoraiques qui les accompagnent, Caractères anatomiques,

AFhistoire des affections catarrhales, qui comprennent les maladies les plus communes sous nos climats^ se rattache une doctrine qui a de tout temps appelé r attention des médecins, doctrine dont les fortunes ont été fort diverses depuis la négation la plus absolue du catarrhe comme espèce morbide, comme état pathologique spécial dans le cadre nosologique, jusqu'aux exagérations les plus outrées de son importance et de son rôle en pathologie générale, exagérations qui avaient inspiré autrefois le célèbre pamphlet de vau Helmont, intitulé : Catarrhi deliramenia.

Tout en laissant de côté et ces exagérations et les vaines hypolbèses humorales qui ont 3Î longtemps, défrayé la scplastique médicalo, nous pensons qu*||J ncî sera pas sans intérêt et même sans quelque utî-" lité pDllr riûtelligetice complHe de notre sujet, de rappeler les idées principales qui ont été successive- , ment émises et soutenues sur le catarrhe, aux princiS pales époques de notre histoire 'médicale , par les" auteurs qui ont surtout marqué leur trace comn observateurs et comme praticiens (1).

I, L'histoire des affections catarrhales remonte i l'origine même de la médecine. Les livres hippoera tiques (2) en marquent le point de départ : il existe deux grandes classes de catarrhes ou fluxions caift^É sées par le chaud qui raréfie les chairs, les échauffe, les rend plus subtiles, favorise leur écoulement, ou par le h*oid qui les retient^ les condense et les exprime pour les faire écouler sur les parties déclives « Acproœmens cerebrum, veluti spongiam quamdam « exprimil illam qua^ in ipso eontinetur humidita- « tem (3) , ï> ainsi que le dit Galien^ qui ne fit guère à ce sujet que reproduire et commenter les idées hip-

(1) Brochiti»arlicleCATARTiiit du Diction na ire eocyclûî^édûiue ^î«édJl). — Nous croyojiîî, i\ ctiUc occasiion, devoir remercier M. BrochÎTi de la conqikisaiice avec la(](uelle îl a mis h noire dîii^osilîoa IC rnalérifliix rminîs pnr lui potir la rédacliou de sou arlicle. îSes cons^eils el les iudicaLioos (]ii1l nous a fournies uoiis oui été d'un trés-fîraud secoures.

(2) Uippocrflle (de LiUré), Index du dernier volume,

(3) Galîea, Epiiome Commeutarîorum, etc. (abrégé). Lyon, Il

pocratiques. 11 fiiît descendre les humours do la tête vers Ifcs parties déclives par les conduits veineux. a Omoes quaB feruntur fluxiones, per venas a capite 0 ad partes inferiorrs (1), j> Enfin, et c'est là un point capital, Gaiien distingue expressément l'un de l'antre le rhumatisme et le catarrhe ; le premier affectant les articulations, el le catarrhe, les cavités du corps. Cclse (2) établit entro les divers sièges do railcctiun catarrhale des distinctions qui montrent avec quelle netteté les anciens observaient :« Distillât autem de cat« pit».^ interdum in nares, quod levé est; interdum io « fauces, quod pejus est ; interdum eliam iu puimo * nés, quod pessimum est. t

Depuis Celso et jusque vers le milieu du dix-septième siècle, on s'en tint à ces données , et on discuta longuement sur les qualités de Huîmeur catarrhaJe à laquelle on attribua les caractères les plus variés.

Four Fernei{Z)^ ce qui constitue le catarrbo , b'est une humeur piluiteuse qui provoque des maladies dilléreutes en raison des parties oii elle vient se déposer,

Uouillier (4) a sur le catarrhe les mêincs idées que Ferne! : la fluxion se propage de la t^flo au reste du corps; il y a deux catarrhes, Tun froid» l'autre chaud, et il n'y a presque aucune maladie qu'ils no puissent produire ou a§^graver.

Au dix-septième siècle, liwiére développe et systématise les nations jusquo-là acquises sur le ca-

(Ij G<tli6^j, lu Aphor. tli}^])' l^iimmeiilarîuni tll.

(2) Qelse, Ue MeiL, l. I, p. 315, éd. Ûelalai». Pîtrts IB21.

(3) Fernetii Mediciiin. l'arîî^. itiM> bi-foL

(i) Itouitlicr (mon en i!S62i/0|;»erii prûclica. iiilk, E^aris. La-fûL

taïprbe. Le catarrhe est la fluxion d'une humear excréoienlitiello dont la surahondancct occupant les ar* tères et les veines, produit les fièvres catarrhale*.

Il ost dû en partie à l'inlliience atmosphérique et surtout aux brusques changements do température. Le catarrhe se dislingue encore en férin, suffoeaDt et épidéuiîque. « In aliis partibus varios producit effec- « tus : in nervis torporcm, paralysim, conviilsionem, (( tumorcju, laxitatcm, uîcus; in gutture anginam; G in pcctoro ot pulmone pleuritidem , peripneumoctniam, tussim, asthma , ha^mopthoen ^ pbthisim; « in ventricule voinituin, inappetentiani ; in intestite nis diarrÏKeam et dyscnteriaui (I). » C'est en quelques lignes un exposé doctrinal caraplet*

n. Le livre do Lazare Rivière parut en 1649;

en 1660, Victor-Conrad Schneider renversa toute la vieille doctrine du catarrhe descendant de la tête; les humeurs du catarrhe ne viennent pas du cerveau : a Nec cerehrum aliis humoribus dat viam transi tum- « que (p. 2î9)- 0

Ces flux viennent du sang : <x Qui humorem vitiant «( pulmonisj illi non sunt cerebri, sed raassae sancf guinea; n et enfin, défini.ssant deux des manifestations locales du catarrhe, il dît : ofCatarrhusnarum est (( coryza (p. 300} ; catarrhus est inflammatio aurium » (p. 108) (2), La doctrine était fixée, et le livre de Schneider faisait faire h la science un pas immense.

(l) ftiveriiTS, Praxis medict, liber [I, ca(uxv, 1670, Lahnye. (i) Conrndis Victorî» Schneîderi , liber tie Calarrhis irpecîalîs luins. Wiuemberfî, lyj»is MaUhaei Henckelii, anno »n>CLXtv.

