TOME II. i
( »9< ) ne sert qu'à bous rendre plus malheureiu et plu» coupables , sans nous rendre en e0et plus indépeudants ?
yill. Dirons-nous^ comme Épicure, que nous ne saurions comprendre comment l'en tendementdiyin pourroit embrasser tout à la fois une si grande quantité d'êtres^ entrer de^ns le détail d'un si grand nombre de parties ^ ^t goûter une joie pure et tranquille au milieu de tant de soins ?
O hommes qui parlez ainsi , vous qui mesUrd:
le créateur par là créature , l'infini par le fini > vous ne savez pas même 'ce que c'est que Dieu. Votre esprit se partage souvent entre mille objets sans en être accablé; il rapproche en lui-mêm^ le9 lieux, les temps , les êtres les plus éloignés; U ^ rappelle sans effort le passé y il saisit lii^ présent , il entrevoit l'avenir > et il les compare l'un, avec Taûtre ; il se plaît dans la contemplation de ses jMbopres idées; votre œil embrasse e|i quelque manière la vaste étendue des cieux., il aime à se perdre dans un point de vue presque immense; et il en coûteroit trop à Dieu pour donner son attention et ses soins à* cet assemblage fini d'êtres limités dont il voiten lui la raison ^ leprineipe^ etc(u'ilacrëés(i)*.
(i) c'est ainsi que raisonne Socrate, dansXénophon :cJ^ai considéré que votre esprit , lorsqu'il étoit dans yotre corps , le gouv^rnoit à son gré. Je dois donc penser que cette sagesse qui est dans J'ttuiyprs « gouverne tonte ckose comme il lai plaît*
AY^s^Toua 4onQ oublié ({me lout qq qui est , n'est que par la oommunioation de ion être iofini (i), que tout ce qui a rintelligeBoe ne l'a que fe^v un éco|i]içment de la raison ^uveraipe, et que tout ce qui agit n'agit que par l'impression de sa suprême activité I qu'en un mpt, il est le prinpipe de tout mouyement> de toute connoiss^iucç > de. toute perfection, et qu'iinmusible 9 infini, \l n$ peut ni rieu acquérir , ni rien, perdrix d^ tou^ ce qui ei^l «n lui ? Le feu brûle partout où il est ; il faudroit l'é • teindre et l'anéantir ppur le, faire çes^eic de bouler , tant il est actif et dévorant par sa nature ; di^ même aussi en Dieu tout est Action , vie eli iutolligeâ^. DL. 1 . Mais peut être se retrançh^a*t^U à. dire qu'il pajpoit itidigU^ du souverain être dç descendre jusqu'iava plus petite^ qbo^^, de se p^ter ^Ux pjus petite détails é On conyiendiia qu'4 la vérité^ l^ieu gouveroe par pa providencQ les plus grandes et les pliabs considérables parties de l'univers; mais lea affaires buniidnes sont tipp nûnce^ , dim-t-on ^ pO^ur que là Diyiuilé s'en occupe ; quelle attention, n^i-
VoUè ttil ne peui-fi pas détendre jusqu'à {^usieurs AâAsJ? Oomnisiit 4fMio Tostl de Dicii ne peiurra-I^U pjaà tgul Qn^ifager à la fois? Votre esprit ne s'occu]|B-t-il pas, non-seulement de ce qui se passe ici , mais encore de ce qui se passe dans TKgypte et dans la Sicile? eh ! comment la sagesse de Dieu ne pourra-t-elle pas avoir soin de tout en même- temps ? > L»dè âiciis et Jactia manorabUibus Socratis , ^Bg* 176.
(1) Fënelon.
(•90) tons-nous de sa part? Quel amour pouvon»-nou8 attendre de lui « Que sommes-nous à ses yeux^ que ce que pourroit être aux yeux d'un monarque, un peuple de fourmis dont il seroit ridicule qu'il voulût prendre soin ?
