TOME n. i
( 3'0 ) ce qui se passe maintenant dans l'univers, qu'il prenne un soin particulier de chaque chose > et qu'il i^touche sans cesse à son ouvrage.
Cette difficulté^ qui est encore plus spécieuse que la dernière , ne me paroit pas au fond plus réelle et plus solide.
2 . lo Elle suppose que Dieu peut cesser de faire attention aux objets qu'il a connus, qiie la création et l'ordre qu'il a établis dès le commencement du moade n'ont aucune connexion avec la volonté où il est actuellement 9 et qu'enfin Dieu a passé, à l'égard de ses créatures^ par diâerenta états qui y tantôt en ont fait un être créateur qui disposott toutes choses conformément à l'ordre^ et tantôt un être qui a cessé de créer ^ et qui re&te indifférent sur ce qu'il a créé.
Ces notions confuses naissent de ce que nous ne iH^fléchissons pas assez sur la nature et sur les atuibuts du souverain être. Nous l'avons déjà reconnu , malgré les mystères incompréhensibles , étonnants , que nous offre cette vérité , il n'en est pas moins évident que tout est immuable dans Dieu ; il n'y a point en lui de changement^ de succession^ de variété ( /»V. III, chap* x, 2* princ. et chap. 2, II. 1 et 3 , ai^ec la note ) ; c'est toujours la même volonté qui produit, qui forme et qui règle tout ; il est vrai que dans la créature nous aperce* y&&& des développements ; elle natt dans un certain tetnps, elle j^asse par différents états; mais
e^esl toujours eu conséquence d'une volonté unique, étemelle, invariable^ d'un acte simple de la part du créateur : s'il a donc créé chaque être , sHl Fa soumis à un certain ordre de ckosea en le créant j comme l'exigeoit sa rectitude et sa sagesse, s'il a tout enchaîné pour une certaine fin générale , il est vrai de dire que cette volonté, cette action n'a point varié en elle-même; ce que nous r^ardons comme passé, n'est, par rapport à Dieu, qu'un état toujours présent, toujours indivisible, sans distinction de temps, sans écoulement ; je suis donc toujours présent à se» yeux, toujours dirigé par une certaine loi dont les effets s'expliquent y se développent en moi conformément à ma nature, et à la fin que le souverain être s'est proposée; c'est donc en vain qu'on supposeroit que Dieu peut cesser de faire attention à ce qu'il a créé, d'en prendre soin et de le gouverner. Son action est toujours entière, constante et inaltérable. Il ne retouche point à ses ouvrages ; il fait plus , il opère sans cesse avec eux et en eux par un même acte, qui est sa volonté toute puissante , ce qu'il a toujours eu dessein, ou, pour mieux dire, ee qu'il a toujours dessein d'y opérer (i). Si d'ailleurs la difficulté
(i) Si Dieu est le créateur de l'univers , il en est le conservateur et le modérateur ; parce que Dieu étant la suprême intelligence ^ la création ne peut être que fesécution d'un plan conçu par sa sagesse éternelle. Ainsi sa volonté , ep créant les
que nous arotu rapportée ne signifioit autre cfaose^ sinon que la sagesse de Fétre suprême suit constamment, dans la distribution et dans le gouvernement des différents êtres, certaines lois par lesquelles il le3 assujettit i un plan uniforme, et qui est tel , que les exceptions mêmes y rentrent dans la règle , on ne diroit rien en cela que nous ne reconnoissions nous-mêmes , pourvu qu'on admette avec nous que ces lois embrassent tous les êtres , et que toutes sont proportionnées à la nature des choses , et i ce qu'exige l'ordre ou le bien universel. Dieu conduit, en général , les êtres libres comme des êtres libres , mais cela n'empêche pas qu'il ne puisse modifier, i certains égards, les suites de leurs déterminations , de la manière la plus conforme aux lois éternelles de sa rectitude et de sa sagesse , que souvent même, en conséquence de ces lois toujours simples et toujours fécondes , il ne règle leurs projets sur ses desseins, et qu'enfin, par une suite de ces mêmes lois , il ne sache tempérer, lorsqu'il est nécessaire, les effets des causes
oorps tt les esprits, les embrasse avec tous leurs mouvements , et toutes leurs modifications, dans tous les instants de leur durée; c'est une seule et mémo volonté qui les produit , qui les maintient , qui les gouverne ; car en Dieu il n*y a point de succession. Ses ouvrages commencent , ils sont éloignés les uns des autres^ ils se succèdent , ils ont un passé , un présent, un avenir. Il n'y a en Dieu qu'un présent éternel. M.L. F. , tom. I , scet. 5 , chap* u*
Physiques ; de manière à les proportionner à l'ordre des eauses morales, tels que sont les hommes ^ pour ne former de tous les êtres spirituels et corporels qu*'un assemblage et qu'un système digne de toutes ses perfections.
