‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantesChapitre 46 sur 76 · CHAPITRE PUEMIEU · texte numérisé non relu

CHAPITRE PUEMIEU

nKFINITIO\S, AXIOMES, COROLLAIRES

1. Jio i. i^^ déf. J'appelle Dieu un premier être existant par lui-même, de qui toutes choses dé- ] KM ident comme de leui' première cause, et qui ne dépend lui-même d'aucune.

2 . J'entends par le tei"me d'essence ce que l'on conçoit le premier dans l'idée d'un être : d'où découlent toutes ses autres propriétés , ou, pour m'exprimer en d'autres termes , l'essence est cette raison primitive de la possibilité d'une chose, en vertu de laquelle elle est exempte de contradiction avec elle-même , et sans quoi elle ne peut être ce qu'elle est (i).

(i) Comme il est important , lorsqu'on veut attacher une idée déterminée au terme d'e55e«ce,de bien entendre la défini liou par laquelle on fixe le sens qu'on veut donner à ce terme, et.

3. Essentiel, nécessaire , est ce qui apparlient à ressence d'une chose , ce qui est ahsolumeut

(]ue l'on ne peut y parvenir qu'en la développant avec beaucoup de soin , nous croyons ne pouvoir mieux faire que de mettre ici en note, sans presque y faire aucuns changements, plusieurs paragraphes tirés d'un ouvrage quia pour titre ; Réflexions philosopliùjues sur t'iinmorlalilé de l'aine raisonnable.

1. Il est superflu de remarquer que nous distinguons entre l'essence et l'actualité ou l'existence d'une chose , suivant le jnincipe 7 du premier livre : tout ce qui est contradictoire est absolument impossible ; au lieu que tout ce qui ne se contredit pas est possible en soi , c'est-à-dire selon l'idée qui convient à sa nature. Or, les philosophes ayant coutume de donner le nom iVessence à ce qu'on conçoit le premier dans un sujet ou dans l'idée qui le représente, et la j)ossibilité intrinsèque d'une chose, en vertu de laquelle elle est exempte de contradiction avec ellemême, étant incontestablement la première chose que l'on puisse concevoir dans un être, ou du moins dans l'idée de cet ètie, il s'ensuit de là qu'à parler en général , la possibilité que renferme l'idée d'une chose constitue son essence. Mais comme toutes les choses ne sont pas de la même espèce , et que chacune a ses propriétés particulières qui demeurent toujours les mêmes , et dont on ne sauroit rien séparer tant que la chose est ce qu'elle doit être, il en résulte que l'essence de chaque chose, qui la dificrencie spécifiquement d'une autre, consiste dans la manière dont cette chose est possible. Or, quand on comprend distinctement cette raison de la possibilité , on jiossède en même temps le fondomenl des autres propiietés par lesquelles un sujet se distingue de tout autre.

2. En pesant bien tout cela, nous reconnoîtrons que l'essence d'une chose mise en opposition avec son existence , est absolument nécessaire ; car nous avons fait consister l'essence en ce qui est possible en soi, c'est-à-dire selon l'idée qui convient à

( '^7 ) nécessaire pour la faire être ce qu'elle esl , cl qui a son principe dans la possibilité même de la chose.

<a nature. Ce qui est tel ne saiiroit être intrinsèquement inil'ossible, autrement il y auroit contradiction manifeste. Ainsi ce qui est possible en soi, ne pouvant être le contraire, est absolument possible. Par conséquent l'essence d'une chose , par cela même (ju'cUe est possible en soi , est absolument ndcessairc. Si elle est absolument uccessaire , elle est immuable aussi en soi; car nous appelons aussi n<?cessaire, ce qui ne sauroit être autre qu'il est. Et nous ne saurions nier que ce qui ne saïuoit. être autre qu'il est , est immuable. Concluons donc que l'esscucc d'une chose, en tant qu'on l'appose à son existence , est absolument nécessaire et immuable : quelques exemples répandront du jour là-dessus.

3. Supposons qu'une montre, qui par le cours de son aiguille marque les heures , soit une chose absolument inconnue. Concevons de plus qu'un habile ouvrier se mette en devoir d'inventer une machine qui produise ceteflfet ; comment faudra-t-il qu'il s'y prenne? il doit incontestablement s'occuper à chercher un assemblage de ressorts , de roues et d'autres pièces qui , par un mouvement constamment uniforme, fasse tourner l'aiguille de manière à produire l'cfTet désiré. Si un tel assemblage n'étoit pas possible, il seroit aussi impossible défaire une montre. Donc la possibilité intrinsèque , ou la manière d'assembler diverses pièces qui , par uu mouvement régulier et ordinaire , atteignent au but que l'on se propose , cette possibilité , dis-je, constitue l'essence d'une montre. Par conséquent l'essence de cette machine est lout-à-fait immuable. A la vérité , l'assemblage pourra varier à quelques égards sans que le résultat cesse dêtre une montre, mais cet assemblage doit pourtant toujours être constitué de manière à renfermer le principe de l'effet qu'on cherche. Et dans ce sens , ccmme on l'a insinui' ci-dessus, l'essence d'une montre demeure immuable. C.ir si la

( -CB ) Par cxempl(; , il apparlienl à l'essence du Iriangle d'avoir trois côlés el trois angles , de manière qu'il n'est pas possible qu'en tant que triangle, il

manière de l'assemblage ne répondoit pas au but d'une montre, ce n'en seroit plus une , ce seroit quelque autre machine qui cxécutcroit des opérations toutes difTtJrentes.

