‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes (volume 3)Chapitre 20 sur 30 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

( '7») encore sous un même coup d'oeil ces objets si grands et si vastes que j'ai déjà parcourus, ou pour les mettre, s'il le faut , plus à la portée de mon entendement , et par là me les rendre plus femiliers, oupour en déduire de nouvelles conséquences, aussi importantes et aussi fécondes que celles que j'en

ai déjà tirées.

II. Je me suis convaincu (/. m, e. x , i^pniu?.) de l'existence d'un êti^e nécessaire, c'estA^ire d'un être qui existe par lui-même. Ses premiers attributs sont d'être indépendant, éternel, immuable (ibid., «• princ.). Point de variété en lui, point de succession ni de progrès ; il n'e$t pas , ainsi que nous , sujet à ces caprices , qui dans un même joui' font du môme homme , je dirai jaiesque d«U3L bommes tout différents; il veut, il détermine , et dans la manière dont il le veut , il est toujours semblable à lui-m^me.

IIÏ. L'être nécessaire ou qui existe par une nécessité abscdue , indépendante , et dont on ne peut supposer la non-existence sans contradi<?tion, cet être, dis-je, estumqw-(*W., 6* princ.).

Il est le créateur et U source de tous les êtres, c'est lui qui a donné le mouvement à l^ matière et qui est le principe dô toutes les forces répuuducs dans l'univers, o'est à lui que je dois mon existence, tout ce qui est en moi , tout œ qui m'environne, . . • j IV, 1. L'être nécessaire, unique principe ae

( »79 ) l»at oe qui etîste et de tout ce qui peut exister , renferme toutes les perfections possibles , et il les renferme dans le plus haut degré [ibid.y 8* princ.). Il est infini , c'est-4-dire qu'il possède eil lui une infinité réelle et absolue ; immense , présent partout , sans bornes ^ saus défauts > sanie parties , sans figure; eu un mot, simple et indivisible , il ne se i^ncontre en lui aucune des propriétés de la matière (titd., iV et g'^ princ. y.

a. Doué d'une intelligence patfaite, sa science embraâse tous les êtres , tçut ce qui n'est que possible, comme tout oe qui existe , tout ce qui a été par rapport à nous et tout ce qui sera ( ibid, , i3" princ.). Elle saisit tous les objets dans la réalité de leur natujre et de leurs rapports; en un mot, elle aperçoit tout ce qui est selon l'ordre, tout ce qui s'en éloigne et tout ce qui peut servir davantage à le procurer.

3.^ Le monde ne fut donc jamais l'empire d'un être aveugle, tel que la fortune^ le hasard, qui ne sont que de vains noms déifiés par l'ignorance , l'impiété ou la superstition (i). Ou le hasard (par

(i) Qaelc{iie in|féûi«u3L cpie nous so^tos à réaliser nos chî- Aères y tA. ii'«8t pas étonnant que nous n'ayons jamais pu donner un oorps an TaiA faot6me que notre imaginations^est forgé sous le BODi de hasarâ*

Comment pourroît'Km définir une sorte d'èti'e qui, non-seulenent n'est ni esprit , ni matière , ni qualité d'aucun des deux , mais encore dont l'existence est si singulière, que Ton con-

OÙ nous entendrons^ comme on le fait ordinaire» ment, un principe aveugle qui y par sa nature y ne tient à aucun plan j qui ne forme ou n'exécute aucun dessein y qui agit sans détermination y sans lois et sans règle), ou le hasard, dis-je, est un être y ou il n'est rien ; s'il est quelque chose / il a reçu l'existence, ou il ne l'a pas reçue; s'il l'a reçue il a donc été formé par le créateur, et il agit avec dépendance de sa volonté (/. III , c. x , 6* princ.y Mais comme le créateur n'a rien fait, n'a rien. disposé , n'a rien permis qu'avec une souveraine intelligence , il s'ensuit donc qu'en remontant de cause. en cause, le Iiasai*d n'en est plus un. Si au contraire le hasard est un être qui n'ait pas reçu l'existence , s'il est l'être nécessaire, l'être existant par lui-même, il sera donc souverainement intelligent, il ^e sera donc plus le hasard; le hasard n'est donc rien.