3. En second lieu y lorsqu'on suppose que Dieu peut cesser de faire attention à ses ouvrages, on ne fait pae réflexion que du moins on sera obligé de convenir que Dieu a tout prévu en formant Tunivers (i ) . Il a vu qu'il enchatnoit toutes choses de telle ou telle manière ; et il a dû les enchaîner de la manière la plus conforme aux idées de l'ordre et du vrai. Lui en coûtoit-il davantage d'imprimer au monde un mouvement d'ordre qu'un mouvem/ent de confusion ? S'il a formé «et enchaînement que nous venons de dire , s'il a prévu, en un mot, tout ce qui devoit arriver ^ c'est comme s'il le voyoit , et il est inutile , après cela ^ de recourir à cette fiction ^ que Dieu détourne les yeux de dessus ses ouvrages, comme si Dieu pouvoit cesser d'être souverainement intelligent, d'aimer souverainement Tordre, et d'être infiniment sage.
XI. Je n'ignore pas que Ton forme encore des difficultés d'un autre genre contre la providence , mais comme elles rentrent presque toutes dans celles que je me suis proposées, en parlant delà sa-
(i) Ahadiet , iom. I ,, secU », cbap. x.
geése et de la rectitude du souverain être y et qu'il seroit inutile de répéter une seconde fois ce que je me suis déjà dit à cet ^ard ^ il me suffira d'observer que le principe auquel m'ont conduit les réflexions que j'ai faites à ce sujet ^ doit servir ici de réponse générale.
Le créateur de l'univers étant tel que je l'ai reconnu 9 et ses ouvrages m'offrant de toutes parts comme des traces de ses divines perfections y je dois donc penser que quelques désordres apparents que je remarque ici-bas , rentrent en eflet dans un ordre réel ; que le mal moral doit être une suite naturelle de l'imp^ection des êtres libres et finis que Dieu a créés ; que , s'il le permet j quoique jamais il ne puisse en être l'auteur ^ et si nous trouvons y en un mot y surcette terre que nous habitons^ des cboses que nous ne puissions expliquer^ il faut que toutes ces choses soient telle que l'ont voulu des raisons secrètes y dont une connoissance plus étendue y des lumières plus profondes y des vues plus générales sur le système de l'univers y sur l'enchaînement et la succession des parties innombrables dont ce grand tout est composé, seroient seules capables de nous découvrir toute la justice et toute la sagesse (/iV. ill, chap. IV, TU etYUly et presque tout le lii^re IV ).
Pour tout dire enfin y je vois deux choses à cet égard , dont l'une est évidente et l'autre obscure. 11 est évident que Dieu est juste y sage et tout puis-
( 2.5 ) sant : il n'est pas évident que ce qui paroît «n désordre^ le soit en effets du moins «n le considérant relativement au tout , Dieu pouvant et devant même avoir y par rapport à l'ordre général , des lumières supérieures aux nôtres. Cela posé, je décide de l'incertain par le certain , et je conclus que tout l'entre dans l'ordre ( liv. P', chap. xi , 4* princ, )
Xn. 1 . A la suite de ce principe , qu'il me soit permis cependant de faire observer combien ce développement de nos connoissances sert en effet , sinon à expliquer entièrement , du moins à rendre beaucoup plus foibles et plus légères, bien des difcultés qui , avec des vues moins étendues , effraient , et si j'ose me servir de ce terme , efiarouchent en quelque manière notre esprit.
