‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes (volume 3)Chapitre 12 sur 30 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

(c justement et de plein droit: car on n'entend auw tre chose par le terme de droit que la liberté « que chacun a de se servir de ses facultés nature relies selon la droite raison (i). Ainsi le premier n fondement du droit naturel , c'est que chacun i< défende sa vie et ses membres autant qu'il le « peut»

« Mais parce que ce seroit en vain qu'on auroit rr droit à la fin , si on n'avoitpas droit aux moyens M nécessaires pour l'obtenir^ il s'ensuit que chacun «f ayant droit de se conserver > il a droit aussi de H mettre en usage tous les moyens et défaire tou^ M tes les choses qui sont nécessaires pour sa conser- « vation (2).

« Or 5 quand il est question ^ pour quelque lK»ame (c que ce soit^ de savoir si les moyens dont il veut R se servir^ et les choses qu'il a dessein de faire sont n nécessaires ou non à la conservation de sa vie et «r de ses membres, il est juge à cet égard de droit « naturel ; car s'il est contre la droite raison que

(i) Dans le chap. xiy , art. 4 9 Hobbes ëtablit la ^ffërence entre le droit et la loi. Le droit est la liberté^ la loi est le lien qui resserre cette liberté. Aipsi le droit est une liberté naturelle^ laissée et non pas établie par les lois. Où il n'y aura plus de lois, ajoute-t-il , la liberté restera tout entière ; ce qui la restreint, c'est en premier lieu la loi naturelle et divine , après quoi , ce qui nous en reste est restreint par les lois cÎTiles.

(3) De civ. y ar(. 8.

<t )e juge de mon propre péril, qu'un autre en Juge *t à ma place. Mais puisqu'un autre deyientle juge « des cboses qui me concernent, par la même rai- « son» comme nous sommes naturellement égaux, » \e jugerai moi, de ce qui le regarde. Il est donc « de la droite raison ^ c'est-à-dire du droit naturel, ce que- je prononce sur l'opinion qu'il a , touchant « ce qui esjt propre à ma conservation^ ou ce qui « ne l'est p&s(i).

« La nature a donné à chacun droit sur toutes CI choses; c'est-à-dire que, dans l'état purement ce naturel , et avant qu'on fut entré dans quelle qu'engagement réciproque, par des conventions, ce chacun pouvoitfaire tout ce qu'il vouloit et con- <c \re qui il lui plaisoit, comme aussi s'approprier <c et employer à son usage tout ce dont il vouloit ce et dont il pouvoit s'emparer (2). En effet, tout

(i) ZMciV.,art« 9.

(a] iVof0 de HobbeM. c Cela doit s'entendre dans ce sens, que c oe que l'on feroit dans l'ëtat purement naturel ne peut jamais « être une injure proprement dite (c'est-à-dire une violation c de droit ) envers qui que ce soit^ non que dans un tel état, c on ne puisse pêcher envers Dieu ou violer les lois naturelles, « mais parce que l'injustice envers les hommes suppose des « lois humaines telles qu'il n'en existe pas dans l'état de na- « ture. Or la vérité de cette proposition , ainsi entendue , est « assez démontrée pour tout lecteur attentif, par les articles « précédents ', mais parce que, dans de certains cas , ce qu'il y « a de dur dans la conclusion fait oublier les prémisses, je vais « resserrer l'argument de manière >^u'on puisse juger de sa foroe

ce oe que quelqu'un veut lui parott bon y par cela « même quelle veut, et peut ou servir à sa concc servatioû , ou parottre y servir: de savoir si cela y <c conduit ou non , c'est de quoi nous l'avons étacc bli juge par l'krticle précédent, de manière « qu'on doit i^egarder éomme nécessaire pour cette « fin tout ce qu'il juge être tel. D^un autre côté , ce étant établi par l'article 7 que les choses qui ce conduisent nécessairement à là défense de sa a pî^opte vie et de ses membres se font et s'obtiencc nent de droit naturel , il suit de là que, dans <Y l'état de nature^ if est permis à tous de tout avoir « ^t dé tout faire , et c'est ce qui fait dire ordicc nairement que la nature a donné totU à tous. <c Par où l'on comprendra encore que dans l'état c( de nature, la mesure du Jroit est l'utilité. »

« plus aisément. Chacun a droit de se conserver par l'art, j : c il a donc droit , par Fart. 8 , d'user de tous les moyens nëoesc saires pour cette fin. Ces moyens nécessaires sont ceux qu'il a juge lui-même tels par Part. 9. li a donc droit de faire et de c posséder tout ce quMl jugera lui-même nécessaire à sa propre c conservation. Or ce qui se fait selon le jugement de celui qui c le fait, se fait justement ou injustement; donc cela se fait ce toujours de plein droit. Il est donc vrai que , dans un état c purement naturel , chacun a droit de faire tout ce qu'D veut, c et contre qui il lui pi ait , etc. Si quelqu'un prétend qu'il a « besoin pour sa conservation de ce qu'il pensé lui-même n'être c pas nécessaire , il peut péchei* contre les lois naturelles , etc. » Ipsius ergb Jacientis jùdicio id quod fit^ jure fit y vel infuriam Itaque jure fit vtrum ergoest, in statu merè naturali ^ etc.

Mais ce droit sur toutes choses n'est nullement utile (i) ^ car tous les hommes L'ayant également , c'est comme si personne ne l'ayoit (2).

Si l'on ajoute ce droit de tous sur toutes choses au penchant naturel qu'ont les hommes à s'attaquer réciproquement , on ne pourra pas uier que leur étatnaturel, ayant qu'ils formassent entre eux une société, ne fût l'état de guerre de tous contre tous (3) .

