TOME I
(lat lie la voloiiU; diviiH,', ni aucun cliangement dans l'exercice même de son pouvoir, qui n'est aulie que celte volonté suprême, et qui agit toujours d'une manière égale , considéré en lui-même, ([uoique ses effets ne se produisent au-dehors que dans un certain temps borné et déterminé par rap- ])ort aux créatures.
m. Je dis, par rapport aux créatures (i), car vous êtes si grand et si pur dans voti*e perfection , ô mou Dieu , que tout ce que je mêle du mien dans l'idée que j'ai devons , fait qvi'aussitôt ce n'est plus vous même qu.e je conçois. Je passe mes moments à contempler votre infini; je le vois, et je ne saurois en douter ; mais , dès que je veux le comprendre , il m'échappe ; ce n'est plus lui : je retombe dans le fini ; j'en vois assez pour me contredire, et pour me repi'cndre toutes les fois que j'ai conçu ce qui est moins que vous même : mais, à peine me suis-je relevé , que je retombe de mon propre poids.
Ainsi , c'est un mélange perpétuel de ce que vous êtes et de ce que je suis. Je ne puis ni me tromper entièrement , ni posséder d'une manière fixe votre vérité; c'est que je vous vois de la manière dont j'existe. En moi , tout est fini et passager : je vois par des pensées courtes et fluides l'infini qui ne s'écoule jamais ; bien loin de vous méconnoîlre
(i) Fénelon , an mot f.ternitk.
dans cet embarras, je vous reconnols à ce caractère nécessaire de l'infini qui ne seroit plus tel, si le ilai pouvoit y atteindre pleiuenu'iit. Ce n'est pas un nuage qui couvre votre vérité , c'est la lumière de cette vérité même qui me surpasse : c'est parce que vous êtes trop clair et trop lumineux, que mon regard ne peut s(; fixer sur vous. Je ae m'étonne point que je ne puisse vous comprendre ; mais je ne saurois assez m'étonncr de ce que je puis même vous entrevoir, et de ce que je m'aperçois de mon erreur, lorsque je prends quelqu'autre chose pour vous, ou que je vous attribue ce qui ne vous convient pas. , . ,
CIlAPITliE SIXIEME.
De la toute-puissance de l'être suprême.
[. Tout ce qu'il y a de puissance dans le inonde , toutes les forces qui se trouvent dans l'univers remontent à un premier principe , à un principe unique dont elles dépendent , et dans la puissance duquel tous les êtres qui existent (ci-dessus , c. m , I) , et tous ceux qui peuvent exister trouvent la raison de leur existence ou de la possibilité où ils sont d'exister en effet. Le premier être possède donc une puissance entière et parfaite , c'est-à-dire un pouvoir qui s'étend à tout ce qui est possible, et auquel rien dans l'univers ne sauroit s'opposer.
II. C'est lui qui a formé cet esprit par lequel je pense {ci-dessus, c. ii , IV et suiu.), ce corps par lequel j'agis, et ce mouvement qui me fait agir. En un mot, il n'y a rien en moi qui n'ait une existence précaire, une existence qui a été commencée par une premièi-e cause : il n'y a donc rien en moi qui n'ait été créé (ibidvu). Disons-en de même de tous ces objets qui nous environnent. Le plus petit grain de sable, la plus petite partie de matière célèbre un être tout-])uissant et un Dieu créateur; tout reeonnoît ses lois . tout est soumis à son empire.
( :^i:s ) CïlAPITRE SKPTlÈiVll'.
De la sagesse (ht souverain être.
1. Si une Intelligence souveraine, si cette science qui renferme une connoissance pleine et entière de l'ordre et du vrai, sont des perfections que je n'ai pu refuser à l'être suprême (ci-dess., c. iv,III), que dirais-je de la sagesse qui consiste à disposer et à employer toutes choses selon ces mêmes idées , c'est-à-dire selon la natui*e des objets , leurs relations , leurs dépendances réciproques , et selon qu'ils sont plus propres à une certaine iSn.