Par là , nous serons toujours plus portés à nous montrer extrêmement circonspects , 4 l'égard des cboses qu'il nous est absolument impossible de comprendre.
2. Pourquoi, disions-nojas, touâ ces. x^aui^ qui nous affligent? Pourquoi la mort, les crimes et tant d'autres désordres que nop^s apercevons dans le monde? Je ne prétende pas en découvrir ici la véiiritable ou l'unique cause ; ils peuveaat avoir en effet un .pi^incipe l>îen .plus éloigné de toutes nos vues que nous ne pourrions nous l'isibaginer. Que dis-je? Est-il même possible à celui qui combat l'existence d'un Dieu ou sa Pr^^ridence y de cour vaincre de faux ces anciens philosophes qui établis»
(,.6) soient que ces mêmes hommes qui peuplent la terre , ont été créés dans un état plus heureux 9 mais que les crimes dont ils s'y sont rendus cou* pables , leur ont mérité la situation où ils se trouvent, et par laquelle^ ainsi que pax l'état dont elle sera suivie, ils doivent expier plus ou moins de temps les&utes qu'ils ont commises et celles qu'ils commettent ici -bas.
Quoi qu'il en soit de ces spéculations et de ces systèmes , qui ne nous offrent peut-^tre que la réponse la moins exacte parmi une infinité d'autres que nous n'apercevons pas, je dis que, dans l'état présent des choses , rien n'est plus conforme à leur nature et à leur fin, rien ne procure mieux l'ordre général que les choses mêmes dont nous nous plaignons ( /iV. m, chap. VII, m).
Je ne rappellerai point ici ce que j'ai dit en parlant du rapport que nos douJeurs mêmes ont ordinairement à notre conservation ; qu'il nous soit permis maintenant de ne faire attention qu'à l'en*chatnementquise trouve entre le système physique et le système moral , et qui ne forme de tous deux , en quelque manière , qu'un seul ordre de choses»
3. Nous avons déjà reconnu que Dieu nous a formés pour lui , pour sa gloire et pour le bonr heur dont nous sommes susceptibles , qu'il exige notre amour, et que nous devons l'aimer pardessus tous ces biens créés , finis et dépendants , dont il est. l'unique source , en sorte que c'est à lui
que notre volonté^ dirigée par les lumières de Vew tendement^ doit rapporter en dernier ressort tous ses penchants; nous ayons reconnu ^ de plus^ que nous sommes faits pour la société; enfin nous nous sommes convaincus de la réalité d'un état à venir.
Si nous considérons maintenant les maux qui nous environnent^ en les comparant avec les effets qu'ils peuvent produire , relativement à ces différents objets , nous reconnoitrons la proportion admirable qu'ils ont avec l'ordre en général^ et de quelle manière on peut dire qu'ils deviennent à certains égards de véritables biens ( /iV. III , chap. X, et liv. IV, chap. v et xi).
Xni. 1. L'homme veut être heureux, mais ce n'est pas dans les biens périssables de cette vie qu'il doit rencontrer le vrai bonheur , parce que ce n'est pas en dernier ressort pour eux qu'il a été fait. Attachés cependant à la vie présente par les liens de tous nos sens, rarement nos pensées, nos désirs s'élèveroient au-delà des plaisirs, des honneurs , des richesses , si ces biens étoient toujours réunis , et qu'ils fussent constants et durables» Lors même qu'ils seroient incapables par leu;* nature de satisfaire pleinement notre ame, ils l'occuperoient assez pour ne lui laisser qu'un sentiment confus du bien qui lui manque; mais la douleur qui suit le plaisir (i) et qui souvent
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(i) Voy. M. li. F. , tom. I« s«cU a, chap. m, art. 4.