K Mais on sent bien qu'une guerre éternelle est « peu propre à la conservation du genre humain, «« ou de chaque homme en particulier. Or ce qui « ne peut se terminer par aucune victoire, à cause <f de l'égalité des combattants , est éternel de sa ce nature ; car , dans un semblable état , les vain- « queurs même ont toujours à craindre un péril « prochain , de manière qu'on pourroit regarder ce comme un miracle , si quelque homme très ro- « buste mouroit accablé sous le poids des ans et « d^ 1^ vieillesse. On peut apporter ici pour exemcc p]e les Améri^^ins , et , dans des siècles plus re- <f culés , on pourroit citer d'i^utres nations , qui « maintenant sont civilisées et florissantes , • tance dis qu'on n'a vu autrefois parmi elles que des ce hommes féroces , ne vivant que peu d'années ,

T' . ■■ ■ ■ ' » I ■ I I I II ■ I I II I m ■ III. I — .^— ■ ■ — ^—

(i) Decif>., art. 11.

(3) Hobbes met ici en marge , Jus omnium ad omnia inutile esse,

(3) De ciV. , art. la.

( "8) « pauvires^ hideux et privés de toutes les consola- « tions et de toutes les douceurs de la yie , que la M paix et la société ont coutume de nous procc curer. »

Dans Tétat de nature (i), les plus forts peuvent contraindre les plus foibles à leur obéir désortnais , et à leur donner des sûretés là-dessus^ « s'ils n'aicr ment mieux mourir, n*y ayant rien de plus ab- « surde que de s'exposer^ en relâchant un homme « foible que l'on tient sous sa puissance, à le ren- « dre fort et en même temps à nous en faire un «c ennemi. Ainsi, qiiiconque pense qu'il faut de- «< meurer dans cet état où tout est permis à tous <c les hommes se contredit lui-même; car chacun , f< par une nécessité naturelle^ tend à ce qui est « pour lui un bien; or, il n'y a personne qui pense « que cette guerre de tous contre tous , qui est at- •< tachée naturellement à un tel état, puisse être « un bien pour lui. Et c'est ainsi que, par une •< crainte mutuelle, on a pensé qu'il falloit sortir « d'une semblable situation et s'associer à d'autres « hommes , de manière que si l'on étoit obligé de « faire la guerre, ce ne fût pas du moins une guerre « contre tous, et oùl'on se trouyâtsans secours(2).

« Mais enfin comme l'égalité des forces et des « autres facultés des hommes, considérés dans l'état

(x) ûeciv.y art. i3.

(a) lAid., art. i4.

( -9) n dénature, ou, ce qui revient au même, dans l'état ce de guerre , ne permet pas de se flatter de pouvoir n se conserver long-temps j la droite raison y c'esi- « à-dire, comme on le prouvera dans un instant, la f< loi de nature dicte qu'on doit chercher la paix, «( tant qu'on a quelque espérance de poussoir en «c jouir j et que si on ne peut pas V obtenir y il faut « chercher les secours de la guerre (i).

« Comme tout le monde convient qu^on fait « avec droit ce qui n'est pas contre la droite raison, « nous devons regarder comme fait injustement ce « qui y répugne, c'est-à-dire ce qui est contraire « à quelque vérité déduite des vrais principes, par « un raisonnement exact. Or ce qui est fait injus- « tement, c'est ce que nous considérons comme a étant fait contre la loi* ha. droite raison est donc « une espèce de loi qui , ne faisant pas moins « partie de la nature humaine que toute autre face culte ou affection de l'ame, est aussi qualifiée ^ naturelle. La loi naturelle est donc, pour en don- '^ ner ici la définition , le jugement porté par la 4< droite raison sur ce que l'on doit faire ou omette tre pour conserver aussi long-^temps qu'il est « possible sa vie et ses membres (2).

<c Far la droite raison, dans l'état naturel des x< hommes , j'entends , non, comme font plusieurs^

^i) Deciv,^ art. i5.

{i) Ibid, chap. a , art, i.

« une faculté infaillible, mais l'acte de raisonner^

<f c'est-à-dire le raisonnement particulier de cha-

cc cun , et un raisonnement vrai touchant ses pro-

cc près actions qui peuvent influer sur ce qui est

u utile ou nuisible aux autres hommes; je dis le

ce raisonnement particulier; car quoique , dans une

cr société civile y la raison de celui qui la repré-

« sente (c'est-à-dire la loi civile) doive être regap-

« dée par chaque citoyen comme la droite rai-

(c son y cependant comme dans l'état de nature ,

ce ou hors de toute société civile ^ personne ne peut

« distinguer la droite raison d'avec la fausse qu'en

« la comparant avec la sienne , la raison de cha-

c( cun est non-seulement la règle de ses propres

<( actions ^ qu'il fait à ses risques^ mais encore doit

« être regardée comme la- règle de la raison d'au-

« trui dans ce qui l'intéresse lui-même. Je dis

(f le raisonnement vrai y c'est-à-dire qui conclut

ce des vrais principes bien disposés; attendu que la

ce violation de la loi naturelle consiste toute dans

c< un faux raisonnement, ou dans la folie des hom-

cc mes qui ne voient pas les devoirs nécessaires pour

ce leur propre conservation, auxquels ils sont te-

ec nus envers les autres hommes. Or, les principes

ce de la droite raison à l'égard de ces devoirs ,. sont

ce ceux qui ont été expliqués dans les articles a ,

(c 3 , 4 1 ^ 9 6 et 7 du premier chapitre, (i)

(i) Note de Hobbe«.

cr La première loi et la loi fondamentale de la <r nature ^ est c^Hl faut chercher la paix j lors^ ce qu'on peut en jouir ; lorsqu'on ne le peut pas , « il faut rechercher les secours de la guerre »y car nous ayons prouvé par le dernier article du chapitre précédent que ce précepte est un jugement de la droite raison. Or, par l'article qui précède celui-ci y nous ayons défini que les jugements de la droite raison sont des lois naturelles y dont la loi fondamentale de la nature y etc. ; elle est en même temps la première loi, parce que les autres en sont dérîyées et prescrivent des moyens de paix ou de défense.