rient qu'il cesseroit d'étce, dés qu'il seroit connu? Sous quelle idée se représenter ce je ne sais quel principe imaginaire dans lequel , lors même qu'on s'obstine à vouloir lui attribuer tous les effets , on n'aperçoit absolument rien de ce qui peut constituer une cause? Agent inanimé qu'on veut qui fasse tout, guide aveugle auquel on donne tout à conduire , être fantaS*> tique qui , suivant les dispositions où nous nous trouvons , nous inspire tour à tour toutes les craintes et toutes les espérances , sans avoir en soi de quoi remplir^<^les-ci , ni dequoi nous rassurer contre les autres. Disc, pour le prix tk V Académie Jrahçoise y an 1743*

( >80 . £h qu*y. a-t*-il de phis vrai , dit le pi ils sage des Romains^ en parlant de la Divinité (i), que personne ne. doit être si sottement orgueilleux que de s'imaginer qu'il y a au-nledans de lui de l'entendement et de la raison y et que cependant il n'y a aucune intelligence qui gouverne les cieux et tout ce vaste univers, ou de croire que des choses que toute la pénétration de son esprit est à peine capable de lui faire comprendre, se meuvent au hasard et sans règle ?

Bien sans doute n'est plus propre à exciter en nous l'idée du plus grand de tous les êtres , que œ coup d'œil réfléchi qui embrasse en quelque manière toute la nature.

On peut bien dire, en effet, que c'est là la preuve que Dieu a faite pour tous les hommes. La force de toutes les démonstrations métaphysiques s'oublie le moment d'après, au lieu que le spectacle de l'univers est toujours présent , et c'est comme une voie d'autorité dont Dieu se sert pour engager le commun des hommes à lui rendre hommage;

4« Il suit au reste de tout, ce que nous avons dit, que ceux-là se trompent encore , qui nous parlent incessamment de la nature comme de la première cause de toutes les choses qui existent et de tous les effets que nous admirons (2) ; car si par là on

(1] Cïcyde Legib.y lib. II.

{2) Pufiènd. , Devoirs de Chomme et du citoyen , traduct. de Barbeyrac , liv. i , chap»- iy , § 3.

entend cette vertu et cette aetmté interne que Ton remarque dans ebaqueckose , bienf loin qu'elle puisse faire nier raisonnablement qu'il y ait un jpieug elle doit nous mener à le reeonnottre comme celui de qui elle émane. Si par la nature on entend la première cause de toutes cboses , ne pourroiton pas dire que c'est une affectation déplacée^ que de ne pas vouloir employer ici , lorsqu'on peut le iaire aisément, le terme clair et connu par lequel on désigne ordinairement cet être souverain ?

5 . Une autre opinion qui n'est pas moins indice de Dieu y c'est le sentiment de ceux qui le prennent poux l'ame de l'univers (i)^ comme s'il n'en étoit qu'une partie, au lieu d'en être le créateur; si au contraire on entend par Vamedumonde cet être premier et indivisible , qui est le principe de la force et du mouvement de tous les êtres y il me semble qu'on rejette mal à propos un tenue clair et simple pour y substituer une expression obscure et %urée.

6. Loin de nous enfin ces termes àe fatalité, de destin y et tous les autres à peu près semblables, qui font du premier principe de toutes cboses (/. lU, o. X y i4' prinG.)j non le maître de l'univers, non un être indépendant , mais l'esclave de je ne sais quelle force insurmontable qui l'entraine et le

(i) Vciyr la continuation des Pâmées divwsea sur la Comète , etc. I par Bayle , p. i ao et suiy.