( »»8 ) raccompagne^ les peines et les travaux ^ les soins «t les inquiétudes qu'il en coûte pour s'élever aux honneurs et pour s'y maintenir^ pour amasser des richesses et pour les conserver; les infirmités du corps ^ qui privent de toutes leurs douceurs; les chutes qui arrivent, si souvent , et qui sont d'autant plus éclatantes qu'on étoit plus élevé; l'indigence qui succède aux richesses ; la mort toujours prête à nous engloutir avec nos projets ; toutes ces misères ne nous avertissent-elles pas sans cesse que les biens de ce monde ne sont qu'une ombre légère ou un écoulement trop imparfait du souverain bien y qu'ils ne nous ont pas été donnés pour nous fixer ? Ne sont-elles pas propres à nous arrêter dans la poursuite trop ardente de ces mêmes biens ^ à nous réveiller de l'ivresse de la possession^ à disposer nos cœurs à la recherche d'un bien plus réel? Ah ! sans doute la sagesse étemelle y la bonté du créateur a voulu nous rappeler à notre dernière fin en nous éclairant sur ces biens qu'elle nous abandonnoit , en nous avertissant par les misères mêmes qu'elle a unies à leur usage , qu'ils hé sont pas notre dernier terme; qu'ils ne nous sont donnés que pour en user et non pour qu'ils nous attachent et nous captivent; qu'en un mot le bien infini et éternel doit seul fixer nos désirs et être le centre et le terme de notre amour.
2. Ainsi voyons-nous tous les jours que nos vues se tournent vers le souverain être; ainsi som-
( 2»9 ) mes-aous ramenés vers celui qui nous Ireut tout entiers. Far là encore la vertu s'exerce , se purifie dans cette vie; car il n'est presque point d'homme vertueui qui n'ait quelque défaut^ quelque foiblesse ^ dont les maux qu'il souflre sont la juste peine, jusqu'au moment où la vertu, suffisamment éprouvée , purifiée y recevra la récompense qui lui est destinée; parla enfin, l'homme vicieux se trouve rappelé à lui-même et reconnoit ses égarements. Ck>n6idérez cet homme fier et superbe , qui a cru commander à toute la nature , et ne dépendre d'aucun maître : il abaisse pour la première fois son front dans la poussière , il reconnoit sa dépendance , il devient humble , et c'est l'effet d'un revers. Far là enfin nous retirons les plus grands avantages de la variété même de notre vie , nous y puiflcms sans cesse les plus importantes leçons.
3 .Apprenons donc, par toutes ces réflexions, à ne séparer que le moins qu'il est possible l'ordre des choses physiques d'avec l'ordre moral. Il y a sans doute entre l'un et l'autre des rapports réels; les maux qui arrivent dans le premier sont presque toufours de nature à pouvoir tourner au profit du second.
La mort même, la seulie idée de la mort, et à plus forte raison ses approches , ne produisentelles pas sur nous des effets dont nous ne saurions trop reconnottre le prix? Ne servent-elles pas à nous éclairer sur la valeur des choses ? Ne servent-
elles pas à nous faire sortir de la léthargie funeste où DOS sens nous tiennent ensevelis ?
Disons -le enfin , la mort est-elle donc un mal par elle-même ? C'est la porte qui mène de cette vie dans l'autre y et c'est de nous qu'il dépend de nous assurer pour cette seconde vie le sort le plus heureux. Nous ne nous plaignons si amèrement de notre état que parce que nous sommes faits pour une autre destinée.
XIY . Si les misères que nous éprouvons ici-bas sont telles qu'il n'en est presque pas dont nous ne puissions apercevoir la liaison réelle ou possible avec notre véritable bonheur y elles sont encore, ce me semble^ destinées bien clairement à faire germer dans nos cœurs l'amour, la tendresse pour nos semblables. Ce sont elles en partie qui nous ont fait connoltre que nous sommes faits pour la société. Les besoins et les maux réciproques sont un ressorV puissant qui rapproche les hommes et les unit ensemble (i).