Hobbes déduit en eâet (i) plusieurs lois de cette première, comme, par exemple, qu'il ne faut pas retenir le droit sur toutes choses (2) ^ et pour cet effet, on s'en désiste mutuellement par des conventions qu'on doit observer exactement et envers tous (3).

(i) Deciv.y art. 3 etsuiy.

(2] léCgum autem naturalium à Jundamentali illa derivatarutn una est ^Jus omnium in omma retînendum non esse , sedjura quœdam rcUnquenda vel transjèrenda esse*

(3) Mais il faut remarquer que dans le chapitre am«, art. a, Hobbes dit : « Que dan? l'état de nature , les conventions dans a lesquelles chacun des contractants se fie à Tautre sont in- « valides dans ce sens , que , si l'un des deux a une juste crainte c que l'autre ne tienne pas ce qu'il a promis , il n'est pas tenu « d'effectuer ce qu'il s'est engagé de faire le premier, et que ,

Violer une co^venlîon , c'est , selon Hobbes , ce qu'on appelle injure ou action injuste ^ ce qui renferme une contradiction et une absurdité dans la conduite (i).

Il suit de là qu'on ne fait de tort ou d'injure qu'à celui avec qui l'on a contracté quelque engagement. Si on ne lui a pas cédé de son droit , on ne lui cause que du dommage. « Dans une société ce civile où l'on a transmis tous ses droits à celui « qui la représente , on ne fait d'injure qu'à lui » seul^ quelque mal qu'on fasse aux autres. En » efTet^ si celui qui a reçu le dommage se récrioit, « comme si on lui ayoit fait tort, l'auteur de ce « même dommage lui diroit : Que demandez-yous c< de moi? pourquoi ferois-je plutôt à votre gré « qu'au mien , puisque je n'empêche pas que vous ce ne vous conduisiez par votre volonté , au lieu de ce vous conduire par la mienne ? Or^ je ne vois pas ce ce qu'on pourroit reprendre dans ce discours , « lorsqu'aucun engagement n'a précédé (2).

ce Four le bien de la paix, on doit se considérer «c comme égaux (3).

< par l'art. 9, chapitre i»', celui qui a une telle crainte est c lui-même juge si elle est bien fonHëe ou non. D'où Hobbes c donne lieu d'inférer , et doit vouloir que l'on infère , selon c ses principes , que la crainte est toujours juste. »

(i) De ciV., art. 3.

(3) IBid, , art. i3.

M Oa doit retenir de certains droits, comme le «c droit de défendre son corps , de jouir d'un air « libre , de l'eau et de toutes les choses nécessai- « res à la vie. »

A raison de Pégalîtë établie par l'article précédent y on doit accorder aux autres les mêmes droits qu'on demande pour soi-même.

Lorsqu'on est en contestation, on doit s'en re^ mettre à un arbitre (i).

L'ivrognerie , la crapule , l'intempérance et tout ce qui empêche l'usage de la raison est contre la lio de nature (2).

ce Gomme il n'y a personne qui n'ait quelquefois « l'esprit exempt du trouble que causent les pasce sions , rien aussi n'est plus ^ile dans ces mo- (« ments, pour l'homme même le plus ignorant et c( le plus rustique ^ que de bi^u connoitre si ce cr qu'il veut faire à un autre est de droit natun rel; il ne faut que cette seule règle , se mettre « à sa place; et non-seulement cette règle est face oile , mais elle est encore célèbre depuis longea temps sous ces termes : Ne faites pas aux autres « ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit (3).

ce Dans l'état de nature, le juste et l'injuste ce doivent se, mesurer , non par les actions, mais

[i) De cw, , arU ao* (u) Jbid, , art. a5 et 3a.

(3) Jbid. , art. a6.

( •»4 ) (c par le jugement et par la conscience de ceux (c qui agissent. On fait bien ce que l'on fait néoes-, ce sairement, ce que Ton fait par Tamour de la (c paix et pour sa conservation; autrement tout et dommage fait à un autre est une violation de « la loi naturelle et une injure envers Dieu (i). »

Les lois de la nature exigent de notre part un effort vrai et constant de les remplir , c'est-à-dire que nous devons tendre de toutes nos forces à ce que nos actions soient conformes à ces préceptes.

