TOME II
( ,46 ) se ftonmettre à ce qu'il ordonne. Ce sera clone, suivant les principes de Hobbes (i), le particulier qui sera juge pource qui le concerne; et à cet égard même, son jugement sera toujours droit; ainsi toutes les fois qu'il jugera qu^l lui est avantageux pour sa conservation de violer les lois du prince , il les violera de plein droit.
Je ne relèverai pas ici toutes les contradictions où Hobbes est tombé par le dernier article que j'ai extrait (a) ■ 11 suffit d'observer qu'il y admet des cboses désbonnêtes à l'égard de quelques-uns des citoyens , quoique commandées par le souveraîu , ce qui est contraire à ce qu'il avoitditplushaut(3), que c'est au prince à assigner ce qui est honnête et ce qui ne l'est pas (4)- Secondement, il prétend
(i) D* cif,, cbt i| art. p, et eh. vi, art. 3. (a] Ibid., «h. Ti, art. iS.
(3) y<tj. au mtme endroit, art. 7 et ïujt.
(4) Pour trouver sar le mtme sujet un autre exempte d'une contradiction aussi formelle, il ne faut que lire Im deui passages que nous avons cites dans la note sur le chapitre vi , art. 7 et suiv. Ajoutons ici une réflexion que fait Clarle sur les principes de Hobbes : i Si antécédemment & toute loi positive, il n'y a dans la nature des choses ni bien ni mat , je ne vois pas comment une loi peut itre meilleure qu'une autre, ni pourquoi une chose sera prescrite par la loi pIutAt que le contraire, ni pourquoi laéine on a pu faire des lois, puisqu'elles sont toutes ou Ijranniques on inutiles. Si l'on dit que les tëgislateurs j ont eu en vue le bien public , on se
que, dans ces circonstances y le souverain a droit de punir le sujet désobéissant, mais quVlors, usant de son droit autrement que la droite yaison ne le permet , il pèche contre les lois naturelles et conti^ Dieu : or c'est se contredire onTertement , car il ayoit dit plus liaut que le droit est la liberté d'user de ses &cultés naturelles conformément à la droite raison. Donc, peut-^on conclure justement/ le prince ne sauroit faire avec droit ce que Hobbes avoue ici qu'il fait contre la raison. . -
Pour tout dire enfin , les principales causes des erreurs de Hobbes, sont, premièrement, d'avoir commencé par établir le droit absolu et ilKinité de faire tout ce qui est nécessaire pour nôtre conservation, sans rien dire auparavant die la loi naturelle* U déclare dans la suite de son ou* vrage> qu'il entend par le droit la liberté, que les lois laissent (i), et cependant il sufqpo3edans les hommes cette liberté, et il lui donne une étendue sans bornes , ayant même que d^avoir expliqué
contredit dans les termes , puisque l'on reconnott une raison du bien public antérieure à la promulgation . des lois. Les lois elles-mêmes supposent donc qu'il y a des ehoses.quî, de hurnature^ sont bonnes ou mauvaises^ tellement <iue la loi n€ £iit que confirmer les premières, etne sàavoit rendre les autres bonnes , raisonnables et innocentes. Preuv. de la Rel. naU , ohap. m , prem. propos.
' (i) Chap. xiy, art. 3.
les lois naturelles qu'on s'aperçoit aisément qui auroient dû servir à la restreindre.
C'est, en second lieu, d'avoir pris la partie pour le tout , et de n'avoir envisagé à l'égard de chaque homme, que ce qui le concerne lui seul , tandis que nos penchants naturels et la raison nous donnent , de manière ou d'autre , une idée suffisante du bien commun, pour nous faire sentir que l'homme ne doit pas avancer son intérêt particulier , indépendamment de celui d'autrui , c'est-àdire qu'il ne faut jamais s'accommoder en incom* modant les autres (i), ni même sans avoir aucun égard à leur avantage.
. Troisièmement, c'est d'avoir considéré l'homme comme unétre dirigé nécessairementpardecertaines lois absolument indépendantes de sa raison , lors même qu^il la lui donne pour règle. Si , comme il en est convenu, cette raison est une partie de notre nature , ne devoit^il pas reconnoitre que les passions déraisonnables sont des mouvements déréglés de l'ame qu'on doit regarder comme contraires à cette même nature. Ce n'est , en effet, ni par des enfants, ni par des insensés, ni par des sauvages qu'on doit juger de la nature humaine ( ci-dessus, c. IV, V).
Passons maintenant i l'examen d'un système
(i) Pu (Tend. , Droit de la nau , etc. , liv. a, ch. iii , g i3,
encore plus récent y maïs qui porte à peu près sur les mêmes fondements (i).
(i) A proprement parler, on ne peut pas dire que Hobbes et Spinosa aient imaginé un nouveau système , mais ils ont Sonné l'un et l'autre une nouvelle forme au système d'Epicvixe , qui fondoit le juste et l'injuste sur les conventions 9 «t qui faisoit consister toute leur force dans la crainte où l'on devoit être que les actions Injustes que l'on oommettroit ne vinssent à la coiuioissance de ceux qui sont établis pour les punk. Voy. Diogsti* Laerc* , liv« x, § i5o, n. 37 et 38 raU sentent.)