‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantesChapitre 16 sur 76 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

CrUriTllE HUITIEME.

De V autorité des hommes par rappoit aux couiioissaiiees qui dépendent toutes de lajbrce du raisonnement. . , .

I. Si l'autorité des hommes est quelquefois d'un si grand poids à l'égard des faits , s'ensuit-il que je doive aussi m'en rapjx)rter à eux sur les objets dont la connoissancc dépend uniquement de la pénétration de l'esprit et de la force du raisonnement ? J'avoue qu'en général ils s'accordent assez sur de certaines vérités , telles par exemple que la plupart de celles dont nous nous sommes convaincus jusqu'ici ; mais je les vois ensuite se partager en tant de sectes différentes , que je ne puis que risquer inLu^iment de m'égarer, en m'atlacliant au hasard à l'une d'entre elles. Que dis-je ? je les vois pour la plupart embrasser une opinion , l'un par intérêt et par passion, l'auti-e par préjugé. Je les vois à chaque instant se contredire entre eux , je les vois ensuite se démentir, se contredire eux-mêmes ; et comment pouiTois-je me croire en sûreté en suivant de tels guides? Concluons donc, généralement pai-lant, que le jugement humain ne suffit pas pour me déterminer par rapport aux 'objets dont je viens de parler.

( 99 ) II 1. Cepcnilant coiniiie celte contHiqucncc tire presque toute sa force des passions , des ])réjugés, du peu d'attention et de tous les faux motifs qui sont la mesure d'une quantité d'opinions; d'un autre coté, comme il y a des hommes qui peuvent ainsi que moi rechercher avec soin la vérité, désirer sincèrementde laconnoître, et trouver, par une étude profonde, des principes pour y parvenir; lorsque j'aurai lieu de penser que ceux dont je reçois les avis , dont j'examine les sentiments, dont je consulte les écrits, n'ont point écouté le langage des passions; lorsque je vois en eux des hommes attentifs, éclairés, qui, sans trop compter sur eux-mêmes, savent douter partout où ils ne croient pas avoir assez de connoissance pour affirmer . et qui d'ailleurs se trouvent unis dans leurs jugements avec un grand nombre d'autres hommes également sages , également instruits , je dois convenir que , dans le cas où il seroit important pour moi de me déterminer, et où je n'aurois pas des lumières assez exactes, des idées assez claires, assez précises sur l'objet présent , en un mot des preuves décisives à opposer, l'autorité dont je viens de parler exige que je m'y soumette , puisqu'à juger de la possibilité qu'il y a de s'égarer, elle est bien moins probable en suivant cette même autorité , qu'en embrassant avec une sorte de présomption, et sans avoir des lumières suffisantes , l'opinion contraire (chap. v, III, 3 ).

( loo ) •j . Il lauL c('|K'ntlanl observer qu'il est (juelquciois moins aisé qu'on ne pense de connoître au j-uste le sentiment de ceux dont on a devant soi les écrits. Quelquefois ils s'enveloppent, ou ils paroissent se trouver en opposition avec eux-mêmes, de manière qu'après les avoir bien suivis, on ne sait presque à quoi s'en tenir; mais eniin lorsqu'un auteur semble se contredire , et que l'équité naturelle nous oblige à l'accorder avec lui-même, il me semble, dit le P. Mallebranche (i), qu'on a une l'ègie infaillible pour découvrir son véritable sentiment. Car il n'y a qu'à observer quand cet auteur parle selon ses lumières, et quand il parle selon l'opinion commune. Lorsqu'un homme parle comme les autres , cela ne signifie pas toujours qu'il soit de leur sentiçient ; mais loi'squ'il dit positivement le contraire de ce qu'on a coutume de dire, quoiqu'il ne le dise qu'une seule fois, on a raison de juger que c'est son sentiment, pourvu qu'on puisse connoître qu'il parle sérieusement et sans passion, ou sans aucun autre motif étranger à la chose dont il s'agit , comme sont les préjugés de système ou de parti.

(i) Rechevdie. de la vérité., ('claircisscmcnt sur le Gme liv. , -me preuve.

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