‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantesChapitre 2 sur 76 · L'ABBE GERARD · texte numérisé non relu

L'ABBE GERARD

Ow l'a dit avec raison , la vie d'un auteur est dans ses écrits j ses actions, cesontles livres qu'il a publiés; ce qui le recommande à la postérité, ce sont les vérités qu'il a découvertes ou propagées, ce sont les jouissances qu'il procure à ses lecteurs : et cela s'applique surtout à ces écrivains qui, renfermés dans leur cabinet, ou se consacrant à d'utiles, mais obscures fonctions , n'ont joué aucun rôle sur la scène du monde. Toutefois il est difficile d'être tout -à-fait indifférent à la destinée de l'homme dont on lit, dont on aime les ouvrages; de m.éme qu'en savourant un fruit qui flatte le goût, on aime à savoir de quelle contrée est originaire l'arbre qui le porte, qui l'a importé, et comment on le cultive. C'est pour satisfaire cette curiosité si naturelle, que nous avons cru devoir accompagner l'ouvrage qui va suivre d'une courte notice sur l'abbé Gérard. Nous n'avons point de faits nouveaux à publier, et nous nous bornons à extraire et à mettre en ordre ce que fournissent de plus intéressant, quelques articles biographiques déjà connus, et les mémoires de l'auteur lui-même.

\j NOTK.i: l)l(>(.UAI'lllULi;.

lMiiIip[)e-L()ui.s (lôranl naquit ;i J^aris, on 1737, (l'iuio famille lionnètc, mais peu aisée. Dès râ{jc (1(; trois à quatre ans il alloit à l'école, et déjà môme il apprenoit les éléments de la langue latine. Une circonstance qui pouvoit avoir la plus funeste influence sur son avenir tout entier, marqua cette première époque de sa vie. Etant un jour descendu seul dans l'allée de la maison où étoit son école, il fut accosté par une mendiante qui s'empara de lui, et qui alloit l'emmener malgré ses pleurs et ses cris j heureusement sa bonne survint, et l'arracha des mains de cette malheureuse qui, selon toute apparence, le destinoit à servir d'instrument à son vil métier. L'abbc Gérard ne pouvoit se rappeler sans frémir ce petit événement.

Né avec les plus heureuses dispositions, il fit ses études au collège Louis-le-Grand. Son père, homme instruit et honnête homme, le destinoit au barreau • mais une mort prémaLurée l'enleva avant qu'il eût pu réaliser ce projet, et surtout avant d'avoir eu le temps d'imprimer dans le cœur de son fils ces principes solides qui lui eussent été si nécessaires dans l'âge oi'ageux où il alloit entrer. Le goût des lettres l'emporta bientôt, dans le jeune Gérard, sur la première direction que son père a^ oit voulu donner à son esprit. Une mère qui poussoit jusqu'à la foiblesse l'affection qu'elle avoit pour lui , 71'étoit pas un guide dont l'autorité put ou l'éclairer ou le retenir ; ses mœurs commencèrent à s'altérer. Une première passion, le goût du bel-esprit et de l'indépendance , de pernicieuses liaisons, le jetèrent dans des dérèglements et des désordres tels, qu'il fut même question de l'envoyer aux

^()■lI»;l; bioc.uaphiqlik. vij

îles, pour inettic s;i famillo à couvert des ddsaf^réinonts et de lu houte qui pouvoit eu rejaillir pour elle. Rien ne manqua pour lui à cette espèce de nau- (•Va{^;e moral j il perdit lout sentiment religieux j il tlevint matérialiste, incrédule et impie par principes, et il tomba, ainsi qu'il le raconte lui-même, dans un pyrrhonisme si absolu, qu'il ne disoit plus rien d'un peu important sans y ajouter un peut-être (i).