2. C'est ainsi que l'homme ^ en 'se rabaissant , ne cherche que l'indépendance : humilité trompeuse et hypocrite ! on veut s'exagérer i soi-même sa bassesse, son néant, et la disproportion infime qui est entre Dieu et sa créature , pouic secouer le joug de Dieu même , en contentant toutes ses passions déréglées, et en se faisant le centre de tout ce qui est autour de soi (i). Mais ne voit-on pas que la distance qui est entre Dieu et nous ne l'empêche pas d'être sans cesse auprès et au-dedans de nous , d'être en quelque sorte plus près de nous que nous-mêmes ? Gomment veut-on que celui qui fait que nos yeux voient, que nos oreilles entendent, que notre esprit est capable de le connottre, et noti'C volonté de l'aimer, ne soit pas attentif à tout ce que nous opérons en lui, et par des facultés que nous ne tenons que de lui ? Croyons-nous donc honorer la Divinité, en imaginant un Dieusi éloigné de nous, si hautain et si indifférent dans sa hau-* teur, qu'il ne daigne pas veiller sur les hommes, et que chacun, sans être gêné par ses regards, puisse vivre sans règle au gré de son oi^ueil et de ses pa>
(i) Fëoeloii, QEuifres pIUL , tom. :2.
♦( «97 ) sions? En faisant semblant d'élever Dieu de la sorte y on le dégrade ; car on en fait un Dieu indolent sur le bien et sur le mal y sur le vice et sur la vertu de ses créatures^ sur l'iordre et sur le désordre du monde qu'il a formé ; en feignant de «'«baisser soi-^même, on s'érige en* divinité, on ren* verse toute subordination , on se donne toute licence, on se promet toute impunité.
3. Gomme c'est ici cependant l'objection favorite de ceux qui s'arment contre la Providence, arré-r tons-nous encore quelques instants à en faire sentir le peu de fondement.
4. J'observerai donc, en premier lieu, que s'it est indigne de Dieu de prendre soin des petites choses, et en particulier des hommes, il étoit indigne de lui de les créer.
5. En second lieu, comme nous en àvMs déjà fait la remarque, si Dieu veut l'hariAoïiie de l'u^ mvers, il veut donc par conséquent l'harmonie de ses parties , selon la nature de chacune d'elles ou leurs propriétés respectives, en un mot selon le genre de conduite qui convient le mieux à ces différents êtres considérés en eux-mêmes ou les uns par rapport aux autres (1) : en effet, le tout se forme de toutes les parties qui le composent, et plus chaque partie sera à sa place relativetnent à
(1) Les architectes vous nieront , dit Platon, que les grandes pierres puissent se placer sans les petites.
( t9« ) la nature d^s choses et à le)ir dépendatioe t^écipré* qae , plus aussi <m verra résulter de là l'ordre et rhaimoBie du tout.
Dieu l'aime cet ordre ^ et il l'aime d'uu amour infini ^ il veut donc le yoir régner partout , daib les pliiB petites choses comme dacns les plus grandes; il veut le procurer^ en les conduisant toutes en généraly et chacune en particulier , sdon leur nature^ Iflèrs rapports , et la destination qu'elles peuvent avoir conaéqùemxtient an bien universel. Prenons garde, dit sageanent Platon (i), que noua ne ai«t-* tiens Dieu au-dessous de nos propres artistes ; plus C^uii-ci spnt habiles y et plus on voit brilla leur art dans la perfection avec laquelle ils prennent soin d'achever les plus petites comme les plus grandes parties de leurs ouvrages.
6» En troiaième lieu» pour considérer plus partictllièremenit ee qui concerne les aâaires humaines» il est fiuix qii'dles soient la partie la mpins eonsi-* dérabk de l'univers (2) « dans le système d'astronomie qui ^I^le au monde le plus d'étendue. Onne sam^oit discotivenir que le g}obe sur lequel noiits sommes placés ne soit aia^i copsidérable qu'a.ucun autre globe particulier j qiiie la terre sur laquelle nous habitons ne soit aiussi considérable qu'avenue autre des plai;iètes de i|.<ptre système y et
(1) Deleg^*^ 1.x.
(2) ClarkCy Preuu» de la ^vl. nat,^ cb. <».
( »99 ) que les hpmmes ne soient les seuls habitants considérables de la terre.
