‹ Essai sur les vrais principes, relativement à nos connoissances les plus importantesChapitre 65 sur 76 · CHAPITRE SI^GOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SI^GOND

Dit prctm'cr rapport de l'homme, avec le souverain être.

TIn roconnoissant un premier être , créateur <\v l'univers, et unique principe de mon existence, j'ai tlù connoître tout à la fois , et par une conseil iience nécessaire, que c'est de lui que je suis essentiellement dépendant, et que dépendent ei> dernier ressort tous les êtres qui m'environnent ( liv. in , c/i. II , 1,4, 5 , G , et cil. m , 1,2).

Ce premier rapport avec l'être suprême mérite toute mon attention. En eilet un être indépenilanl (i) n'a d'autre règle à suivre que les conseils de sa propre ra son , mais il n'en est pas ainsi de celui qui se voit dans la dépendance d'un maître, puisque l'assujettissement où il se trouve ne lui permet pas d'cs|)éi'er raisonnablement de pouvoii se procurer un solide bonheur, indépendamment de la volonté de son sujiérieur , et des vues qu'il peut se proposer par rapport à lui; et ce pi-incipe a tl'autant plusd'étendue tît d'effetque la supériorit<'-

(il Principes (Ut droit nul. \"' jiarl. , <'.li.i}>. vin.

( '!)■ ) tic l'un et lu dépendance de ruiitre sont plus grandes , plus absolues , et moins limitées ( /iV, Il , c. VIII, II, 2*. règle, etc. VI, I).

Je dois néanmoins supposer que cette volonté du supérieur n'a en elle-même rien de contraire à la raison qui est ma règle primitive ( liv. II , c. viii , z^.priîic.; ihid, ^e. règle, etc. VI, I, ^) , c'est-àdire, qu'elle doit s'accorder avec ce qui forme l'excellence de ma nature ; en tant qu'elle dirige mes actions, elle doit avoir quelque proportion avec mou bonheur, puisque c'est une fin que je recherche nécessairement (/iV. II, ch. VIII, ler. prince. Or, en consultant la raison sur la soumission que pourroit exiger de moi l'être suprême, s'il faisoit usage de son autorité , je m'aperçois que , bien loin de se soulever contre une telle puissance , elle me force elle-même à lareconnoître. (i) Je sens que le pi'emier conseil qu'elle me donne, c'est de m'abandonner à la direction d'un tel maître , et de régler toutes mes actions sur ce que je connoîtrai de sa volonté , parce que dans l'état des choses , je vois évidemment qu'il n'y a pas de route jdIus sûre ni plus abrégée pour arriver à la félicité à laquelle j'aspire. En effet , pouri'ois-je, sans*me condamner moi-même (/iV. II , ch. il , 1 , 2 ) , et sans reconnoître dans le cas où il m'en arriveroit quelque chose de fâcheux, que je me suis justement

(i) Principes du droit nul. ^ i"part., chap. ix.

( 2y2 ) attiré \v mal que je souirrirois alors : ])Ourrois-|e (lis-je, ne pas acquiescer à la volonté d'un être dont par le fait je dépends réellement, et qui possède I ouïes les qualités nécessaires pour me conduire à la fin dont je viens de parler. Par sa puissance (/iV. 111 , ch. X, princ. i5 ) , il est pleinement en éta\t de procurer le bien de ceux qui lui sont soumis, et d'éloigner tout ce qui pourroit leur nuire. Par cette science ( ibid. , princ. 1 3 ) , qui lui est propre, il connoît parfaitement quelle est la nature et la constitution de ceux à qui il donne des lois , quelles sont leurs facultés, et en quoi consistent leui's véritables intérêts : souverainement sage ( ibid., princ. 16), il ne sauroit s'éloigner de l'ordre et du vrai dans les desseins qvi'il se forme à leur égard , ni dans le choix des moyens qu'il emploie [)our y arriver. Enfin la bonté (^ibid. , princ. 18) porte un tel souverain à vouloir en effet rendre ses sujets heui'eux, et à diriger constamment à cette fin, comme relatives à sa pi'opre gloire, et liées étroitement avec elle , les opérations de sa sagesse et de sa puissance. Ainsi l'assemblage de cesqualités, réunissant au plus haut point tout ce qui peut mériter l'approbation de la raison, réunit aussi tout ce qui peut me déterminer et m'imposer une obligation , tant interne qu'externe, de me soumettre et d'obéir {ci-dess. , ch. 1, II, déf. 5. etsuiu.) : obligation cepeudant qui n'impose qu'une nécessité morale; car il ne s'agit pas ici d(; détruire la nature

( 3o3 ) de riiommc, et cette même obligation n'empêche pas qu'il ne demeure toujours ce qu'il est naturellement, c'est-à-dire un être inlelligent et libre, en sorte qu'à la rigueur je pourrois actuellement me soustraire aux ordres que m'auroit donnés mon souverain ; mais ce seroit contre l'avis même de ma raison , et , poiu' me servir de l'expression l'ommune , à mes risques et périls.

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