Frédéric Hoffmann (!) a sur le catarrhe des idées nettes et qui se rapprochent de ce que I'od enteod

{aujourd'hui par ce mot. Le catarrhe estime affection générale produite par une altération de la sérosité, 1} »ous la dépendance des vicissitudes de Tair, telles il qu'on a coutume de les ohserver au printemps et on . automne; la stfppression seule de la iranspiration ne i, suffit pas pour produire le catarrhe ; il faut qu'il s'y I joigne Faction d'exhalations pernicieuses mêlées à l'atmosphère.

Pour Frédéric Hoflmann, le catarrhe et le rhuniaisme sont doux maladies ayant la même origine et la îême constitution.

Van Swieien (2), dont les savants commentaires reracent avec une exactitude scrupuleuse les grandes étapes du progrès dans la science et dans Tart, aux différents âges de la médecine, n'a point , pour la question lu catarrhe, marqué de progrès ; tout au contraire, il ^revient en arrière.

Il fait du catarrhe un engorgement du tissu cellulaire, matière séreuse qu'une fluxion active emporte dans le torrent circulatoire, ou bien, Tentraînant à travers les mailles du tissu cellulaire, dépose sur des parties déterminées,.. C'est rorigine de ce mot de fluxion de poitriTie qui est resté dans le langage populaire comme un reflet des anciennes doctrines méJicales-

Lepecq de la Clôture (3), qui a publié un excellent ouvrage, modèle de description et d'observation cli-

(!) Frédéric HofTmanD, Opéra omnia. Genève, i7i0. In*foï, fî) Vao Swïelen, Coinnientana. Leyde, 1 753-1 77â. In-4^. (3) Lepecq de k Clèltire, Observations sur les maladies épidémiques, année 1770. la-A^, i776.

dîqijr, et dont lo seul Inrt pst peut-éfm d'être avruglément lidfele à des tradilton^ respectables, maii ^arannées, considère le caUurfae comme une fluxioo avec rougeur et gonflement considérable des parties affecteras.

II y a chez les catarrheux douleur de tète, assoQ* pissemcnt; le corps est phlo^osé» Les catarrhes des temps chatids et humides se guérissent plus vite et plui facilement. C'est Thumeur excrémeotitielle qui, retenue fious la peau, forme des engorgements. Le Pecq rattache au catarrhe V engorgemeni tuberculeux, Fobslruction des viscères, laphthisie, etc.; il y rattache!^ en d'autres termes, la scrofule et la tuberculose.

Le catarrbe et Tairection catarrhale reconnaissent pour cause la suppression de la transpiration insensible. Totite fièvre catarrhale est une fièvre dépuratoîre.

Maximilien Stoll (1) comprend sous une dénomination commune et décrit au même titre les maladies rhiimatifjiics, catarrhales ou pituitaires : il décrit le ca* tarrhe pulmonaire .sous le mym àp pleurésie humide ou angine ff^onchtale ; il eu fait une inflammation vraie.

C'est au point de vue doctrinal une importante distînctiou fuite entre l'affection catarrhale et le catarrhe pulmonaire, mais les rapports de ces deux affections ue sont point encore établis.

Pierre Frank (2) décrit isolément les catarrlies locaux et les catarrhes avec fièvre, laquelle fièvro peut être inllammatoire, secondaire ou épidémique.

(1) Maxitiiiïieti Stoll, Aphorismi de cogno<îcendls , clc, Vietine^ 1785, !ti-8^ {à) Pierre Frauk, Decurnadis hominum morbis. 17^1.

Borsieri (I ) range la fièvre catarrhalc parmi les fifevros continues rémittentes : i[ insiste sur co fait signalé déjà par Juncker, qu'il n'y a point de fièvre calarrlialo là où il n'y a point la toux, le coryza, Tenrouement, la péripneumonie, etc.

A Joseph Frank (2) revient le mcrite d'avoir irréfutablement établi ladistinction déjà faite entre l'alTcction catarrliale et le catarrhe du poumon. Cette distinction capitale entre la fièvre et les inflammations catarrhales fut Fœuvre du dix-huitiëme siècle»

III. Dans les premières années de notre siècle, sous rinfluence des idées de l'école physiolopiqUe et des progrès de Tanatomie pathologique, les doctrines médicales anciennes sur la nature mémo de raffection catarrhalc sont entièrement renversées.

Pinelid avant lui Cidkn avaient déjà ouvert la voie : pour Cul I en (3). le catarrhe iivsi qu'une excréliou augmentée de la membrane muqueuse du nez, de la ' gorge et des bronches, accompagnant une pyrexie. Pinel (4) classe k'S catarrhes dans les phlegmasies; Broussais rapporte les catarrhes à l'irritation, à T inflammation primitive ou sympathique des membranes muqueuses avec hypersécrétion*

hv mot de catarrhe était conservé, mais il devenait synonyme Av toute inflammalion aiguë on chronique des membranes muqueuses : Tidée générale qu'il rap-

(\) Borsieri, ttislilulioties medicinœ praclkaï. Trad. Chauffard. (% Joseph Frank, f^raxeos medtca?.

(3) CulJen, McilecÎMe pratique, l. II, p. 159; éd.Bosquilloh. Parîi,

(4) Pinel, NosoiîriTphie philosophique, 1. 1, p. 87. Paris, 1810.

pelait autrefois était à peu près méconnue. Laennec (() détourna ce mot de son sens primitif, en ratlriboant presque exclusivement à certaines formes d*inflammation des bronches; il n attache même plus à cette expression Fidée vulgaire d'écoulement et de flux muqueux, et a décrit, sous le nom de catarrhe sec^ Tasthme nerveux*

Non-seulement la notion générale des aiTecUons catarrhales était perdue, mais le mot de catctrrhe^ détourné de son acception primitive, n*avait plus de raison d'être, comme le fait avec juste raison remarquer Littré (2|,

Pour lui restituer la place qu*ii a perdue, il faudrait ou le considérer comme représentant l'idée collective des phlegmasies muqueuses, ou lui faire signifier la cause qui a déterminé les épidémies catarrhales.

Mais ridée des inflammations muqueuses comme caractérisant le catarrhe ne fut pas partout admise.

En 482i, Chomel faisait remarquer avec raison que raut^mentation de sécrétion d'une momhrane ne constitue pas forcément rinflammation de cette membrane.

Roche (3) remplace le mot de catarrhe par celui à' hyperdiacrisie et le définit «t un accroissement de sécrétion d'un tissu sans altération de texture »,

Amiral (4) s'élève aussi contre la conception, toute théorique suivant lui» d'après laquelle tout flux muqueux serait nécessairement l'efTet d*im travail phleg- ■

(1) Laeanêc, De rauscullatioD médiate. In-8% 1831 (édil. Me-

riadec Lnennec).