Mais la Providence , qui paroissoit l'avoir abandonné, lui préparoit un port au sein même delà tempête : et qui sait si ces égarements passagers n'entroient pas dans ses desseins? L'homme qui n'a jamais failli a sans doute droit à notre admiration et à notre respect, mais peut-être est-il moins propre par cela même à enseigner aux autres la route qu'ils doivent suivre, à leur signaler ces écueiîs qu'il n'a vus que dans le lointain j il manque aussi le plus souvent de cette onction qui persuade, de cette douce indulgence qui se concilie l'attention et la confiance, jet ramène par degrés dans la voie de la veitu. Sans la triste mais utile expéiience que l'abbé Gérard fit alors sur son propre cœur, il est douteux qu'il eût jamais coinposé un ouvrage comme le Comte de Valmont. Au plus fort de ses désordres et de son délire, il voyoit quelquefois un sieur d'Ierval , conseiller au parlement de Paris, à qui sa mère avoit confié ses peines, et qui lui proposa de le mettre en relation avec un chanoine de la Sainte-Chapelle, appelé l'abbé Le Gros,

( I ) Voyez les Mémoires de sa 'vie. Rien de plus intéressant , de plus touchant que le passage où il rend compte de l'état de son ame , à cette époque critique de sa jeunesse.

vnj Noncv r.ior.ii APiiioi;i:.

Iiomnii; ainiaMo, s])iiituel vl inslruit. Le j ou no iiitié- «lulc ne coiiscMitit d'abord qii'avcc irpugnancc à une dcmarclic qui Ini paroissoit au moins inutilej il se cjoyoit inébranlable dans ce qu'il appoloit fièrement ses principes, et sa conversion lui paroissoit la plus ridicule entreprise. Mais il alloit avoir affaire à un «le ces hommes habiles qui savent approprier les moyens aux circonstances, et se défient de ce zèle aveugle et inconsidéré qui, la plupart du temps, compromet un succès qu'une marche différente eût rendu facile. L'abbé Le Gros voulut avant tout se faire l'ami du jeune Gérard; il y réussit dès leur premier entretien, et bientôt cet esprit fort, si plein de luimême, finit par s'estimer heureux de céder aux lumières de celui qu'il se faisoit d'avance un jeu de combattre et de vaincre. Les détails de ce qui se passa dans son esprit et dans son cœur, tant que durèrent ses conférences avec l'abbé Le Gros, sont un des morceaux les plus attachants de ses Mémoires.

Son retour à la vérité et à la vertu n'ëtoît pas une de ces conversions qu'on croit pouvoir attribuer quelquefois au déclin des ans, à l'affoiblissement des or- «ranes, au dégoût d'un monde qui nous échappe et nous abandonne: Gérard avoit à peine passé sa vingtième année j il étoit dans l'àgc des plaisirs et des passions j et mille chaînes sembloient le retenir dans cette incrédulité dont il s'étoit fait un système; sa conversion fut donc l'effet d'une conviction profonde, et il crut ne pouvoir mieux réparer ses erreurs passées qu'en se faisant l'apôtre des vérités qui venoient de se révéler à lui, et en embrassant l'état ecclésiastique. Il entra donc au séminaire de Saint-Nicolas,

NOTICE BIOOHAPlllQUE. i X

et, à la Hii «le la prcniiôrc aiiiu^c, il reçut le sous-tliacoiiat. M. le bailli de Kleiiiy, élu {jénéral «les {Jal^|•es tle Malte, avec qui ilavoitvémi liabituellemciit avant son clian|i;empnt d'état, étoit alors sur le point de se; rendre à sa destination, et il proposa à l'ahhé Gérard de l'acconipaffner. Ce n'étoit pas sans rejjret qu'il qiiittoit le séminaire avant d'avoir reçu l'ordinationj mais son amitié pour le bailli, sa rcconnoissance pour les services qu'il en avoit reçus, et, par-dessus tout, les conseils de l'abbc Le Gros lui-même, le déterminèrent à entreprendre ce voyage. 11 prit les devants, parcourut les provinces méridionales de la France, une partie de l'Italie, fit quelque séjour à Rome, puis se rendit à Gênes, où il s'embarqua avec M. de Fleury, qui l'y attendoit. A Malte, où il passa plus de deux ans, il reçut de l'évêque le diaconat et la prêtrise, et ce fut pendant son séjour dans cette île qu'il écrivit la plus grande partie de son Essai sur les vrais Principes, où il expose méthodiquement cette profession de foi religieuse , philosophique et morale dont tous ses autres écrits dévoient être , sous tant de formes différentes, un continuel développement. Le temps du généralat de M. de Fleury étant expiré, il reprit avec lui le chemin de la France, traversa la Calabre, visita une seconde fois Rome et l'Italie, et enfin se retrouva, non sans une grande satisfaction , au sein d'une famille qu'il chérissoit, et qui se composoit alors de sa mère, d'une sœur moins âgée que lui, et d'un jeune frère dont il se fit l'instituteur. Il entra d'abord dans le clergé de la paroisse sur laquelle il demeuroitj mais bientôt, pour obéir aux ordres de M. de Beaumont, archevêque de Paris, et céder aux

