‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantesChapitre 59 sur 76 · GG · texte numérisé non relu

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m, 3); pour que nous nous pénétrions au moins du désir et do l'amour du vrai , et pour que nous apprenions à douter toutes les lois que nous en savons trop peu ])Our affirmer.

Si d'ailleurs il y a parmi les hommes des êtres qui ne sont pas susceptibles de certaines connoissauces, qui ne savent, à bien dire, ce que c'est que vérité, ni par conséquent ce que c'est qu'erreur, qui, en un mot, semblent n'être conduits que par une sorte de sentiment ou d'instinct, pourquoi craindrions-nous de nous en reposer à leur égard sur la sagesse et la bonté du souvei'ain être , qui sait sans doute mieux que nous dans quelle classe ils doivent être placés, à quoi il les a destinés, dans quel tems , comment, et par quelle voie il veut qu'ils y parviennent.

4. Ce qui nous effraie le plus, ce sont les crimes qui inondent en quelque sorte la terre; je ne sais si le mal moi-al est un simjjle défaut, une simple privation d'une rectitude qu'on devroit avoir , un manque de conformité à une règle qu'on devroit suivre, ou s'il renferme en lui quelque chose de plus positif, mais enfin je ne saurois l'attribuer qu'à l'imperfection de la créature : l'idée de la liberté qui est en nous suppose un pouvoir naturel de se tourner vers le mal , tout comme de s'abandonner au bien. Pourquoi n'avons-uous pas une liberté plus parfaite? je l'ignore. Quoi qu'il en soit , par notre imperfection naturelle , il est

très possll>l(' ({u'ahusaiit d'une lilxTtr qui , pi-isc ou elle-même, est iutlillereuLe àhi vertu comme au vice , et qui d'ailleurs peut contribuer à la gloire (lu souverain être, nous nous en servions à commettre actuellement le mal. Pour bien juger des inconvénients d'un tel abus, il faudroit avoir des lumières assez étendues pour balancer ces désavantages avec les avantages qui résultent de l'existence d'un être tel que l'homme. Peut-être aussi y a-t-il au-dessus de nous et par degrés des intelligences plus parfaites; en un mot l'ordre et la beauté de l'univers (i) , aussi-bien que la manifestation de la sagesse infinie du créateur, demandolentsans doute qu'il y eût dans le monde divers ordres de créatures , dont les unes par conséquent fussent moins parfaites que les autres; de là découle en quelque manière la possibilité du mal , encore que le créateur soit souverainement bon.

Mais, pour en revenir constamment aux principes que je me suis formés, les idées les plus claires, les vérités les plus incontestables m'ont porté à conclure l'existence d'un être nécessaire , unique source de toute perfection, absolument, inlinimenl parfait. Il m'est aussi évident qu'il y a un Dieu , que je suîs assui-é de ma propre existence (2). Je connois clairement que Dieu ne sauroit êtrepropre-

(1) ClaiLe, \D^'- j>rujjosiiivn.

(2) Philosu/hic du don scm , loiu. n , rc'll. 4.

mcnl l'auteur du raal, et que s'il le permet, il faut que cela soit nécessaire , ou même que ce soll saus cloute pour en tirer un plus grand bien. Le re^e ne m'inquiète plus. Car s'il y a encore mille choses que je ne puis comjn'endre , elles ne doivent pas nie faire rejeter celles dont j'aperçois évidemment la vérité (/fV. I, ch. ii, 4' et 5^ princ). ' , - .(

aiAlMTUE NEUVIi:i\lE.

De la dernière fin que Dieu s'est, propos/e dans ses oui' rages.

T. Aprks m'étre pénétre de l'existence d'un être iniiniinent parfait, d'un créateur souverainement sage, souverainement bon , qui aime et suit nécessairement l'ordre , et qui renferme en lui cette prudence qui dirige à reclierclier en dernier ressort la meilleure fin possible, et par les moyens les plus convenables , il ne me sera pas difficile de découvrir maintenant quel est le but vers lequel un être si parfait dirige toutes ses opérations , quelle est la dernière fin qu'il s'est proposée dans ses ouvrages.

Eh ! quel autre objet auroit-il pu envisager par rapport à ses créatures (i) , et en particulier à l'égard des êtres intelligents, que sa gloire, jointe à leur propre perfection et au bonheur dont leur nature, dont leur état et leur destination, par rapport au tout dont ils font partie, les rendent sus-

(i) Burlamaqui , Principes du droiL nat. , •2™'- partie , clinp. Il , § 3.

coptiblcs ( 1 ). Ces deux vues se eombinent et se réunissent parfaitement; car je n'entends ici par la gloire de Dieu {^déf. 20) que la manifestation extérieui'c de ses perfections, lesquelles consistent sur toutes clioses dans l'amour du vrai , de l'ordre et du bien univei'sel; de manière que plus les créatures pourront toutes se rapprocher, selon leurs forces et leur constitution , de ce qui forme l'excellence de leur nature, et de ce qui peut procurer leur bonlieur pris dans un juste rapport avec les idées de l'ordre en général , et plus elles seront propres à glorifier en elles leur créateur.