{%) Lîflré, Dîclîonn. en 30 vol., l, VI, p. 581 . 1834.

(3) Roclie, Djcl. en 30 vol, t. X, p. 209.

(4) Aijdrol, PréciH d*in»lomie patholo.^ique, t. l, p. 342.

masiquc : cr En accordant que, dans tout llux miiqueux, il y ait irritation antécédentts, ce qui, dans bieu des cas, est piulot supposé que démontré, toujours faudra-t-il convenir que c'est là un mode spécial d'irritation. » Et, se fondant sur ces eoDsidérations, il admet, sous le nom de flux^ une classe de maladies dans lesquelles récoulemcnt muqueux est le phénomène essentiel au point de vue de la nature même de la maladie et des indications du Iraitemenl.

Monneret [\) étudie cette question des affections catarr haies avec des vues larges et élevées , une érudition profonde et un très-grand sens critique. Il sépare nettement le groupe des affections catarr baies avec déterminations spéciales et la fièvre catarrhale épidémique ou sporadique. 11 y distingue une névrose, une altération du sang, un exanthème catarrhal,

Ndiure inflammatoire du catarrhe^ mais in/lammor* tion dépendant d'un état générai sthénique ; tels sont les deux points de doctrine soutenus par Dugès dans un trèa-courl mémoire trop peu connu (2), et qui est un modèle d'exposition et de clarté.

Trousseau et Pidoux (3) définissent nettement l'état catarrhal, en le distinguant bien de l'état inflammatoire ; ils insistent sur la prédominance de Télément nerveux.

Tout récemment, le docteur Bailly (4) a présenté à

(1) Maoneret et Fteary, Compeadium de médeciQe pralique^ 1841* (t) Dtigès, Considéra tîoD s sur te catarrhe et féUil catarrlial (Revue médicale, L tll^ p. t\{\\ iSi5).

(3) Trousseau et PidouiL, Traité de thérapeutique, L I, p, 543 et a,

(4) Bulletin de T Académie de médeciaep t. XXXI V, p. Oi : ïlapport de P.-i. Chaufrard mr ud mémoire du doctenr Baillf , etc.

l'Académie de médecine un très-important mémoire qui soulève sur cette question un nouveau point de doctrine. Il rapproche F aiîection catarrhale des fièvres ériiptives et croit en trouver la cause réelle dans un miasme, un contagium, un ferment* Ces affections seraient donc indépendantes de la constitution climatérique.

Mais le docteur Bailly va plus loin encore : voyant dans les altérations de l'épithélium muqueux dans riutlamniation catarrhalej un critérium qu'il regarde comme absolu, il propose de remplacer la dénominalion de fièvres calarrhales par celle de fièvres épitheliales.

Ce travail important a été, devant T Académie de médecine , Tobjet d'un remarquable rapport de M. Cliauffard, qui a victorieusement réfuté ce que cette doctrine avait de trop absolu, en rappelant quU n'était pas besoin d'admettre un contagium ou ferment qui n'est pas prouvé et qu'il ne convient pas de nier, sans autre examen, Tinfluence des conditions atmosphériques ; car parmi ces conditions, il en est qui ne sont ni la température, ni la pression^ ni Tétat hygrométrique de Tair, et qui, pour n'être pas connues^ n'en manifestent pas moins leur existence par leurs effets sur Torganisme vivant.

IDÉE GÉNÉRALE DBS AFFECTIONS GATARRHALB8

Il faut élargir et rendre vivants les cadres étroits delà nosologie moderne, ou la soienee de l'homme réagissant s'immobilise e| l'étiolé.

\\ Ê^ul i(\vifi^, p^r l? recherche ^ leurs rapports mutuels et changeants, les ma^dias isolées. (P.-B. GHAvrPAU».)

h Les fièvr69 ^t ^^ptious catarrh^le^ f^pivrtlennent à la classe des maladies aiguës de ç^msfis fom'

n. Sllesi I^Qn^aiss^p( ^e^ix pcdi»^ 4^ cai^«e$i ; U^ unes sporadiques, particulières , individuelle \ \^f autres générales, dites universelles ou populaires : ce sont les constitutions médicales.

III. L'invasion est lente, l'incubation longue. C'est après plusieurs jours de malaises mal définis que peu à peu l'état catarrhal s'établit.

La fièvre est rémittente.

La fièvre, précédée de bissons erratiques entremêlés de bouffées de chaleur , s'accompagne de troubles nerveux hors de proportion avec l'intensité des déterminations locales : lassitude, accablement, douleurs dans les membres, céphalalgie et dyspnée , etc.

lY. Un des effets de ces maladies est de déterminer sur les muqueuses qu'elles affectent un flux nommé flux catarrhal.

V. La crise dans les affections catarrhales est lente, douteuse, incomplète,

VI. La Ihérapcotique toute spéciale (médication évacuante, opium , etc.), s'applique non-seulement aux affections catarrhales proprement dites, mais encore aux maladies aiguës intercurrentes auxquelles la constitution raédicate imprime, à leur début du moins , une allure spéciale et des caractères nouveaux.

VIL Les alTections catarrhales seules^ parmi les maladies aiguës communes, sont aptes à provoquer, à susciter uue maladie chronique.

Seules aussi» parmi les maladies aiguës communes, les aflections catarrhales peuvent s'élever par degré jusqu*à la spécificité»

Tels sont, en résumé, les caractères essentiels des affections catarrhales. (Chauffard, Leçons inediies^ 1871-72.)

CARACTÈRES ÉTIOLOGIQUES

JLetion direete des pouBsièreB et deB gaz IrrltantB.

Quelle est Finfluence des agents extérieurs irritants : poussières ou gaz irritants, courants d'air froid, etc., sur les déterminations locales du catarrhe ?

1** Ces corps irritants, poussières ou fluides, peuvent, par leur action plus ou moins prolongée, donner lieu à uue inflammation superficielle dite catarrhale de la muqueuse ; mais ces inflammations par causes directes n ont aucun des caractères généraux des affections catarrhales vraies, à moins que ces causes n'agissent sur un individu prédisposé au catarrhe, et alors l'action des agents extérieurs n'est pas la cause productrice du catarrhe : elle n'influe que sur ses déterminations locales. Ce qui domine, c'est la prédisposition. Ainsi l'aspiration de vapeurs irritantes peut donner une inflammation de la pituitaire, mais elle n'amènera un rhume de cerveau que chez un individu prédisposé, ou sous l'influence d'une constitution catarrhale.

