TOME III. i
( »94 ) les circonstances qu'ils pouvoient voir , de toutes les mauvaises suites qui en sont arrivées, ou par un simple hasard , ou par la maladie de ceux qui l'ont traversée^ ou par quelque autre rencontre qu'il ne leur étoit pas possible de prévoir. La plupart des hommes ne font presque pas de différence entre avoir réussi, et s'être conduit assez sagement pour devoir espérer de réussir ; entre avoir échoué dans son entreprise, et avoir été peu sage dans le projet, ou peu habile dans l'exécution. Cette distinction leur paroît trop subtile. On est ingénieux pour trouver les fautes que l'on s'imagine avoir attiré le mauvais succès ; et comme les asti'ologues , lorsqu'ils ont connaissance d'un événement, ne manquent jamais de trouver l'aspect des astres qui l'a produit, on ne manque jamais aussi de trouver après les disgrâces et les malheurs, que ceux qui y sont tombés les ont mérités par quelque imprudence. Il n'a pas réussi , il a donc tort. C'est ainsi que l'on raisonne dans le monde et qu'on y a toujours raisonné, parce qu'il y a toujours peu d'équité dans les jugements des hommes, et que, ne connoissant pas les vraies causes des choses, ils en substituent selon les événements, en louant ceux qui réussissent, et en blâmant ceux qui ne réussissent pas.