TOME J
( ;ior, )
(li'oil cfMisidcn'' dans ses t;(lcts par rapporl à autrui, LoiiU's les lois (juc par des circoiislances particulières, prises dans la nature des choses, il ne se tiouve ]ias un conflit de droits à peu près semblables, ou tels enfin qiie l'un ])uisse servir raisonnablement à modifier les ellets de l'autre.
Or comme la voix de la raison est la loi de Dieu même {ci-dessus , IV), de cet être souverainement sage et l'empli d'un amour invariable pour l'ordre (/iV. TII , c. X, principes i G et i 7), l'obligation don t nous venons de parler devient encore plus étroite , puisqu'il ne m'est plus possible d'ignorer à cet égard la volonté du souverain législateur.
VII. 1. Ajoutons maintenant, en reprenant le fil naturel de nos conséquences , que toute action honnête, selon l'idée que nous y avons attachée, devient réellement une action y^ufe, par l'obligation parfaite que Dieu nous impose de suivre les maximes de la raison , et d'agir d'une manière convenable à la dignité de notre nature, pour le glorifier , autant qu'il est on nous , et pour notre propre bonheur (/iV. III, c. ix etc. x, princ. 22).
2. Nous pouvons remarquer, en second lieu, que ce n'est pas sans fondement que nousavonsfait consister la vertu , prise relativement à l'homme {cUf. i5 et déf. 1 î) dans la force et l'habitude de se servir de sa liberté , conformément aux maximes de la raison , et aux lois que nous impose la volonté d'un supérieur : cette définition s'accorde très bien
{ :^"7 ) avec nos principes; ilestd'autant j)las convenable que nous considérions le rapport qui osi. entre les règles mêmes de notre raison et la volonté du souverain législateur, de manière que nous établissions la vertu dans une conformité de nos sentiments et de nos actions avec ses lois considérées comme telles, que nous devons nécessairement faii-e attention à cette volonté , quand ce ne seroit que par une suite naturelle de notre juste dépendance {ci-dessus, c. ii). 3. Mais, j'ajoute de j)lus que la vertu et le vice sont des habitudes (i). Ainsi , pourbien jugerde ces deux caractères, on ne doit pas s'arrêter à quelques actions particulières et passagères, il faut considérer toute la suite de la vie et la conduite ordiè^ire d'un homme. Comme ceux-là ne méritent pas le litre de gens de bien , qui dans certains cas particidiers ont fait quelques actes de vertu, de même aussi on ne mettra pas au rang des hommes vicieux ceux qui , par foiblesse ou autrement , se sont quelquefois laissés aller à commettre quelques mauvaises actions ; une vertu parfaite à tous égards ne se trouve pas parmi les hommes; et la foiblesse inséparable de l'humanité, exige qu'on ne les juge pas à toute rigueur. D'un autre côté, comme on avoue qu'un homme vertueux peut commettre par foiblesse plusieurs actions injustes, l'équité veut aussi que l'on reeonnoisse qu'un homme qui aura
(i) Fvinripcs du droit nat.^-?.^'' part., cliap. xi, § i3..
coulractc 1 habiliule de plusieurs vices, peut cepenilaut, ou cerlains cas, faire quelques bonnes actions, reconnues pour telles, et faites comme telles. Ne supposons pas les hommes plus méchants qu'ils ne sont, et distinguons avec autant de soin les degrés de méchanceté et de vice, que ceux de probité et de vertu.
4. J'observerai, en dernier lieu , que tout ce que j'ai dit de la règle qui nous est pi'escrite supposant nécessairement une créature intelligente et libre , il ne faut pas étendre l'application actuelle de la loi même et de ses suites , à d'autres que ceux qui ont actuellement une conuoissance et une liberté suffisante pour la comj)rendre et pour s'y soumettre. w
S'il y a même quelques instants où je ne puisse pas faire visage de mes facultés, il est évident que l'obligation et les elïets qui ont rapport à cette loi ne sauroient avoir lieu à mon égard.