TOME I
une ju'oporLioa prise; dans la nature même des clioses, la subordinalion des parties au tout, sans quoi le tout se trouveroit entièrement divisé |)ar l(;s efforts opposés de ces mêmes parties, ce qui peut nu^-me, par contre -coup, retomber ensuite sur (chacune d'elles, nous devons , non-seulement concilier autant qu'il est possible nos intérêts avec le bien de tous les êtres raisonnables auxquels nous sommes liés , mais nous devons encore subordonner toujours notre avantage particulier à l'avantage général.
Nous ne saurions douter que le créateur, qui est comme le cbef de cette grande société qui peut en un sens embrasser tous les bommes, que l'auteur de tout le système des êtres raisonnables auxquels nous avons quelque relation ju-ocliaine ou éloignée, n'aime cet ordre si admirable [liv. III, c. x , principe 1 7), n'exige que nous le fassions régner autant qu'il est en nous, et que dans tout ce qui peut y avoir quelque rapport, le bien de tous l'emporte sur celiii d'un seul.
4. On peut même supposer alors, comme nous aurons peut-être lieu de nous en convaincre par la suite , que ce bien particulier, opposé au bien généi'al, ne seroit que momentané, qu'apparent, et nullement un véritable bien.
IV. 1 . En un mot, par tout ce que nous venons de dire, il est évident que le développement de la plupart de nos inclinations natui-elles, la raison,
( 339 ) l'ordre, tout nous conduit à un sentiment d'amour^ (lobionvc'illauci; , aui nous lie au créaleur, au tnonarquc , au pore de tous tant (jue nous sommes; qui nous attache à nous-mêmes, qu'il a formés pour sa gloire et pour notre propi'e bonheur, et qui nous enchaîne les uns aux autres par des liens que nous ne saurions nous empêchev de respecter sans nous rendre coupables envei's l'être suprême , dont la charité bienfaisante nous a soumis à un ordre si sage.
2. Ou peut donc établir que la règle générale , la grande règle de nos devoirs, que nous présente la raison, c'est l'amour et la recherche du bien commun de tout le système des agents raisonnables, autant qu'il est en notre pouvoir de le procurer, et en tant qu'il renferme dans une juste proportion ce qui est agréable au souverain être, c'est-à-dire ce qui contribue le plus à sa gloire (i),
(i) Lorsque je renferme dans le bien commun ce qui est agréable au souverain être , ou ce qui contribue le plus à sa gloire , je ne prétends pas que ce qui vient des créatures puisse ajouter quelque chose au bien essentiel du créateur ( "S'oj'ez ZiV. III , chap. IX , II ). Mais comme il ëtoit dans la nature des choses qu'il créât l'univers , et surtout les êtres intelligents pour le glorifier, de manière que ce fût là comme le fondement de tous les autres biens , que d'ailleurs sa parfaite rectitude lui rend de certaines choses agréables , et fait qu'il en désapprouve nécessairement quelques autres ( ZtV. III , chap. vm , I , ei ZzV. IV , cluip. ni , III ) , on peut , avec raison , donner le nom
( 34o ) et ce qui est avantageux à la société humaine eu général, età chacun de nous en particulier, de manière cependant que si l'un de ces devoirs et de ces intérêts se trouvoit pour le moment en conflit avec l'autre, le plus petit, par une subordination naturelle , le cédât au plus grand.
Comme on voit , dans l'oi'dre physique des corps, tous ces êtres liés enti'e eux peser mutuellement les uns sur les autres ( i ) , et tendre encore par une pente commune vers un centre commun, comme on voit, dis-je, naître de ces foi'ces réunies, ce spectacle admirable que nous offre l'univers, cet accord merveilleux de mouvements qui conspirent à une même fin, cette subordination de parties, et en un mot ces développements successifs qui répondentàla dignité du tout, de même, dansl'ordre moral , on voit naîti'e une semblable harmonie d'une bienveillance mutuelle des créatures entre elles, et de leur commune direction vers la Divinité par la piété , la confiance et l'amour.
(le bien à tout ce qui a un juste rapport avec la gloire et la volonté du souverain être , et, par une sorte d'analogie dégagée de toute idée d'imperfection , regarder tout ce que nous venons de dire comme intéressant la majesté divine, non par aucun besoin essentiel qu'elle puisse avoir de nos hommages , mais parce qu'ils sont pris dans la nature des choses et conformes à l'ordre qu'elle aime nécessairement, quoique sans inquiétude , sans trouble , et sans passion ( Voy. CwnberL., chap. v, § 9). (i) Locke, Belig. nat. et moi\, philosophiœ piincipia, tom. I, pag. 43.
1. rius nous nous arivU-rons ici à consulter les lois ilu scnlinicnl, |)lu.s nous y recon!U)lt rons cel t'Lre bicntalsaul ;\ qui lout semble nous raj>[)elei' , et (|ui nous conduilà l'ordre par l'impression même tlu])luisir, lorsque la raison le dirige cl nous éclaire.
2. Il y a uu charme attaché à lout mouvement de l'ame où la bienveillance domine (i) : toute disposition du cœur que la haine, la jalousie, la terl'eur ou toute autre passion affligeante n'empoisonnent pas; tout sentimentde tendresse, d'amitié, de recoanoissance , de générosité , est essentiellement, et par lui-même, un sentiment de plaisir. Aussi tout homme né bienfaisant est-il naturellement gai (2).
3. La haine , au contraire , et toutes les passions qui y prennent naissance , sont nécessairement accompagnées d'un sentiment douloureux par l'idée d'une sorte de mal qui nous afflige dans l'objet qu'on hait ; elles portent même leur poison jusque dans le sang, et, troublant le cours delà transpiration, comme nous l'apprennent les observations de Sanctorius , elles répandent dans toute l'étendue du corps une impression désagréable.