4. Il en est tout aiitrcment de l'existence d'une chose. Tout ce qui ne se contredit pas est bien possible , mais il ne s'ensuit pas de là qu'il existe actuellement. La pure possibilité d'une montre, par exemple, qu'un horloger se représentera idéalement, ne fait pas que la montre soit déjà là. Outre la pure possibilité, il faut encore une raison suffisante; savoir , une force et nue action, par lesquelles le possible arrive à l'actualité. La notion de l'existence emporte à la vérité toujours celle delà possibilité, parce qu'une chose absolument impossible n'existera jamais. Mais la notion de la simple possibilité d'une chose, n'emporte pas toujours celle de l'existence . Or , l'essence de chaque chose consistant dans la manière dont elle est possible , il est clair qu'on est Ijien fondé à distinguer l'essence d'une chose d'avec son existence.

5. Rien ne pouvant exister san.s avoir son essence , il est hors de doute qu'une chose, tant qu'elle demeure ce qu'elle doit être , conserve son essence. Un composé tel qu'une montre , peut bien être désassemblé ; mais alors il perd aussi l'essence d'une montre , n'étant plus possible qu'il montre réguiièrement les heures. Au lieu que si l'on suppose que la montre demeure en son entier, on doit avouer qu'elle conserve son essence aussi long-temps que son intégrité. A beaucoup ])lus forte raison, un être simple, qui est indestructible en soi , ne sauroit perdre son essence non plus que son existence , à moins qu'il ne soit anéanti; ajoutons encore, et celui dont rcssence même seroit d'exister ne pourroitpas plus pcidrc son existence , qu'il ne poiinoit ]icidrc son essence.

( '«'0 ) existe aulrcmeal : di; lut'iuc il est de l'essiMice îruii carré paiTiuL d'uvoir ([u;ili-e eôlés et (piatre angl(;s di'oi ts .

4. Pai" Vôtre nécessaire , un entend an être qui existe essentiellement et ])ar lui-niênie , qui trouve dans son propre fonds, dans sa possibilité d'être, son existence, tout ce qui le constitue tel qu'il est, par une nécessité si absolue, qu'il inipliqueroit contradiction, qu'il ne seroit pas possible qu'il n'existât pas.

5. La contingence est opposée à l'idée du nécessaire : ainsi on doit entendre par contingent ou accidentel ce qui n'entre pas dans l'essence même de la eliose , dans sa possibilité d'être, ce qui prend son principe, non en elle-même, mais dans une cause étrangère.

L'être contingent est donc celui qui a besoin d'une autre cause pour exister , qui trouve son existence, non dans lui-même et dans sa propre essence , non dans sa possibilité d'être et dans une nécessité absolue de son existence, mais dans une cause extérieure, de manière qu'il peut sans contradiction exister ou n'exister pas.

N°. 3. Tout ce que nous concevons est représenté à notre esprit ou comme chose ou comme mode ^ ou comme chose modifiée.

6. J'appelle chose ou substance ce que l'on considère comme ne subsistant pas dans un autre

( lyo ) sujel , mais comme élaiil, soi-même le sujcl de louL ce qm; l'on y conçoÏL. Par exemple uue pierre esl, une chose ou substance , parce que nous l'envisageons comme un être qui subsiste en lui-même , en sorte que son existence ne paroît pas inhérente clans un autre sujet, comme la rondeur paroît inhérente dans un coi'j)S rond.

7. J'entends par mode, attribut ou qualité , ce que l'on conçoit comme subsistant dans un autre sujet, c'est-à-dire dans une chose ou substance à laquelle il ajoute une certaine détermination , une manière d'être qui la fait nommer telle, par exemple , blanche , ronde , bonne , mauvaise , pesante, etc.

Ainsi , comme la blancheur est ordinairement considérée comme une propriété qui est faite pour exister dans un autre sujet, l'idée que j'en ai ne m'offre qu'une manière de chose , une qualité, un attribut, un mode ou une modalité, tous tei'mes qui sont à peu près synonymes.

8. te Lorsque j'envisage tout à la fois le sujet et le mode, ou, si l'on veut, lorsque je considère la substance comme déterminée par une certaine manière ou modalité , alors j'aperçois une chose modifiée. C'est ce qui m'arrive lorsque je conçois,

< par exemple, l'idée d'un corps rond sans distinguer la substance du mode , c'est-à-dire le corps de la rondeur.

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