K Mais comme les lois que nous appelons i^atu- (( relies ne sont rien autre chose que de certaines « conséquences que la raison aperçoit à l'égard des « choses qu'on doit faire ou omettre, et que la « loi , dans le sens propre et exact , est un discours « de celui qui commande en vertu du droit qu'il ce en a , de faire ou de ne pas faire certaines choses , « les lois dont il s'agit ici ne sont pas , à propre-^ « ment parler* des lois en tant qu'elles procèdent ec de la nature, mais elles sont telles en tant « qu'elles ont été énoncées par Dieu dans l'Écri- « ture Sainte.

ce Les lois naturelles ne suffisent pas pour la ce conservation de la paix ; car la volonté étant ence traînée par la crainte et par l'espérance , toutes les «c fois que les hommes pourront penser qu'il doit

(i) Decw,j art. 4) i3, i4, ao, a5, s6, 3a^

( »5) (c naiû*e peureux un plus grand bien ou un moln- <r drè mal en violant ces lois cpi'en les observant^ « leur volonté sera de les violer ; d'où il suit que ce chaque Homme ne peut prendre d'assurance <c pour ^ con^rvation qu'en prévenant tout aucc tre, où par des embûches, ou à force ouverte.

ce Par conséquent y tant qu'il n'y a pas

ce de garantie à l'égard des autres y on conserve cr son droit primitif , et il suffit , pour remplir la ce loi naturelle y qu'on soit disposé à la paix lors* ce qu'on pourra l'avoir (i). »

Ainsi la loi de nature se tait dans l'état de nar ture, quoiqu'on ait coutume de garder quelque mesure dans une guerre de nation à nation (2).

(i) Z>e cfV. , cap. ▼, art. i.

(a] Dans le chapitre xui , art. 7, Hobbes est réduit^ selon ses pHncipes , à nier que les lois naturelles y même celle qui ordonne de se garder la foi les uns aux autres , obligent les souverains des diverses nations à des actions extérieures conformes à ces lois. Vpici un passage où il le dit clairement : < Les so- K ciëtës civiles sont , les unes par rapport aux autres , dans « l'ëtat de nature , c*est-à-dire dans un état de guerre ; de c sorte que si elles discontinuent les actes d'hostilité 9 c^ela c ne peut être propr^ent appelé paix , mais une simple susc pension d'armes pour reprendre un peu haleine, pendant c quoi , chacun des ennemis observant les mouvements et la c contenance de l'autre, juge de sa propre sûreté, non par c des conventions , mais par les forces et les desseins de son c adversaire ; ce qui est fondé sur le droit naturel , selon le- « quel les conventions sont nulles dans l'état de nature,

L'exercice de la loi naturelle étant nécessaire pour conserver la paix • et une sécurité mutuelle étant nécessaire pour cet exercice, il résulte de là une nécessité de former des sociétés civiles > ce qui se fait en se désistant réciproquement de ses droits par des conventions , pour laisser le droit sur tourtes choses à une seule personne ou à une seule as^ semblée qui représente la société , de manière qu'il ne reste par là qu'une seule volonté qui doit pas^ ser pour la volonté de tous (bien entendu cepenr dant que chacun est censé retenir le droit de se défendre contre la violence) (i),

Conmie les Hommes ne se soumettent à d'autres hommes que pour leur sûreté , si cette sûreté ne se rencontre pas ou nous pensions la trouver , per* sonne ne s'est véritablement soumis et n'a perdu le droit de se défendre selon son propre jugement, ni même ne doit être censé avoir abandonné son droit sur toutes choses (2).

Or on a suffisamment pourvu à la sûreté de chacun , lorsqu'on a établi pour chaque injure de si grandes peines , que ce soit évidemment un plus grand mal de l'avoir faite que de s'en être abstenu; car tous les hommes, par une nécessité de nature,

c toutes les fois qu'on a un juste sujet de craindre. *• De quoi chacun est juge , selon les principes de Hobbes*

(1) De ciV» , art. 3 et suiy.

{1) Jbid. y cap. Ti , art. 3.

( »27 ) choisissent oe qui a pour eux l'apparence d'un bien (i).

Le droit de punir appartient évidemment à celui à qui on a laissé le droit sur toutes choses , c'est à lui à déterminer à son gré l'usage qu'il en doit faire; autrement il n'auroit pas une puissance entière. C'est à lui à assigner le mien et le tien, le juste et Vinjuste , Mutile et Vinutile, ce qui est bon et ce qui mauvais y ce qui est honnête et ce qui ne l'est pas (2). C'est à lui à déterminer quelle est ]a doctrine qu'on doit enseigner; car si Tun commande de faire une chose souâ peine de mort naturelle^ et que l'autre le défende sous peine de mort éternelle ^ il suivra de là que toute la société civile ou que tout le pouvoir de celui qui représente une telle société sera détruit.

(i) De civm y art. 4*

(a) c Ayant qu'il y eût des sociétés civiles^ dit encore Hobbes, c le juste et Tin juste n'existoient pas , parce que la nature de « l'un et de l'autre est relative au commandement d'un supéc rieur , et que toute action est indifférente de sa nature , «c chapitre zii , art. 1*% et il établit dans le chapitre xiv, § 20, c que la loi naturelle ordonne d'observer toutes les lois cic Viles (c'est-à-dire tous les commandements du souverain)^ c car lorsque nous sommes obligés à l'obéissance avant de sac voir ce qu'on nous ordonnera , nous sommes obligés d'obéir c en toutes choses. D'où il suit qu*aucune loi civile , dés là a qu'elle ne renferme rien d'injurieux à la Divinité , ne peut « être contre la loi de nature. »

( «»8) Quoique l'obéissance qu'on doit à cet empire absolu puisse se refuser dans de certains cas y cependant y comme on ne peut pas en montrer une plus grande , nous l'appellerons obéissance sirn-

cr Hobbes observe ensuite qu'autre chose est de

ce dire , je vous donne droit de commander tout ce ce que vous voudrez , autre chose de dire, je fecr rai tout ce que vous me commanderez; car le ce commandement peut être tel, que j'aime mieux ce perdre la vie que d'y obéir. Or, comme personne ce ne peut être tenu à vouloir mourir, encore ce moins doit-il être tenu à ce qui seroit pour lui

ce pi us terrible que la mort.*. »

Après avoir allégué quelques exemples de choses injustes, en quoi Hobbes reconnoit qu'un sujet n'est pas tenu d'obéir au souverain , comme de se tuer soi-même , ou de tuer le souverain, ou de tuer son propre père , il ajoute : «c II y a bien d'autres cas ce dans lesquels ce qui est commandé étant déshon- (c ne te pour les uns, et ne l'étant pas pour les autres, ce ceux-ci doivent obéir, mais les premiers peuvent ce légitimement s'en dispenser, et cela sauf le droit ce absolu qui a été donné au souverain ; carie souce verain n'est jamais privé du droit de faire mouce rîrceux qui refusent de lui obéir. Du reste, si ce en de tels cas les souverains font mourir le sujet

(i) De ciV., art. 7 et suiv.