détermina malgré lui. L'étiré souyerainement pap* fait est aussi souyeramement libre y non que sa h* berté consiste à vouloir oU à faire ce qui téjMigfke* roit à ses attributs , puisqu'alors elle sorofit un viœ^ mais ridée que nous avons de son infinie perfeo* tion , le sei|timent de notare propre libevié^ cette liberté , dis-Je , que nous ne pouvons teûir que de lui seul y le caractère de toutes les choses qui nous enviionuent et que no«â concevons comnifi ayant pu être ou tl'étre pas , cetteinnûemsité d'objets non eidstan ts, qlie rentendementoonçortencove comme purement possibles , et qui peut-être n'exiatei^ont )amais , tout nous apprend ^ue Tâtre suprême n'est point contraint daiis Ses <^ératk>ns» il a pu créer ou ne créer pasj; choisir eârtre plùsteuira êtres également possibles ^ leur donner tels ou. tels degrés de perfection^ quoique d'ailleurs il n'y ait î;amais à craindre^ comme nous-teiions de le dire> qu'il s'éloigne des idées éternelles et immuables qui ont rapport a ses 9tt)?ibut9* Ce qu'il a établi librement 4. ce qu'il conserve libremenli, il n'a pu tiéanmoins L'établir, et il nie- peut le ooniserver que d'une manière coniorme i.Ge&méip4$ idéea*..

7. Disons la même chdsQ A Végard de'.9QP> pouvoir (/*1II,.(?. x^.i5''/?rj^.)^tieAuersiri;éte» riénne le limite ^ildoùue l'être et le ocmserve 4 tpnibce<|ui ne l'avoit p^s , il s'étend à tout ce qui est possible, et rien n'est possible que par lui. Mais n'y cherchons pas ce qui répugne, ee qui est contradictoire

( »84 ) à des vérités essentielles^ étemelles. Ces vérités sont dans l'être infiniment parfait^ elles tiennent à sa nature y et s'il étoit possible qu'elles fiissent autrement qu'elles ne sont y il ne seroit plus luimême l'être nécessaire y l'être infiniment parfait.

8. A la suite de ces premières réflexions ^ il faut cependant observer, (i) qu'il peut y avoir au sujet de la Divinité des opinions à l'égard desquelles on doive nécessairement donner quelque chose aux impressions de l'éducation , au tour d'eSprit particulier de chaque personne y au peu d'étendue de ses lumières^ aux temps ^ aux lieux et aux autres circonstances semblables ; autrement nous nous exposerions à accuser d'athéisme des gens qui souvent en seroient très éloignés.

Y. Dieu étant infiniment parfait^ nous devons convenir que , bornés et finis comtne nous le sommes y c'est en vain que nous nous flatterions de comprendre tout ce qi:te renferme cet objet infini {Lin y c.'iJt, io'/wrnte.). Ne soyons donc pas étonnés^ s'il y a entre ses attributs des rapports qui soient incommensurables à toutes nos idées; et^ sans nous embarrasser dans toutes ces vaines disputes^ qui sont autant de monuments de l'orgueil et de la foiblesse de Teàplit humain y contentonsnous de savoir et de croire que la nature divine n'est susceptible d'aucune sorte d'imperfection ,

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•(f) 'Barbejrrac sur PuATendorAT.

quelque légère qu*on la suppose^ et qu'au contraire toute qualité y tout attribut ^ qu'il est plus avantageux d'avoir qu'il ne le seroit d'en être privée entre nécessairement dans son idée,

YI. 1 . Parmi ces attributs, que nous concevons nécessairement appartenir à la nature d'un être infiniment parfait (et de ce nombre sont ceux que nous avons déjà rappelés), il y en a d'autres en^ core qui méritent de ma part une attention particulière.

2, Telle est cette sagesse qui consiste (/. III , c, X, 16" princ. ) à disposer et à employer toutes cboses. selon leur nature et selon les relations qu'elles ont entre elles , selon leurs dépendances réciproques,, selon qu'elles sont plus propres à une certaine fin , et , pour tout dire en un mot , selon les idées de l'ordre et du vrai.

C'est sans doute par un effet de cette même sagesse qui envisage dans tous le& êtres ce qui eonvient le mieux à leur constitution, que Dieu semble tempérer à l'égard des bommes l'éclat de la vérité , pour laisser par là même plus d'exercice au genre de liberté qui leur est propre , de manière que ceux qui recbercbent /qui étudient cette vérité dans la sincérité de leur cœur, trouvent assez de quoi les porter à s'y rendre, et que ceux au contraire qui ne la considèrent qu'avec un esprit pointilleux et indocile , découvrent toujours assez de prétextes pour s'y refuser.

