CHAPITRE CINQUIÈME
De la Probabilité,
I. Après l'examen que je viens de faire de ce qui pouvoit servir à assurer et à fixer mes jugements, je désii-erois pouvoir trouver encore , pour ]a pratique , quelqu'autre princij^e de détermination. Lorsque je considère en effet le gi'and nombre d'objets sur lesquels l'évidence ou la certitude se l'efuse à nos reclierches, je sens que ces premières règles ne suffisent pas pour ma tranquillité.
IL Je conviendrai sans peine que , parmi toutes les questions qui partagent nos soins et notre étude, il en est mille où l'esprit se perd en vain. Que m'importe à moi tout ce qui n'a nul rapport à mon état et à mes besoins? que m'imjîorte même de savoir comment et pourquoi existent tant d'objets dont il suffiroit d'ailleurs que je connusse bien l'existence ?
III. 1. Mais c'est au moins sur ce qui est fait pour m'intéresser que je clierclie à m'instruire et que je crains de m'égarer. M'arrêterai - je à de simples présomptions qui , quelquefois même par leur caractèi-e de vraisemblance , ne servent qu'à nous mieux tromper. Je conviens que ces sortes de jH'euves forment souvent une probabilité à ]a-
<|iullf \v iif [mis gurrc nie refuser sans me désuvouer eu (juehjue sorte luoi-niêiue ; dlsous plus, sans risquer considérablement; mais cntin elles laissent toujours la cliose beaucoup au-dessous de la certitude, qui, de sa nature, doit être indivisible.
2. Que l'erai-je alors? quelle sera la règle de ma conduite? m'en ticndrai-je au doute, et n'est-il pas ici le parti le plus sage? Mais quoi ! est-ce là en eflet une règle précise ? est-ce là prendre un parti ? PouiTai-je bien vivre sans cesse dans l'irrésolution ? et puisqu'il est vi'ai de dire que dans le cours ordinaire de la vie humaine, il n'y a point d'entreprise dont l'événement soit infaillible, s'il faut toujours attendre que le flambeau de la démonstration vienne me guider , ne serai-je pas exposé à demeiu'er toute ma vie dans l'inaction? Me laisserai-je doncalors conduire par le liasard ? Vaut-il mieux ei'rer au gi*é du caprice, que de suivre la probabilité, l'unique lumière, le seul guide qui me reste au défaut de la certitude; ou, pour tout dire enfin , ne marcbe-t-on j^as plus sûrement à l'aide d'une foible clarté , que si l'on restoit dans les ténèbres (i) ?