A l'égard de moi-même ^ elle veut que je me
mainlioniK» avec soin clans une tlisposllloii convenable à l'excellence de ma nature et à mon état; car , tout ce qui est incompatible avec ce qui constitue la bonté d'uu être, tend par cela même à le dégrader ou à le détruire , à le corrompre ou à altérer sa constitution; ce qui , étant directement opjiosé à la conservation , à la perfection et au bien de cet être , sappe et renverse les fondements de sa félicité.
5. Disons-en de même de ce qui est incompatible avec l'état de l'homme [dcf. i3 ); car, tout être qui, par sa constitution, a des rapports essentiels à d'auti'es êtres dont il ne sauroit se détacher, ne doit pas êti'e considéré seulement dans ce qu'il est en lui-même , mais aussi comme faisant partie d'un tout auquel il se rapporte : et il est bien manifeste que c'est de la situation où il se trouve à l'égard des êtres qui l'environnent , et des rapports de convenance ou d'opposition qu'il a avec eux, que doit dépendre en grande partie son bon ou son mauvais état , son bonheur ou sa misère.
Je dis plus encore : nous concevons , même par la nature des choses, que dès là qu'on pouri-a supposer un tout et des parties , il doit y avoir une subordination des parties au tout, afin de maintenir ce même tout dans le meilleur état qu'il est possible, de concilier par là, ou d'assurer autant qu'il se peut le bien des dilTérentes parties qui le composent, et d'empêcher les maux qui pourroient
résultcv pour oliacunc; d'oUcs cruuc opposition entière et coiistaivle de forces et de mouvements.
6. ]\Iais, en rapproehant toutes ces idées ^ j'y trouve celle de Voixlfe , tel (jue je le conçois et que je l'ai défini {d^J. 12), d'où je conclus qu'une des premières règles que la raison me présente, pour me rapproclier du bonheur, c'est que dans ma conduite, je dois m'attaclier constamment à l'ordre , ce principe admirable et fécond dont je trouve eu moi l'idée, le sentiment, et auquel il semble que tout vienne ensuite se rapporter.
II. 1 . Avouons-le même, rien n'est si sensible que cette liaison que Vordre a naturellement avec notre félicité (1). Lorsque j'observe, ne fût-ce que d'un coup d'œil, ce qui se passe dans mon intérieur, et que je vois la régularité régner dans mes sensations, l'ordre dans mes désirs, l'iiarmouie dans mes actions; loi'sque je vois que tout est vrai dans mon ame , que tout s'y accorde avec les rapports essentiels des cboses , cette contemplation me jette dans un état délicieux qui triomphe sans peine de tous les déplaisirs des sens, et, plus cette vue est réfléchie , plus l'impression agréable qu'elle fait sur moi est sensible et durable; au contraire, tout ce qu'il y a de plus vif dans les plaisirs des sens ne sauroit me mettre à l'aise, tant que je suis inquiété, tourmenté par la vue d'un désordre intérieur.
(i) Voyez le Système du vrai bonlie:n- , dans l<;s Mélanges Philoxophù/ues de M. Formcy.