Admirez comment le riche se trouve forcé de recourir à d'autres hommes pour mettre à profit la fertilité de ses terres ; le pauvre, pressé par la disette, se chaige volontiers du travail ; celui qui est dans la santé court, par un sentiment d'intérêt ou par un sentiment de pitié , au secours du malade et de l'infirme, et celui-ci baise la main qui le
(i) Voy. M. L. F. ,sect. s , chap. m , art. 4*
soulage. Celui même qui est dans la joie s'attendrit sur le sort des malheureux^ par l'épreuve qu'il a faite de l'adversité.
En un mot , nos besoins, nos misères et nos peines sont précisément ce qui donne lieu aux plus éclatantes vertus^ ila justice, la libéralité, la compassion, la générosité, la reconnoissance, à une charité universelle.
XY. 1. Mais, direz «vous, n'apercevons -nous pas également des vices et des crimes ? J'en conviens , et il est juste aussi que l'on reconnoisseavec moi que l'idée même du crime suppose que Dieu ne l'autorise pas; je dis plus, elle suppose nécessairement la rectitude de l'être suprême : qui dit crime , dit une violation des lois que son autour pour l'ordre nous prescrit. Il ne fait donc autre chose que permettre cette violation, en se réservant le juste droit de la punir; or, je demande maintenant si nous sommés entrés assez avant dans le conseil de la Divinité, pour bien juger s'il étoit de sa sagesse d'empêcher le mal moral ?
2 . En vain nous diroit-on que l'être infiniment parfait , qui tend toujours par sa nature à la plus haute perfection de son ouvrage , n'a pu créer des volontés libres, c'est-i-dire laissées à leur propre choix entre le bien et le mal, entre l'ordre et le renversement de l'ordre. Outre que c'est nier un fait ou vouloir disputer contre des vérités suffisamment établies , je dis que la réponse à cette diffi-
( 2aa )
culte se tire , i» de ce que nous ne connoissons pas la totalité du système de la création , et si la perfection de ce système n'exigeoit pas une variété innombrable d'êtres différents , liés ensemble par une suite de degrés presque insensibles et toujours supérieurs les uns aux autres ^ en remontant, parmi tous les êtres possibles, des créatures les moins par^ faites à d'autres beaucoup plus excellentes et plus parfaites. C'est ainsi que, pour former le corps bumain, tout ne doitpas être aussi nobleetaussi éleyé que les yeux , et que dans un composé , quel qu'il soit, les parties ne peuvent jamais avoir la perfection du tout dont elles font partie (i).
3. En second lieu. Dieu ayant voulu créer l'univers, il veut aussi procurer le bien du tout> autant que l'ordre universel des êtres qu'il renferme, la nature des cboses et leurs rapports mutuels le comportent; c'est ce dont nous sommes obligés de convenir, puisqu'il aime l'ordre d'un amour souverain : nous avouons encore qu'il a du nécessairement envisager sa gloire comme le terme de la création , et qu'il doit même tendre à cette fin par les moyens les plus convenables; tout cela est renfermé dans ridée de .l'être infiniment parfait; mais la question se réduit en partie à savoir si Dieu, en se proposant de manifester ses attributs, a pu vouloir les manifester dans un degré infini :
(0 Voj. Uouk , ReL nat. philoiopfu , page 35 1.
