‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes (volume 3)Chapitre 3 sur 30 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

( 34 ) ple3{i), ejt dans tous les âges» à se pénétrer dés espérances ou des craintes salutaii^s d'un état à

(i) En comnençant par les plus anciens peuples que nous connoiçsions ^ qui sont les Gkaldéens , on peut voir quelques restes ^e leur doctrine dans un recueil d'oracles qui renferme plusieurs maximes sur la scjence des moeurs j il j est dit: « Elevez entièrement yos yeux en haut , et ne vous abaisiiez c pas vers ce monde ténébseux sQu$ lequel il y a une prolSDAc deur toujours infidèle, et un enfer environné de t^us côtés 4e c brouillards et de nuages , etc.,,.. CJtierchez le Paradis , etc. » Sur la doctrine des Egyptiens^ on ne peut pas consulter les ouvrages supposés qu'on a sous le nom de leur Hermi* , ou Mercure trismégistei okais par rapport à l'immortalité de i'ame et au dogme des récompenses et des peines , U>uX le monde sait combien il faisoit une partie essen^lle de leur religion. Fayezce que dit Tacite, livre 5, de l'Histoiiv des Juifs : Corpora condere quant crenuwee mo^ EgjrpUoy ea4iemque cura et de injèmis persuasio* Voyez aussi ce que dit Diodore de Sicile sur Tame d'Osiris , etc. Consultez enfin les notes de Grotius dans son petit Traité sur la vérité de la rel. ckréi. ^ liv. I , § aa , en observant cepefidant que ce qu'il rapporte du sentiment de Diodore au sujet d'OrpLée, ne sauroit avoir d'autorité, les vers de celui-ci pouvant très bien avoir été supposés. Il nous reste encore une sorte de formul4Ûre d'oraison funèbre qu'un olEcier des fnnérailles prononçoit ^ et où il parloit ainsi au nom du mort : Je rCai tué persoime , ye n'ai point reUnu de dépots ^ je nai point commis dtautn crùufi inexpfabU, Voyes tout ce que dit Porphyre, dans son q^atriéme livre , de Aàstin* , etc. La doctrine des Perses étoit conforme en plnsieurs choses à celle des Chaldéens qui, à pe que l'on prétend, avoljent été leurs maUres» Voici quelques-unes des maximf>s de Zoro^stre : « Si vous voulez être saint et voiis saute ver, vous avez deux régies à pratiquer : l'une, c'est qu/Çf

c fii daas le inonde tous aimez mieux le.Paradî$ que tonpt autre c ehose « tous ne tous empariez pas du bien d'autrui ; car le c Paradia vaut mieux que les choses de ce monde , puisque ce « monde n'est que comme un espace de cinq jours , au lieu « que le Paradis est eomme une durée infinie i etc. » Sadder Paru Y 1. xxu

Par rapport aux Indiens et aux Ethiopiens, leurs philosophes, appelés BmchmoMt et Gymnaiophisies ^ quoiqu'avec un genre de vie assez féroce^ et beaucoup de pratiques superstitieuses, ne laîssoient pas de discourir aveo quelque sagesse de Timmortalité de l'ame , de l'état d'une autre vie , ^ie la sainteté , de la justice, comme nous le sapporte Straben , liTie iS; Phiksteate^ dans la Vie tT ApoUonius yhrit ti, oh. aa^.et quelques autres, ^o^s surtout , dans Strabon,oe qu'il dit sur la croyance des Indiens, par rapport aux jugements qu'on exerçoit dans jes enfers. Le même auteur, lirre iv ^ parle encore de celle des Gaulois sur ce sujet; et Hérodote, livre it, parle de celle des Thraces (quoique d*aiileurs les opinions de ces derniers fussent bien déshonorées par les coutumes bar* bares auxquelles ils les faîsoient servir }• Consultez aussi les notes de Grotius à l'endroit que nous avons déjà cité.