Avoir des notions exactes de l'ordre et du vrai , connoître ce qui pevit nous y conduire par la route la plus sûre, de la manière la plus droite et la plus simple , et agir néanmoins d'une manière opposée , est une imperfection que nous condamnons dans nous-mêmes. Plus nous connoissons le vrai , plus nous sentons combien il est beau de le suivre; nous ne pouvons qu'admirer ceux qui parmi nous se livrent à l'étude de la sagesse , mais bien plus encoi'e ceux qui l'expriment dans toute leur conduite. Il n'est donc pas possible de douter que cette qualité réelle , et dont la raison nous donne nue idée si grande et si essentielle à la véritable perfection, que
cette qualité, <lls-je , qui se rencontre parmi nous dans quelque degré , et qui est d'autant plus digne de nos respects et de notre lioniniagc , qu'elle est plus exacte et plus constante , ne se ti'ouve dans l'être suprême comme dans sa source, et n'y soit dans toute sa plénitude. C'est là qu'elle n'est sujette ni au défaut, ni à l'altération , ni au changement, c'est là qu'elle est à l'abri du tumulte et des égarements des folles passions [ci-dessus , c. ii, II); c'est là, en un mot, qu'elle est immuable comme le principe qui la renferme.
II. Il nous suffit d'arrêter un instant nosi'egards sur tous les objets dont nous sommes environnés , pour reconnoître, quelque faibles, quelque bornées que soient nos connoissances, l'empreinte et le sceau de la Divinité. Dans la moindre fleur, dans la plus petite feuille, dans la plume d'un oiseau, dit saint Augustin, Dieu n'a pas négligé le rapport des parties entre elles : Nec avis pennulam , nec hcrhœ jlosculum, nec arboins foliwn^ sine partiumsuarum convenientiâ reliquit. Mais si aux traits inpombi'ables qui peignent à l'esprit et au cœur la souveraine sagesse et la bonté du souverain être, nous joignons ce qu'un jxni de réflexion sur les lois du sentiment nous découvi'e, nous nous sentirons toujours plus portés à admirer cette sagesse , cette bienfaisance que l'idée distincte d'un être infiniment parfait suffiroit d'ailleurs pour me forcer de reconnoitrc en lui.
(^Jucllc UiiiU; iic (Icssoiii .se laiL icuianiucr à dt.'s ycu\ un peu alleulifs dans les lois dont nous venons de j)ail('rl Lu ilouleurcl le plaisir se rapnorlenlégaleineuLàuoli(;couservaLioii (i). Si le plaisir nous indique ce qui nous convionl, la douleur nous instruit de ce qui nous est nuisible : c'est une impi'ession agréable qui cai'actérise les aliments qui sont de nature à se changer en notre propre substance ;- mais c'est la faim et la soif qui nous avertissent que la transpiration et le mouveme-nl nous ont enlevé une partie de nous-mêmes, et qu'il seroit dangereux de différer plus long-temps à réparer cette perte.
Des nerfs répandus dans toute l'étendue du corps, nous informent des dérangements qui y surviennent , et le sentiment douloureux est proportionné à la force qui les déchire , afin qu'à pi-oportion que le mal est plus grand on se hâte davantage d'en repousser la cause ou d'en oheixher le remède (2).
(i) Théorie des sentiments agréables , chap. x.
(2) Je ne m'arrêterai point ici à combattre les deux principes des manichéens, dont l'un distribuoit le plaisir et l'autre la douleur, Bayle a paru vouloir relever ce système écroulidepuis tant de siècles j mais il ne se servoit apparemment de ces ruines, que comme on se sert à la guerre d'une masure dont on essaie de se couvrir pour quelques moments. Il n'ctoit pas assez superstitieux pour être tenté de croire en deux divinités ( Voy. ci-dessus, chap. ni, I).Quoi qu'il en soit, je me contenterai d'observer ici , que puisque la distribution du plaisir et celle de
Il arrive qiKîlcjnefois ([ue la douleur semble nous avertir de nos maux eu pure perle ; rien de ee qui est autour de nous ne peut alors les soulager : c'est qu'il en est des lois du sentiment comme de celles du mouvement. Les lois du mouvement règlent la succession des cliangements qui arrivent dans les corps, et portant quelquefois la pluie sur des rocliers ou sur des tei'res stériles. Les lois du sentiment règlent de même la succession des changements qui arrivent dans les êtres animés , et des douleurs qui nous paroissent inutiles en sont quelquefois une suite nécessaire , par les circonstances de notre situation. Mais l'inutilité apparente de ces dlflerentes lois dans quelques cas particuliers, est un bien moindre inconvénient que n'eût été leur mutabilité continuelle, qui n'eût laissé subsister aucun principe fixe . capable de diriger les démarches des hommes et des animaux.
Celles dvi mouvement sont d'aillevirs si parfaitement assorties à la structure des corps, que dans toute l'étendue des lieux et des temps , elles préservent d'altération les éléments, la lumière, le soleil, et fournissent aux animaux et aux plantes ce qui leur est nécessaire ou utile. Celles du sentiment sont , de même , si parfaitement assorties à
la douleur entrent également dans la même nnitc Jo dessein , elles n'annoncent pas deux intelligences essentiellement ennemies. Théorie des sentiments ogivaùles , cbap. xi.