7. On ne sanroit nier que le soleil , le conrs des astres, les ricbesses que la nature nons oflre icibas, et la plupairt des animalkx qiii s'^ rencontrent, n'aient un très grand ra|>port aVec l'homïne. Je ne dis pas que le soleil n'ait été fait que poitr nous seuls; je ne dis pas non plus que la terre n'ait été faite pour aucun autre monde; mais du moins l'encbainemçnt est tel que nous j ayons une tràs grande part ; il est aisé de le veoonnoître par la divifiîeoi ordinaire des jours et des nuits , laquelle a piH3sque lieu pour toute la terre habitable , parl'altei*natiye des saisons , si nécessaires pout les différents biens que la terre nous offre ; par la variété des phases de la lune , qui , comme le dit Cicéron, semblent faites pour nous marquer les fastes, et pour niettre dans la division des temps un ordre qu'exigent nos affaires dpmestiques, et encore plus les affaires civiles ; par la distance des étoiles et des planètes qui, malgré leur immensité, ont une telle proportion avec nos regards , qu'elles ne nous parois^nt que comme autant de flambeaux faits pour suppléer par une douce lumière à l'absence du soleil , pour éclairer l'astronome dans ses recherches , pour conduire le pilote dans sa route, et pour offrir aux yeux de tous les hommes un spectacle si grand, si magnifique , qu'il élève nécessiairement un esprit un peu attentif vers son créateur;
( aoo )
ajoutons en dernier lieu y par la distance même du soleil, qui est telle qu'il a assez de force pour attirer les eaux de la mer, et les laisser retomber en pluie pour fertiliser la terre, mais que d'un autre côté il n'en a pas assez pour les tarir; qui est telle encore, qu'il répand assez de chaleur pour vivifier toute la nature ,mais non pas assez pour embraser nos vignes et nos moissons (i) ; qui est telle enfin qu^il envoie assez de particules de lumières pour éclairer nos yeux , mais non pas assez pour les brûler : ces particules sont d'ailleurs si déliées, qu'elles frappent la prunelle sans l'oflenser (2), et leur mou-
(i) Si le soleil s'approchait un peu plus de nous , il nous embraseroit; s'il s'en éloignoit un pea plus, il nous laisserait glacer, et notre vie seroft éteinte. Fénelon , Œutn^ philosopha , tom« n.
(a) Le calcul apprend que, si le soîeil est à a4ooo demi-diamètres de la terre, il s'ensuit que la lumière parcourt, de cet astre à nous ( en nombre rond ) , mille millions de pieds par seconde. ^r un boulet d'une livre de balles, poussé par une demi-liyre de poudre, ne fait en une seconde que six cents pieds j ainsi donc la rapidité d'un rayon de soleil est, en nombre rond, seize cent soixante -six mille six cent Ibis plus forte que celle d'un boulet de canon. Il est donc constant que , si un atome de lumière étoit seulement la seize cent millième partie d'une livre, il en résulterait nécessairement que des rayons de lumière feroient l'effet du canon ; et , ne fussent-ils que mille milliards plus petits encoVe , un seul moment d'émanation de lumière détruiroit tout ce qui végète sur la surface de la terre. De quelle inconcevable petitesse laut-U donc que
vement est si rapide, que bi^B ayant que toute» aient pu s'éteindre , il en parvient un assez grand nombre jusqu'à nous (i)»
Le détail de toutes ces choses seroit immense pour peu qu'on voulût s'y arrêter.
8. Pour ce qui concerne le monde que nous habitons et les dijBTérents biens qu'il rassemble , on peut dire 9 sans craindre de trop s'avancer, que l'homme a reçu à cet égard , par les seuls avantages que lui procure sa raison ^ une sorte de domaine et d'empire qui fait que presque tout se rapporte à son utilité , sa commodité ou ses plaisirs. La mer couvre ses tables de mets délicieux; elle le transporte d'une extrémité de la terre à l'autre, et le ramène chargé de richesses; elle sert à lier entre eux les diâerents peuples par le commerce , et à
soient ces rayons, pour entrer dans nos yeux sans nous blesser. Voltaire , Physique de Newton , chap. 1 1.