II. J'avoue que, comme être nécessaire indépendant et infiniment parfait , Dieu se suffit à luimême : tout ce qui est en lui y est immuable, essentiel ; il tire de son propre fonds une gloire in-

(i) Nous l'avons déjà observé plus d'une fois , il ne faut pas considérer seulement chaque être en particulier, ni pour un certain temps ; nous aurions lieu de nous plaindre alors de ce que nous ne sommes pas plus heureux; mais il faudroit pouvoir envisager les développements du tout , et nous reconnoîtrioiis alors que tout est proportionné , que tout va par degrés dans le système général , et qu'en un mot tout y est conforme à l'ordre et à la fin que Dieu s'est proposée. Tout ce que nous avons dit jusqu'ici sur la Divinité , est dans le rang des vérités nécessaires , c'est-à-dire des propositions qui ne sauroient être différentes de ce qu'elles sont; autrement il faudra refuser d'admettre l'existence d'une première cause qui renferme essentiellement et dans le plus haut degré toute perfection , ce qui est contredit par les idées les plus distinctes.

dépendante {^ii(''J- ' <))<[ni résulte de sa. ])lf'înilude, de sa perfection , cl le rend par loi-même souverainement heureux. En un mot , il n'avolt pas besoin, pour être cssenliellenutit lout ce qu'il est , de créer l'univers qui ne peut rien ajouter à la grandeur et à l'excellence de sa nature.

Mais dès là qu'il s'est déterminé, par le seul acte d'une volonté entièrement indépendante, à produire hors de lui une suite , une succession d'êtres , il a dû, comme souverainement parfait, se proposer une fin digne de lui, et qui ne déi'Ogcât point à ses divines perfections (ci-^<?5^. , ch. viii, I, 3) en les dirigeant en dernier ressort vers quelque objet qui fût au-dessous d'elles. Or cette fin digne de Dieu ■ne peut être que Dieu même (i), c'est-à-dire que ,

(i) Nous ne pouvons pas douter que cet être si parfait ne s'aime, puisqu'étant juste, il doit un amour infini à son infinie perfection. J'en conclus que si cet être faisoit quelque ouvrage hors de lui , sans le faire pour l'amour de lui-même , il agiroit moins parfaitement que les êtres imparfaits qui agissent pour l'amour de lui. L'on voit des hommes, qui sont ces êtres imparfaits , se proposer l'être parfait pour fin de leurs ouvrages. Si donc l'être parfait se refusoit injustement ce rapport de ses actions à lui-même, qui se trouve dans les actions des êtres imparfaits, il agiroit moins parfaitement que ces êtres, ce qui est

visiblement impossible Il se doit tout , il se rend tout ,

tout vient de lui , il faut que tout retourne à lui , autrement l'ordre seroit violé. Dès que nous reconnoissons que l'être infiniment parfait a tiré du néant les hommes , nous devons rcconnoître que cet être les a créés pour lui; s'il agissoit sans

par rapjxirl à ses ouvrages , il a dû se proposer de niauifesler cxtdrieurcmeiit ses atlribuls , en sorte que l'assemblage de ses créatures pût servir à faire reconnoîLre, du moins dans les parties principales de ce grand tout, qui sont soumises à nos lumières, sa puissance, sa sagesse, sa bonté, et sa justice, et que les êtres doués d'intelligence et de raison pussent rendre liommage à toutes ses perfections , et concourir , selon les différents ordres plus ou moins élevés dans lesquels ils sont placés , selon leur nature et leurs forces, à les publier, à les annoncer , acquérant pour cette fin , autant qu'il est en eux , le degré de bonté qui convient à leiQ* constitution, ainsi qu'à leurs rapports avec le tout. De là naît en effet un ordre , un bien universel (1). Par là se manifeste réellement la sou-

aucune fin , il agiroit d'une façon aveugle , insensée , ou sa sagesse n'auroit aucune part. S'il agissoit pour une fin moins haute que lui, il rabaisseroit son action au-dessous de celle de tout homme vertueux qui agit pour l'être suprême : ce seroit le comble de l'absurdité. Concluons donc, sans craindre de nous tromper , que Dieu fait tout pour lui-même. Fénelon , OEuvres philosophiques ^ tom. II.

(i) Comme Dieu est souverainement parfait, on doit être assuré ( dit Cumberland ) qu'il veut rechercher une fin qu'il a jugée la plus excellente , toutes circonstances bien pesées. Il ne sauroit y avoir aucune raison pourquoi il s'arrêteroit à quelque chose de moindre. Or une volonté souverainement parfaite ne peut agir sans raison, beaucoup moins encore contre les lu-

( 273 ) vcraliie |KM'{cch()ii du créateur; par là enfin Icà créatures pourront acquérir le bonheur dont leur nature , dont leur état les rendra susceptibles, et que la bonté du souverain être tend à leur procurer. ' • ' ' • ' ■'' ' j -.1 i

m. Mais il est encore à propos d'observer , poui' mieux développer par la suite les conséquences qui résultent de tout ce que nous venons de dire, que, selon les idées que nous avons exprimées par les termes d'intelligence , de sagesse et de prudence {déf. i3 , i5 et 18) , si un être doiîé de ces perfections veut pi'écisément et directement une certaine fin , il doit vouloir aussi les moyens qui , toutes circonstances bien pesées ( 1 ) , peuvent servir le plus naturellement à y conduire ; et celui par conséquent

mières de la laison; et , quoiqu'il n'y ait ici aucun lieu à Vobligation d'une loi proprement dite , et qui vient de la volonté d'un supérieur, la perfection essentielle etinvariablede cet être souverain, le détermine infiniment mieux et plus constamment à suivre les lumières de son intelligence infinie, à laquelle rien n'est caché. Car il implique contradiction que la même volonté soit divine , ou très parfaite , et qu'elle ne s'accorde pas aven les lumières d'un entendement divin. De legihus natiirœ ^ chap. V, 19.

(i) J'ajoute ces mots, toutes circonstances bien pesées , parce que dans des êtres inférieurs le choix des moyens peut dépendre en grande partie de la nature et des forces de l'agent, en sorte que ce qui seroit un moyen convenable pour tel être , ne le seroit pas pour tel autre.

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