3. Telle est cncoïe cette justice , cette rectitude (&V. III, c. X, 17** princ), cet amour Invariable de l'ordre et du vrai , par lequel l'être infiniment parfait est porté pour tout ce qui est un bien réel, e»t opposé à tout ce qui est un vrai mal , en sorte que sa sagesse procure constamment l'un et écarte l'autre autant que cet ordre universel , en tant que }a nature des choses ou leurs rapports mutuels le ceraportent {chdessuSy d).

4 . A cet amour souverain de l'ordre et du vrai se rapporte cette prudence {ei^ssu^r ^o^ princ.) qui dirige un être intelligent et sage k rechercher en dernier ressort la meilleure fin possible (comme est celle de la gloire du créateur , jointe au degré de perfection et de bonheur qui convient à st^ créatures), et à la rechercher psLr les mo^ns les plus convenables {ci-dessus, yprinû,).

5. Dans cette rectitude, se trouve encore ren» fermée la sainteté, cpii ne présente ici que la* même idée prise dans toute son étendue ; la véracité , qui y est énoncée et contenue essentiellement , la Bonté qui fait de l'être suprême un Dieu bienfaisant qui le remplit de miséricorde et de clémence, sans que. pour cela il cesse en aueuaie manière d'être )U5te.

C'est cette bonté qui doit no^us le faire regarder comme le plus tendre de tous les pères, etpeut^étre ne craindrons-nous pas de le dire dans peu d'instants , comme le plus vrai , comme le meilleur de

( »87 ) tous les amis. Les traits de vertu qui se trouvent répandus çà et là parmi les créatures y et qui caractérisent les hommes que nous regardons ici-bas (qu'on me permette cette expression) comme des dieux mortels , cette générosité y cet esprit de com- ]>assibn^ de charité^ de bienfaisance^ toutes ces vertus, âa^ysy que sont-<eUes, qu'une foible éma-* nation y qu^une foible image de la bonté de celui qui est la source de toute perfection ?

Yn. 1 • Par la réunion de tous les attributs de l'être suprême , par l'idée de sa souveraine perfection, nous sommes conduits naturellement à reconnottre une providence (i). Je l'ai déjà dit, f entends

|.i) Le oolte de» Dieux, dit Sénéque, consiste, i» à croire qu'ils eabtenk , ensuite à reconnottie leur majesté souyeraine et (eur bonté, sans laquelle il n'y a point de yéntable grai»« deuc. Il feut aussi être persuadé que ce sont eux qui goo- \ernent l'univers, qui, par leur puissance, règlent et conduisent toutes choses , qui prennent soin du genre humain*

Prèmuâ deantm cid^ua , deo$ credere , deim^ reddere iUis ma* juMem 9uam , reddero boniitUem , âùte quA nuUa majettas e$t; scire iUos esse qui pnmdent mundoy qui uniuerta vi sud Ump9^ rant , qui humani ^neris tutdam ^erunU Senec. , Ep* qS*

Il ^ a àes hommes , dit-il dans un autre endroit , qui sayent que lear ame est capable de prévoyance et d'une sage admi-' BÛtration, non-seulement dans leurs propres affaires,, mais même dans celles d'autrui , et qui osent croire néanmoins que dans cet univers , dont nous faisons partie , tout se gouverne au hasard, et sans qu'aucune intelligence s'en mêle* Pour nous , nous sommes persuadés au contraire , que Dieu veille

( «88) par là {^def. i"), une attention de Dieu sur ses créatures, par laquelle il connoit et embrasse à la fois tous les temps 9 tous les êtres, tous les événements, et en forme ^ par une administration digne de sa sagesse et de sa puissance, une chatne immense qui se déyeloppe avec l'ordre le plus parfait relativement à la nature des choses, à leurs propriétés respectives, et, pour tout dire enfin, au rapport qu'elles peuvent avoir à sa propre gloire et au bien du tout.

En i-approcbant les principes que nous venons de rappeler il n'y a qu'un instant , nous y trouverons distinctement toutes les idées que nous comprenons ici sous le terme de providence.