X NOTICE UIOGRAPHIQUt.

«h'sirs du cuic i\v, S;iirit-M(';ry, il arcoplîi nu vicaiial dans C(^U(* doniière paroisse. 11 s'y livra tout entier aux devoirs de sa place. Outre les fonctions dont il ctoit surcharge à Saint-Méry^ il lui arrivoit encore de prêcher dans d'autres paroisses^ des octaves, des aveuts et des carêmes j rien n'effrayoit son dévouement , rien ne rebutoit son zèle et son activité, qui suffisoient à tout. Ce fut pourtant au milieu de ces travaux multipliés et sans cesse renaissants, qu'il trouva encore le temps de s'occuper de l'ouvrage qui a fait sa réputation littéraire ; ce fut à Saint- Méry qu'il composa les trois premiers volumes du Comte de f^almont , dont un des premiers exemplaires fut adressé à Sa Sainteté Pie YI , qui l'accueillit avec bonté, honora l'auteur d'un bref^ et lui accorda plusieurs grâces précieuses.

L'abbé Gérard avoit alors environ trente-cinq ans j c'est l'âge de l'ambition, et si cette passion avoit eu le moindre empire sur son cœur, il n'eût tenu qu'à lui de saisir une de ces occasions qui changent la destinée d'une vie entière, et qui vraisemblablement lui auroit ouvert la route des honneurs et des hautes dignités ecclésiastiques. L'Impératrice Marie - Thérèse désiroit appeler à Vienne un ecclésiastique qui servît de pasteur à un grand nombre de François qui se trouvoient alors dans cette capitale, et qui pût en mêmetemps prêcher en françois devant elle et dans sa chapelle. On promettoit à celui qui accepteroit cet emploi, de le renvoyer en France avec la jeune princesse, fille de l'impératrice, l'infortunée Marie-Antoinette, lorsqu'elle seroit en âge de venir épouser le dauphin. L'impératrice s'étoit adressée à M. de Beaumont, et

NOIICK DIOGUAPllIQUK. xj

vouloit avoir quelqu'un do su maiu ; le prélat jeta les yeux sur l'abbé Gérard. Pour maint autre, la tentation eût été bien forte : qvii ne se seroit déjà vu gros bénéficier, aumônier d'nne princesse, évèque enfin? Mais de si brillantes illusions^ ou plutôt des espérances si bien fondées, ne purent séduire l'humble vicaire de paroisse; il résista aux instances et presqu'à la mauvaise humeur de l'archevêque de l^aris, (|ui savoit l'apprécier, et qui ne manf[uoit pas , sans «léplaisir, l'occasion de faire un présent a l'impératrice. 11 resta donc à Saint-Méry, où ses travaux continuels finirent par épuiser ses forces et lui occasioner une maladie [^rave.

Nous nous sommes fait d'autant moins de scrupule de rapporter avec quelque détail cette circonstance de la vie de l'abbé Gérard, qu'elle offre un de ces traits qui en disent plus que de longues réflexions sur le caractère et les mœurs de celui qui en est le héros. Celui-ci offre en même-temps la preuve de la modestie et de la simplicité de notre auteur, et de la considération dont il jouissoit déjà, malgré son peu d'inclination à se mettre en évidence. Il reçut, en 1775, un témoignage public de cette considération qu'il méritoit sans la chercher; il fut un des ecclésiastiques à qui l'assemblée du clergé décerna des honneurs et des encouragements, pour avoir pris la défense de la religion.

