‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes (volume 4)Chapitre 19 sur 48 · V. De la jonction des idées qui ne s'accordent pas ensemble · texte numérisé non relu

V. De la jonction des idées qui ne s'accordent pas ensemble

1 . Le pouvoir que nous avons de réunir et de lier ensemble les idées (i) les plus étrangères, de faire prendre dans notre imagination une forme nouvelle à tous les êtres , de transporter les qualités d'un sujet dans un autre, et de donner en quelque manière de l'existence et du coi'ps aux chimères adoptées par l'entendement, devient pour nous , si nous n'y prenons garde , une source intarissable de préjugés et d'erreurs.

Il est très difficile de faire reconnoître à la plupart des hommes (2) que bien des choses ne sont pas telles de leur nature , qu'ils les ont toujours conçues. C'est par là que des fondements ruineux passent pour des principes très solides , et qu'on

(i) Voy. , pour la plus grande partie de ce paragraphe, VEssai sitr l'origine des connaissances humaines , 1 re part. , section a , rliap. IX.

[i) Locke , Ve la cuiuluilc de Vcsf)iil , vie. , § 36.

( ,i3 ) ne peut pas même soufl'rir qu'on les révoque eu doute.

a. Les liaisons d'idées se font de deux manières', quelquefois volontairement, et d'autres fois elles ne sont que l'effet d'une impi'ession étrangère. Celles-là sont ordinairement moins fortes, de sorte que nous pouvons les rompre plus facilement , si elles ne sont pas aussi exactes qu'elles doivent l'être. Celles-ci sont souvent si bien cimentées, qu'il nous est presque impossible de les détruire ; on les croit volontiers naturelles. Toutes ont leurs avantages et leurs inconvénients : mais les dernières sont d'autant plus utiles ou dangereuses, qu'elles agissent sur l'esprit avec plus de vivacité.

Il falloit par exemple que la vue d'un précipice , où nous sommes en danger de tomber , réveillât en nous l'idée de la mort. L'attention ne peut donc manquer, à la première occasion , de former cette liaison ; elle doit même la rendre d'autant plus forte qu'elle y est déterminée par le motif le plus pressant , la conservation de notre être.

3. Mais si les liaisons d'idées qui se forment en nous par des impressions étrangères sont utiles , elles sont souvent dangereuses. Que l'éducation nous accoutume à lier l'idée de honte ou d'infamie à celle de survivre à un affront , l'idée de grandeur d'ame ou de courage à celle de s'ôter soi-même la vie , ou de l'exposer en cherchant à en priver celui TOME III. 8

( '»4 ) Je qui otx a été offensé, quoique dans le fait nous n'ayons d'autre droit sur nos jours que celui qui est conforme à l'intérêt commun [ci-dess. , c. ji, II, i), ou aura deux pi'éjugés : l'un qui a été le point d'honneur des Romains; l'autre qui est celui d'une partie de l'Europe. Ces liaisons s'entretiennent et se fomentent plus ou moins avec l'âge. La force que le tempérament acquiert, les passions auxquelles on devient sujet, et l'état qu'on embrasse, en resserrent ou en coupent les nœuds.

Ces sortes de préjugés étant les premières impressions que nous ayons éprouvées, ils ne manquent pas de nous paroître des principes incontestables. Dans l'exemple qu'on vient d'apporter, l'erreur est sensible, et la cause en est connue. Mais il n'v a peut-être personne à qui il ne soit arrivé de faire des raisonnements bizarres, dont on reconnoît enfin tout le ridicule , sans pouvoir comprendre comment on a pu en être la dupe un seul instant. Ils ne sont souvent que l'effet de quelque liaison singulière d'idées; cause humiliante pour noti-e vanité , et que pour cela nous avons tant de peine H apercevoir. Si elle agit d'une manière si secrète , qu'on juge des raisonnements qu'elle fait faire au commun des hommes.