2"^ Dans toutes les maladies catarrhales, la prédisposition est toute-puissante (Jaccoud) (1).

Elle appartient principalement aux constitutions

(\) Jaccoud, Traité de pathologie interne, t. II, p. 194.

faibles, entachées île lymphatisme ou de scrof Non-senlrmonl il y a la prédisposition générale, mais encore Ja prédisposition pour certaines mu» queuses a minoris rcsistentiag 9 ; et on peut dire, pour rester dans Tidée si simple et sî vraie que com^ portent ces deux niots du vieux langage médical^ que ce qui occasionne le défaut do résistance , c*est souvent le fait accidentel d'une première détermination locale qui a alTaililî la muqu<nisé.

3* La prédisposition commande de même la forme anatomique. L'angiue» par exemple, reste une lésion de surface, une lésion catarrhale, dans le sens m^ ■ tomique, si elle a, dès les premières atteintes, présenté ce caractère; mais s'il y a en, dès l'iibord, une lésion profonde, une lésion phlogmoneuse, il y a bien des chances pour que cha*]ue poussée nouvelle aboutisse à la suppuration (Jnccoud) (1).

Ainsi donc, de Taveu même d'autours qu'on m} saurait suspecter dune complaisance exagérée pour les doctrines anciennes, l'inflammation superficielle n*est pas tout dans le catarrhe. Ainsi l'angine {pour ne parler ici que dos déterminations locales), l'augiae . catarrhale pourrait donc présenter deux formes; ta] forme Catarrhale et lu forme phlegmuneuse. N'ost-cp point le cas de rappeler cette réflexion si juste faite par Lidré, il y a trente ans, qu'il faudrait se mettre d'accord et <c considérer ce mot de catarrhe comme représentant l'idée collective des phlegma* sies muqueuses, ou lui faire signiner la cause qui détermine les épidémies cataiThales w ,

(1) làtxmiàt lac. cit,, p* i9l.

A roccasion de Tinfluence des poussières irritantes sur la production des inflammations catarrhaics, nous croyons devoir parler incidemment d'une forme spéciale d'affections dites catarrhales des muqueuses, qu'on a appelée catarrhe d'été, catarrhe paradoxal, fièvre des foins (hay-fever).

Catarrhus œstivns. — !• Les symptômes du catarrhe d'été sont ceux d'une irritation plus ou moins vive, suivie d'une abondante sécrétion des muqueuses : aux yeux, sécheresse, cuisson , puis larmoiement ; au nez , écoulement abondant ; puis sensation de constriction avec dyspnée, sécheresse de la gorge, toux, crachats, état catar^hal bientôt suivi d'une attaque convulsive qui a, avec l'accès d'asthme essentiel, les plus grandes analogies.

Tous ceux qui ont observé le <f hay-fever » ont remarqué que la fièvre, lorsqu'elle existe, est en rapport avec l'intensité des lésions locales ; c'est un fait important et par lequel le « catarrhus œstivus » s'éloigne du cadre des affections catarrhales aiguës ; mais il s'y rattache, d'abord parce que la fièvre, quand elle existe, est rémittente, et, surtout, parce qu'il reste aux malades une prédisposition à être fréquemment atteints d'autres formes de catarrhe.

On â dû, sous ce titre, confondre bien souvent deux choses : une affection catarrhale commune dont, en raison de certaines prédispositions, la détermination locale peut se faire aux yeiix,au nez, à la gorge, etc., sous l'influence de poussières irritantes; et cet asthme essentiel dont parlait, il y ^ trois siècles, van Helmont, lorsqu'il disait : a Vidi fréquenter mulieres qui suavi olentium odore praeter cephalalgias et syncopes,

Dlslrltiutlon géci|frap]iii|Qe des affecttoas eal4irrluUe« ik la surfkce du globe.

Le catarrhe a-t-il exiîité de tout temps et daas tous les pays ?

« Les navigateurs assurent que le catarrhe était inconno dans les îles de la mer du Sud avant que les vaisseaux des Européens y eussent abordé. Dans ^ Tantiquité, on prétendait se souvenir d'un temps où H les all'eetions catarrhales n'avaient pas régné. On en atlrihuait la naissance aux progrès de !a lune et oa di- ^ sait que 1rs peuples harhares en étaient exempts (1).»» t|

A et y elle ment, il est prouvé que le catarrhe se rencontre sous ses diverses formes sur toute la surface de la terre.

Dans les climats extrêmes, les déterminations locales du catarrhe sont difl'érentes (Seitz) (2),

Dann les zones polaires^ les catarrhes des yeux et des voies respiratoires s*ohservent plus fréquemment; et plus fréquemment^ iann la zone tropique, sous Téqualeur, on observe les catarrhes gastrointestinaux.

Plus on se rapproche des climats extrêmes, plus on voit prédominer les formes du catanvhe respiratoire si on se rapproche du nord, intestinal si on se rapproche des zones équatoriales ou torridcs.

Dans les climats tempérés, les alfections catarrhales

(1) Ullré, loc, ciL

(2) Sein, Bcricht Qber die leisUiflgeJi in der mediciidschen Géographie, inCaiiilairs JatiiesberichL Wûrzburg, 18G5.

constituent les maladies les plus communes 5 on observe indifféremment les catarrhes respiratoires ou intestinaux, suivant les saisons et les brusques changements de température.

Les catarrhes respiratoires sont plus fréquents dans les lieux élevés; ils sont fréquents aussi dans les îles et le long des côtes qui descendent en pente douce vers la mer.

Les affections catarrhales ont été observées aux plus grandes altitudes. Alexandre de Humboldt a parlé de ces affections comme maladies régnantes à Santa- Fé de Bogota, qui est & 8,000 pieds, et Archibald Smith les a observées dans la petite ville de Cerfo dî Pàsco» laquelle est élevée au-dessus de fia mer de 13,600 pieds (1).

InflaenTOS atmosphériques* ellmatérlqaes et salsoBiiiéres* Constitutions médieales.

Les saisons influeni siir la fréquence et sur Tespëce aes manifestations locales de l'affection catarrhalei Nous aurions voulu pouvoir donner des indications précises, des tracés indiquant parallèlement le nombre des affections catarrhales, les degrés de température, de pression barométrique, d'état hygrométrique de l'air.

Nous n'avons pas ces données scientifiques précises ; mais l'observation journalière faite pendant des

(1) Indépendammebl de l'ouvrage de Seilz, on pourra consulter lu livre d'Auguste Hirsch : Handbuch der hislorich geographischen Pathologie, Erlangen, 1862.

