‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantesChapitre 38 sur 76 · CHAPITRE CINQUIEIVIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEIVIE

T)e la nature de Vohligation considérée en général et dans sa première origine.

1. 1 . Si je tends par une pente nécessaire vers le hoalieur, si les conseils de la raison sont la règle la plus sûre pour m'y conduii'e, il est évident que , pour agir conséquemment à ma fin , ce n'est que conformément à ces mêmes conseils que je dois user de ma liberté.

2, Il naît donc de cette convenance qui se trouve entre mon bonheur et ma raison , et qui est fondée sur la nature des choses, une sorte de bien, une obligation primitive et antécédente à toute autre loi , qui , si elle n'a pas une force propi'ement dite, suffit du moins pour que j'ap])rouve en moi-même tout ce que j'aurai fait librement de confoi'me aux vrais principes , et que je désapj)rouve l'usage contraire que j'aurai fait de mes facultés, ne pouvant même dès lors imputer qu'à moi seul les maux que ma conduite m'aura attirés.

II. Mais bien plus, je remarque qu'en effet il ne dépend pas de moi de me délivrer du sentiment incommode du repentir, après avoir commis certaines actions dont je n'avois pas voulu considérer

avec assez il'allenlion loulcs les suilcs. Je irinari|iie encore que les sentinienls d'approbalioti ou lie blâme que produit le i*elour de ma raison ^ naissent souvent dans moi, en (|uclque sorte malgré moi-même. Lorsque j'ai agi suivant ses conseils , j'éprouve une satisfaction intérieure, une douceur secrète qui naît, non-seulement du Lien que je me suis procuré , mais encore du choix libre que j'en ai fait. Si je n'ai suivi qu'un penchant déréglé, qu'un caprice déi'aisonnable , je me reproche ma conduite, ou du moins je cherche à me distraire, je me répands sur les objets extérieurs, je n'ose plus rentrer dans moi-même pour y consulter la raison, et la joie que je goûte au dehors n'a rien de i^éfléchi, rien de solide , rien de tranquille (i). Si cependant, à force de faire taire cette raison, qui d'a-

[i] Le peu d'exactitude de certains reproches intérieurs formes par le préjugé , n'ôle rien à la force de ceux qui naissent évidemment de la raison et qui sont les seuls dont on parle ici : )iiais ensuite, à considérer ces sentiments en général , comme il est toujours vrai de dire qu'ils ont quelque chose de très contraire à notre tranquillité , et que cependant il est encore plus opposé à nos véritables intérêts de les supprimer tous sans aucune dist Ection , puisque ce seroit nous priver par là même de bien des ressources que la raison sait nous offrir pour notre propre avantage, dans les retours qu'elle nous tait faire sur nos erreurs , cela nous ramène également à une sorte d'obligation , ou de suivre les principes exacts que s'est fait notre entendement, ou de travailler autant qu'il est en nous à changer ses fausses lueurs contre les lumières de la vérité.

( '4. ) bortl s'explique malgré moi , sa voix môme ne me reproclie plus rien, c'est alors que je me trouve plus que jamais sans boussole et sans pilote , c'est nlors (comme je ne l'ai que trop éprouvé) que, conduit par des lueurs trompeuses, par des guides infidèles, je ne fais que rouler dans un cercle d'illusions, d'égarements; que tout sert à m'écarter de ma fin , et que là même où je croyois rencontrer le port, je ne trouve que les plus funestes écueils. Tout ce que j'ai dit jusqu'ici suffit pour me faire recounoître cette obligation, cette restriction de ma liberté naturelle produite par ma raison , en tant que ses conseils sont autant de motifs qui me détei'minent à une certaine manière d'agir, pi'éférablement à toute autre ( i ) .

(i) Voy. Principes dudioiL tiaturel , c. vu, § 4 5 ^'' ^' suiv.

CÏTAPITUE SIXIEME.

. De l ordre.

1 . I . Après m'être assuré, non-seulemen tdu prix (le la raison, mais même de l'obligation primitive où je suis , en tant que ma nature m'entraîne nécessairement vers le bonheur, de suivre les conseils c[ue la raison me donne, je m'empresse à la consulter pour m'attacher inviolablement à ses lois.

2. La raison, en tant quelle me fait agir par pi-incipes, est sans doute opposée au caprice; elle \eut que dans mes actions j'envisage un but, une lin, et qu'après l'avoir consultée sur le clioix, je tende à cette même fin qui peut être ou plus éloignée ou plus prochaine , par des moyens qui aient avec elle un rapport certain , et qui soient capables de me la j)rocurer.

3. La raison veut encore {ci-dessus , c. m, 11), que l'usage que je ferai de tout ce qui m'environne soit proportionné à la nature des choses, à leur état, à leur destination particulière, afin que je ne les rende pas , par un usage déplacé , vaines , inutiles, et peut être dangereuses et nuisibles.

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