( '"9) R désobéissant , quoiqu'ils le fassent en vertu da. « droit qu'on leura donné, cependant , comme ils « ' usent de ce droit autrement que la droite raî- « son ne le demande , ils pèchent contre les lois « naturelles, c'eat-à-dire contre Dieu. »

Arrêtons-nous à cet endroit de l'ouvrage que nous venons d'extraire, et jugeons par les principes de Hobbes, mis dans tout leur jour, quel est le cas que nous devons faire de tout son système. n. 1 . Hobbes commence par établir que nous ne sommes pas nés pour la société. La première preuve qu'il eu donne(i), c'est que noiu n'aimons pas également tous les hommes : donc , en tirant les conséquences qu'il en veut inférer, nous ne les aimons pas naturellement; donc nous ne sommes pas faits pour la société.

J'ose dire qu'il ne faut que présenter sous leur véritable forme de semblables arguments pour en faire sentir le peu de solidité. Quoi ! parce que j'aimerai mieux mon père que d'autres parents d'un degré plus éloigné , et mon concitoyen qu'un étranger, il s'ensuivra que je ne les aime pas naturellement ? Maïs il me semble qu'on devroit bien plutAt admirer avec quelle sagesse la nature a proportionné les degrés de bienveillance aux degrâf de liaison et de besoin mutuel qui se trouvent

(i)Oe«V..c.i, TOME II.

( «30 ) entre les hommes.Est-il donc nécessaire, pour que je sois porté naturellement à la société j que je ne mette aucune distinction entre ceux avec lesquels . j'ai des rapports plus prochains ou plus éloignés ? et ces sentiments qui forment les sociétés particulières sont-ils incompatibles avec l'esprit de sociabilité qui nous lie à tous les hommes en général ? 2. Secondé preuve (i). Nous naissons etifants , donc nous ne naissons pas propres pour la société. C'est à peu près comme si Ton disoit s nous naissons enfants , donc nous ne naissons pas propres à devenir hommes. On considère les enfants dans la société comme un jeune arbrisseau dana un jardin; il ne porte pas encore de fruit, mais il est fait pour eti portei*, et la main du jardinier le cultive comme un père de famille travaille à former son fils {ct-^ss,y IV , III).

Il y a parmi les hommes faits un trèè grand nombre d'idiots qui tie sentent pas lajbrte des engagements qui forment tes sociétés ; d^ autres igho^ rent les avantages qu'elle procure / donc ce nest pas la nature y c'est la discipline qui forme les hommes pour cet état. Mais je le demande àHobbés, est-ce donc par les idiots qu'il faut juger de tout le genre humain ? est-ce par ceux dont les fat;ultés ne se sont pas suffisamment développées ? Y a-t-il

(i) Note de Hobbes sur Tart. 3.

( '3i ) en eâbt un si grand nombre d'hommes auxquels il soit absolument égal de s'enfermer dans un bois ou de vivre avec leurs semblables ? Les peuples mêmes que nous appelons sauvages y cmt entre eux des règles, des lois, des usages, et la plupart forment enfin de véritables sociétés. Nous avons été formés par la discipline) je l'avoue; car nous sommes naturellement faits pour avoir besoin d'instruo* tion : il j a plus encore^ nous nous en donnons récijMTOquement à tout âge, et c'est par là même que la nature serre encore davantage les nœuds qui nous lient. ( c. \ de cet fmvrage^ m ^ 3* noté}.

3* Troisième preuve. Nous nous aiiifpns nousmêmes ^ nous aimons notre propre gloire^ nous ai-' mons nos intérêts: cela est vrai , et je crois qu'on en doit œmclure : donc nous sommes fiiits pour la société: l'amour de nous-mêmes et de notre propre avantage nous y invite ; pour ce qui est de la gloire , ce n'est pas quand ouest seul, ni peut-être même hors des sociétés civiles qu'on en peut acquérhr. Mais ensuite, pourquoi Hobbes prête- t-il si gratuitement à tous les hommes cet amoor-pn^re déréglé qui n'envisage que lui seul dans toute la natiaae(ci"^dess\ , 1,3). Pourquoi prétend-il que k bien'veiUanae n'entre pour rien dans nos sentiments? J'ose le dire, rien ne parottsi doux à l'homme que d'aimer ses semblables et de leur rendre de bons offices , lorsqu'il le peut , et qu'il n'est pas aveuglé par des passions qui , pour l'ordinaire, n'ont lieu

lîjue dans de certaines circonstances et à l'yard de certaines personnes.