( -^41) ) rorganisaliou de tous les animaux, que dans loule l'étendue des lieux el des temps, elles leur indiquent en général (i) ee qui leur est convenable, et les invite à en faire la rcclierclie; elles les instruisent de ce qui leur est contraire et les forcent de s'en éloigner ou de les repousser.
Une parfaite unité de dessein ne se montre pas moins dans la durée des sentiments que dans leur force : ceux de la vue, de l'ouïe, de l'esprit, du cœur, ceux qui accom])agnent une occupation modérée semblent toujours s'ofïrir à nous : ils remplissent le vide de la vie sans donner atteinte à la santé. Il n'enestpas de même^ par exemple, du plaisi r attaché à la nourriture. Si dans tous les liommes sa durée se fût beaucoup étendue au-delà du besoin, un usage immodéré des aliments les plus sains les auroit bientôt changés en de mortels poisons.
De tous les plaisirs , il n'en est guères d'aussi remarquables que ceux qui commencent notre vie et qui en assurent la durée ; comment réussira-t-on à nourrir cet enfant nouvellement né ? En vain la
(i) Il faut avouer, malgré ce qu'on vient d'oljservcr il n'y a qu'un instant, que presque toutes les lois de la nature ne sont pas tellement immuables qu'on n'y trouve toujours quelques exceptions : la cause nous en est souvent inconnue ; mais le dessein de la loi en général est si bien marqué, que rien n'est plus juste que de s'en reposer également sur la sagesse du créatieur , des motifs secrets qui ont déterminé la variété des cas particuliers. ( Voy. la note ci-dessus , chap. v, 1 , 3 ).
nature lui a-t-elle préparé dans le sein de sa mère l'alimcnl qui lui convient : ])ar quelle voie l'engagera-l-on à exprimer celle précieuse liqueur * Reconnoissons ici les allenlions d'une puissance intelligente. Cet enfant, inca2)able encore de tout autre exercice de ses diflei'entes facultés, trouve un plaisir secret à remuer ses lévites et ses joues de la façon qui peut faire passer dans sa bouche le lait qui lui est offert ; flatté par l'agrément de celle nourriture, il y trouve un nouveau motif de réitérer les mêmes mouvements. Il passe ainsi les premiers temps de sa vie, ou à dormir, ou à goûler les seuls plaisirs qu'il puisse ressentir; et cet être informe , qui sembloit ne pouvoir vivi'e que pour la douleur, ne vit en etfet que j)0ur une suite de sensations agi'éables.
Quels caractères de bonté , quelle profondeur d'intelligence et de sagesse dans l'auteur de la nature, qui, par des ressorts si uniformes, si simples et si féconds, varie à chaque instant la scène de l'univers, et y conserve toujours le même ordre (i).
(i) En vain prétendroit-on qu'un nombre infini d'atomes et de combinaisons auroit pu suffire pour former cet ordre admirable. Je nie absolument, dit le P. Tournemine , que dans une suite inQnie de mondes , d'arrangements différents des parties d'une matière brute , il s'en trouve un tel que le nôtre, un ngulier, un qui porte la marque d'un ouvrier infiniment sa-,e. Je nie qu'un monde semblable soit possible , s'il n'existe poini d'ouvrier infiniment sage. Qu'on suppose, je le yiermcts , unu
( 25. ) Loin lie moi , Seigneur , loin de moi pour toujours ees systèmes absurdes , la ressource et l'oj)- [•robre d'uu esprit vide de sens et d'un cœur dé- [)ravé. Loin de moi, ces idées vagues, ces term.es àa fortune, de nécessité^ de liasard (i), les prin-
suite infinie de lampes, il n'y aura jamais dans cette suite infinie une lampe allumée, s'il n'existe point de feu, si le feu n'enflamme une de ces lampes : le rapport d'un ouvrage régulier avec un ouvrier intelligent , n'est pas moins essentiel que le rapport d'une lampe allumée avec le feu. Supposez, tant qu'il vous plaira, une matière éternelle , toujours agitée et sujette ù (les changements infinis; ses agitations, qui ne seront pas réglées par un moteur, ne produiront jamais rien de régulier ; le sceau de la sagesse ne peut être imprimé que par la sagesse ; le hasard, c'est-à-dire des mouvements qu'aucun moteur ne dirige, ne sauroient le contrefaire.