4. En général les impressions que nous éprouvons dans différentes circonstances , nous font lier des idées que nous avons ensuite beaucoup de peine à.^^parer. On ne peut, par exemple, fréquen-

( 1.5 ) 1er les hommes qu'on ne lie insensiblement les idées de certains tours d'esprit et de certains caractères, avec les figures qui se remarquent davan tage. Voilà pourquoi les personnes qui ont de la physionomie nous plaisent ou nous dép aisent plus que les autres ; car la physionomie n'est qu'un assemblage de traits auxquels nous avons lié des idées qui ne se réveillent pas sans être accompagnées d'agrément ou de dégoût. Il ne faut donc pas s'étonner si nous sommes portés à juger les autres d'après leur physionomie , et si quelquefois nous sentons pour eux au premier abord de l'éloignement ou de l'inclination.

Par un effet de ces liaisons, nous nous provenons souvent jusqu'à l'excès en faveur de certaines personnes , et nous sommes tout-à-fait injustes par rapport à d'autres ; c'est que tout ce qui nous frappe dans nos amis, comme dans nos ennemis, se lie naturellement avec les sentiments désagréables qu'ils nous font éprouver (c. il, I, 3), et que par conséquent les défauts des uns empruntent toujours quelque agrément de ce que nous remarquons en eux de plus aimable, ainsi que les meilleures qualités des autres nous paroissent participer à leurs vices. Parla ces liaisons influent infiniment sur toute notre conduite; elles entretiennent notre amour ou notre haine , fomentent notre estime ou nos mépris , excitent notre reconnoissance ou notre ressentiment, et produisent ces sympathies, ces

( >»6 ) antipalhies, et tous ces penchants bizarres dont on a quelque fois tant de peine à se i-endre raison.

5. Locke a fait voir le plus grand danger des liaisons d'idées, lorsqu'il a remarqué qu'elles sont l'origine de la folie. Un homme , dit-il (i), fort sage et de très bon sens en toute autre chose, peut être aussi fou sur un certain article qu'aucun de ceux qu'on renferme aux petites maisons , si par quelque violente impression qui se soit faite subitement dans son esprit , ou par une longue application à une espèce particulière de pensées, il arrive que des idées incompatibles soient jointes si fortement ensemble dans son esprit qu'elles y demeurent unies.

6. Il n'y a, je pense, personne qui, dans des moments de désœuvrement, n'ait imaginé quelque roman , dont il se soit fait le héros. Ces fictions qu'on apelle des châteaux en Espagne , n'occasionent pour l'ordinaire dans le cerveau que de légères impressions , parce qu'on s'y livre peu , et qu'elles sont bientôt dissipées par des objets plus réels dont on est obligé de s'occuper ; mais qu'il survienne quelque sujet de tristesse qui nous fasse éviter nos meilleurs amis et prendre en dégoût tout ce qui nous a plu ; alors livx'és à tout notre chagrin , notre roman favori sera la seule idée qui pourra nous en distraire; les esprits animaux

(i) Essai sur l'entendement , liv- H , chap. xi, § 7.

( »»7 ) creuseront peu à peu à ce cliàleau des fondements d'autant plus profonds que rien nen cliaugera le cours : nous nous endormirons en le bâtissant ; nous l'habiterons en songe , et enfin quand l'impression des esprits sera insensiblement parvenue à être la même que si nous étions en effet ce que nous avons feint, nous prendrons à notre réveil toutes nos chimères pour des réalités. Il se peut que la folie de cet Athénien , qui croyoit que tous les vaisseaux qui entroient dans le Pirée étoient à lui, n'ait pas eu d'autre cause.

7. Cette explication peut faire connoître combien la lecture des romans est dangereuse pour les jeunes personnes du sexe dont le cerveau est fort tendre; leur esprit, que l'éducation occupe ordinairement trop peu, saisit avec avidité des fictions qui flattent des passions naturelles à leur âge ; elles y trouvent des matériaux pour les plus beaux châteaux en Espagne; elles les mettent en œuvre avec d'autant plus de plaisir , que l'envie de plaire et les galanteries qu'on leur fait sans cesse les entretiennent dans ce goût. Alors il ne faut peutêtre qu'un léger chagi'in pour tourner la tête à une jeune fille, lui persuader qu'elle est Angélique, ou telle autre héroïne qui lui a plu, et lui faire j)rendre pour des Médor tous les hommes qui l'approchent.