(i) La lumière nous vient du soleil en sept à huit minutes ; la distance étant de trente millions de lieues, c'est environ quatre millions par minute : le son fait quatre demi-lieues par minute, quelle prodigieuse différence pour la rapidité ! {Man* philosoph* , tom. I ] Lorsque je dis ci-dessus que la lumière s'éteint, on conçoit aisément que je parle selon le système de Newton , qui prétend qu'elle n'est autre cbose que le feu luimême, et j'avouerai que rien ne meparoît mieux établi , à en juger par Texpérience. Quoi qu'il en soit, en supposant, si l'on ▼eut , la matière globuleuse de Descartes poussée en un instant par le soleil , ou les petits tourbillons mous du P. Mallebranchc comprimés par les vibrations du corps lumineux , il faudra tou*
n'en faire ea quelque manièi^ qu*un même peuple. Lft terre est pour rhomme un yaste laboratoire (i) où se forment sans cesse des pierres et des métaux pour le défendre du froid et de la clialeur, des vents et des orages ^ et pour le fournir d'une quantité d'instruments dont il lui seroit très difficile de se passer. Elle lui coffre d'elle-même une multitude de plantes qu'elle produit pour ses besoins, et elle n'attend que ses soins et son industrie pour lui donner toutes sortes de fruits, de grains et de légumes. Elle est peuplée pour lui d'animaux de toute espèce. Les uns charment ses oreilles par la douceur de leur chant, et les autres ses yeux par la beauté de leur figure. Ceux-ci • pleins de force , de patience et d'adresse, lé soulagent dans ses travaux; ils sembleroient , à ne consulter que leurs forces (2), devoir soumettre l'homme^ et ce sont presque toujours ceux qu'il dompte et qu'il s'attache le plus aisément ; ceux-là , caressants , dociles fidèles, l'amusent, se dressent comme il lui platt, et veillent à sa garde. Les uns lui présentent leur
jours reconnottre daos l'action du soleil de9 pro|)oriion9 et des rapports ménagés pour notre avantage, (i) M. L. F., tom. I.
(a) Dans la pratique , les hommes sont regardés comme capables d'un effort de vingt-cinq livres pehdant quelques heures, et les chevaux de cent qnatre-viugts livres. Manuel philosoph.y tom. 1.
toison pour le vétir, les autres lui filent de riches étoifes ; plusieurs lui douuent des ruisseaux de lait pour le nourrir. Tous ne semblent se multiplier que pour lui fournir des aliments en aboiidance , et 9 malgré leur prodigieuse variété^ ils ne se multiplient pas en assez grand nombre pour Remplir toute la terre , pour nous accabler pas leur multitude, et pour nous enlever tout le fruit de nos travaux. On s'aperçoit même que les bétes les plus féroces I i moins qu'elles ne soient pres^s par une faim extrême , ne sortent de leur tanière que lorsque la nuit laisse goûter aux hommes la douceur du repos ^ et qu'elles y rentrent aussitôt que le jour dissipe les ténèbres. Si parmi les animaux il en est qui nous incommodent et nous fatiguent j ces inconvénients ne sont pas assez fréquents ni en assez grand nombre pour nous faire oublier tout le reste, et d'ailleurs nous verrons par la suite quel parti la droite raison sait tirer de tout ce qui s'offre icibas sous l'apparence même des plus grands maux. Enfin, jusqu'au plus petit insecte peut être de quelque usâige à l'homme, en lui apprenant, lorsqu'il est tranquille et attentif, combien le travail de l'ouvtieir surpasse la vile matière qu'il à mise en œuvre , et en élevant par là nos pensées et nos affections vers le créateur.
Je sais que dans le système d'Épicure on ne con*- ▼iéndnei pas que tout ici-bas , ou du moins pi*esque tout y^oit fait pour l'homme ; aussi faut il avouer
C 2o4 ) que Lucrèce (i) s*est vu réduit par ce système à nier que les yeux aient été faits pour voir y les oreilles pour entendre^ les pieds pour marcher y les mains pour ta ter les corps voisins, pour les saisir, les repousser, les démêler les uns d'avec les autres (2).
9. Au reste, dans tout ce que nous venons de dire, nous n'avons considéré que les moindres endroits par lesquels on peut envisager l'homme. Contemplons-nous en quelque sorte nous-mêmes, en nous rapportant au créateur, et qu'il nous soit permis d'observer d'abord que ce n'est pas en vain qu'on attribue à l'homme d'être une image de la Divinité; image sans doute bien imparfaite, puisque ce n'est qu'une créature; mais il n'en est pas moins vrai que la nature de notre ame exprime en quelque manière les traits de celui qui nous a
(1) Lucreu, lib. IV.
