Ajoutons enfin , comme renfermée essentielle
iiK'iit dans le même principe , la bonté , qui rend un être bienfaisant, qui le remplit de miséricorde , de clémence , sans que pour cela il cesse en aucune manière d'être juste.
G. A cette rectitude, à cet amour souverain de l'ordi'e et du vrai , on peut encore ramener la prudence , en tant que nous la considérons ici comme une perfection qui dirige un être intelligent et sage (i) à rechercher en dernier ressort la meilleure fin possible , et, ce qui fait partie de la véritable sagesse , à la rechercher par les moyens les plus convenables (c/i. vi, I). Peut-on, en effet, connoître le vrai au suprême degré , peut-on aimer le bien dans le degré le plus parfait {ci-dess., c. 6), et avoir en sa puissance des moyens capables de procurer celui qui est le plus grand , le plus convenable , sans y rapporter comme au dernier terme ses o|)érations ? Nous nous apercevons nous - mêmes qu'il manque presque tout à la bonté, à l'excellence de notre conduite , lorsque nous laissons de côté une fin plus excellente que nous pouvions obtenir , pour nous proposer uniquement et en dernier ressort un but qui soit au-dessous. Quelle majesté, quelle dignité, pourroit-on concevoir dans un être raisonnable, s'il est destitué de la prudence , telle que nous la concevons ici , et de toute
(i) Voy. Cumberlaïul, Traité philosophiijue (ks lois nul. cliap. V, § 20
•lUlrc vitLu ic'ijléc par lu prudence':' Ce u'esl plus là liu luuius celclre qui renferme dans le degré le plus éniiiienl, louL ce (ju'il y a de perfection; on n'y retrouve plus cet amour souverain de l'ordre et du vrai, on n'y reconuoît ]>lus celui qui renlerme comme unique principe tout ce qu'il y a de plus grand, et, pour tout dire enfin, on n'y reconuoît j)lus l'être absolument infiniment parfait. Concluons donc que la prudence , telle que nous l'avons définie, est aussi essentielle, aussi propre au souverain être qu'aucun autre attribut.
II. I . Mais les difficultés dont je parlois il n'y a qu'un instant, ne sont-elles donc pas suffisantes pour me laisser du moins dans quelque incertitude? car enfin, s'il y a dans la Divinité un amour si nécessaire, si constant pour l'ordre et pour le vrai , comment se fait-il qu'il y ait ici-bas tant de désordx'es, et qu'on y voie régner la peste , la gueiTC , les erreurs , et les crimes ( i ) ?
2. Ces objections sont bien carpables d'efîVayer, mais d'un autre côté les vérités que je viens d'établir sont si bien démontrées , qu'elles ne peuvent recevoir aucune atteinte. J'irois contre l'évidence
(i) Quoique je n'aie point encore jjarlé dp bien et du mal moral, comme il ne s'agit ici que de répondre à une objection que l'on peut faire contre la vérité que nous venons d'établir, je suppose volontiers dans cet instant les idées de vertu et de vice , dont nou« t;.\amiuerons par la suite la réalité.
môme , si je rcfusois Je les admetlre , cl si je me laissois abalLrc par des mystères que je ne saurols en! ièrement expliquer. D'ailleurs ce que je me suis (lit (c. \n, IV , 2 de la note qui est à la fin , «". i ) , il n'y a qu'un moment , retrouve également sa place à la suite de ces difficultés. Ce qui me paroît un désordre a sans doute dans les lois de l'ordre général sa cause, son principe, qui serviroit à me l'expliquer, si mon entendement pouvoit embrasser le système universel et presque infini de tous les êtres, et leurs diflerents rapjiorts; si je pouvois reprendre la création dès son commencement; si je pouvois connoître les divci-ses périodes par lesquelles ce grand tout a dû passer ; si je pouvois envisager du même coup d'œil ses développements, ses révolutions et ses suites ; et surtout si je pouvois connoître les essences des choses, la nature et le caractère nécessaii'e des êtres ci-éés. Car enfin des créatures essentiellement imparfaites peuvent-elles , même entre les mains de l'ouvrier le plus parfait , jn'oduire un assemblage, un système si complet qu'il ne s'y rencontre pas le moindre vice, le moindre défaut , ni intérieur ni appai'ent ?
Quelles combinaisons, quelle étendue de connoissance ne faudroit-il pas , pour oser déterminer quel étoit le meilleur parti possible qu'il y eût à tirer de la création ; pour savoir même si les maladies , les pestes, les guerres, ne rentrent j^as dans un ordre général iufînimcnl digne de la sa-
gesse du créateur. i)iv{) sais-jc :' pcut-clre le monde se peuploioil lro[> vite, Ks nouvelles {générations qui Juivcnl se sueeétler se tronveroienl hienlÔL rcnrermées dans un cercle Uopétroil, la Icrre ne seroit plus assez vaste pour les contenir , et cependant sa grandeur, sa durée, sont pcut-élre déterniijiées par une proportion nécessaire à l'égard des autres mondes qui l'environnent. D'un autre coté, que savons-nous s'il: n'y a pas pour l'homme quelque avantage secret à ce qu'il éprouve ici- bas des calamités, des peines et des traverses? peutêtre ne dépend-il que de nous d'en tirer des secours , comme nous avons dit , il y a quelques instants , qu'on en tiroit des poisons mêmes : peut-être enfin, si nous pouvons étendre nos counoissances , ne sera-t-il pas au-dessus de nos forces de découvrir quelques-uns des l'apports que ces choses peuvent avoir avec notre véritable bonheur. 3. Souvent l'erreur règne parmi nous; mais ne snffit-il pas pour justifier l'être suprême, qu'elle ne puisse lui être attribuée comme à sou auteur , qu'elle naisse des bornes de nos connoissances , de la précipitation de nos jugements ; qu'il ne l'autorise en aucune manière, qu'il nous présente même, dans la raison qu'il nous a donnée, des ressources , pour que nous puissions corriger les premières impressions que font sur nous l'habitude , l'exemple , les rapports incertains de nos sens, et les fantômes de notre imagination {là', i, c.iv,