Biècles par les aombreus auteurs qui, depuis Storck jusqu^à Lcpecq de la Clôture, oui décrit les constitutions médicales, nous a fourni des données importantes et qu'on ne saurait négliger.

Avant d'analyser ces travaux ^ il convient de donner une idée de ce que Ton doit entendre par cofutitution médicale : ne voulant point sortir de la question qui nous est tracée, nous ne parlerons pas des sens différents attachés à ce mot par les trois grandes écoles d*Hippocrate, de Sydenham et de Stoll: nous rappellerons seulement quelques traits généraux de l'histoirc des maladies aiguës, qui expliquent et définissent en même temps la constitution médicale.

« Nées sous les mêmes influences de Vair et des saisons, en évolution perpétuelle à travers les temps qui évoluent eux-mêmes, les maladies aiguës ont, à un mémo moment, des traits communs qui leur appartiennent.

«Ct'ttephysîonomie propre, elles la conservent plus ou moins nette et intacte, suivant les intercurrences saisonnières ou épidémiques; elles atteignent par degré au summum de leur caractéristique, y persistent plus ou moins *Je temps et la perdent ensuite lentement comme elles Tout acquise (1). «

C'est cette caractéristique qui est la constitution médicale. Il est intéressant, au point de vue de Tétiologie générale, de rechercher quelle a été la physionomie des constitutions catarrhales depuis le seizième siècle Jusqu'à l'époque actuelle.

{i) P.-E. Chïinffard, Elude diDÎf](»e sur lu consUlttlion médicale deraimêc 18ri2,tn Archives générales de médecioe, sixième série, l. letll, 1863.

La caractéristique des constitutions médicales nous sera donnée par les observations faites sur les constitutions climatériques au moment où régnaient les affections catarrhales et sur le caractère de ces affections.

Remontant jusqu'à la seconde moitié du seizième siècle, voici ce que nous trouvons dans Baillou (1) :

a Après un hiver très-rigoureux remplacé par une température australe et pluvieuse, il survint, vers la fin de la saison (printemps 1S71), une quantité considérable de fluxions du côté des poumons et de la gorge. »

« En 1674 et 1675, pendant que régnaient un grand nombre d'affections catarrhales, on observa des variations atmosphériques fortes, brusques, insolites. »

En 1690 et 1691, Ramazzini (2) observa une constitution catarrhale épidémique (avec fièvre intermittente tierce). En 1690, au mois de juin, l'été fut pluvieux, la rouille et des taches rouges couvrirent les récoltes de fourrages et de céréales, qui pourrirent rapidement. «

Nous rappelons ici ce fait, qui n'est point indifférent, pour expliquer les conditions étiologiques de ce qu'on a appelé le catarrhe des foins (catarrhus œstivus).

En 1709, Fr. Hoffmann observe c< que beaucoup de personnes, à la même époque, étaient atteintes d'une fièvre caractérisée par des horripilations, de la

(1) Baillou, Ephémérides, t. III, Hv. II, cods. X^ p. 191, Ge. Déve, 1762.

(2) Ramazzini, De constitutioDe anDi 4690, etc., in-4<>, Modène, 1691.

chaleur, un très-prand affaissement, une toux férine presque suirocante, une soif considérable et un dégoût insurmonlalile pour les atiuieiits. Tous ces sympleines rcdoiihlaient vers le soir, o

On ne saurait mieux et plus nettement retracer la physioDomio caractéristique de la fièvre catarrliale.

Or cet hiver de 1709 présenta des vicissitudes de froid et de chaleur, de sécheresse et d'humidité, de sérénité et d(* nuages, de calme et de tempéti'.

Quelques années plus tard (1720), Hoffmann (i) observa une constitution catarrhaJe encore plus caractéristique.

Les malades avaient de renrouemenl» de l'enchifrènemcnt, de renpouement de la poitrine. Chaque soir, à rentrée d'une nuit privée de sommeil, il y avait redoublement d*anxiélé et de chaleur fébrile. Oui ne voit là le caractère rémittent de la fièvre catarrhale ?

Et pendant cette année 1728, et Je ne mo rappelle pas, dit Hoffmann, avoir jamais rencontré une année dont les états de l'air et des saisons aient été aussi contre nature que ceux de Tannée dernière (t728).j)

J^n 1709, Lancisi (2) observe une constitution catarrhale, coryza, catarrhe bronchique, A Tatitomne paisilde et chaud de 1708 avait succédé un hiver très-riffourcux ; il y avait eu, au printemps, des alternatives do vents d'ouest et du nord mêlés de pluie et de neige*

(l) Fr, flolTïaîî 11 [1, Opéra oniui», t. IV, sect, Ij chap* i, Ueoève, [^) Lancisi, De uoiiis paludum efttuviîs, ia-4% Home, 1717.

En 1752, Huxham(i) remarque que, pendant l'été, le baromètre descendit très-bas, la saison fut froide, humide et souvent orageuse; les moissons furent gâtées par la rouille ; les vents sud-ouest et nord-est dominaient ; il y eut prédominance d'affections rhumatismales et catarrhales.

De 17S9 à 1760, Storck (2) observe des fièvres catarrhales vulgaires et catarrhales rhumatiques. c( L'expectoration, dit-il, était continue pendant une ou deux semaines ; la fièvre souvent augmentait verd le soir. »

«La matière acre, séreuse, l'un des principes de la maladie, semblait se déplacer d'un moment à l'autre poyr gagner un autre organe. »

Nous trouvons indiqués , dans ces quelques lignes, les caractères essentiels des affections catarrhales : fièvre rémittente, fluxion catarrhale. Pendant ce temps, l'atmosphère était humide, nébuleuse et froide.

En 1764, Sarcone (3) observa une prédominance des affections rhumatiques et catarrhales; il y eut cette année, au printemps, un brouillard tiède remplacé brusquement par des vents froids et secs du nord-est. ,

Nous trouvons dans Stoll (4) cette indication trèsnette : a A compter du 15 mars 1777, le ciel fut se-

(1) Huxham, Opéra physico-roedica^ Leipzig, 1773.

fè) Slorck, tfiComm. liuer., vol. 111, V, VllI, Nuremberg.

(3i Sarcone (Michel), Isloria ragionala de! mal! osservati in Napoli, Naples, 1765.

