III. De l'origine Aes passions
I . Les passions varient d'un homme à l'autre , mais elles ont toutes le même principe ; et comme toutes nos affections naissent de l'amour de nousmêmes , toutes nos affections déréglées naissent de l'amour-propre .
Parcourez tous les caractères dans lesquels vous découvrez quelque vice réel, vous vous apercevrez
bientôt qu'il faut toujours en revenir à la même origine, je veux dire à cet amour aveugle qui fait qu'on se recherche tout entier dans des objets , et souvent même dans des espèces de fantômes pour lesquels l'entendemen l et la volonté se préviennent^ et où l'on croit faussement trouver plus de mérite qu'ils n'en renferment, plus de douceur ou déplus grands avantages qu'ils ne peuvent nous en procurer ( i). C'est tellement l'amour-propre qui donne naissance à tous les vices et à toutes les passions de l'homme , que tous les motifs de quelque vice que ce soit , sont pris de ce que nous cherchons ce qui nous flatte , et qui se rapporte à ce moi qui est le sujet de toutes nos affections ; et comme nous le cherchons contre les lois de la raison , puisque nous supposons ici quelque chose de vicieux, il faut en conclure que le principe de tous nos vices est l'amour-propi-e (/iV. lV,c. I, déf. i5,et 16; et cm, VII, 2).
2. Il arrive aussi que l'amour- propre détruit une passion par une autre; car, lorsque deux penchants combattent avec violence, l'ame se retire en elle-même, et si elle ne consulte qiie l'amourpropre pour savoir auquel des deux elle doit s'abandonner, c'est du jugement que porte celui-ci que dépend alors la préférence que l'un de ces deux penchants obtient sur l'autre.