L'impossibilité de la supposition des athées devient plus évidente , quand on considère qu'il ne s'agit pas d'un seul ouvrage régulier; que l'univers est composé d'un nombre presque infini d'ouvrages , dont le plus petit est aussi ar:;ompli et plus merveilleux que le plus grand, que toutes les parties de ces petits ouvrages ont entre elles , et que tous ces ouvrages ont entre eux un rapport qui ne permet pas de douter qu'une intelligence n'ait fait les uns pour les autres, et qu'ils n'entrent tous dans les desseins d'une sagesse infinie. Réflexions sur l'athéisme^ à la suite de l'ouvrage de Fénelou, sur l'existence de Dieu.
(i) Je serai toujours persuadé , dit Voltaire, qu'un horloge prouve un horloger, et que l'univers prouve un Dieu. Lettre à la suite de sa Métaphysique.
Si je croyois le syst«. me d'Epicure, chaque jour, en examinant le cours du soleil , en le voyant paroîtrc sur notre horizon , et
cipes les plus clairs m'oul forcé de remonler à une ''première cause , à un premier èlre, source de toute perfection , intelligente et libre, souverainement sage , souverainement parfait, et rien ne sera plus capable de m'en séparer.
III. Mais, qu'entends-je ? quelle voix s'élève et s'empresse à confondre toutes mes idées et à accabler ma raison? Ce tableau de l'univers :, me dit un disciple d'Épicure , cet ordre , ce spectacle que tu admirois il n'y a qu'un instant , est-il le même dans tous les lieux et dans tous les temps?
Puis il me fait l'énumération de tous les accidents qui pai'oissent déranger le système du globe
s'acheminer à grand pas vers les antipodes, je m'écrierois : Je te salue ^ ô hasard éternel, dcrangement incompréhensible ^ con- Jiision admirable qui maintient l'ordre et l'arrangement ! Souffre que je te rende les homtnases que d'autres mortels ai'eugles rendent à un Dieu tout bon , tout puissant et tout sage. Lettres juives , Ictt. 28.
Dieu n'a jamais fait de miracles pour convaincre les athées , parce que ses ouvrages doivent suflire. Il est vrai qu'un peu de philosophie fait incliner à l'athéisme ; mais un plus grand savoir dans la philosophie ramène l'esprit à la connoissance d'un Dieu. Celui qui considérera les causes secondes séparées et désunies pourra s'y borner, et n'aller pas plus loin ; mais s'il les observe liées et enchaînées les unes aux autres , il est force' d'avoir recours à une sagesse infinie qui a créé le tout , et qui eu maintient l'arrangement; enfin il est obligé de reconnoîLre un Dieu. Bacon, Essai de politique et de morale , 1'^'^ pari. , chap. \u ^ de l'athéisme.
( ^53 ) cpic nous habitons , conspirei' contre notre blenotre, et renverser suivant lui les idées que nous nous faisons Je la sagesse et de la bonté du créateur.
De ceDieusi puissant, iVcr/t-M/, voilà donc le chef-d'œuvre (i).
Tl cite fièrement ce Dieu à son tribunal, et ose lui demander compte de ses œuvres. Téméraire mortel, est-ce donc à toi à t'ériger en juge du créateur de l'univers ? parce que tu es parvenu à eu connoître imparfaitement quelques parties, tu prétends juger de l'ensemble. Ces irrégularités qui te choquent, une main sage les fait tourner à ton profit , de même que l'art , dans les maladies qui menacent ton existence , empi'unte le secours de ces poisons qui croissent à côté de la plante qui te nourrit. Et sans doute il en est ainsi des objets sur lesquels notre vue faible et bornée ne peut s'étendre; ils renferment sans doute en eux des raisons secrètes que de nouvelles lumières nous feroient apercevoir, et que le peu que nous savons nous force d'y supposer. L'univers est un tout; c'est un système complet formé d'une suite innombrable de différents êtres parmi lesquels ce jîetit nombre qui est soumis à ma connoissance ou à mes recherches n'est qu'un point que je ne puis
(i) Louis Racine, Poème de la religion. Le passage où se trouve ce vers , et qui s'applique parfaitement à mon sujet , est un des plus beaux de cet excellent ouvrage.
d'ailleurs me flaller de connoÎLre en lui-même. Cet assemblage , presque infini , renferme d'un objet à l'autre une inlinité de rapports qui écbappent à mon esprit, trop faible pour pouvoir les saisir et les comprendre. Ce qui n'est ])as propre à un éti'e eu particulier, convient souvent à une quantité d'autres; d'ailleurs tout se succède, tout se développe, chaque cbose a ses révolutions, ses accroissements , son point de perfection dans les opérations de la nature; la vie naît de la mort, comme disoit un ancien philosophe (i), pour marquer que souvent un certain état, une situation particulière en amène une autre bien différente. Que de choses qui étonnent, qui effraient un esprit simple et borné, et qui s'expliquent aux yeux du sage ! De même aussi que d'effets qui nous surprennent maintenant, et qui cesseroient de nous agiter, si nous en savions la cause , et si en jugeant d'un tout tel que l'univers, nous étions à portée de le considérer , non par rapport à un certain espace de temps, ni dans les plus petites de ses parties, mais de manière à pouvoir en embrasser tout le système et en apercevoir d'un coup d'œil tous les développements !