4^ Enfin, t'est la -crainte qui a réuni les hommes : je conçois en effet qu'elle y aura contribué^ et comme c'est un sentiment fort naturel , je coneluerài encore : donc les hommes étoient naturellement faits pour la société (/^. tout le paragr. III du chap. y }b

5. Au reste, si ce n'est que de la société civile que Hobbes a voulu parler^ comme il semble le dire dans sa première note , quoiqu'ensuîte tous ses raisonnements portent également sur la société pure et synple, j'avoùèrai que les hommes pouvoient être heureux dans 1 état de nature > mais ce n'est pas en supposant le droit de tous sur toutes choses y qui est le second principe que nous avons à examiner.

m. Par le terme de droit , Hobbes entend la liberté naturelle de se sentir de ses facultés , selon la droite raison ( i)^ qui , de son aveu ', est la même chose que la loi naturelle (a) ; ce droit, dit*il encore, est une liberté naturelle laissée et non pas établie par les lois (3). Or la loi naturelle ordonne, selon lui ^ de ne pas retenir le droit sur toutes choses; comment donc arrive-t-il qu'elle nous laisse

(i) />e ciV. , chap. I , art. 7.

(a) Ibid, 9 cbap. u, art. k.

(3) Voy. kl ae uote 9 sur ce même article.

( i33 ) ce même droit ( i ) ? Il ne faut ici qu'opposer Hobbes à lui-même. Dès le premier chapitre il avoue qu'un tel droit n'est rien moins qu utile (2); il venoit de conclure dans l'article qui précède immédiatement^ que la mesure du droit dans l'état de nature est l'utilité , et néanmoins le voilà qui , après avoir pris bien de la peine , pour tacher d'établir son droit de tous à toutes choses, pose en fait, qu'il est inutile. Biei||plus, le terme de droit, de la manière dont il l'a défini, et l'épithète d'inutile qu'il y joint en marge (3), sont absolument incompatibles ; car dans les deux définitions qu'il a données du droit , il renferme bien clairement l'w sage de la liberté, et au contraLire, le mol d'inutile emporte ici qu'il n'y a pas moyen de faire usage de cette liberté sur le sujet dpnt il s'agit. Ce n'est pas certainement le caractère de la droite raison d'associer ainsi des idées tout opposées.

lY. 1 . ïlaisne prenons pas gard^ à ces premières contradiction^. L'homme a droit,. de défendre sa me et ses membres autant qu'il k peut : voilà le fondement de la morale de Hobbes (4).

A cela je réponds que l'homme a ce droit , et qu'il est même obligé d'en faire usage , tant que cela

(i) De civ, , cliap. ii , art. 3 et suiv.

(2) Ihid.^ art. it.

(3) Ihid. , c. u « art. ii.

(4) Ihid, , chap. 11 , art. 2.

( »34) n'a rien de contraire à ce qu'il doit à la Diyinité ou à ses semblables; mais il peut arriver qu'il soit absolument de son devoir, et par conséquent nécessaire pour le salut de l'ame^ de sacrifier sa propre vie en vue d'un plus grand bien , comme de la gloire du souverain être et de l'utilité commune des hommes ^ toutes cboses qu'il n'est pas permis de négliger^ quand même cela seroit nécessaire pour notre coi^rvation. Je crois l'avoir suffisamment prouvé (c. IX , IV, 1, a ei 3 ai^ec les reu" 'Vois ; aussi JH, i et 2) ; et Hobbes n'a prouvé en aucune manière ce droit absolu ^ dans le sens où il le prend, à moins qu'il ne regarde comme une démçnstration cette nécessité naturelle dont il parle (i), et qui est , dit-il , oiusi grande que celle qui précipite Une pierre en bas. Malheureusement Hobbes a contre lui l'expérience; car on a vu plus d'un homme se sacrifier pour sa patrie ; donc nous ne tenons pas à la vie par une nécessité invincible. En général, ce que dit Hobbes par rapport à la recherche du bien et k la fuite du mal , n'est vrai qu'autant qu'il s'agiroit du bien en général, c'est-r à-dire du bonheur après lequel nous soupirons nécessairement , quoiqu'enoore nous ne choisissions pas toujours, pour y arriver, les moyens que la raison nous présente (/iV. H, c. iv, I, 2, et H); mais il seroit faux de dire que nous tendions par une ■ 111 ■ . .1 I ■> -__

(1) Z^ciV«,chap. Il, art. 7.

semblable nécessité vç^rs jies biens particuliers et qjie nous fuyions invinciblement de certains maux^ tel que pourroit être la mort. Au reste y il plait à Hobbes de borner toutes nos vues à cette vie , et la nature elle^méme^ ainsi que la raison^ les étendent beaucoup plus loin {ci-dess.y c. vii, Y, S et suiifJ).

2. Supposons cependant pour un instant ce droit si absolu qui regarde notre conservation, «'ensuit-il que nous ayons droit à toutes choses? Les biens étant en -commun , comme le suppose l'état purement naturel^ ma conservation exiget-elle que j'aille arracher à mon voisin les fruits qu'il vient de cueillir^ et quc^ par là méme^ il s'est justement approprié ? Je l'invite alors à faire la même chose à mon égard ; je l'arme contre moi, aÎQsi que tous les autres ^ et comme il naît de là eetta guerre contre lous^ dont nous parlerons dans uu instant , je me fais massacrer au bout de quelques jours , et peutrétre de quelques moments.

Est-ce là le jugement de la droite raison , ^ui ne /aisarU pas moins partie de la nature humaine , que toute autre faculté ou affection de l'ame y est aussi appeléç naturelle (»)? Ne dicte-t-elle pas au contraire à l'homme le phts rustique «çt h plusignoranty que pour connoitre si ce quon veut faire aux autres est de droit naturel y il ne faut que se mettre à leur place; qu'en un mot nous ne devons pas

{i) De civ. , chap. i , art. 9.