En refusant les offres de l'archevêque de Paris, il n'avoit perdu ni sa bienveillance ni son estime. 11 en eut la preuve bientôt après dans un canonicat de Saint-Louis du Lou\ re, qui lui fut accordé par ce prélat. 11 en prit possession lorsque sa santé fut rétablie;

\ij NOTioK i;H>GHAi'iiigi;t.

ri ayant jirnlii alors sa inbiv et son jeune iVèie, il s'etublit tli'Hnitivenient avec sa sœur, qui luia survécu, et qui , jusqu'au dernier jour de son frère, dans les circonstances les plus difficiles, et même k une époque désastreuse, où tant d'amitiés furent ou infidèles ou vaincues par la peur, ne cessa de lui donner les preuves les plus touchantes de tendresse et de dévouement, et de répandre sur sa vie les plus douces consolations. Il commença alors une existence plus tranquille, et profitant du loisir que lui laissoient ses fonctions de chanoine, il ajouta deux volumes au Comte (le Valmotit.

L'abbé Gérard parle dans ses Mémoires d'une petite société littéraire dont il était membie, qui s'étoit formée de la réunion de quelques gens de lettres, chez l'abbé Pey, chanoine de Notre-Dame, et qui fut môme sur le point d'être érigée en Académie royale , morale et religieuse , sous la protection de Monsieur, depuis Louis XVIIL Nous ne parlerions pas ici de cette circonstance, peu importante en elle-même, sans une particularité qui s'y rattache et qui nous a paru mériter d'êti'e rapportée. Quelqu'un avoit proposé un prix considérable pour le meilleur éloge du Dauphin, père de Louis XVI, etavoit prié l'archevêque de Paris de lui indiquer des juges. Le prélat s'adressa à la société dont il s'agit, et la préférence ayant été accordée au discours de M, l'abbé de Boulogne, aujourd'hui évêque de Troyes, ce fut l'abbé Gérard que la société chargea d'en faire le rapport à M. deBeaumont, et il se rappeloit toujours avec plaisir qu'il avoit pu contribuer à la justice qu'on avoit rendue au premier essai d'un écrivain qui. do-

Nfvnc.r. nior.R MMiriarr. xiij

voit un jour jotoi un si j;r:m(l »'•( lut pur sos talents ot par SCS voit 11 s.

Enfin arriva cctto ô[)()([uo mriuoraMo et terrible qui cliangca en France les idées, les mœurs et les lois, bouleversa toutes les existences, et remit en question l'état social. Quand les choses eu furent venues au point où la vertu devint un titre de proscription, il étoit difficile que l'abbé Gérard n'eût pas sa part des persécutions de ces temps malheureux. Ayant perdu son canonicat, des pensions qu'il ne devoit qu'à ses travaux, qt la plus grande partie des rentes qui coniposoicnt son foible patrimoine et celui de sa sœur, il se retira à Passy, près Paris, dans une maison qu'il avoit achetée, et où il espéroit, en vivant dans la solitude la plus absolue, échapper à la tourmente révolutionnaire. Mais quoique le culte eût éfé aboli, et quoiqu'il y eût le plus grand danger à donner le moindre signe de christianisme, il avoit continué à dire la messe en secret. Malgré ses précautions, il fut épié, surpris, et arrêté comme il commençoit le saint sacrifice. On le conduisit d'abord au redoutable coluité de sûreté générale, et de là à l'hôtel Talaru, une de ces mille prisons improvisées, à la porte desquelles, comme à celle de l'enfer du Dante, le plus sûr étoit de quitter toute espe'rancc . (lomme prêtre et comme auteur de tant d'ouvrages dont chaque ligne, pour ainsi dire, étoit la condamnation des hoinmes qui gouvernoient alors, il devoit s'attendre au même sort que tant d'autres victimes j etsans le 9 thermidor, il n'auroit sûrement point échappé au martyre auquel il s'étoit d'avance résigné. Cependant il ne fut pas tout de suite mis en libertéj on le transféra à Saint

\1V NOTICI. IMOCiUAI'lIK.H. E.