(4) Stoil^ Aphorismes^ be curandis, etc.^ edit. Gorvisart, Paris,

rein et sec pendant quatre jours ; les derniers jours du mois, an contraire, se montrèrent néboleux et trèshumides. Vers ces derniers jours, on observa un très-grtind nombre de fièvres catarrbales. »

Dans la première moitié du dix-ueuviëme siècle, les documents nous font défaut; mais nous trouvons, à partir de 1846, dans la série des rapports sur les épidémies régnantes publiés par l'Acadéiuie de médecine dans ses Mémoires^ de précieuses indications. Nous rappellerons celles qui ont le plus spécialement •trait à notre sujet.

tt Gaultier de Claubry (1) rapporte que, dans la petite commune de Favé, située à quelques kilomètres de Marra and e, on observa en mars et en avril 1852 une grande quantité d'affections catarrhales. Le vent sou niait de Touest et il tombait des pluies froides (neiges fondues).

« La commune de Favé, dit le rapporteur (et nous insistons avec lui sur les conditions spéciales au sol), est dans un vallon étrrjit et sinueusi dont le sol marécageux est couvert, eu plusieurs endroits, de flaques d*eau qui ne se dessèchent que pendant les grandes chaleurs de Tété.

<£ Au printemps, lorsque les jours sont courts, le soleil , caché par les coteaux élevés du Midi , réchauffe à peine pendant quelques heures cette vallée, dans laquelle s'engouffrent les vents d'ouest. »

Eu I8G3, nous trouvons dans la même collection un rapport de Kcrgaradec {2)j qui constate que dans

(1 ) Mémoire» de VAcfldéinie de médecine, Rapport sur les épidémies régniiiaes, U XVJII, p. 170, IS5i.

(2) Mémoires de T Académie de médecine, i863.

Taonée précédente (i 862), dont la constitution fut humide et froide, on observa en grande quantité les bronchites aigutis et catarrhalcs , le ratarrhe pul* mon aire et la grippe.

Dans le mémoire de M, le professeur Chauffard (1) sur la constitution médicale de Tannée 1802, il est question du nombre et de rinteosité remarquable des, affections calarrhales bronchiques, auxquelles se joignaient les symptômes propres à l'état gastrique; maïs ces syniplômes, au lieu d*être prédominants, demeurèrent soumis à Taffuction catarrhale des bronches capillaires (p. 648).A cette occasionj M. Chauffard fait remarquer que les phlcgmasies franches furent rares, et ne se montrèrent point avec toute Facuité qu'elles contractent eu d'autres temps. C'est du reste ce qui a toujours lieu lorsque les affections catarrhales et gastriques dominent et marquent une constitution médicale.

Nous insistons, à dessein, sur l'importance de cette communication faite à la Société médicale des hôpitaux, et qui fut l'objet d'une importante discussion ; elle marque la première étape de la voie où s'est résolument engagée la Société médicale des hôpitaux, en pubUant régulièrement les comptes rendus des maladies régnantes ; elle continue ainsi l'œuvre commencée par la plus illustre société savante du dernier siècle, la Société royale de médecine, qui attachait à cette étnde un haut intérêt et s'en occupait avec un incomparable esprit de suite et de progrès,

Enhn^ récemment (2)^ nous trouvons dans le rap-^

(1) Choufrard, Archives générales de médecioe, toc. cit.

(2) Mémoires de rAcadémie de médecioe, 1869-70.

port de Brîqtiet sur les épidémies régnantes que, pendant riiivcr de 1868^ qui fui froid (avec dépression barométri(]iie), les affections calarrhales ont été fréquemment signalées*

Le catarrhe attaquait surtout les muqueuses des voies respiratoires et digestivcs. La maladie était sans fçtiivité ; mais, à mesure qu'on avançait daus la saison^ l'inÛamuiation, d'abord tHendue en surface, gagnait en profondeur jusqu'aux parenchyuies.

Nous insistons sur cette remarque, évidemment faîte par 1* honorable rapporteur sans idée théorique préconçue ; elle affirme l'opinion que nous soutenons : que les affections eatarrhales ne sont pas essentiellement et nécessairement caractériséeSt dans leurs déterminations locales, par une inilamuiation superficielle.

Nous remarquons encore, dans ce rapport,deux considérations importantes, et dont il convient de prendre note : les affections eatarrhales agissaienl défavorablement sur les malades pléthoriques ou atteints d'affections cardiaques ; en second lieu , les déterminations locales des affections eatarrhales pendant les diverses saisons de Tannée furent variables, L*hivor, les affections prédomitiantes consistèrent en affections eatarrhales des voies respiratoires ; Tété, en déterminations gastro-intestinales (embarras gastrique, diarrhée, etc.), La saison d'été avait été chaude et pluvieuse.

Nous terminons ici les considérations qu*il importait de présenter sur les caractères généraux des constitutions médicales, à travers les siècles. Parmi

les modernes, l'auteur d'un intéressant traité de pa^* thologie interne devenu classique a retracé avec une très-grande clarté les conditions atmosphériques qui dominent dans Tétiologie des affections catan*hales.

Prenons pour exemple les déterminations localeA du catarrhe :

Pour le catarrhe nasal, le coryza (1), une des causes qui le produisent est le passage d'une atmosphère chaude dans i)n milieu plus froid, ou, inversement, la transition brusque du froid au chaud. L'action du soleil priptapier succédant aux sombres journées de rhiver, Thumidité de l'air, les orages, sont les causes les plus communes.

Le catarrhe laryngien est provoqué par des causes externes indirectes, qui n'agissent que sur les individus prédisposés. La plus commune de ces causes est l'impression du froid à la tète, au cou et aux pieds.

C'est la modification atmosphérique qui caractérise les saisons de transition ; plus le changement est brusque et profond^ plus il y a de chances de voir naître la maladie. Lorsqu'au printemps une température chaude et humide remplace en quelques jours un t|emps froid et sec, lorsqu'en automne les pluies et les brouillards succèdent subitement aux chaleurs de l'été, alors aussi apparaît le catarrhe aigu de l'estomac ; et en raison du grand nombre d'individus sou« mis dans une même localité aux mêmes influences, il revêt souvent un caractère épidémique qui est d'autant plus marqué que h forme est plus sévère. De

(i) Jaceoud^ Pathologie interne^ t. I, p. 713.

là des épidémies veraales et automnales de fièvre

gastrique ou gastrique bilieuse.

Ainsi, produit par l'influence saîsonnièroje catarrhe de l'estomac coïncide assez souvent avec des manifestations du même ordre sur d'autres muqueuses» notiUBiuont sur ccfles de Fintestiu et de l'appareil respiratoire. Comme il n'y a pas alors de localisation prédominaole, la maladie est dite fièvre catarrliale, enconj bien qu'il ne s'agisse, en somme, que du développement simultané de plusieurs phlegmasies cat rliales issues en commnn de la même provocati pathogénique.

