I. Il existe un être nécessaire
1 . Toujours occupé tlu soin de me rendre heureux, je ne dois pas oublier qu'une des premières règles , cl un des premiers principes que m-'offre la raison , c'tîst que mon bonheur ne sauroil consister dans des choses incompatibles, non -seulement avec ce qui peut former l'excellence propre de la nature de l'homme , mais encore avec mon état (/iV. Il, chap. viii, lî, 2" règle^, c'est-à-dire avec les différentes relations qui pourroient m'attacher à d'autres êtres. Il m'est donc important d'examiner s'il y a en effet quelques rapports qui me lient essentiellement avec les objets qui m'envii*onnent.
2. La première considération qui se présente est celle qui concerne l'origine de mon être.
Il m'est évident que je peuse, que j'existe (rtx. 9); je connois certainement qu'il existe une terre sur laquelle d'autres habitants tels que moi se trouvent placés ( liu. I , chap. i , S'ue princ. ) ; pour tout dire en un mot, il existe un monde, un univers.
ou du moins il cxlslo un tout, quel qu'il soiL, eL quelque nom qu'on veuille lui donner.
Colle réflexion me porle déjà à conclure qu'il y a un être jicccssaira , c'esl-ù-dire qui existe par lui-même (^ci-dess., déf. 4)? qui exisle par une nécessilé si absolue , qu'il impliqueroit conlradiclion qu'il n'existât pc^s.
En effet , ou tout ce qui existe maintenant , ou tout ce qui a existé , dans quelque nombre qu'on le suppose , a dépendu d'une auti'e cause , quant à son existence , ou il y a quelque être qui n'a dépendu d'aucune autre cause pour exister; c'està-dire qui a son existence par une nécessité inhérente à sa nature , et si absolue, qu'il impliqueroit contradiction , qu'il ne seroit pas possible qu'il n'existât pas.
Or il ne j>eut pas se faire que tout ce qui est, ou qui a été, dans quelque nombre que nous l'admettions , ait dépendu d'une autre cause pour exister. Car si tout être , sans exception d'un seul, comme on le suppose , avoit dépendu d'une autre cause pour avoir son existence , cette autre cause ne pouvant pas se rencontrer dans un être qui existe par lui-même hors de ce nombre, fini ou infini , d'êtres purement contingents [ci-dess. , déf. 5 ) , puisqu'on suppose que toutes choses y sont comprises , il faudroit prétendre que la cause primitive et originaire de tout ce qui existe , et qui a existé comme contingent , est le néant, ce
fini Implique; contradicLion {ci-rlcss., ax\ 3). Donc il iiuj)]l<jue contradiction qu'il n'y ait j)as un être (jui n'ait dépendu d'aucune autre cause pour exister , un êti'e qui existe par lui-même ( non pas qu'il se soit produit lui-même, ce qui seroit également contradictoire) {^ci-dess. , ax. 3 et 5); mais c'est-à-dire un être qui trouve nécessairement dans son jii'opre fonds, dans sa possibilité d'être, son existence et tout ce quil est, de manière qu'il existe en vertu d'une nécessité absolue et originairement inliéi'cnle à sa nature.
3. En un mot [ax. 7 et 8), le tout se forme de toutes les parties qui le composent , et il n'y a dans le tout que ce qui se trouve dans toutes ses parties prises ensemble , par conséquent un nombre fini ou indéfini d'êtres contingents, c'est-à-dire (Jé/Z/z. 5) qui n'existent pas par eux-mêmes, qui tirent leur existence d'une cause étrangère , ne renfermant en soi que de la contingence, ne peut former qu*un tout contingent. Or un tout contingent est celui ( déf. 5) qui demande une autre cause pour exister ; le néant ne peut être cette cause (a.r. 3); donc il ne peut exister un tout contingent, quel- (ju'infini qu'on le suppose, sans un être nécessaii'c. Donc, dès qu'il existe quelque être, il implique contradiction qu'un être nécessaire, tel que nous l'avons défini , n'existe ]jas.