A l'égard des Chinois, on peut consulter les livres de Confncius ( ou Cwn'-Jk'eu)j dont le père Couplet a traduit en latin et publié les trois premiers. Foé vint ensuite , et 4es sentiments impies prévalurent. Ses disciples ont une doctrine extérieure^ qu'ils prêchent au peuple pour le retenir , disent-îls, dans son devoir , et qui consiste à enseigner ce qu'il est en eflEèt si naturel de croire , savoir qu'il y a une différence réelle entre le bien et le mal , le juste et riajuste , et qu'il' faut attendre une autre vie, ou l'on sera puni ou récompensé de ce que -Ton aura fait dans celle-ci. Mais la doctrine intérieure, qui n'est que pour les initiés , se réduit à une- espèce de spihosiamey qui est l'éponge de la religion et de la morale, (f^oy. Barbeyrac , Préf, $ur Pi^, , § i5 ; et la Êiblioihkque univers. , tom* 7, dans Teudroit du Conjuciuê du père Couplet. )

Enfin , sans charger^c&tte ndte d'un plus grand détail , nous connoissons assez la croyance des Grecs et des Latins , par rapport à l'autre vie, et même les opinions fabuleuses qui faisoient comme la broderie de ce qui en soi n'a rien que de simple et de naturel. Dans toute l'antiquitë on retrouvera le respect religieux pour les morts , l'idée des ombres , des m&oes , Au TarUrc ou de l'Enfer , des Champs-Elysées ou du Paradis ; le même penchant naturel qui portoit les hommes à croire que les Dieuk veilloieiit sur leurs actions et distinguoient les vices des Vertus, les portaient aussi à penser qu'ils mettroient par la suite une distinction réelle entre les bons et les méchants^ de manière que non -seulement ils croyoient l'ame immortelle , ce qui fait dire à Ciceron : Permanere animot arbi^ tramur consensu nationum omnium / mais , comme nous venons de le faire voir , ils attendoiept des récompenses ou des rhàtiments après cette vie. Si les poètes ont mêlé ici une inlîoité de fables, l'a facilité qu'on a eue à les recevoir, ne doit pas. nous surprendre^ elle naissoit en partie de ce que ces imaginations et ces fantômes se trouvoient liés et confondus en quelque manière avec ce qui étoit dicté par des 'penchants tout naturels, mais qu'on ne prenoit pas assez de soin de dégager des fictions qu'on y avoit ajoutées. Ce qu'il y a d'ailleurs de bien singulier, et qui fait voir toute la force que conservent les préceptes de la loi que dicte la nature même, c'est que les païens assignoient dans les enfers une place pour les cidmes qui avoient été commis tant de fois par leurs faux dieux. Au reste , comme le remarque très bien Cicéron dans le passage que .sous avons déjà rapporté , nous voyons que tout ce qui n'étoit que fiction, que fausseté, s'est dissipé à la longue.... Les monstres horribles qu'on se figuroit anciennement dans les enfers ( Cerbère , les Euménides , etc. ] , font- ils encore peur à la vieille la plus imbécille du monde ? Avec le temps , les opinions des hommes s'évanouissent, mais les jugements de la nature se fortifient,* etc. (De nat, Deor, , lib. II j ch, u }. Nous ayons parlé , dans la note précédente , des anciens phi-

losoph^s ; il est certain que leurs différents systèmes y cet esprit sophistique qui rëgnoit parmi eux, et toutes leurs spéculations ne servoient le plus souvent qu'à leiyr 4onner des opinions qui étoient pour la plupart aussi déraisonnables qu'elles différoient ordinairement les unes des autres , et "plus encore de celles, de tout le gen?e humain ; leur métaphysique , à Ia-> quelle ils sembloient quelquefois s'attacher d'avantage, n'étant encore appuyée que sur des principes faux ou incertains, il ne seroit pas étonnant qu'ils eussent tenu souvent pour douteux, ou qu'ils eussent nié mètne, dans quehjues endrofts , ce qu'ils auroient affirmé de la manière la plus positive dans raille autres où l'on pourroit s'apercevoir qu'ils parloient très sincèrement. B'ailleurs , il faut bien observer que souvent les hommes les plus éclairés ont pu regarder en eflfet les tourments des enfers selon les idées reçues dans les anciens tempis , coknnie des fables sans fondement , puisque ce n'étoit en effet qtie de pures chimères, quoique d'ailleurs ils fussent persuadés des récompenses et des peines distribuées par la Divinité dans une autre vie , comme l'étoieut en effet tous les platoïkiciens* H Cftut avouer cependant que, quoique tous les philosophes, ou du. moins- presque tous , crussent l'immortalité de l'ame , ils u'appliquoîentpas toujours cette croyance an dogme des récompenses et des peines. Celui qui en a été le plus fortement persuadé , o'est Socrate , que presque toutes les sectes de philosophes qui ont paru ensuite dans le monde, ont voulu avoir pour leur chef, tâchant de ramener leurs sentiments à ceux de ce grand homme. Platon, ce disciple qui lui a fait tant d'honneur , nous a. conservé dans le Phédon , ou le Z>ùiipgue de Vimmortalità. de l'ame, l'entretien que Socrate eut à ce sujet avec plusieurs de ses amis, quelques heures avant sa: mort. Les ouvrages de Platon sont.eux-nièmes remplis de' tout ce qui a rapport à ce dogme , quoiqu'il y mêle quelquefois bien des • rèvedes ,. sans parler de sa métempsycose de? âmes des méchants. Outre le Phédon y\pyez de BepubL , /. lo; le Gorgias , Phileè. et le Timée , par où l'on voit que Platon-