8. Il y a des ouvrages faits dans des vues bien différentes, qui peuvent avoir de pareils inconvé-

( "8 ) ftienls ; je veux parlei* de certains livres de dévotion écrits par des imaginations fortes et contagieuses; ils sont capables de tourner quelquefois le cerveau d'une femme, jusqu'à lui faix*e croire qu'elle a des visions , qu'elle s'entretient avec les anges , ou que même elle est déjà dans le ciel avec eux. Il seroit bien à souhaiter que les jeunes per* sonnes des deux sexes fussent toujours éclairées dans ces sortes de lectures par des guides sages , qui connoîtroient la trempe de leur imagination. 9. Des folies comme celles que nous venons d'exposer sont reconnues de tout le monde; il y a d'autres égarements auxquels on ne pense pas à donner le même nom. Cependant tous ceux qui naissent de cet assemblage d'idées liées et associées d'une manière désordonnée , pourroient être ramenés à la même classe , et il faut avouer que peutêtre ne se trouvera-t-il personne qui soit parfaitement exempt d'un pai-eil défaut. En effet, où est celui que quelque passion favorite n'engage pas constamment , dans de certaines rencontres , à ne se conduire que d'après l'impression forte que les clioses font sur son esprit ou sur son imagination, et ne fasse retomber dans les mêmes fautes? Observez surtout un homme dans ses projets de conduite ; car c'est là l'écueil de la raison pour le grand nombre : quelle prévention , quel aveuglement même dans celui qui a le plus d'esprit ! ses mauvais succès ne le corrigeront pas. La même

( «'0 ) imagination qui l'a séduit, le séduira encore, et vous le verrez sur le point de commettre une faute semblable à la première, que vous ne parviendrez pas sans beaucoup de peine à l'en faire convenir.

10. De même encore (i), combien voyons-nous de savants, qui, accoutumés à joindre deux idées ensemble, mettent l'une à la place de l'autre , et le font même sans y prendre garde ! Pendant que cette illusion dure, il est impossible de les convaincre, et ils s'applaudissent d'être zélés pour la défense de la vérité, lorsqu'ils ne combattent que pour le mensonge. L'babitude qu'ils ont prise de confondre deux idées très différentes, et de les réduire presque en une seule , remplit leur esprit de vues fausses, et leur raisonnement de fausses conséquences, ou si l'on veut de conséquences justes , mais déduites de faux princijjes (2).

11. Quelle autre remède pourrons-nous donc trouver à ce mal, si ce n'est de ramener, ainsi que nous l'avons dit (ci-dess.^ III et IV), à un examen sévère et impartial tout ce qui n'est appuyé siir aucun fondement solide , et de décomposer nos jugements, pour voir si les idées dont ils sont formés ont entre elles une liaison naturelle et prochaine , si du moins elles s'enchaînent par le moyen d'autres vérités auxquelles elles tiennent de part et

\i) Locke, Heta conduite, etc. , § 3G.

(2) Et$<ii iiiv l'entendement , etc. . liv. II , cliap. m, § u.

d'autre, ou si ce n'est enfin que l'habitude que nous avons prise de les joindre dans notre esprit , qui fait qu'elles y demeurent unies si fortement.

Cette règle est une de celles que Locke (i) voudroit qu'on prît un soin particulier d'inculquer aux jeunes gens pour leur servir de guide dans tout le cours de leur vie et de leurs études.

VI. De deux sortes de propositions qui sont fort en usage d.ii»6 les sciences , la définition de choses et la division ; et premièrement de la division.

1 . Avant que nous passions à ce qui concerhe le raisonnement, il est encore nécessaire de nous arrêter sur deux sortes de propositions qui méritent une attention particulière par l'usage fréquent que nous en faisons, je veux parler de la définition de choses et de la division (2).

a. La division est le partage d'une chose en ses principales parties. Les objets que nous considérons ont divers côtés, que nous ne saurions voir d'un coup d'oeil. Par conséquent il faut les diviser, pour pouvoir en bien considérer les diverses faces les unes après les autres.

On distingue deux sortes de divisions, l'une

(i) De la conduite, etc., § 36.

(2) Voyez , pour tout ce paragraphe, VÂrt de penser, u» part. , chap. XV j; et la Clc/' des sciences, a"' partie, chap. 11, art. 3.

qu'on appelle partition, l'autre qui retient pro* pie ment le nom de division.