Lazare, et ce ne fut ([ue ([lu'hjncs mois iipiès ([ue, jjrâce aux déniavclies de sa respoctahle sœur et aux sollicitations infatijjables de plusieurs amis zélés, il obtint iMifiu sa délivrance. 11 rentra alors dans sa retraite, et y passa tranquillement le reste de sa vie, dans l'étude et dans la piété. Il mourut à Paris, au mois de mai i8i3, dans un âge très avan(-éj sa mort fut une perte pour les lettres et pour la religion.

Quand un auteur a beaucoup écrit, parmi ses ouvrages il y en a toujours un auquel son nom et sa gloire sont plus particulièrement attacbés. Le Comte de Vabnont est celui par lequel la postérité désignera l'abbé Gérard. L'invention du principal personnage est d'autant plus habile , a dit un critique, et sou caractère d'autant mieux tracé, que l'auteur s'yestpeint lui-même au naturel, .et qu'on sent bien qu'il n'a pu trouver que dans son cœur ce fonds de tendresse et de raison qui communique au style un ton d'éloquence touchante et paternelle. Il seroit presque ridicule de faire ici l'éloge d'un livre aussi connu qu'estimé du public, et qui a eu quatorze éditions. Les autres ouvrages de l'auteur sont :

1° Les leçons de l'Histoire, ou Lettres d'un père à son fils sur les faits intéressants de l'histoire universelle, II vol. in-i2. On estime surtout les premiers volu-' mes, qui offrent autant d'érudition que de critique ;

2° Des Mémoires de sa vie, suivis de Mélanges en prose et en vers, i vol. in-i2 {\) ;

3" L^ Esprit du Christianisme , précédé d'un précis

(i) A Paris, chez J.-J. Biaise , liliiaire-éditciir.

NO'noii i)I()<.;uai>ih(ji;e. xv

tic SCS preuves, et suivis d'un plan de conduite, i vol. in-i2. (7est un opuscule picvix, fait pour attacher par un mélauj^jc lunuviix: d'esprit, de {^oùt et de sentiment, et par le charme d'une diction nette et purej

4" Dt's Sermons , en 4 volumes, savoir : i (Vydi'cnt , n de Carcme et i de Mystères, à la suite duquel se trouve un Panégyrique de saint Charles. L'auteur dit dans ses Mémoires qu'il s'appliquoit à faire ses sermons dans le {^enre des homélies. Ils en ont la donceur et la simplicité persuasive, et s'élèvent de temps à autre au ton de la plus haute éloquence 5

5» L'Essai sur les vrais Principes , j-elativement à nos connoissances les plus importantes. Nous avons dit dans l'avertissement, et on verra d'une manière plus détaillée, dans les Mémoires de la vie de l'auteur, pourquoi cet ouvrage étoit resté dans son portefeuille j l'éditeur se flatte que le public lui saura bon gré de l'en avoir tii'é.

L'abbé Gérard est du petit nombre des auteurs qui ont obtenu la célébrité sans en avoir fait le but de leurs travaux, qui n'ont pas écrit pour écrire , mais par le besoin impérieux , par le seul désir et dans l'espérance d'être utiles à leurs semblables. Tout ce qui est sorti de sa plume a le ton de la plus intime conviction j chez lui la philosophie ne marche jamais sans la religion; il étoit persuadé que sans la divine et douce lumière de la religion, la philosophie n'étoit qu'une lueur incertaine , trompeuse , et plus faite pour égarer l'homme que pour le conduire. En un mot, il a mérité une place parmi les bienfaiteurs du genre humain, puisqu'il a employé sa vie entière à enseigner et à faire aimer ce qui est beau, ce qui est

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