( «36 ) faire h autrui ce que nous ne voudrions pas quLon nous fit (i). SHl n'y a personne qui, lorsque son esprit est calme , ne puisse parvenir à connoitre cette règle ^ il est bien naturel qu'on y fasse attention lorsqu'il s'agira de réprimer des passions aussi folles que nuisibles^ et on ne pourra s en prendre qu'à soi-même y si par la suite on se trouve puni d'avoir négligé les conseils de la droite raison.

3. Mais je me trompe, selon Hobbes (2)^ qui ne craint certainement pas d'avancer les principes les plus contraires. La droite raison n'est autre chose que la raison particulière de chacun, par cela même qu'un autre n'a pas droit de juger de ce qui m'intéresse^ ou je soumettrai à mon tribunal son jugement ; dans l'état de nature y ou hors de toute société civile, ajoute*t-il dans un autre endroit (3), personne ne pouvant distinguer la droite raison d'avec la fausse , qu'en la comparant avec la sienne; la raison de chacun est non-seulement la règle de ses propres actions, qu'il fait à ses risques, mais encore doit être regardée comme la règle et la raison d'autrui en ce qui l'intéresse lui-même.

Hobbes ignoroit-il, en se formant de semblables principes , que les hommes , en tant que raisonnables, ont, par rapport aux idées, une règle corn-

(i) De ciw, , chap. m , art. a6.

(3) I6id,y CI, art. g.

(3) Hid. , chap. 11 , art. i" , note.

( '3? ) mune : cette règle est la nature des choses {i) y qu'il faut bien considérer ayec le secours de toutes nos facultés , autant qu'elle s'offre à nous ; c est avec elle qu'il faut comparer et les prémisses et les conclusions , soit qu'on les doive à ses réflexions ou à celles des autres; en un mot ^ la vérité, qui est la rectitude même des propositions formées^ touchant les choses et les actions ou actuellement exis< tantes^ ou qui existeront quelque jour^ ne peut consister que dans la convenance de ces mêmes propositions avec les choses sur quoi on les forme. Or^ qui dit la droite raison , suppose premièrement des principes vrais^ exacts^ qui dirigent l'entendement, ne lui permettent pas de faire un raisonnement absurde y comme notre auteur lui-même semble en convenir (2),

Si je suis mon caprice, et qu'il me plaise de l'appeler la droite raison ^ en éprouverai-je moins pour cela toutes les suites funestes que ce caprice peut entraîner après li^il (3) ?

(i] Voyez Cumb^y chap.ii, § 5 et 6, traduction de Barbejrrac.

(a) Toy. la même note de Hobbes , que nous ayons citée en dernier lieu. Voy. aussi le chap. iii, art. 3.

(3) Si dans l'état de nature, dit Cumberland, quelqu'un Vayisoit de prononcer que l'aconit est une herbe utile ou même nécessaire pour notre nourriture , et que J à-dessus il en prit une bonne dose , elle ne deviendroit pas pour cela un aliment sain, mais le juge crèveroit en dépit de sa sentence. L'efficaco

Quel est l'homme enfin , pour pçu qu'il ait de sens commun, qui ne concevra pas toujours bien aisément que ce prétendu droit à toutes choses dont nous parlions il n'y a qu'un instant , ne peut être bon qu'à bâter sa perte ? A propos de quoi lui «upposer un tel droit, qu'on est obligé de lui 6 ter le moment d'après , et que lui 6te enfin la loi narelle , laquelle exige de noire part un effort ofrai et constant de la remplir? Eu sorte que nous de\fons tendre de toutes nos forces à ce que nos actions soient conformes à ses précepte (i)?

4. Mais dans l'état dénature on n'est pas obligé de la suivre ; ce n'est pas même une loi proprement dite , car la loi est un discours de celui qui

des choses qui sont bonnes ou mauvaises à l'assemblage de tous les hommes , n*est pas moins déterminée en elle-même par rapport aux actions volontaires des hommes , sur lesquelles .roulent les loU nftturelUs ou la philosophie mtfraU , qu'à Tëgard des qualités naturelles des aliments et des remèdes dont la médecine traite ; tout cela ne change point selon les décisions des hommes , iussent-ils juges sans appel.

On ne lauroit donc alléguer aucune bonne raison pour laquelle, dans cet état de nature, la sentence d'un jugedonnenut à quelqu'un le moindre droit , lorsqu'elle n'est pfts oonforme à la régie qu'il doit suiyre en jugeant; or ce qui fournit ici la règJe des jugements , ce sont les lois naturelles ^ et la nature même des choses d'où elles se déduisent : de sorte qme c*est tout un, qu'on prenne pour régie celle-ci ou celle-là. JYaitéphilojo/AîçMe des JUhs naturelles^ chap. 1 ^ $ a8«

(1) Ife ciV. « chap* tu, art. 3o.

commande, etc. (i). Bobbes joue ici sur les termes: quoi , parce que Dieu a gravé sa loi daius moii entendement , au lieu de la graver sur les douze tables, serai-je pour cela moins obligé de m'y confbrjner? De l'aveu de.cet auteur, la droite raison, qu'il appelle une espèce de loi {a) et dont il a «xposé quelques maximes qu'on ne sauroit contester (3) , ne fait-elle pas une partie de ma nature? celui qui ^n'a donné cette nature, ne veut-il donc pas que j'agbee conséquenunent à ce qu'il j a en moi de plus noble et de plus capable de me bien diriger (4)?

(i) Ibid. , art. 33.

(a) Ibid,^ G. 11 , art. i.

(3) i^û/., cfaap. u, art. a ; chap. m, art. 3, 3o, a5 et 3a , la fin de l'art. q6 et l'art. 3o.

