‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes (volume 2)Chapitre 23 sur 26 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Mu soin que nous devons prendre d'imiter Dieu autant qu'il est en nous; de la prière et du culte extérieur.

I. 1. Formés pour procurer la gloire du créateur, pour manifester, pour annoncer autant qu'il est en nous ses attributs, pour nous rapprocher, selon l'étendue de nos lumières et de nos forces , de tout ce qui peut établir l'excellence de notre nature , en un mot pour suivre tout ce que nous indiquent la raison, l'ordre et le vrai , nous nous apercevons aisément que , pour bien remplir à cet égard la volonté du souverain être, nous devons regarder comme une partie essentielle de nos devoirs , l'imitation de ses attributs , c'est-à-dire de ceux qui peuvent convenir par quelque endroit à une créature telle que l'homme ( déf. 1 1 ).

De ce nombre sont la sagesse , la rectitude , la prudence, la bonté, la véracité. Plus nous nous appliquerons à exprimer en nous les traits que renferment ces perfections , plus aussi nous deviendrons agréables à Dieu, qui, en aimant l'ordre , le vrai , ne peut qu'aimer tout ce qui tend le plus

à nous en rapprocher , comme il ne peut que désapprouver notre indifTérence à acquérir tous les degrés de botitéj dont il a daigné nous rendre capables [ci-dess., l. III, cil. yii , I et c. viii , I, 1 et 3 ) (i).

Ne cessons donc d'exciter dans notre ame l'amour de ces qualités si grandes et si désirables ; susceptibles comme nous le sommes d'accroissement à l'infini , employons chaque jour de notre vie à nous perfectionner par la voie de l'imitation , à nous élever au-dessus de nous-même , en considérant le modèle que la raison nous propose , et regardons comme perdus tous les jours où nous n'aurons rien fait pour nous rendre plus semblables à la Divinité (2).

2 . Mais surtout que l'amour du vrai serve à entretenir l'harmonie la plus exacte enti'e nos pen-

(1) Tout homme qui rentrera en lui-même, y découvrira des traces de la Divinité j et se regardant comme un temj)lc où les dieux ont placé son ame pour être leur image , il ne se permettra que des sentiments, et ne s'occupera qu'à former des actions qui répondent à la dignité de leur présent. Qui se ipsc nouit, priinum aliffuid senliat se liabere divinum^ ingeniuinquc in se suum sicut simulacrum aliquod dedicatum pulabit ; tanloque munere deorum semper dignuni aliquid et J'uciel et sentiet. C'ic.y De Leg.,I ,^i. *

(a) Voulez -vous vous rendre les dieux propices , dit Séneque , soyez bon. Celui-là les a suffisamment honorés, qui a su les imiter ( Ep. g5 ). Socrate disoit toujours qu'il faîloit travailler à se rendre semblable ù Dieu.

( ^87 ) sées, nos paroles et nos actions (i ). Celui qui aime la vérité, qui la désire ardemment, qui l'étudié et la cherche avec soin, qui s'y conforme dans tout ce qu'il lui est possible d'en connoître; en un mot , qui , dans ses sentiments comme dans ses discours, ne veut ri^ en lui que de vrai, celui-là, dis-je, réunit déjà presque tous les mérites à la foi; il est dans la règle autant qu'il peut y être, et dès lors il a par-devers lui ce précieux avantage, que dans le sein même de l'ignorance et de l'err reur, au milieu des ténèbres, il n'auroit encore rien à craindre , parce ^u'il n'aui'oit rien à se reprocher. Rien n'est donc si essentiel que de se bien pénétrer de l'amour de la vérité, puisqu'avec cette disposition on ne peut manquer de jilaire à la Divinité, et que si l'on se trouve dans l'erreur on est toujours excusable , au lieu que sans cet amour du vrai on risque toujours.

3. Ajoutons cependant à cette maxime, que comme nous devons prendre tous les moyens né-

(i) Pythagore vouloit que l'étude de la philosophie tendît à former en nous cette ressemblance dont parloit Socrate. L'acquisition de la vérité étoit, selon lui, l'unique moyen d'y parvenir. Stob. , ^5*0%. , Ethic. , chap. m, et Scheffor, De nat. et const. phil. ital. , chap. x. Elien nous a conservé aussi un beau mot de ce philosophe : Il y a surtout deux choses , disoit-il , qui peuvent rapprocher l'homme de la Divinité : parler toujours vrai, et faire du bien aux autres. Apud Elian,^ 1-2, 59.

cessaires poui* nous procurei* les lumières et les biens qui nous manquent, pour acquérir tout ce qui peut nous rendre agréables au souverain être, pour nous mettre en état de le glorifier, et de parvenir au bonheur qu'il nous a préparé, nous ne pourrions, sans nous rendre coupables, refuser d'adresser nos vœux et nos demandes à celui dont dépendent toutes les connoissances, toutes les vertus et tous les biens.

II. 1 . La nécessité de prier est fondée sur notre dépendance et sur nos besoins idéf. 12). Il est vrai que Dieu connoî tassez 5e qui nous manque, avant même que ayons pris soin de l'eh instruire : mais cela ne suffit pas pour nous dispenser d'élever vers lui les désirs et les gémissements de notre cœur. Dieu veut en nous tout ce qui peut servir à sa gloire; et une des choses les plus propres à y contribuer (/iV. III, ch. X, princ. 22), c'est sans doute l'espèce d'aveu que renferme la prière. Par elle, nous reconnoissons que nous attendons tout du souverain être , et que c'est de lui que nous tenons tout ; par elle , nous avouons notre impuissance , nos foiblesses et nos misères.

Est-ce trop nous contraindre, que de nous assujettir à demander souvent à Dieu ce que nous ne pouvons ti'ouver en nous-mêmes? (i) Est-il rien de

( I ) Fënclon , Œuvres philosophujucs , tom. Il , Discours sur la prière.

( ^89) plus juste que de ne point sortir de cet état où l'on vit avec dépendance de Dieu, et où l'on sent à tout moment et sa propre foiblesse, et le besoin qu'on a de son secours.

Le sentiment de leur indigence a toujours porté les hommes à lever les mains vers le ciel , pour en attirer le secours et les bienfaits {ci-dess. , c. ii , VII, 2 , nol. 2). La prière n'est que la voix de la nature et l'efTet d'un instinct qui est également de tous les lieux , de tous les temps , et que confirment les plus pures lumières de la raison [liv. IV, c. X , 5me et 6me princ. ).

2. Dieu seul peut nous instruire de l'étendue de nos devoirs (1); tout ce que les hommes possèdent de vérité et de justice est un bien emprunté dont il est le principe ; il est le seul maître non suspect et toujours infaillible ; c'est donc lui que nous devons consulter avant tout, c'est lui qui nous apprendra , si nous sommes fidèles à l'invoquer, tout ce que les hommes n'oseroient nous dire, ou qu'ils ne nousdiront qu'imparfaitement, tout ce que les livres ne peuvent nous apprendre que d'unç manière vague et confuse , tout ce que nous avons besoin de savoir, et que nous ne saurions jamais nous dire à nous-mêmes.

(a; Fénelon , Œuvres philosoph.^ totn. II , et pour toute la suite de ce paragraphe.

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