Le catarrhe gastrique saisonnier est plus fréquent chez rhomme qoe chez la femme ; il est observé à tout âge, excepté chez les Irès-jeunes enfants.

Dans les saisons do transition, au printcnips el à Tautomne, le catarrhe intestinal est provoqué par rinfluence atmosphérique suivant un mode pathogénique qui n'est pas élucidé; atteignant alors un plus ou moins grand nombre d*individus soumis aux mêmes conditions climatériques, il a les caractères d'une maladie épidémique et coïncide souvent avec d'autres manifestât ions p

Ce catarrhe, tout spontané, est extrêmement fréquent dans les pays chauds ; on peut rattacher à celte variété d'origine cosmique le catarrhe intermittent à périodicité plus ou moins régulière que Fou observe parfois chez des individus qui habitent des contrées palustres. Tels sont, au point de vue des influences saisonnières et des constitutions médicales, les caractères généraux des affections catarrhales. 11 est certain que Ton ne trouvera pas, dans les conditions extérieures

do température, de pression barométrique, d'état hygrométrique , de caractéristique étiologique encore bien nettement définie.

Mais, comme le dit avec raison M. le professeut Chauffard, le problème est beaucoup plus complexe* Les conditions thermo-électriques de Tair ne sont pas toutes exprimées par les vicissitudes apparentes de Tatmosphère ; elles sont autrement obscures, et la plupart échappent encore à l'analyse, ou plutôt Fêtre vivant est souvent le seul réactif qui les décèle. Les qualités de l'air et leurs transformations cachées, leur influence nuisible ou favorable éclatent en trop de circonstîinces pour qu'on puisse les nier, par cela seul que nos moyens d'analyse n'ont pu encore réussir à les déterminer. Quand on voit Taction qu^exercc sur un asthmatique Taîr de tel ou tel pays, ou dans un même pays, dans une même ville, le séjour sur tel ou tel point, ou dans tel quartier, peut-on croire que F état de la température ou des variations atmosphériques traduise toules les quahtés de Tair?

Evidemment nou ; et plus on réfléehn^a à tous les phénomènes de sensibilité, parfois si extraordinaires, que présente la série animale relativement à faction de l'air, plus on se convaincra que la science a à peine abordé ce sujet d'études, et plus on se pénétrera de cette idée qu'il y a là des faits, des conditions et des actes d'une délicatesse inouïe, et auprès desquels tout ce que nos instruments dénotent est singuhèrement imparfait et grossier.

ttl»i#Clc àtm

ém Aévre cauirrliate.

L L* épidémie rentre dans les caractères étîoio^ques généraux den dTectÎMis catarrhales. En effet, ajasi que le fait jutlenient remarquer Jaccoud (I), comme lei influeDccâ qui produisent les aXTectioos caiarrliales peuvent a^r, au même moment, sur on grand nombre d*indtvidas, on conçoit que la maladie se dév<4uppc à Téiat d'épidémie.

IL La prippe ehi épidémique; mais elle ne saurait ceriainemf'nt être attribuée à la naissance de miasmes contagieux.

En elTei, les épidémies de grippe naissent souvent en quelques jours, s'étendent aussitôt sur de vastes contrées et atteignent, à la fois, im nombre immense d'individus.

('ommont imaginer la naissance simultanée, sw tous les points d'un territoire, do miasmes infectieux, de ferments qui, quelques jours auparavant, n'existaient pas, et qui subitement paraissent et infectent totit un pays (ChaulVard)?

IIL Nous donnerons ici, d'après le récent et si im* portant travail do Hirsch (2), vérilal>le monument élevé à la géographie médicale, une caractéristique rapide drs épidémies de grippe, au double point de vue, non pas des symptômes qu'elles ont présentés, mais de b^ur ordre de succession plus ou moins régulière et des iniluences qui les ont produites.

(1) Jnccoiidj Trnilé c!e patholoj^ie inlenie, t. I, p. 713, {t) llîrstch (Au);tiste), llîinabïich der historich-geofrrapfaiachen PatUologie, KHan^en, IS^â.

C'est là, croyons-nous^ un des points les plus in* téressants de l'histoire générale des afleclions catarrhalcs.

Sans parler ici des fièvres dites italiennes des neuvième et dixième siècles, et qu'on ne saurait attribuer, faute de documents précis^ à aucune alfection détermioée, il faut remonlor au quinzième siècle pour trouver décriti's, sous le nom de fièvres catarrhalcs, de nombreuses épidémies.

Le 27 avril 1 403 (Pasquier, Recherches sur t histoire de la France^ \[v. IV, chap. xxvm), une maladie épidémique bénigne envahi t rapidement Paris. C'était une maladie de tête et do loux(kopf- und hustenkrankheit). En 141 1 , cetle épidémie revint et frappa un trèsgrand nombre d'halutants; elle était du reste bénigne. On la considérait comme un châtiment infligé à ceux qui chantaient les couplets, alors fort en vogue, d'un vaudeville lascif (sic); et, à ceux que le mai frappait, on disait eu plaisantant : A«-tu chanté la chanson?

— Au seizième siècle, répidémie se répandit dans toulorEurope (IKIO), L'épidémie de 1510 (Mézeray, Abrégé des chroniqtics de f histoire de France^ t, 11^ p* 335, édit. de 1646) fut, en France, très-meurtrière. Elle était bénigne dans le reste do TEurope.

Nous trouvons signalé ici, pour la première fois, un caractère important des épidémies de grippe: — meurtrière dans un pays, dans une province, dans une ville, en un mot dans un de ses foyers d'action, la grippe est, au contraire^ bénigne et sans gravité dans les autres contrées qu^elle traverse.

Cette épidémie de i*ilO était caractérisée par de la céphalalgie, des douleurs de membres, de la dyspnée,

de réternumenl, de la toux. Presque loul le monde en était atteiat.

En t557, l'épidémie décrite par Yalériala présenta aussi ce fait important qu'elle n'épargnait qu*uii petit nombre de ceux qui étaient exposés à son influence. C'est là encore un second fait caractéristique de rhistoiredes affections catarrhalcs épidéniiques.

L'épidémie qui, en 1S80, se répandit dans l'Europe centrale et méridionale, sévit dans le Midi pendant Tété, qui fut remarquablement sec et chaud.

