‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes (volume 4)Chapitre 31 sur 48 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

De la science de l'être , des esprits et des premiers principes ou des notions universelles.

I. 1 . La science qui comprend ces différents objets , fait une partie essentielle de la culture de notre esprit, puisque c'est elle qui nous apprend à connoHre et à distinguer les différentes parties du monde intellectuel , qui nous démontre l'existence de la Divinité, qui considère la nature, la généralion et les propriétés de nos idées, et qui fournit aux autres sciences les notions communes , les premiers piincipes sur lesquels elles sont établies.

2. Ne faisons pas un crime à la métaphysiqueÇi) des égarements de ceux quf l'ont cultivée. Rien ne seroit peut-être plus propre que cette étude à rendre l'esprit lumineux, précis et étendu, si l'on Vouloit y apporter toute la cii'conspection dont on se pique sur d'autres objets , et sans laquelle ou ne

(i) Essai sur l'origine des connaissances humaines, introduction.

peut bien raisonner sur quelque matière que ce puisse être.

3 . Il faut distinguer, selon la remarque que nous avons déjà faite (c. précéd. , 4" sect.^ ii, 5), deux sortes de métaphysique; l'une, ambitieuse, veut percer tous les mystères : l'essence de presque tous les êtres , les causes les plus cachées , voilà ce qui la flatte et ce qu'elle se promet de découvrir (i); l'autre, plus retenue, proportionne ses recherches à la foiblesse de l'esprit humain , et aussi peu inquiète de ce qui doit lui échapper qu'avide de ce qu'elle peut saisir, elle sait se contenir dans les bornes qui lui sont marquées. La première fait de toute la nature une espèce d'enchantement qui se dissipe comme elle (2). La seconde, ne cherchant à voir les choses que comme elles sont en effet, est aussi simple que la vérité même. Avec celle-là les erreurs s'accumulent sans nombre , et l'esprit se contente de notions vagues et de mots qui n'ont aucun sens, de systèmes ingénieux , mais sans fondement; avec celle-ci, on embrasse moins d'objets, mais on évite l'erreur, l'esprit devient juste et se forme toujours des idées nettes.

( 1) Essai sur l'origine , de, , ibid.

(2) C'est Je cette première que Voltaire a sans doute eu raison (le dire : J'ai osé percer </uel(jues-uns de ces ballons de la màlaphysique , et j'aivu qu'il n'en est sorti que du vent , toni. II , ('ourla réponse, etc.

II. 1 . Les premiers objets que considère la nié taphysique , sont l'être en général , ses propriétés et ses diirérences. Si elle ne nous oflre pas toujours à cet égard des connoissances dictinctes , ou dont il soit nécessaire de charger notre esprit, du moins en est-il quelques-unes qui ne doivent pas être mises au même rang.

En effet, rien n'est plus important (/^V. III, ci, et ci-dess., c. m. i"* sect., III, i4) que de bien distinguer l'existence actuelle d'avec la simple possibilité, l'être nécessaire d'avec l'être contingent, ce qui est essentiel d'avec ce qui n'est qu'accidentel , la substance d'avec le mode , l'infini réel d'avec le fini , quoique souvent inassignable et indéfini à notre égard , enfin ce qui répugne formellement d'avec ce qui ne renferme pas une absurdité manifeste, quelque incompréhensible qu'il nous paroisse {liv. I, c. il, 6* princ).

2. Il est aisé de s'apercevoir que les objets liés le plus intimement à tous ceux dont nous venons de parler, et qui se confondent en quelque sorte avec eux, sont l'existence de la Divinité, le caracrère des êtres créés , leur dépendance du souvei'ain être et les attributs du créateur {?>" liw.).

C'est sur ces notions si distinctes que portent les démonstrations les plus importantes , comme nous avons pu nous en convaincre par les conséquences que nous en avons tirées (ibid.).

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