Admirons donc en ceci combien nous nous aveuglons nous-mêmes en nous livrant sur de semblables objets à un esprit de critique et de partialité.
(i) Platon, clans le Phédon.
A no suivre que les lumières tlo la saine raison, tout tlevioit nous dicter que dans un ouvrage où il brille \ tant de sagesse, il doit y en avoir même dans les choses où il en paroît le moins, et que par conséquent, tout bien considéré, ce monde ne pouvoit éti-e Aiit avec plus d'intelligence (i). Il n'arrive cependant que trop souvent que nous faisons tout le contraire , et , sous prétexte de quelques imperfections que l'on s'imagine y trouver , on conclut hardiment qu'il est indigne d'une sagesse infinie. Mais, encore une fois, est-on bien assuré qu'il n'y a ni intelligence ni dessein dans ces défauts prétendus ? Ce que nous croyons inutile ne pourroit-il pas avoir ses usages? Ce que nous jugeons nuisible ne seroit-il pas nécessaire par quelques endroits? Sommes-nous placés assez haut dans la nature pour juger sûrement de ses diverses parties? En un mot, n'en seroit-11 pas ici comme des sujets mécontents dans un état? ils blâment la conduite du prince, I, parce qu'ils ne voient que le dehors des choses, f qu'ils ne sont pas à portée d'en savoir les secrets
(i) Plus le monde vieillit , plus on étudie la nature, plus on apporte d'exactitude dans les recherches , plus enfin on porte loin les découvertes , et plus les arguments tirés de la perfection exquis^e et de l'ordre admirable qui régnent dans tous les ouvrages du créateur, acquièrent de force et d'autorité , lorsqu'on les fait servir à démontrer sa sagesse. Clarke , Démonstraiion de l'existence de Dieu , 12™^ prop.
ressorts ou d'en j)énétrer les motifs, et qu'ils veulent même fermer les yeux sur ce qu'ils en savent. Plus éclairés et moins prévenus, ils en jugeroient autrement.
J'en reviens donc à mes principes : ce qui me surprend ( /iV. I et II , c. iv , et 5^ princ. ) , ce qui m'erabarasse et que je ne puis m'expliquer ni comprendre, ne m.e fera pas nier ce qui est évident. Il existe un être nécessaire, indépendant, unique soui'cede toute perfection, absolument, infiniment pai'fait, un être par conséquent souverainement sage. D'un autre côté, ces caractères si évidents d'intelligence et de sagesse que j'aperçois à chaque instant dans presque tous les objets qui m'environnent , suiEsent pour me faire juger par une parité de raison toute natui*elle des choses que je ne conçois pas : ainsi , tout ce que je pourrois objecter ensuite peut bien m'étonner, mais il ne sauroit détruire en moi cette première conviction que les vérités les mieux établies y ont fait naître.
CllAPlïUE HUITIEME.
De la justice ou rectitude de Vêtre absolument ■parfait.
I. 1 . Cette souveraine sagesse , qui appartient nécessairemeut à l'être suprême, à l'unique source Je toute perfection , cette bonté que, par une suite des mêmes reflexions , j'ai reconnue dans lui , me prouvent déjà en quelque manière sa rectitude , sa . justice , c'est-à-dii-e cet amour constant de l'ordre et du vrai (c^. i5)par lequel on est porté pour tout ce qui est un bien réel , et on est opposé à tout ce qui est un vrai mal, en sorte qu'on procure l'un et l'on écarte l'autre , autant que cet ordre universel, la nature des choses et leurs rapports mutuels le comportent.
Qu'un amour tel que jevîfens de le dire se trouve dans le souverain être , c'est de quoi je ne saurois douter lorsque je considère que c'est en quelque uranière le fondement, le centre, et comme le point indivisible de réunion , à l'égard de presque toutes les autres perfections; c'est ce qui les anime, c'est ce qui les vivifie : cet amour, si vaste, si grand, si noble, se rencontre jusqu^\ un certain point dans