Nous voyons encore ici apparaître un fait important dans rhistoircdesairuclions catarrhalcs épidémiques ; elles no naissent pas nécessairement pendant les mois pluvieux et froids, après de grandes vicissitudes de température. Cette épidémie sévit, en effet, pendant un été très-chaud dans les parties méridionales de TËuropc, maïs elle avait pris naissance dans les contrées du nord pendant les mois de novembre et de décembre de l'tiivor jii'écédent.

L'épidémie fut grave; suivant Mercatus {De inter* norum morborum cura^ lib. 11), Madrid fut dépeuplé par Fintcnsité et la violence du mal ; à Rome, neuf mille individus moururent. Des médecins célèbres de l'époque (Job, Viens, Mercatus, Amatus Lusitanus) attribuaient à la saignée cette très-grande mortalité, (Uirscb.)

— Pendant le dix-huitième siècle, les épidémies se multiplient, ou plulôt, comme le fait remarquer Hirsch, les observateurs les décrivent avec plus de soin. Ils nuus ont donné rhistoire de vingt et une épidémies, L* épidémie de 1729 se propagea par exception du

sud au nord. Frédéric Ooirraann Favait observée à Halle, en février £729^ tandis qu'elle n*apparut en Russie qu'au mois d*avril, et, en Norw^ége, àFautomne de cette même année.

L'épiilémie de Î782 se montra dans presque toutes les parties du monde (d'après Gliige, Schweisch, ctc,); elle vint de Ja Chine et de l'Inde par les steppes de Sibérie ; en déceuihre 1781 , elle apparut dans le district de Kazan, de là en Courlande^ puis en Prusse, et, de mars à juillet^ dans presque tout le reste de l'Europe .

Dans la relation de cette dernière épidémie, nous retrouvons, avec une expression heureusement choisie, la constatation de la rapidité trës-grande avec laquelle se propagent les épidémies catarrhales* Elle atteignait, écrit Hirsch {îoc. ciL^ p. 600), avec une rapidité égale à celle de la peste, une grande partie de la population ; d*où le nom qui lui fut donné de Blkzratarrh (catarrhe en éclair). L'éjûdémie sévit jusqu'en pleine mer, sur des navires de couimerce. Tout récemment^ le même fait a été observé (I).

— Nous arrivons au dix-neuvième siècle ; les relations commerciales plus étendues mettent en communication rapide tous les pays du monde ; les médecins plus attentifs, plus éclairés, ne laissent passer inaperçu aucun des faits intéressants de Tépidémie ; et alors i! s'écoule peu d'années sans qu'où observe dans quelque partie du monde une manifestation de Tin- Quenza. Elle semble donc être continue et sévit constamment sur un point ou sur un autre du globe, avac

[\) Chaiimeziére, Fièvre aUrrhale épidémliiue, etc. Thèses <te Paris, 186^.

une intensité plus oa moins grande. C'est lèt un point essentiel de l'histoire des alTections catarrhales. L'étude des épidémies au travers des siècles, étude attentive et réfléchie, nous le démontre: et il est certain que, si les épidémies de grippe semblent se multiplier à mesure^ qu'on se rapproche de notre époqne, cela tient à ce qii'ellcs sont mieux observées et ne peuvent, par cela même, passer inaperçues.

nirsch a fait, sur la marche des épidémies de grippe, des observations du plus haut intérêt; c'est ainsi que, pour passer d'une contrée dans une autre, traversant de grandes étendues de terrain, l'épidémie se répand et progresse lentement. Parvenue dans un centre de population agglomérée, elle s'étend rapidement et, en peu de jours, frappe toute la ville ; c'est le BUi^ catarrh (le catarrhe en éclair),

Biermer ne croit pas que la grippe se transpo d'un lieu à un autre; il croit à son développement autochthone, se faisant presque en môme temps sur divers points du gkd>e.

Cïn a dit que la grippe qui est épidémique pouvait être endémique dans certains pays du nord de l'Islande, les îles Feroë, etc. Il n'en eit rien; car à ce prétendu catarrhe endémique se mèleut, de temps à autre, do véritahles épidémies de grippe venant d'autres pays.

Quant à la cause primitive des épidémies de grippe (felix qui potuit rerum cognoscere causas!), nous ne sommes gut^rc plus avancés que dos anciens. On a, à ce sujctj de nos jours, invoqué Tozone et déjà du temps de Languth {en 1782) on attribuait le catarrhe

épidémique à une augmentation dans la quantité du phlogistique. N'ést-fce pas la même incertitude?

L'influence de l'ozone ji été complètement écartée par les recherches récentes de Schieferdecker. Hertwîck (ly, dans les nombreuses expériences qu'il a faites sur les chevaux, n'a pu parvenir à démontrer que la grippe fût contagieuse, et cependant, cortime nous le verrons plus loin, Tinfluence présente, chez la plupart des animaux dotiaestiques, les mêmes symptômes caractéristiques que dans l'espèce humaine.

Seitz (2) a fait avaler à des rats blancs des crachats de catarrheux; ces animaux sont morts, mais avec des accidents intestinaux que l'on observe dans toutes les expériences faites avec des matières organiques altérées.

Ces recherches ne sont pas concluantes ; mais elles elles ne manquent pas d'intérêt et on devrait les continuer.

En résumé, ce qui, en dehors de l'épidémicité, distingue surtout la grippe du catarrhe, c'est que les phénomènes généraux sont plus intenses — le désordre des saisons a moins d'influence — et de là ce fait important et par lequel nous terminerons : Il faut, pour contracter une affection catarrhale aiguë, s'être exposé plus ou moins à l'action des courants d'air froid et humide , aux vicissitudes atmosphériques ou aux changements brusques de température, tandis que, pendant une épidémie de grippe, l'individu le plus

(1) llerlwîck. Magazine fur die gesaminte Thierheilkunde Bd. XX, p. 88, 185i.

(2) Seilz, Knlnrrh und loQuenza. in Med. Sludie, Mûocheo^ i865.

soigiieuseinetit, le plus prudemment couvert, et ne quittant point la chambre, se trouvera tout aussi bien

atteint de la grippe que celui qui se sera volontairement expr>sé à Tair libre ou au froid.

Les alFeetions catarrhales peuvent donc, à un moment donné, cantracter le caractère infectieux qui n'est pas nécessaire à leur essence.

Elles sont alors comme infectieuses, et peuvent devenir des sources do contagion; elles élaborent sur la surface des muqueuses des produits spécifiques facilement entraînés au dehors (Ghautrard).

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