‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantes (volume 4)Chapitre 37 sur 48 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

sèment, à la perfection de nos facultés; qui intéressent l'amour de nous-mêmes par les endroits les pluspi'opres à nous rendre véritablement grands et véritablement heureux; qui mettent à piofit cette sensibilité naturelle que montrent tous les hommes pour la vertu, cette horreur qu'ils font paroître pour le vice , lorsqu'on représente l'une avec tous ses charmes et qu'on enlève à l'autre le voile dont il couvre ce qu'il a d'odieux ; pour tout dii-e enfin , qui, après nous avoir éclairés sur Ce qui est aimable , se servent des penchants les plus secrets de notre cœur pour nous y attacher, et nous donnent en même temps des lumières et des secours pour nous éloigner de ce qui nous est dangereux ou nuisible.

5. Ces caractères d'utilité, présentés avec tous les ménagements qui conviennent à notre amourpropre, emportent déjà par eux-mêmes un caractère d'agrément. L'intérêt ci'oît à mesure qu'un objet se rapproche davantage de notre utilité réelle, et qu'on a l'art de nous le faire mieux sentir. Il ne s'agit plus ensuite , pour achever de nous le rendre plus agréable , que de lui donner toutes les autres proportions qui peuvent lui convenir,d'y l'épandre, si la nature de l'objet le comporte , cette variété qui nous plaît nécessairement , parce qu'il n'est rien ici-bas d'assez parfait pour nous fixer sans retour, mais surtout d'en ramener toutes les parties , malgré cette variété même , à une fin commune et à ce

( 29» ) centre de réunioa , qui simplifie en quelque sorte ce qu'il y a de plus composé.

En un mot, quel que soit l'objet de votre art, quelque sujet que vous traitiez, qu'il soit simple et parfaitement un (i). Tel est le précepte d'Horace , précepte dicté par les plus pures lumières de la raison et si conforme par lui-même à la théorie des sentiments agréables , qui nous apprend que , « dès qu'un tout a ses parties formées et assorties de façon que l'ame puisse aisément s'en former une idée nette et distincte, il est revêtu d'agréments. »

V. 1. Les dernières conclusions qu'il nous reste à tirer de nos principes ont pour objet les idées , les images et les sentiments , considérés principalement du côté des arts dont ils font partie.

â. lo Si nous ne puisons nos idées dans la na ture, c'est-à-dire dans le vrai, ou du moins, lorsque le sujet le permet , dans le vraisemblable , qui est du ressort de la nature même , puisqu'il nous présente ce qui est dans l'ordre des choses possibles, nous ne pouvons qu'allier ensemble ce qui répugne , ôter à tous les êtres leurs propriétés pour y en substituer qui ne leur conviennent pas , renverser toutes proportions , détruire toute harmonie. La nature même des choses doit donc être le premier modèle de toutes nos idées et le premier

(i) Deniijuè sii quodvis simplex duntaxat et uiiuin.

Page 1