(a) N'est-ce pas une idée pitoyable , ajoute M. L. F. , que nous sommçs bien pfus faits pour les animaux qu'ils ne sont faits pour nous, parce que nous prenons soin d'eux? N'est>-oo pas l'effort d'un rare génie , de faire dire à un oison qu'on engraisse : Voyez l'homme , il ett pour mon service; quel 'soin pour me garder, pour me loger^ me nourrir, et me bien trotter/ Pourquoi ne fait-on pas dire aussi À un potiron : Voyez l'homme , iiest pour moi : quel soin pour me semer, pour m'arroser et me cueillir 1 Pourquoi ne prête- t-on pas le même discours au marbre, puisque l'homme le tire des carrières, le taille et le polit?
formés. Simple^ indivisiblei incorruptible (/iV. IV> c, XI ^ 12* princ.) y elle a de plus, comme lui, la faculté de tout voir en elle-ménie; elle aperçoit dans ses propres idées , et en se séparant de tous les êtres corporels, des mondes entiers^ si j'ose m'éxprimer ainsi, : elle rapproche, comme nous l'avons fait observer déjà , les temps ^ les lieux ^ les objets, sans sortir de ce tribunal secret etintérieur où tout semble venir à son gré se placer devant elle, et où elle interroge toute la nature. Cette ame, susceptible d'intelligence et de raison, est encore capable de beaucoup d'autres perfections; elle a l'idée de l'ordre (/iV. II , c. vi) , idée admirable et qui ne peut être bien méditée sans nous remplir de la joie la plus pure, et nous frapper d'étonnement : elle est libre, et il ne tient qu'à elle de suivre cet ordre qu'elle connoit, il ne tient qu*à elle d'être sage, juste, vraie, bienfaisante; toutes ces perfections dépendent à la vérité du souverain être, mais avec son secours elle est faite pour les acquérir, et nous ne pouvons nier, sans contredire toutes les lumières de la raison même, que ces perfections ne soient essentielles au créateur, en convenant cependant que la manière dont elles y sont renfermées est aussi supérieure à celle dont nous les possédons ^ que l'infini est au-dessus du fini.
Mais, pour tout dire en un mot, Fhomme connoit Dieu , et plusieurs d'entre les hommes 1 ai-
ment, plusieurs désirent de Faimcr. Quoi déplus grand que cette conuoissanee et cet amour? Quoi de plus capable d'ennoblir aux yeux même du souverain être l'ouvrage qu'il a formé ? Non, l'homme n'est rien en comparaison de celui auquel il doit son existence et tout ce qu'elle renferme ; il n^est rien, considéré dans ce qu'il tient de lui-même ; mais que n'est-il pas , si on le considère dans ce qu'il tient de la Divinité ? Je ne craindrai pas de le dire, celui qui connott et qui aime Dieu selon toute la mesure de conuoissanee et d'amour dont il est capable , celui qui peut former un acte , un seul acte d'un amour libre et sincère , celui-là est incomparablement plus digne , si je puis m'exprimer ainsi , des soins de cet être parfait que tout le monde physique et matériel, quelqu'immenâe qu'il puisse être, quelque ordre, quelque proportion, quelque éclat que vous y supposiez.
10. Quatrièmement, demander si Dieu aime les hommes (i), c'est demander s'il est bon, c'est mettre en question s'il existe ; car comment concevoir un Dieu qui ne soit pas bon ? Et le seroitril , s'il regardoit d'un œil indifférent son propre ou-
(i) Ces réflesioiis sont tirées (P«n autavr qn» je me snisd^ permis de ciler dans cet oarrage , et que je dtenî plus d'une fois y en désirant que sur tons les objets il eût toajoars été de même sentiment qne mm , afin de pouYoir me faire honneur de penser toujours comme lui.
. ( «07 ) Tragç >de8 créatures capables de leconnottre et de l'aiiper (i). Un bon prince aime ses sujets^ un bon père aime ses enfants^ et Bien qui forme &eul les bons princes et les bons pères , Dieu qui a mis dans les mères cet amour tendre pour tout ce qui leur doit la naissance^ pourroit ne pas aimer les bommes ! Dans quels esprits un pareil soupçon peut-il naître , si ce n'est dans ceux qui font de Dieu un être capricieux et barbare qui se joue impitoyablemcAt du sort des bumains ?