Dieu, souverainement intelligent , rempli d'une science entière et parfaite, immense, infini^ immuable , étemel , sans variété , sans succession sans progrès, voit tout, connott tout, rassemble tous les objets comme dans un point indivisible [ci-dessus , Il etlV , i et a ). Ce que nous appelons le passé, l'avenir, tout est présent pour lui; l'in** secte qui se cache sous l'herbe , le ciron qui échappe à nos regards , notre cœur , notre propre cœur, qui

sans cesse sur nous , et qu'il rëgit immédiatement toutes les ]>arties du monde Ce qui fait que toutes choses subsistent, ce n'esr |>as qu'elles soient étemelles de leur nature, mais c'est qu'elles sont soutenues par les soins de l'être tout-puissant qui les gouverne. De Provid*

( '89) sur tant de choêes nous est inconnu à nous-mêmes , rien ne peut se soustraire à sa lumière, rien n'est voilé aux yeux du créateur. Toutes les parties, tous les atomes dont l'univers est composé, tous les chefs^'œuvres qu'il renferme , ces artères , ces os , cette chair, qui entrent dans la construction d'un animalcule invisible pour nous , ce sang qui coule dans ses veines, toutes ces merveilles qui nous environnent et que nous ignorons , c'est lui qui les a formées , c'est lui qui les forme avec tous les développements qui leur sont propres , par une volonté simple , unique , immuable; c'est lui enfin qui est le principe du mouvement et de toutes les forces répandues dans l'univers ( cUdessus , III ).

C'est peu encore ; il aime ses perfections , il se propose sa gloire pour dernière fin dans ses ouvrages , il veut le bien de ses créatures , il aime l'ordre et il l'aime en Dieu, c'est-à-dire d'un amour invariable, d'un amour infini (^ibid,, YI, 3 et 4)* Après s'être déterminé à créer un monde , un univers, il veut donc manifester cette gloire, il veut procurer cet ordre , ainsi que le bien de tous les êtres , autant que la nature des choses, autant que l'enchaînement des difiei^entes espèces d'êtres comparés entre eux, autant que le bien du tout le comporte; en un mot, autant que l'entendement divin connoit l'ordre et le conçoit, il le veut, et il est tout puissant pour agir conformément à sa sagesse, c'est-à-dire pour disposer et pour employer chaque

( »90 ) choee , selon qu'elle est plus propre à une certaine fin {ci-dessus, IV , 7 , ctVI, 2 ) (1).

Le bien y l'arrangement , l'harmonie du tout ne peut résulter que du bien , de l'arrangement des différentes parties entre elles , autant que la nature de ces âtres créés et imparfaits, considérés tous ensemble , en est susceptible } il envisage donc chaque partie conséquemment au plan général.

Non-seûlement son attention , mais encore son action, ses soins se fixent sur chacune d'elles. Il est donc vrai qu'ils se fixent sur moi ; il veut mon bonheur , il veut en moi toute la perfection , toute l'excellence dont je suis capable , toute la félicité qui peut me convenir, et qui s'accorde avec le bien du tout (AV. m, c. X, princ. 22]. Cependant il m'a fait libre , et, suivant les lois de la nature , c'est à moi à choisir avec lui les véritables biens qui peuvent me conduire au terme après lequel je soupire. Que je les choisisse ces biens , que je choisisse la vertu > l'amour du bien commun, il opérera en moi et avec moi pour me rendre heureux. Si au contraire je m'aveugle moi-même , si je prétends me soustraire au plus juste, au plus doux empire, à celui d'un être infiniment parfait, si, dis-je, je m'écarte de l'ordre , il saura d'une ou d'autre ma-

(1) Après atoir examiné ce qu'exigent du souverain être sa sagesse , sou amoor pour l'ordre , Gieéron conôhit : Nihil Jko pngstantiui, ab fjuoigUur nec€ss9 est mundum r9§i*

nière m'y faire rentrer malgré moi; en me condamnant^ en me punissant ^ il se montrera encore le père de tous les hommes ^ et procurera jusque dans mes maux sa gloire et le bien de tout le reste de l'univers. Mais quoi , me refuserai-je à mon propre bonheur? Me montrerai-je indifférent aui soins, aux secours de ce guide sage et bienfaisant qui veut m'y conduire ? Non , Fidée seule d*un Dieu qui me voit, qui m*entend , et qui veille en ma faveur, me soutiendra , m'animera , me consolera dans mes peines^ et me rendra plus sensibles et plus purs les biens que j'en reçois.

