TOME
la ciTatun; même : plus nous connoissons l'orcho , plus nous l'aimons; si quelquefois des pcnchanls trop aveugles nous en écartent , nous sentons une peine secrète, une affliction intérieure qui naît des repi'oches de la raison; livrés à toute la fougue des passions, nous ne pouvons du moins nous empêcher d'estimer, de respecter eneoi'c celui qui nous paroît pénétré de cet amour : en un mot, connoîtrtî l'ordre et le vrai, le suivre , l'aimer, s'y attache r constamment, ne forme, à bien dire, qu'vine menie perfection dont on ne peut rien retrancher sans en aflbiblir , sans en détruire toute l'idée.
Cette perfection réelle dont la réflexion , dont la raison nous donne une notion si exacte, et que nous sommes capables de posséder dans quelque degré ; cette rectitude , cette justice, cet amour de l'ordre enfin , se trouve donc en effet de la manière la plus excellente dans le souverain être; il est en lui comme le sentiment, l'amour de sa propre ])erfection , et le principe de sa félicité même; il y est essentiel , immuable , puisqu'il n'y a rien dans l'être nécessaire qui n'existe pas dans une nécessité absolue [ci-dessus, c. ii , 11).
2. 11 est vrai que par cette même essence qui lui est propre, il est souverainement libi-e, mais c'est d'une liberté parfaite qui ne déroge en aucune manière à sa nature, qui ne s'étend point aux choses contradictoires, impossibles, et qui n'empêche pas que l'être absolument parfait n'aime et ne suive
( 25c) ) nécessaivemcnt rovtlio , le vrai (i) , et qu'il ne possède csseiiLiellemeut el dans le plus haut degré, tout ce qui est du ressort de cette même perfection.
(i) Dieu rtoit libre, sans cloute, de créer ou de ne pas créer un animal tel que l'homme, c'est-à-dire un être composé d'un corps organisé , et d'une amc susceptible d'intelligence et do raison ; mais s'étant déterminé à produire cette nature intelligente et raisonnable, il ne pouvoit pas lui prescrire ce qni .^îit été contraire à la raison mêmej il en est ainsi de tout le reste , à prendre toutes choses dans le sens le plus strict que l'on puisse imaginer. On peut dire même que s'il avoit été plus parfait {>ar rapport à l'entendement divin, de créer l'homme que de ne pas le créer. Dieu, par la perfection de sa nature, n'auroit pas pu ne pas le créer ; mais comme il n'a essentiellement besoin d'aucune chose extérieure , et qu'il trouve toute perfection en lui , il n'a pu se former de la part de l'être suprême que des déterminations entièrement libres par rapport à la création de tels ou de tels êtres , quoiqu'il ait dû s'ensuivre par sa souveraine rectitude , des choses qu'il ne pouvoit plus ne pas fiiire lorsque cette création se trouvoit une fois déterminée. En un mot , ii ne faut pas oublier qu'il répugne de la manière la plus manifeste à la nature d'un être souverainement parfait, qu'on puisse lui appliquer dans aucun cas , ce qu'un poète fait dire à une foible mortelle qui, par là, s'accuse en quelque sorte elle même : je vois le meilleur parti , je l'approuve et je prends le pire - ' • '
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OviUK, Mttam., 1.
De tout ceci , il suit évidemment que Dieu a ses lois , non une loi proprement dite qui dépende d'un supérieur, mais une loi
( 26o ) 3. Tollo csl]ix sainteté, qui n'exprime ici autre rliosc que cette rectitude prise dans toute son éten-
(lu'il trouve dans ]a perfection même de sa nature, et qu'il suit invari:>l)lcmcut, parce qu'il est souverainement parfait. C'est ce (iii'a très bien observé Montesquieu : Les lois , dit-il , dans la sis'ii'icalion la plus étendue, sont les rapports nécessaires (lui dérivent delà nature des choses; et dans ce sens, tous les êtres ont leurs lois , la Divinité a ses lois, le monde matériel a ses lois, les intelligences supérieures à l'homme oui leurs lois, les ])Ates ont leurs lois, l'homme a ses lois.
Ceux qui ont dit qu une Jtitalilé aveugle a produit tous les effets que nous -voyons dans le monde , ont dit une grande absurdité • car quelle plus grande absurdité qu'une fatalité aveugle qui auroit produit des êtres intelligents?
Il y a donc une raison primitive : et les lois sont les rapports qui se trouvent entre elles et les différents êtres , et les rapports de ces divers êtres entre eux.
Dieu a du rapport avec l'univers , comme créateur et comme conservateur; les lois selon lesquelles il a créé, sont celles selon lesquelles il conserve. Il agit selon ces règles, parce qu'il les connoît; il les connoît parce qu'il les a faites ; il les a faites parce qu'elles ont du rapport avec sa sagesse et sa puissance.
Comme nous voyons que le monde formé par le mouvement de la matière et privé d'intelligence subsiste toujours, il faut que ses mouvements aient des iois invariables ; et si l'on pouvoit imaginer un autre monde que celui-ci , il auroit des règles constantes , ou il scroit détruit. Esprit des lois , liv. I , chap. i.
Ajoutons ici que, quoiqu'on observe dans le monde plusieurs choses qui étoient arbitraires dans leur institution, quoiqu'elles cessent; de l'être dans leurs suites ( Voy. chap. v , i , 3j, elle* ont toutes néanmoins un rapport essentiel avec cette raison primitive, cette sagesse de l'être suprême, en ce qu'elles sont des elï'cts et des preuves de rcxcrcice même de sa liberté.
due, sans cepcndaulquc ro])j)osiliou ;iiiinal([u'fllc' l'eu terme , soll accoiuj)agiu;c de liainc , de trouble et de passion.
4. Telle est encore la véracité, qui est une partie essentielle de la sainteté, et qui ne permet jias d'en imposer par de vaines illusions , de faire naître ou même d'autoriser l'erreur et le mensonge : et combien en effet la tromperie , la fraude , la fausseté même , en tant qu'elle naît simplement de l'erreur, ne dégradent elle pas un être intelligent î elles y marquent du moins de la légèreté , de l'ignorance , ou des besoins et de la foiblesse : que c'est avec raison que nous admirons pai'nii les bommes ceui qui , éclairés d'ailleurs autant qu'ils peuvent l'être , ont fait de leurs lèvres comme le siège de la plus pure vérité, et qui par là ont mérité le pi'écieux titre d'hommes vrais ! eux seuls j)euvent obtenir toute notre estime et toute notre confiance. Qu'y a-t-il, en un mot, de plus contraire à la nature des choses, à une science pleine et entière , à l'amour souverain du vrai, que tout ce qui est faux, et opposé à cette véracité dont nous venons de parler. Craindrons-nous donc que l'être suprême, qui renferme dans le plus liant degré toute perfection et qui en est l'unique source , que cet être qui sait tout, qui peut tout , manque d'un attribut qui découle si nécessairement de sa rectitude ?