(38) venir (i) : * peine pent-on citer quelques nation» assez sauyages pour n'avoir eu aucune idée àe cette vie future où les bons recevroient le prix de leurs travaux et les mécliants le cbâtîment de leurs crimes; et si parmi les peuples polices il y a eu quelques bommes , s'il y a eu des sectes de pbilosopbes

crojoit, comme les Chaldwu , que les âmes retournoieDt dans les lieux qui sont au-dessus, de la lune , d'où elles ayoie»t. été cnyoyécs dans des corps , en punition des fautes qu'elles avoîcnt commises. Quelles qu'aient été enfin les différentes opinions des anciens philosophes , il ne s'agit ici que de coasidérer la prc^rtion qm, selon les lois de la sagesse divine, a dû se trouver et qui se tiouye en* effet entre le dogme dont nous parlons et les penchants naturels des hommes en général. Or tout œ que nous aybns dit jusqu'ici suiEt pour ce dessein, et il ne faut , en un mot , que jeter un coup d'œil sur l'état du monde , et sur l'histoire des diverses religions, pour reconnottre combien cette croyance des peines et des récom> penses futures entre naturellement dans le système moral du genre humain, et combien tous les peuples sont portés par là même à s'en laisser pénétrer malgré la contrainte qu'elle impose à nos passions.

(i) C'est ce qui a fait dire à Sénèque: cSi nous avons coutume de compter pour beaucoup le jugement de tous les hommes , et si nous regardons comme fondé ce qui leur parott à tous également vrai , le consentement unanime de tout le genre humain , par rapport aux enfers, n'est pas auprès de nous d'un fiHble poids ^ lorsqu'il s'agit de l'éternité des âmes.» Efnstm 117. Observons œpendant que nous considérons jici ce cfmsentement unanime M, perpétuel moins comme une autorité qui doit en imposer à la raison , que comme une suite et une marque du penchant naturel.

(39) OU de fat» sa^ qui ont voulti se soasiraîre à cett^ croyance généi^ale et perpétuelle , l'ittiivers entier les a laissés s'égarer dans leurs yains systèmes , au lieu de les avouer pom' ses maitres. Sf'il y a enfini des hommes qui soupirent après le néant , ce n'e9t guères que ceux qui travaillent aussi à étouiTer tout remords 9 et^ s'ils le peuvent méme^ à oublier qu'il existe un Dieu; car telle est encore la nature de l'homme ; qu'il est porté en secret à se défendre ou i s'accuser lùi^méme, comme s'il étoit en efièt devant le tribunal d'un juge, pour y rendre compte de sa conduite.

5 . 1* La raison vient à l'appui de ces penchants , par cela même qu'elle nous apprend combien la croyaBoe d'un état à venir est nécessaire ponr donner aux lois naturelles toute la force qu'elles doivent avoir, surtout en considérant cette pente invincible que le créateur a donnée à l'homme pour le bonheur. Car enfin, quelle étonanantQ contradiction ne se. r^icontre pas ici avec ta loi naturelle, s'il est vrai que quelquefois il faille sacrifier un avantage présent considérable, unique même , pour le bien commun {ci-dessus, c. y , lU, 3}, sanscpi/om^doive, en espérer aucune récompense, ou san» avoir i' crïiindre aucun châtîm'èht , si l'on n*écouite'que ce qui a rapport alors à ses véritables intérêts. Eh ! que pourrions-nous attendre dans de pareilles circonstances d'un homme qtui lui-même n'attend rien après! cette vie, ou qui se flattera que, quelle.que

soit ici-bas sa conduite ^ il jouira toujours après sa mort d'un état également beureux (i).

