CHAPITRE SEPTIÈME
De la certitude des faits historiques.
T. La connoissance que je viens d'acquérir par rapport aux hommes en général, c'est-à-dire celle de leurs passions, de leurs intérêts divers et des diilérents points de vue qui en résultent , ne 2)Ourroit-elle pas me donner maintenant une juste idée du cas que je dois faire de leur autorité, du moins quant à ce qui concerne les faits dont la science est d'un si grand usage dans le cours de la vie ? Pour ne rien oublier sur une matière si importante, ne craignons pas d'examiner avec la plus grande attention tout ce qui peut concourir à nous assurer delà vérité de quelqu'événement public , dont on puisse juger facilement sur le rapport des sens , et qui soit digne de nous intéresser.
II. 1 . On me parle de ce jour où Louis , rentrant dans sa capitale au milieu des cris de victoire, triompha plus encore par les témoignages de notre amour que par l'éclat de ses conqviêtes; on me rappelle ces transports de joie , ces acclamations redoublées , ce titre de hien-aimé , qu'il obtint aisément parce qu'il ne s'étoit occupé que du soin de le mériter : ces faits, j'en suis certain. On ra'avoit conduit sur les pas de mes concitoyens aux TOME I. 4
( 5o ) lieux niéincs où se liL celte entrée, dont la mémoire doit suflire pour a])pi-endre à régner. IMais si les évéiiem(înls (i) se passeut à cent lieues de moi , ou s'ils sont arrivés il y a plusieurs siècles, de quels moyens me servirai-je pour y atteindre? D'un côté, parce qu'ils ne tiennent à aucune vérité nécessaire, ils se dérobent à notre esprit, et de l'autre, soit qu'ils n'existent plus, ou qu'ils arrivent dans des contrées fort éloignées de nous, ils échappent à nos sens.
2. Nous sommes cependant forcés en quelque manière de l'cconnoître , à certains égards, la vérité de ces sortes de faits; je paide même de plusieurs faits extrêmement anciens. En vain nous efforcerions-nous de dout(U' de l'existence de la ville de Rome, de la victoire que César remporta sur Pompée , de la fameuse retraite de Xénoplion. Quelles sont donc les preuves qui établissent notre con-
(i) C'est à ces mois f|uo commence, à |)io|iioment parler, ce que j'ai tiré du discours iuséié dans l'ajiolofjie do M. L. U. P. Il faut avouer iiéaiiinoins f|u"ii m'a fourni bien d^s ouvertures pour ce ((iii prc'. cde , a coiiiincncer an dcniier ciiapitre avant celui-ci , de niéme que c'est a scn auteur que doit se rapporter tout le mérili; des conséquences (|ue je j^ourrai déduire de son ouvrage. Quand je l'anroi.s co, ié tout entier, on ne tlevroit pas en être surjiris , puisque tout semble en quelque manière s'y changer en ji:incip(s; au reste, je n'en ai rcrranclié , pour ainsi dire, cpie ce qui concerne les faits surnaturels auxquels M. L. D. P. applique les règles qu'il établit.
( 5i ) fiance? Quelles sont les marques auxquelles on ])eut distini^uei' un fait certain de ceux qui ne sont que douteux ou supposes ? Il en est peut-être qurlques-unes; et s'il n'y en avoit pas, que seroit la société? Tout y roule, pour ainsi dire, sur des laits, et, soit qu'il s'agisse de l'étude des difl'éren tes sciences, soit que nous ayons à décider des intérêts les plus importants , il est presque toujours nécessaire de s'assurer au moins de quelques faits. Pour m'éclairer sur cet objet , quatre choses se présentent à moi : la déposition des témoins oculaires ou contemporains , la tradition, l'histoire et les monuments. ,