on répond (i) que cette manifestation , prise dans un pai^il degré, est impossible, puisqu'elle ne peut se faire que par des ouvrages finis , et que la perfection de l'ouvrage doit toujours être essentiellement différente de la perfection infinie de Fouvrier , rien ne pouvant être égal à lui-même. De la on conclut que Dieu a été libre , non-seulement de créer l'univers , mais encore de le créer dans tel ou tel degré de bonté, pour manifester dans tel ou tel degré la grandeur de ses attributs. Ce qui le prouve , c'est que le souverain être ne peut s'arrêter nulle part au-dessous de lui, qu'il ne s'y rencontre des bornes de perfection , puisqu'il n'y a que l'être infiniment parfait qui soit incapable de telles bornes. Qui est-ce donc qui déterminera, parmi cette collection d'êtres imparfaits, qui tous peuvent exister ou. ne pas exister, le cboix de tels ou tels qui composent le tout , sinon la liberté de l'être suprême ? J'avoue qu'il répugneroit à ses attributs qu'il pût jamais devenir l'auteur du mal ; mais il ne répugne pas qu'il produise des êtres plus ou moins parfaits , et capables d'abuser par eux-mêmes , et parce qu'ils le veulent , des dons réels qu'il leur accorde. Il est vrai encore que, selon le degré de perfection auquel Dieu a fixé la création de l'univers , pour la manifestation de ses at-
(i) Fënelon, Œuvres philosophiques , tom. II, Lettre a, cliap. 1 1 1 , § 9.
tributs , il doit prendre , oonséquemment i cette fiu; les moyens lès plus convenables A la nature des choses créées , et les plus propres i procurer l'ordre et le bien dont toutes ensemble sont susceptibles ; il n'est plus libre à cet égard i raison de ses perfections , ou du moins le cboix ne tombe plus que sur tous les moyens également convenables qu'il aperçoit dans le sein de sa sagesse; car il est parfaitement égal dans l'ordre général que ce soit tel être qui se trouve élevé à tel rang, ou que ce soit tel autre qui occupe la même place. Mais^ encore une fois , répondra-t-on , le degré même de bonté de tout le système , quant à la création , dépendoit uniquement de lui.
4. S^ Dieu 9 en faisant l'bomme libre ^ ne l'a point abandonné à lui-même ( 1 ) ; il l'écIaire par la raison ; il est lui-même au-dedans de l'homme pour lui inspirer le bien , pour lui reprocher jusqu'au moindre mal, pour l'attirer par ses promesses y pour le retenir par ses menaces , pour l'attendrir par son amour ; il nous pardonne , il nous redresse^ il nous attend, il souffre nos ingratitudes et nos mépris , il ne se lasse point de nous inviter jusqu'au dernier moment , et la vie entière est une grâce continuelle. J'avoue que quand on se représente des hommes sans liberté pour le bien, à qui Dieu demande des vertus qui leur sont im-
(i) Fénelon , tom. II , Lettre 2 , chap. m, § 10.
possibles y cet abandon de Dieu fait horreur^ il est contraire à son ordre et à sa bonté ; mais il n*est point contraire à l'ordre que Dieu ait laissé au choix de l'homme^ en l'aidant même de son secours , de se rendre beureux par la vertu , ou malheureux par le péché; en sorte que s'il est privé de la récompense céleste , c'est qu'il l'a rejetée lors-, qu'elle étoit, pour ainsi dire^ dans ses mains. En cet état 9 il ne souffre aucun mal que celui qu'il se fait lui-même , étant pleinement maître de se procurer le plus grand des biens.
5 . N'est-il pas digne de Dieu qu'il mette l'homme par cette liberté en état de mériter ( i)? Otez la libei*té • YOfLs ne laissez sur la terre ni vertu, ni mérite; et qu'y a-t-il de plus grand pour une créature que le mérite ? Le mérite est un bien qu'on se donne par son choix, et qui rend l'homme digne d'autres biens d'un ordre supérieur. Par le mérite l'homme s'élève , s'accroît , se perfectionne , et gw^ gage Dieu à lui donner de nouveaux biens proportionnés qu'on nomme récompense : est-il contraire à l'ordre que Dieu n'ait voulu lui donner la béatitude qu'après la lui avoir fait mériter? Cette succession de degi^és par où l'homme monte y n'estelle pas convenable à la sagesse de Dieu et toute propre à relever son ouvrage ? Est-il donc quelque faculté qui doive m'être plus précieuse que ma li-
(i) Fi^nelon , tom. II , Lettre a , chap. m, % la.