20 La raison confirme ces mêmes penchants (c. IV, VI), en ce qu'elle nous apprend que Dieu, souverainement attaché à l'ordre, souverainement

( 1 ) Posé que Dieu se propose pour iiii le bien commun , dit Cumberland (c'est-à-dire le bien de tout le' système des êtres raisonnables^ ce qui renferme essentiellement et avetnt tout, sa propre ^Loire ) , il résulte de là , par une conséquence aisée à tirer, q^'il yeut que 1^ hommes recherchent la même fin ( autant du moins que leurs connaissances , leur nature et leurs Jorces le comportent ) , et il est clair que la distribution des peines et des récompenses entre les hommes est un moyen souyei'ainement nécessaire pourries engager le plus efficacement à concourir avec la yolonté de Dieu, ou à trayailler volontien à i'avai^cement de cette fin, et se garder de faire ties actions qui lui soient contraires. Dieu veut donc et décerner les peines et les récompenses qu'il sait être suffisantes pour empêcher que les hommes ne négligent une telle fin, et les leur distribuer actuellement , selon que les circonstances le demandent, d'où l'on peut .inférer que si, dans cette vie, il manque quelque choçç de si nécessaire pour cette fin. , Dieu y suppléera dans une vie à venir. C'est la principale raisdn sur laquelle les Païens se sont fbndés pour en tirer des présages de l'état des morts , heureux ou malheureux , selon que leur Qonduiie dans ce monde aura été bonne ou mauvaise. Il seroit aisé de le prouver par leurs écûts , où'chacun peut voir ce qu'ils disent là - dessus ( Traité philosophique des lois nat. , ^* ^9 § 19 )• Barbeyrac cite à ce sujet le Traité de Plutarque: De his qui sera à numine puniuntur. Ce philosophe s'y attache à faire l'apologie de la justice de Dieu, contre l'objection tirée de la prospérité des méchants ici bas. L'ame f dit-il ,

sage^ et ne pouvant que régir toutes choses selon leur nature y doit suivre cette loi immuable à l'égard des hommes; et que de même qu'il ne sauroit

s^cxeice dans cette Tie comme un athlète, et le combat fini, cette distribution des récompex^^es et des peines conyenables , se fera selon son mérite.

On ne sauroit douter , dit encore Leibnitz , que le conducteur souverain de l'univers , qui est très sage et très puissant , n'ait résolu de récompenser les gens de bien , et de punir les méchants y et qu'il n'exécute ce dessein dans une vie à venir , puisqu'on voit manifestement que, dans cette vie, il laisse la plupart des crimes impunis, et la plupart des bonnes actions sans récompense» En effet, pourquoi est-ce qu'on s'exposeroit à perdre ses biens , son honneur ou sa vie même, en faveur des personnes qui nous sont chères , ou pour le bien de la patrie ou de l'état , ou pour le maintien du droit et de la justi.ce , quand on peut s'accommoder et vivre dans les. honneurs et dan^ l'opulence, aux dépens de la prospérité d'autrui ? Car ne serçit-ce pas u.ne haute folie de préférer les biens réels et solides au simple désir d'immortaliser son nom après sa. mort , c'est-à-dire de faire parler de soi dans un temps où l'on

n'en retire aucun avantage? Bien plus , si Won n'est né

avec de telles dispositions, et si Ton n'a été élevé de telle manière que l'on trouve un grand plaisir dans la verti^., et un grand déplaisir dans les vices ( bonheur que tout le monde n'a pas ) , il n'y aura rien qui soit capable de détourner d'un gr^nd^ crime , lorsqu'on pourra , en le commettant , acquérir impunément de grands biens. Que Von puisse espéi'er de n'être pas découvert, on pixtjanera les choses les plus sacrées. Mais personne n'échappera à la vengeance divine, q^i s'étend jusqu'f^ une autre vie après celle-ci, etc. (Lettre de Leibnitz sur les Devoirs de l'homme et du citoyen , de Puffendorf ^ traduite^ par Barbejrac > à la suite de ce même ouvrage. )

( 4i ) dieiiuinder compte de leurs actions à des êtres qui n'ont ni raison y ni liberté ^ ni aucune notion du bien et du mal^ ni sentiment qui puisse leur faire distinguer ce qui est louable d'avec ce qui mérile d'être condam^né y de même aussi il ne peut qu'exi^ ger enfin que les êtres c[ui sont doués de toutes ces propriétés y et qui sont portés si naturellement à s'approuver ou à se condamner eux-mêmes , lui rendent raison de l'usage qu'ils auront faits de leurs facultés (i).

