‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes (volume 3)Chapitre 13 sur 30 · V. 1 . A regard de cet état civil <Jue forme Hob · texte numérisé non relu

V. 1 . A regard de cet état civil <Jue forme Hob

(i) Dans l'état de nature, dit Montesquieu, l'homme ne sentirait d'abord que sa foiblcsse ; sa timidité seroit extrême , et si on avoit là-dessus besoin de l'expérience , l'on a trouvé dans les forêts des hommes sauvages ; tout les fait trembler^ tout les fait fuir.

Bans cet état , chacun se sent inférieur, à peine chacun se sent^il égal. On ne chercheroit donc point à s'attaquer, et Ja paix seroit la première loi naturelle.

Le désir que Hobbes donne d'abord aux hommes de se subjuguer les uns les autres , n'est pas raisonnable. L'idée de l'em* pire et de la domination est si composée, et dépend de tant d'autres idées , que ce ne seroit pas eelle qu'il auroit d'abord.

Hobbes demande pourquoi^ si Us hommes ne sont pas naturelle' ment en état de guerre , ils vont toujours armés , et pourquoi ils ont des clés pour fermer leurs maisons ? Mais on ne sent pas que l'on attribue aux hommes avant l'établissement des sociétés y ce qui ne peut leur arriver qu'après cet établissement, qui leur fait trouver des motifs pour s'attaquer et pour se défendre.

Au sentiment de sa foiblesse^ l'hoinme joindroit le sentiment de ses besoins ..... J'ai dit que là, crainte porteroit les homtnes à se fuir; mais les marques d'une crainte réciproque les engageroient bientôt à s'approcher ; ils j setoient portés d'ailleurs parle plaisir qu'un animal sent à l'approche d'un animal de même espèce.

Outre le sentiment que les hommes ont d'abord , ils parvien* nent encore à avoir des connoissauces ; ainsi ils ont un second lien que 1 v autres animaux u'ont pas. Us ont donc un nouveau motif de s'unir , et le désir de vivre en société est une loi natu<» relie. Esprit des lois , liv. I , chap. ii.

bes y et où il établit un empire absolu , il suffira de remarquer, lo que le droit sur toutes choses, dont on s'accorde à laisser l'exercice dans celui qui représente la société , est une chimère , comme nous l'avons déjà prouvé (ci-dess.y IV, 2); en sorte que nous n'avons l'autorité ni de le transférer ni de le permettre à qui que ce soit. En second lieu , il est même contre toute raison de présumer que les hommes aient jamais accordé à aucun souverain le pouvoir de négliger entièrement les causes naturelles du bien public, et d'y en substituer de toutes contraires (1); 3o il faut dire ici la même chose du jugement du prince sur le bon et le mauvcds , sur le juste et Y injuste , que ce que nous avons déjà dit {ibid. 3) du jugement particulier (2); ^o cet empire souverain se trouve détruit par les principes mêmes de Hobbes ; car on doit retenir

(i] Ce seroit assurément s'imaginer , dit à ce sujet Locle , que les hommes sont assez fous pour prendre grand soin de remédier aux maux que pourroient leur faire des fouines et des* renards, et pour être bien aises et croire même qu'il seroit fort sûr pour eux d'être dévorés par des lions. Le Gouvernement civil ^ chap. vi, § 17.

(a] Les êtres particuliers intelligents , dit encore Montesquieu , peuvent avoir des lois qu'ils ont faites; mais ils en ont aussi qu'ils n'ont pas faites. Avant qu'il y eût des êtres intelligents , iis étoient possibles , ils avaient donc des rapports possibles, et par conséquent des lois possibles. Avant qu'il y eût des lois faites, il y avoit des rapports de justice possibles. Dire qu'il

( »45 ) selon lui (i) le droit de défendre son corps et de jouir de toutes les choses nécessaires à la vie ; il 3reconnoît ensuite qu'il y a beaucoup de choses dans lesquelles on n'est pas tenu d'obéir. Or, qui est-ce qui sera juge pour tous ces différents cas? Sera-ce le souverain ? Mais alors c'est comme si on ne se réservoit aucun droit, et ce souverain, par cela même qu'il commande, jugera toujours qu'on doit

n'y a rien de juste ni d'injuste, que ce qu'ordonnent ou défendent les lois possibles, c'est diretiu'ayant qu'on eût tracé de cercle , tous les rayons n'ëtoient pas égaux.

Il faut donc avouer des rapports d'équité antérieurs à la loi positive qui les éublit , comme par exemple , que supposé qu'il y eût des êtres intelligents qui eussent reçu quelque bienfait d'un être différent, ils devroient en avoir de la reconnoîssance; que si un être intelligent avoit créé un être intelligent , le créé deyroit rester dans la dépendance qu'il a eue dés son origine; qu'un être intelligent qui a fait du mal à un être intelligent, mérite de recevoir le même mal, et ainsi de reste*

Mais il s'en faut bien que le monde intellectuel soit aussi bien gouverné que le monde physique; car quoique celui-là ait aussi des lois qui, par leur nature , sont invariables , il ne le§ suit pas constanmient comme le monde physique suit les siennes. La raison en est que les êtres particuliers intelligents sont bornés par leur nature , et par conséquent sujets à l'erreur ; et, d'un autre côté , il est de leur nature qu'ils agissent par eux-mêmes. Us ne suivent donc pas constamment leurs lois primitives, et celles mêmes qu'ils se donnent, ils ne les suivent pas toujours. Esprit des lois, liv. i , ch. !«•.

(i) De ciV. , ch. 111, art, 14*

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