3. io. On divise une cliose pour la mettre dans le plus grand jour, par l'énumiration , et par le développement des parties dont elle est réellement composée. C'est ainsi qu'on divise un royaume ou un état en ses provinces , une ville en ses quartiers, une maison en ses appai^ements , l'homme en corps et en ame , le corps en ses membres.

La règle de cette division ou partition est de faire des dénombrements bien exacts et auxquels il ne manque rien. La division doit aller du tout qu'on divise aux parties principales, et, si cela est encore nécessaiie pour répandre plus de lumières sur l'objet qu'on envisage , descendre des parties principales par d'autres divisions, qu'on appelle subdivisions, à celles qui sont moins considérables ; mais il faut prendre garde d'accabler l'esprit par trop de détails.

4. 2° On divise une chose commune à plusieurs sujets, en distinguant les différentes parties qui sont comprises dans son étendue , et qui sont moins générales que le terme qui les renferme ; par exemple , en disant : toute proposition, prise en ellemême , est vraie ou finisse, on fait une division proprement dite. La proposition considérée engé- .léral est le tout qu'on divise , dont la proposition vraie et la proposition fausse , qui ont moins

d'étendue , et qui conviennent chacune à moins de sujets , sont les parties.

Les règles de la division paroissent se réduire à deux principales.

5. La première est qu'elle soit entière, c'est-àdire que les membres de la division comprennen toute l'étendue du terme que l'on divise , comme pair et impair comprennent toute l'étendue du terme de nombre , n'y en ayant point qui ne soit pair ou impair. Il n'y a presque rien qui fasse faire tant de faux raisonnements que le défaut d'attention à cette règle; et ce qui trompe, c'est qu'il y a souvent des termes qui paroissent tellement opposés , qu'ils semblent ne point souffrir de milieu, quoiqu'ils ne laissent pas d'en avoir. Ainsi , entre ignorant et savant, il y a une certaine médiocrité de connoissances qui tire un homme du rang des ignorants, et qui ne le met pas encore au rang des savants. Entre le jour et la nuit il y a le crépuscule; entre sain et malade il y a l'état d'un homme indisposé ou convalescent.

La seconde règle est que l'un des membres ne soit pas tellement renfermé dans l'autre, que celui-ci puisse être affirmé exactement de celui-là. Par exemple, on ne peut pas diviser le nombre en pair, impair et cube , parce qu'on peut dire de tout cube numéi'ique qu'il est pair ou impair , et qu'ainsi il est renfermé dans les deux autres membres, de manière qu'il forme vine division super-

( '23 ) flue. Mais l'étendue peut très bien être divisée en ligue, surface et solide, parce qu'on ne peut pas dire que la ligne soit surface, ni la surface solide , quoique l'une soit contenue dans l'autre.

Il faut encore observer que c'est un égal défaut de ne pas faire assez et de faire trop de divisions : l'un n*éclaire pas assez l'esprit et l'autre le dissipe trop. On retombe par là dans la confusion que l'on prétendoit éviter.

Au reste, l'art de diviser dépend beaucoup plus de la connoissance des matières que l'on traite , que de toutes les règles qu'on pourroit se faire.

Bt la défioitiou de choses.

6. Nous avons déjà parlé (sect. i'' , V, 4) de la définition de noms , et nous avons observé qu'il ne falloit pas la confondre avec la définition de choses.

Par ]a définition de noms on énonce cliairement ce qu'on prétend signifier par un mot.

La définition de choses est une proposition qui explique la nature d'une chose, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus important ou de principal dans un objet, ce qui est nécessaire et ce qu'il suffit de connoître pour en bien discerner le fond.

7. La définition de choses n'est jamais arbitraire (Jbid., 5) , parce que la nature des choses ne dépend pas de nous. Comme il peut arriver que cette

( '=4 ) sorte de définition nous fasse tomber dans l'erreur, en attribuant à la chose définie ce qui ne lui convientpas, elle ne doit pas être prisepour principe , à moins qu'elle ne soit incontestable, comme les demandes que font les géomètres, ou qu'on n'en ait démontré la vérité.

8. On distingue deux sortes de définitions de choses, l'une qui retient le nom de définition. l'autre qu'on appelle description.