30 Elle les donfitme, ces penchants, en ce qu'elle noiis présente l'établissement des peines et des récompenses futures comme la perfection du système

. ■■ . 1.,.- ^ ..., I »> Il I I I I II ■ , II. > I .1 I ■ m ^ , I II

(i) L'homme est une créature capable Ae rendre cdntpte de ses Actions, et par conséqaent capable ^être jugée. Toutes ses actions morales étant Ubrcs , sans compnlsion et sans Nécessité naturelle , elles procèdent ou d'un hùn ou d^uri méchant motifs et par cela même sont dignes de louange ou de blâme , de récompense ou de punition. Or, puisqu^îl y a un être suprême à qui notis sommes redevables de toutes nos facultés', et que c'est dans lé bon ou le mauvais usage que nous faisons de ces facultés y (pjè consiste tout ce qu'il y^ a de bon où de mauvais dans nos actions morales , nous avons toutes les raisons du monde de supposer que les principes , l'es motifs et les circonstances de ces actions subiront l'examen à quelque heure* Que personne , dit Platon, ne se flatte de pout^oirse soustraire à ce jugement; car quand vous descendriez jusqu'au centre de la terre , et que vous manieriez jusqu'au plus haut des deux, voui ne sauriez échapper au jasi€ jugement des dieux y soit pendant la vie , soit après la martn {^Deleg,y Mb. X ). Glarle^ Prcui>es de la religion naturelle , chap. viix.

moral y en tant qu'elles ramènent toutes choses à eei ordre yéritaUe que le souverain être aime nécessairement ^ et auquel dérogeront toujours, sous l'empire d*un Dieu juste et bon ^ la prospérité des méchants^ et l'infortune des hommes yertueux, dès là qu'on ne considérera que les bornes de la vie présente (i).

Disons-le méme^ n'est-il pas évident que sous un être tout saint et tout parfait , la liaison entre la vérité y la vertu et la félicité, dans quelque temps qu'il doive manifester cet accord y est aussi nécessaire que l'est sa sainteté. Non y j'ose le dire y il ne dépend pas davantage de la Divinité que cette liaison existe ou qu'elle n'existe pas y qu'il ne dépend d'elle y étant nécessairement l'être souverainement parfait, de ne pas chérir l'ordre^ de ne pas aimer la vérités Or cette liaison se trouve-t-elle ici-bas . d'une manière bien sensible ? s'y trouve-t-elle constamment (c. viy XII, ^ et 5UiV.) ? Si cela n'est pas , il y a donc une autre vie, et qurf est l'homme vraiment sage y quel est l'homme vertueux qui n en fasse pas l'objet de son attente ? Quel est rh6mme simple qui; lorsqu'on lui propose ces vérités, ne sçnte pas que cela doit être ?

(i) Si vous 6tez les peines et les récompenses d'un état à tenir , tous anéantissez la justice , la bonté , l'ordre , la raison, et il ne restera pas un seul principe qui serre de fondement à la noraic. Clatke , Prewfes de la reUg. nau , cbap* yii , 4*>^ proposition.

iU )

Eu un mot, n'est-il pas bien raisonnable de croire que la justice divine fera connottre tôt ou tard l'eiLtréme différence que son amour néoessaii» pour^ Tprdre lui fa.it mettre entre la vertu et le vice , en rendant finalement et pleinement heureux ceux qui , par leur dévouement à faire sa volonté, sont devenus les objets de sa bienveillance , et en faisan^ au contraire ressentir aux méchants sa juste sévérité.

Tel est enuous le langage de la raison; c'est ainsiqu'elle seconde nos penchants naturels, et que tout concourt, autant qu'il se p^ut, à nous pénétrer du motif le plus capable de nous déterminer conformément à la volonté du souverain législateur!