(4) Il seroit inutile d'examiner ici quels ëtoient les véritables fienliments de Uobbes au sujet de la Divinité. Voici un endroit de son JLepîalhan^ par lequel onâeroit presque porté » croire qu'il es recoonoU l'existence, si on ne le troiivoit pas en contradîctioa avec lui-nème sur cet objet comme sur une infinité d'outMB. Après. aycMr exposé, à sa manière , l'origine des seoftiments de religion qu'on remarque dans les hommes , il ajoute : « La eonnoissance d'an Dieu unique , éternel , infini , toat^ paissant, pouvoit se déduire plus aisément de la redierehe qu'on fait des causes , des qualités et des opérations descorp» naturels , que de l'inquiétude pour l'avenir. Car quiconque renu>nteroit de chaque effet qu'il voit à sa eaose proohaine, et à la cause prochaine de eeUe--ei , et s'enfonceroit ainsi de suite profondément dans l'oifire des caoâes , twwveroit enfin , avec les plus judicieux des auciens philosophes , qu'il y a un premier

Les lois naturelles , dit le même auteur , ne sont pets des lois, en tant quelles procèdent de la nature : comme si on ne devoit pas tenir pour un indice suffisant de la volonté divine , toute proposition que forme la raison humaine en conséquence de la nature des choses ou des facultés que Dieu nous a données^ et qui consiste à nous dé* clarer ce qu'il faut faire ou ne pas faire , sous peine , comme nous l'avons déjà reconnu^ d'être punis par des maux réels, ou dans l'espérance d'être récompensés par l'avancement de notre bonheur ( cidess., c. VI et vu).

5. Hobbes veut enfin que l'état de nature soit un état de guerre de tous contre tous. Dans le Traité du citoyen (i), nous avons vu qu'il la faisoit dériver du droit sur toutes choses : il se contredit

moteur, c'est-à-dire une cause unique et étemelle de toutes choses , qui est ce que tous les hommes appellent Dieu, s Or, en accordant , comme fait ici Hobbes , que chaque effet naturel nous mène à reconnottre Dieu pour sa cause , on ne sauroit nier que tous ces effets ne soient déterminés par la volonté de Dieu , chacun selon le genre de détermination qui lui est propre ; de manière que s'il est naturel à l'homme de se conduire par la raison en tant qu'elle constitue la plus noble partie de la nature humaine, il faudra reconnottre aussi que Dieu yeut que nous la prenions pour règle, quoique d'ailleurs U ne re^ streigne à cet égard notre liberté que par un Uen moral* Yoyev Cumberland , Des lois natwrdUs , dise. préL , § 7.

(i) ^ ciV. , chap. I, art. la.

en quelque manière dans le Léyiathan (i); car il y établit pour premier principe, queTctat de nature est un état de guerre; d'où il infère ensuite y quoique sans preuves, que tout est permis dans cet état-là. Quoi qu'il en soit , je lui oppose premièrement l'expérience : il avoue lui-même que les nations sont dans l'état de nature , les unes par rapport aux autres (2). Or, avons-nous jamais vu que les nations aient été toutes à la fois dans un état de guerre de tous contre tous , comme il le suppose , et qu'elles y aient fait valoir, les unes contre les autres , le droit sur toutes cboses ? car c'est même ce qu'aucune convention n'auroit pu les empêcher défaire, comme on le recpnnoitra aisément, en considérant le peu de force que Hobbes laisse aux engagements dans l'état de nature (3).

En second lieu^ Hobbes avoue qu'il y a des hommes modestes qui font une juste estimation de leurs forces, et permettent aux autres les mêmes choses qu'ils se permettent à eux-mêmes (4); or des hommes de ce caractère ne seront certainement pas dans un état de guerre réciproque. Le

(i) Voy. Léviathan , chap. xiii.

(a j De ciw, , chap. v, art. a , ci-dessus , avec la note qui y rapport.

\,3) Voy. ci-dessus la note qui se rapporte au chap. m , art. 1 et -2 de l'ouvrage de Hohbes, et celle sur le chap. v, art. 2. (4) De ciw,, chap. i, art. 4*

( i4a ) même auteur prétend que le désir que plusieurs formeront par rapport à une même chose produira cet état. Mais sommes-nous donc toujours si déraisonnables ou si furieuiL ^ que nous ne sachions pa« respecter les droits légitimes dans ceux qui les ont acquis d'une ou d'autre manière , et que d'un autre c6té nous ne puissions faire aucune attention aux Toies d'arbitrage dont Hobbes a fait mention (i)?

Enfin quel est l'honnne qui ne sentira pas les inconvénients de cet état de guerre de chacun contre tous^ et qui ne sera pas porté par cela même à l'éviter ? L'égalité des forces , bien loin d'être une raison de se faire la guerre ,. est un puissant motif pour ne pas la faire , surtout lorsqu'il fiiut qu'un seul homme la répète contre tous les hommes. La nature des choses et notre intérêt ne peuvent donc que nous déterminer à là paix^ et ce que Hobbes lui-même reoonnoît (2).

Si quelques hommes plus féroces entrejprennent la guerre , on cherchera à se défendre ; mais , en général j dès qu'on n'aura pas des indices suffisants de l'ambition des autres ou de passions à peu près semblables y on n'ira pas supposer en eux une volonté de nous nuire, qu'ils auroient tout lieu

(i) i)e civ. , chap. m, art» ao.

(q) 16id,, chap. i, art. i3 et i5.

( «43 ) (le craindre qui ne leur devint funeste à euxmêmes (i).

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