La définition dont on fait pour l'ordinaire h plus de cas, est celle qui explique la nature d'une chose par ses attributs essentiels , dont ceux qui lui sont communs avec d'autres choses s'appelleni genres, et ceux qui lui sont propres s'appelleni différences. C'est ainsi qu'on définit Dieu, Vétrt -parfait,

Quelquefois aussi on définit une chose par le; parties dont elle est composée, comme lorsqu'or dit que l'homme est composé d'esprit et de corps : mais alors même il y a quelque chose qui tieni lieu de genre , comme le mot de composé.

9. La définition qu'on appelle description , explique, développe, caractérise une chose par ur assemblage de qualités qui ne convient qu'à h chose définie , quoique chacune ou plusieurs d« ces qualités conviennent à d'autres. Il faut que 1î totalité soit propre à ce qui est défini , et qu'elh suffise pour le faire discerner de tout ce qui est dif férentj telles sont les définitions que l'on donne

( »^5 ) des métaux, des pierres, des plantes, des fruits, des animaux, en les caractérisant par leur figure, par leur couleur et par d'autres accidents dont l'ensemble ne convient qu'aux corps définis.

Il y a aussi des descriptions ou des définitions cjui se font par les causes, par la matière, par la (orme , par la fip, etc. , comme si l'on définit une montre , une machine composée de différentes roues , dont le mouvement réglé est propre à marquer les heures.

lo. Voici les règles qui paroissent suivre de la nature même de la définition et de l'objet que l'on s'y propose.

lo La définition doit être universelle, c'est-àdire comprendre tout le défini, et lui convenir généralement et sans exception. Ainsi cette définilion de chose, l'esprit est une substance gui pense et qui raisonne, n'est pas bonne , parce qu'elle ne convient pas à tous les esprits. On rejetteroit encore cette définition , l'homme est un animal raisonnable et philosophe, au lieu que si je ne prétendois la donner que comme une définition de nom , on ne pourroit me la contester, puisqu'il m'est permis , pour une plus grande précision , de n'appliquer ce terme qu'à un certain nombre de personnes douées de telles ou telles qualités.

a" La définition doit être propre et particulière à ce qui est défini , de manière qu'elle ne convienne qu'à lui seul.

3o La définition doit être claire , c'est-à-dire expliquer si clairement ce qui est défini , qu'elle le fasse mieux connoître qu'il ne l'étoit avant la définition; car on ne définit que pour répandre du jour sur l'objet que l'on considère , pour en faire comprendi'e la nature, autant qu'il se peut, et pour aider à rendre raison de ses principales propriétés. Par conséquent , lorsqu'une chose est si bien connue par elle-même, qu'il n'est pas possible de la faire mieux connoître , il ne faut pas entreprendre de la définir.

4° Elle doit être courte, c'est-à-dire ne rien contenir de superflu, et exprimer en peu de mots, autant que la clarté le permet , ce qui est nécessaire pour bien caractériser ce dont il s'agit.

11. Il y a peu de choses dont on puisse donner des définitions exactes , c'est-à-dire de ces sortes de définitions où l'on explique les propriétés d'un sujet par un genre et par une diflerence, lesquels soient pris de ses attributs essentiels.

Ces sortes de définitions ne sont la plupart du temps qu'un nouveau sujet de controverse , parce qu'il y reste presque toujours quelque chose de gratuit, à moins qu'on ne soit parvenu à les établir en remontant à la véritable génération des choses; et en employant cette sage analyse, qui consiste à composer et à décomposer ses idées pour en faire différentes comparaisons , et pour découvrir par ce moyen les rapports qu'elles ont entra

t;lles et les nouvelles idées qu'elles peuvent produire (i). C'est en obsei-vant cette conduite que les définitions de noms se changeront elles-mêmes en définitions de choses, mais de manière que si cette analyse est bien faite, elle réunira infailliblement les suflragtis et terminera les disputes. Au contraire, nous n'établirons rien de solide tant que nous nous contenterons de poser témérairement une/léfinition, par laquelle nous prétendrons fixer les attributs essentiels d'une chose , et que sans autre preuve nous en tirerons ensuite une foule de conséquences qui se ressentiront toutes de l'incertitude de leur origine.

(i) Voyez. Essai sur l'origine des coniwissanres humaines ^ 9.'* .vMlioii , § G6 ; et Sine section, § lo.

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