6. Il ne reste donc plus qu'à savoir si cette espérance ou cette crainte d'un état à venir , par les-^ quelles ce souverain être , qui emploie les moyens les plus convenables pour parvenir à sa fin (ci-desr sus, 3 ) , a voulu procurer, autant qu'il était possin ble , dans l'ordre universel , l'exécution de ses lois , si cette croyance qui élève l'homme au-dessus do lui-même , qui le rend capable des plus, grandes choses (i) , et supérieur aux tentatioins les plus dén

(i) Cicëron dépeint fort bieii Fiuftuciice qu'on t-eue de tout temps le désir et l'espérance de l'immortalité , pour exciter les hommes à tout ce qui s'est fait de grand et de beau. < Nemo inquam sine magnd spe immorùditaùs se pro patrie, offeiret ml mortenip Licuit esse otioso Themistoclij UcuU Epciminupdifi ; li^ cidl ^ ne et vetera et extema quceram , mihi ; sed ntscio^quoinodo inhcefet in mentibus , quasi seculorum quoddam auguriumfytu-*.

licates et lès plus dangereuses pour la vertu, qui est enfin si nécessaire pour faire régner l'amour du bien universel , pour maintenir Tordre^ pour nous asstk jettir aux lois de la raison ^ si cette croyance, dis^je y est fausse et illusoire.

Mais j'applique ici mon dernier principe y et je conciusque^puisquel'étre tout sage, tout puissant, et infinimient vrai , ne conduit point les hommes à son but en les trompant {ci-dessus, i , D ), les motifs de crainte et d'espérance par lesquels il a donne à ses lois la force dont elles avoient besoin » ne sont point , s'il m'est permis de me servir dé ce terme , un artifice dont le créateur ait voulu et ait pu vouloir se servir pour nOus faire rentrer dans l'ordre : en un mot^ la réalité d'un état à venir est portée à mes yeux au même degré d'évidence que celle des perfections du souverain être , parce qu'en m'attachant aux réflexions que je viens de faire , l'une dérive essentiellement de l'autre.

7. Ici tout s'accorde, tout se soutient, tout est vrai : je puis désirer nécessairement d'être beureux, y tendre > et cependant sacrifier mes biens , ma vie, mon bonneur même s'il le faut, dans le cas où ces avantages pourroient se trouver en compromis avec

rorum, Idque in maximù ingeniis alùssimisiiue aninus existit maxime et apparetJaciUimè, Quo quidem dempto, quis tam esset amené f quisemper in laboribui etpericuUs viveret? ( TusciUan» quœsU » lib> I , cap* zy. ]

ce que je dois i la Divinité, à ma patrie, aux lois, au bien commun.

8* Je ne suis plus étonné, si, me trouvant capable de connottre Dieu, de l'aimer et de jouir d'un bien infini par ces deux voies, mon cœur ne trouve rien ici'bas, qui, en irritant ses désirs, puisse pleinement les satisfaire; en un mot, si un vide aflreux se faiit encore sentir , même au sein des plaisirs et au milieu de toutes les grandeurs humaines (i).

yi, 1 . Mais quoi , pour tenir ce langage , où sont donc , me dira-t-on peut-être , vos droits et vos ti-» très, par où vous, que l'être suprtme a tiré du néant, vous osfez prétendre qu'il vous doit l'im*mortalité* La vie qu'il vous a donnée est une gràoe, priea4e seulement qu'il n'en abrège pas le cours*

a. Sans les principes qui ont servi à m'éclairer et à me convaincre , cette difficulté seroit peut-être capable de m'arrêter ; mais il s'en faut bien qu'elle les détruise , et elle n^ renferme en quelque ma* nière qu'une équivoque que je n'aurai pas sans doute beaucoup de peine à lever. Je l'avoue^ à le pren^be strictement. Dieu ne me doà rien; anssi, n'estr«e pas là ce qui a déterminé mon espoir; mais il est l'être souverainement parfait, et il se doit i

(i) De tont bien qui périt mon ame est mécontente ,

Grand Dieu , c'est donc à toi de remplir mon attente 1 Si je dois me borner aux plaisirs d'un instant , Falloit-il pour si peu n'appeler du séant.