2. Eh! pourquoi ai-je tardé si long-temps à la nommer cette providence si douce et si consolante pour le juste ? ne s'annonçoit-elle pas dès le moment où j'ai reconnu les divines perfections du créateur (&V. III, c. vu, Il et III) ? ne s'annonçoit'^elle pas dans le spectacle de l'univers , dans l'étude de la nature (i), dans celle des penchants

(i) Lorsqu'on croyoitayecEpîcure, que le hasard faisoit tout^ ou ayec Aristote , et même avec plusieurs anciens théologiens , que rien ne naissoit que par corruption, etqu'ayec delà matière et du mouvement le monde alloit tout seul, alors on pouvoit ne pas croire à la Providence; mais depuis qu'on entrevoit la nature, que les anciens ne vojroient point du tout, depuis qu'on s*est aperçu que tout est organisé , que tout a son germe , depuis qu'on^i bien su qu'un champignon est l'ouvrage d'une sagesse infinie , aussi bien que tous les mondes , alors ceux qui pensent ont adoré là où qudquu^iu de leurs devanciers ont

( *92 ) qui se manifestent dans presque tous les hommes( i ), et d'où s'est formé le consentement de tous les peuples à reconnottre cette attention d'un Dieu sur ses créatures, aussitôt qu'ils ont reconnu son existence? Ne s'annonçoit-elle pas dans la loi qu'il nous a imposée , cette loi qui établit pour règle principale de nos devoirs l'amour et la recherche du bien commun (/iV. 111, 2^ et 9® princ.)? ne s'annonçoit-elle pas enfin par les preuves mêmes des récompenses ou des châtiments qui nous sont destinés dans une autre vie (/iV. III, \Z^ princ. et c. vn, m et suiif. ) ? Elle s'y annonçoit sans doute , et ce n'est pas, à proprement parler , une vérité nouvelle que je viens d'établir : je n'ai fait que rassembler sous un seul terme des idées déjà connues. Hais je ne craindrai pas de l'avouer ici , insensés ou ingrats

blasphémé. Les physiciens sont devenus les hérauts de la Proyidenoe. Un catéchisme annonce Dieu à àes enfants « et un Newton le démontre aux sages. Voltaire , Mélang. de Un* et de pMl.

(i) C'est surtout dans les grands périls que la yoix de la nature se fait entendre.

Quo magie in dubiiê homintm $p*elen ptrieti* Convtnit , aivwtit^vM in rtbui no$e«r« fut iit: Nom vtret voc*$ itun dtmùm ptctor» ah imo Sjieiimtur, «t êripitur pêrtona , moncf fm.

LOCBBT.

Quand l'homme yoit de prés la mort, dit Pline le jeune, c'est alors qu'il se souyient qu'il y a des dieux , et qu'il est homme : Tum deos, tune hominem esse se menûniu

que nous sommes , il est parmi nous des hommes que le terme de providence révolte ? Est-ce aveuglement? est-ce frénésie? Eh quoi ! nous ne voulons pas qu'une main sage nous gouverne et prenne soin des choses d'ici-bas , nous ne voulons pas qu'un Dieu bienfaisant soit attentif à notre situation , à XLOs maux ; qu'il les ménage pour tirer du sein de nos peines , ce qui doit faire un joui* notre bonheur ; qu'il préside , qu'il veille sur toutes nos actions ! Cette idée seule nous retiendroit , nous empêcheroit de nous livrer à de trop funestes excès , ou nous ramèneroit quand nous nous serions égaies. Triste effet des passions déréglées ! elles nous font refuser les plus grands biens dans l'espérance que nous pourrons jouir tranquillement de quelques fausses douceurs qu'elles nous présentent^ ou que souvent elles ne font que nous promettre.

Si Dieu ii'avoit pas même donné aux hommes des lois qu'ils sont forcés de reconnottre et que tout nous apprend à respecter^ que devrions-nous et comment pourrions-nous espérer de jouir icibas de quelque tranquillité ?

Mais enfin^ quels que soient nos désirs , changeront-ils donc la nature des choses? Dépouillerontils la Divinité de son amour invariable pour l'ordre , de sa sagesse^ et de tous les attributs que renferme l'idée de cette première cause , de cet êti*e souverainement et infiniment parfait ? Â quoi bon nous tromper nous-mêmes^ puisque notre erreur

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