‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi deChapitre 19 sur 125 · François, duc d'Anjou · texte numérisé non relu

François, duc d'Anjou

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héritier de la couronne *. Ce fut le signal d*une crise violente pour les partis et pour la royauté. Bien que douteuse parce que le roi était encore jeune, la perspective d'un successeur huguenot fit courir un frisson d'effroi parmi les masses catholiques. 11 ne s'agissait plus, disait-on avec une terreur sincère ou affectée, de savoir quelle mesure de tolérance serait faite à la nouvelle religion , mais si on ne la verrait pas s'asseoir sur le trône, et , devenue religion de TÉtat, s'armer de la toute-puissance royale contre Tancienne foi du pays. La Ligue, dont les progrès avaient été bornés jusque-là, en fit tout à coup d'immenses; elle pénétra cette fois dans les hautes classes de la bourgeoisie qu'elle parut embrasser tout entière.

Ici se développent dans toute leur grandeur les projets ambitieux de Henri de Lorraine duc de Guise, d'une famille qui avait lié sa f rlune et donné un martyr à la cause du parti catholique ^. Il était l'iline de la Ligue, le chef élu et servi par elle, celui dont elle voulait faire le rival d'abord, ensuite le maître du roi. Joignant l'habileté à Faudace , il savait se faire craindre sans jamais se trahir, et s'élevait à une immense popularité, tandis que la faiblesse et les débauches de Henri Ilï rendaient ce prince pusillanime de plus eu plus impopulaire. Xes doctrines républicaines, que l'indignation produite par l'attentat de Charles IX av^it suscitées et propagées dans le parti calviniste , passaient alors dans les rangs opposés par Teffet du mépris où tombait la royauté présente et des appréhensions qu'inspirait la royauté à venir. On invoquait la souveraineté du peuple et le droit d'élection nationale comme sauvegardes de la foi orthodoxe contre de prétendues connivences avec l'hérésie et contre ravéncnient d'un roi hérétique.

Ce fut cette ciise d'opinion, où le zèle pour l'ancien dogme s'imprégnait de passions démocratiques, qui ouvrit la route et marqua

1. Leé Bourbons étaient issus de Loulâ IX, par Robert, comte de Clermont, son ilnnier flls.

2. Franvoiâ, duc de Guise, père de Henri, tué en 4563 par un geuUlhouime huguenot

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le but à rambiliou des Guises '. Ils visèrent à la couronne , en s'appuyant de titres faux qui les rattachaient à la seconde race , et en prenant un point d'appui plus effectif dans le patronage des droits que le progrès social avait mis, depuis trois siècles, en litige avec la royauté. Us eurent des promesses de restauration pour tous les privilèges , ceux du ck rgé , ceux de la noblesse , ceux des provinces et ceux des villes. Les villes de liberté municipale , qui se sentaient tomber, non sans regrels, sous le niveau de Tadministration, saisirent avidement Tespérance de regagner leurs franchises perdues, et de rétablir leurs constitutions mutilées. Elles s'enrôlèrent à Tenvi dans la Ligue, dont leurs milices composèrent la principale force, et Paris fut à la tête de ce mouvement. Comme au temps d'Etienne Marcel, on vit se former une association de corps municipaux sous

I rinfluence et la direction de la démocratie parisienne ; mais c'était dans un esprit de secte et de division , et non pour le giand intérêt national; c'était pour l'extermination d'une partie des Français, et non pour le salut de tous. En cas de victoire , le résultat de Tinsurrection bourgeoise et populaire devait être une sorte d'assurance mutuelle entre le clergé , la noblesse et les communes contre Tac-

■ tion^du pouvoir royal et le progrès vers Tunité, un régime d'intérêts spéciaux et de morcellement administratif, sous la haute protection de TEspagne, puissance ennemie de la grandeur et de rindépen-

. dance du royaume ^,

4. Les principaux membres de ceUe Tamille étaient le duc de Guise, sesTrèresIe duc de Mayenne et le cardinal de Guise, son fils aine le prince de Jolnville, et ses oncles les ducs d'Aumale et d'Elbeuf.

2. Advenant le cas de la mort du roy sans enfants, les caihoUques, le plus diligemment qu'ils pourront, feront assembler les estais pour parvenir à i'eslection d'un roy cattiolique et ordonner les ioix du royaume pour remettre toutes choses au cours des anciennes loix fondamentales de la France..... H sera très -nécessaire d'adverlir nostre saincl Père le Pape et le roy catholique de toutes nos intentions, aflin de les prévenir, et qu'au besoin Sa Saincleté nous assiste de sa saincte bénéUic- Uou et le roi catholique de ses forces et moyens pour une si saincte cause qui leur touche de près, votre où ils y ont intérest notable et principale delTense.

Le moyen >* 1\l»é et résolu de tenir pour essayer eu ce grand désordre qui menace

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