Baciiik, fils.

lui-mÊme, il ^doit, comme être infinimexit saiat, infinimeut juste {pUdessus^ Y, kj etUv.llil, cn^ prine. 17), c'est^-â-dire doué de la rectitude la plus invariable et la plus ej^acte y de distinguer la yertu du vice y en témoignant d'une manière aussi digne de lui que proportionnée à la nature de notre ame ^ et à l'étendue de nos désirs et dç nos facultés^ son amour souverain pour Tune, et combien il est ennemi de l'autre ; il doit i sa sagesse et à sa gloire {^ei-desfus, Y, B^ G), de prendre les moyens les plus convenables pour procurer l'exécution de ses lois , et pour maintenir l'ordre autant que le comportent la nature et l'état préseut des choses; il se doit enfin 5 comme .être infiAÎment pur, infiniment vrai y de ne pas établir toute la force de ces mêmes l^is sur de vaines craintes^ sur de fausses espérances {ci-dessus, Y , i ,D,Z et suii^.), et, pour tout dire en un mot , de ne pas conduire , d'une manièi^ illusoire , rbomme à son but par des motifs et des penchants naturels, qu'approuve et que confirme la raison 9 par cela même qu'elle en hit seutir la lyéce^ité.

VU. Quoique mon dessein ne soit pas d'emb^iv rasser mpn esprit^ et, si j'pse le dire ainsi, de le surcharger de ces vaines difficultés qui^ sans hW^ quer la force des preuves qui établissent une vérité, ne tendent qu'à répandu des nuages sur les c^n^quences les plus claires , cependant y^ne puM. me refuser à l'examen d'i^n.e objection qui > ni^n«

directe encore que la première , est cependaiit |)ltis capable en quelque sorte dé nous effrayer. L'expé^ rience semble nous convaincre que les bétes ont une ame ^ sinon aussi parfaite que celle de l'homme^ du moins capable de penser^ de sentir et de vou-> loir; elles donnent des manques d'amitié^ de i^-* connoissance^ de fidélité; on yoit encore parmi elles un sort bien inégal; tel cbien qui fait une garde très exacte, et qui montre un attacbement si constant pour la maison qui l'a nourri , est à la cbatne avec un collier de fer , tandis que tel autre ^ qui est d'un naturel bargneux^ traître et mécbant , est préféré par son matti*e aux bommes mêmes , qui d'ailleurs sont ses semblables^ et qui le servent si bien. Ajoutez mille autres rapports qui sont entre nous et les bétes y et concluez ensuite , si vous l'osez , que les bétes seront immortelles.

Me voilà donc, par cette objection, réduit à accorder l'immortalité aux animaux ou à cesser d'y prétendre moi-même : je répondrois volontiers que la comparaison m'humilie trop pour m'y arrêter; mais, humiliante ou non, c'est la raison que je dois consulter ici , et non l'amour-propre.

Je demande donc maintenant, pour en revenir à un examen philosophique, si nous avons des idées assez claires de ce qui se passe dans les bétes pour être en droit de déterminer le jugement que nous devons porter à leur égard, et de décider de notre état par le leur, lo Les animaux sont-ils

(49) doués d'une ame spirituelle, c'est-^dire simple, indÎTisible, capable d'idées, de sentiment, d'in* telligence même et^de réflexion , ou sont-iU. simplement des ouvrages de même nature que l'automate du célèbre Yaucansous, quoique beaucoup plus parfaits, comme ayant été produits par un art tout divin ? 20 En les considérant comme des êti*es distingués des ouvrages purement mécaniques, sont ils nécessairement compris dans le système Inoral, c'est-à-dire ont-ils des idées distinctes qui les conduisent à la connoissance du bien et du mal moral , du vice et de la vertu , et qui leur indiquent les lois auxquelles le souverain être les a assujetti^ ? Ont-ils une liberté proprement dite, par laquelle ils se portent de propos délibéré à suivre ces mêmes lois ou à les enfreindre ? 3o Enfin , s'ils sont compris dans le système moral , répugne-t«-il qu'ils puissent attendre dans ^ une autre vie des punitions et des récompenses proportionnées à leur conduite ?

A parler vrai, je ne pense pas que tous ces détails soient absolunient nécessaires. pour répondre à la difEculté dont il s^agit. Ârrétons-nous-y cependant quelques instants, ne fût-ce que pour satisfaiire notre curiosité.

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