« Il ne doit rien aux bommes » ; soit; mais il se doit à lui-même, c'est pour lui une nécessité d'être juste et bienfaisant : ses perfections ne sont point de son cboix; il est nécessairement tout ce qu'il est^ il est le plus parfait de tous les êtres ^ ou il n'est rien.
Mais je connois encore qu'il m'aime par l'amour raiême q^ue je sens pour lui ; c'est parce qu'il m'aime qu'il a^ayé dans mon cœur qe intiment , le plus précieux de ses dons. Son amour est le principe du mien> comme il en doit être un des plus p^i$sants motifs.
(i) Qu'y a-t-il de meilleur ou de plus parlait, dit Cicëron , combattant Epicure, que la bonté et la bieofaiMiiice?3i vous priyez Dieu de cet attribut , tous voulez donc que personne n*en soit aimé , que personne ne lui soit cber ? Quid enim meliuê aut prœstantius bonîtate et beneficentid ? Qud cum carere Deutn vultis, neminem Deo carum, neminemab eo amarij neminem ilUigi vultU, De nat. deor. , lib. I ^ cap. xliii.
( ^os )
1 1 . Cinquièmement 9 après tout ce que nous venons de dire y il faut avouer que ce seroîl bien en vain qu'on insisteroit sur la comparaison des fourmis (i) ; elle n'est spécieuse qu'en ce qu'elle offre une vérité dont on doit convenir, qui est que Dieu est infiniment élevé au-dessus de nous : mais dans tout le reste, elle n'a rien que de foible, et qui ne serve même à établir nos principes. En effet Dieu est notre créateur , mais le monarque ne l'esC point des fourmis. Celui-ci a un esprit borné , et , ne pouvant s'appliquer qu'à un certain nombre d'objets , il ne peut donner son attention aux uns sans négliger les autres ; de sorte qu'il est blâmé lorsqu'il s'applique à de petites choses, parce qu'on suppose avec raison que cela le distrait des grandes. Mais il en est autrement de Dieu, à qui le soin qu'il prend des hommes ne sauroit causer de distraction, puisque sa connoissance et sa puissance sont infinies. Un roi n'a pas créé ces fourmis i son image, et l'on ne peut nier que Dieu n'ait mis quelques' traits de son essence au-dedàns de nous , puisque nous y trouvons quelque espèce de connoissance, de sagesse, de justice, etc., et qu'on ne peut reconnoitre l'existence de Dieu , sans lui attribuer toutes ces perfections. Un monarque n'a fait ni promesses ni menaces aux fourmis , au lieu que Dieu en a fait aux hommes par la voix
(i) Abadie, ton). I*', 2^ sect. , cbap. x.
( 209 ) de Ift'COBSciencey et par tout ce que la raison nous enseigne sur la réalité d'un état à yenir. Ces fourmis ne sont pas capables de s'élever^ par la connoissance et par l'amour, jusqu'au monarque dont il s'agit {liy. IV, c. xi, iZ^princ.y^ elles ne tiennent pas de lui de semblables facultés, et nous tenons de Dieu même ces dons précieux qui nous élèvent jusqu'à lui. Un monarque ne peut pas éclairer ces fourmis d'un regard , et les punir ou leur faire du bien par un simple mouvement de sa volonté, au lieu que Dieu peut tout cela à notre égard. Enfin un monarque n'est pas présent en tous lieux pour agir partout, au lieu qu'on ne peut se dispenser d'attribuerrimmensitéiDieu.Lenéantdel'bomme rend le commerce que Dieu a avec nous merveilleux , mais non pas incroyable. Le soleil peut éclairer les bas lieux de la terre sans s'abaisser. Dieu agit sur les plus petits corps et sur les moindres insectes qu'il produit et qu'il conserve , sans rien perdre de sa grandeur ni de sa majesté. Ce n'est même que par là qu'il peut suivre les lois de sa sagesse et de sa bonté.
X. 1. Mais il suffit, pourroit-on dire encore, que Dieu ait établi dès l'origine du monde des lois générales , selon lesquelles tout se développe dans un état convenable , tout suit un cours réglé, tout varie, se succède , et se modifie conformément à un arrangement, sans que pour cela il soit né» cessaire de supposer que Dieu fasse attention à