Depuis la mort de Henri IV
3. Quelque belles paroles qu'il pût prononcer (l'archevêque d'Aiz ), si ne put-il jamais ^aire déparUr notre compagnie de sa résolution de demander conjointement
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Ayant délibéré de nouveau , la chambre du tiers décida qu'elle ne séparerait point ses propositions Tune de l'autre ^ et elle fit porter ce refus par l'un de ses membres les plus considérables , Jean Savaron^ lieutenant général de la sénéchaussée d'Auvergne.
Cet homme d'un grand savoir et d'un caractère énei^que parla deux fois devant le clei^é, et termina ainsi son second discours : • Quand vous vous buttez à l'extinction du droit annuel, ne donnez- « vous pas à connoître que votre intention n'est autre que d'attaquer « les officiers qui possèdent les charges dans le royaume , puisque « vous supprimez ce que vous devriez demander avec plus d'instance a à savoir raboliticn des pensions qui tirent bien d'autres consé- « quences que le droit annuel 1 Vous voulez ôter des coffres du roi a seize cent mille livres qui lui reviennent par chacun an de la pau- « lette , et voulez surcharger de cinq millions l'état que le roi paye a tous les ans pour acheter à deniers comptants la fidélité de ses « sujets. Quel bien, quelle utilité peut produire au royaume l'abo- « lition de la paulette , si vous supportez la vénalité des offices qui «cause seule le dérèglement en la justice?.... C'est, Messieurs, « cette maudite racine qu'il faut arracher, c'est ce monstre qu'il faut a combattre que la vénalité des offices qui éloigne et recule des a charges les personnes de mérite et de savoir, procurant l'avanceû ment de ceux qui , sans vertu bien souvent, se produisent sur le « théâtre et le ti*ibunal de la justice par la profusion d'un prix a déréglé qui fait perdre Tespérance même d'y pouvoir atteindre a à ceux que Dieu a institués en une honnête médiocrité. Par a ainsi. Messieurs, nous vous supplions humblement de ne nous a refuser en à saintes demandes l'union de votre ordre ; c'est pour
lesditetf propositions, parce qu'on voyoit clairement quil y aYoIt de i'artiûce, et que le clergé et la noblesse 8*enten<!K)ient à la ruine des ofDciers et à la conUnualion de la charge et oppression du pauTre peuple, et ne Touloieut point qu'on demandât le retranchement de leurs pensions tant ils faisoient marcher leurs intérêts avant tout* (Relation de Flor. Rapine, p. 183.)
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438 ESSAI SUR L'HISTOIBB
c( le peuple que nous travaillons, c'est pour le bien du roi que nous (( nous portons, c'est contre nos propres intérêts que nous coma battons ^ o
Devant la noblesse, Savaron s'exprima d!un ton haut et fier, et, sous ses arguments, il y eut de Tironie et des menaces. Il dit que ce n'était point le droit annuel qui fermait aux gentilshommes Taccès des charges, mais leur peu d'aptitude pour elles , et la vénalité des ofSces; que ce qu'ils devaient demander plutôt que FabolitioD de ce droit c'était celle de la vénalité ; que , du reste , la surséance de la paulette, la réduction des tailles et la suppression des pensions ne pouvaient être disjointes; que Tabus des pensions était devenu tel que le roi ne trouvait plus de serviteurs qu'en faisant des pensionnaires, ce qui allait à ruiner le trésor, à fouler et opprimer le peuple ^j et il ajouta en finissant : .« Rentrez, Messieurs, dans le et mérite de vos prédécesseurs, et les portes vous seront ouvertes aux a honneurs et aux charges. L'histoire naus apprend que les Romains a mirent tant d'impositions sur les Français', que ces derniers enfin (If secouèrent le joug de leur obéissance , et par là jetèrent les prea miers fondem^ nts de la monarchie. Le peuple est si chargé de « tailles, qu'il est à craindre qu'il n'en arrive pareille chose ; Dieu a veuille que je sois mauvais prophète^ ! »
La noblesse ne répondit que par des murmures et des invectives à l'orateur du tiers état; le clergé avait loué son message en lui refusant tout concours; resté seul pour soutenir ses propositions, le tiers résolut de les présenter au roi. Il en fit le premier article d'un mémoire qui contenait sur d'autres points des demandes de réforme, et il envoya au Lou\Te , avec une députation de douze membres ,