était né le 6 août 1683, et mourut le 18 février
1. Après la mort du duc de Bourgogne , le roi se fit apporter une cassette rempile de ses papiers secrets, qui furent brûlés. II donna cet ordre, non, comme on l'a cru, par dépit et après un complet examen , mats par suite d'une ruse du duc de Beauvil- Hors, qui l'ennuya en lui lisant de longs mémoires sans Intérêt, pour lui ûter l'envie d'entendre la lecture du reste. Une autre cassette contenant des pièces relatives aux choses convenues entre le prince et ses amis fut sauvée par ces derniers. Voy. les Mém. de Saint-Simon , t. XII, p. 987.
3. On connaît le mot du roi après une conversation quil voulut avoir avec Féne- Ion sur ses principes de gouvernement : t J'ai entretenu le plus bel esprit et le plus cblmériquo de mon royaume. • Voy. Voltaire, Siècle de Louis XIV, 1 11, cb. xxxvui, p. 453, édjt. Beuchot
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220* ESSAI SDR L'HISTOIRE
préparait de loin ravénement de la grande communauté une et souveraine de la nation.
Ainsi, malgré ses défauts trop manifestes , la politique de Louis XIV était plus intelligente et valait mieux pour l'avenir que les imaginations spécieuses des réformateurs de son temps ; il comprit quelle devait être sa tâche après l'œuvre de ses devanciers, et il la remplit fidèlement, selon la mesure de ses forces. Qu'on lui accorde ou qu'on lui refuse le nom de Grand qui lui fut décerné par une admiration mêlée de flatterie \ il est impossible de ne pas ressentir rimpression que produit dans Thistoire cette figure de roi^ calme et fièrè, sérieuse et douce, attentive et réfléchie, à laquelle Tidée de majesté répond si bien. Il est même impossible de ne pas regretter par moments le blâme sévère que la justice oblige d'associer aux éloges qui lui sont dus ; et ces moments ne sont pas ceux où son règne brille de tout ce qui fait la splendeur et la puissance des États, mais ceux où le royaume a perdu sa force et sa prospérité , où le monarque^ autrefois comblé de gloire , n'en a plus à espérer que de sa lutte avec le malheur. C'est lorsque, vaincu sur toutes ses frontières par TEurope coalisée, il prolonge ce combat suprême avec une constance inébranlable, s'ouLliant lui-même afin d'épargner au pays les douleurs d'une invasion étrangère, immolant sa fierté et prêt à donner sa v^e pour l'indépendance nationale'. C'est aussi lors-
4. Ce litre, inscrU d'abord sur quelques médaUles frappées ea l'honneur du roi, lui fut , en 1680, déréré soleunellement par l'bfttei de fille de Paris.
1. Voyex les événements du règne de 4708 à 4718, année de la pali d'UtrecbU— Cette eonstance, cette fermeté d'âme, cette égalité extérieure , ce soin toujours le même de tenir tant qu'il pouvoit le timon, cette espérance contre toute espérance, par cou» rage et par sagesse, non par afcuglcment, ces dehors du même roi en toutes choses c'est ce dont peu d'hommes auroient été capables , c'est ce qui auroit pu lui met lier le nom de Grand, qui lui a?olt été si prématuré. (Mémoires de Saint-Simon, t XIII. p. 483.) — Je me sul# toujours soumis à la volonté divine, et lea maux dont il lui platt d'affliger mon royaume ne me permettent plus de douter du sacriOœ qu'elle demande que Je lui fasse de tout ce qui me pourroit être le plus sensible. J'oublie donc ma gloire. (Lettre de Louis XI V à son ministre en floUande C39 t?ril 4709], citée par U. Mignet, négociations, etc., t. !•', IntroducUon , p. xcii. ) — Landrecies no pouvait pas tenir longtemps (Juin 4748). Il fut agité dans Versailles si
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DU TIERS ÉTAT. m
qu'au plus fort de ses revers, il voit, sans se laisser abattre , son fils et ses petits-fils mourir autour de lui * ; ou enfin , lorsque arrivé au dernier terme , il exprime par des mots touchants une admirable fermeté d'âme, un courage sans ostentation qu'il porte jusqu'à l'aveu de ses fautes^.
Outre Téclat que répandit sur ce règne la réunion de tant d'hommes de génie qull n'est pias besoin de nommer; outre sa gloire chèrement payée et ses prospérités passagères, dans toutes les phases de sa longue durée ', en dépit d'énormes fautes, il eut un incontestable mérite, celui d'offrir le premier une forme d'administration complète, embrassant à la fois, sans effort, d'une manière continue^ tous les intérêts matériels et intellectuels du pays. Sous ce rapport, le gouvernement de Louis XIV fit un pas immense en avant de ceux qui Pavaient précédé; il fixa les bases de ce que j'appellerais la constitution administrative du pouvoir; il fut, sauf la liberté politique, l'un des plus grands gouvernements que la France ait eus jusqu'à nos jours \ C'est de lui proprement que datent chez nous les temps modernes pour Taclion régulière de l'État, la sociabilité, les mœurs, la langue et le goût national. A ce point de notre histoire, nous retrouvons une grande partie de ce que nous sommes; au delà, nous avons peine à nous reconnaître. C'est comme un moule puissant dont l'empreinte est restée sur les principaux éléments de notre
le roi se retirerait à Chambord sur la Loire il dit au maréchal d'Harcourt, qu'au cas d'un nouveau malheur, il conToqiierail toute la noblesse de son royaume, qu'il la conduirait à Tennemi , malgré son à^c de soixante et quatorze ans , et qu'il périrait à la têle. ( Voltaire, Siècle de Louis JT/K, ch. xii , t U, p. 100 de l'édilion Beuchot. )
I. Louis, dauphin , mort en 1711 ; Louis , duc de Bourgogne» et son ûls Louis, due de Bretagne, morts en 1712.
S. Voyez Irt Mémoires de Saint-Simon, t XII, p. 483, 485 et 494. — Louis XIV mourat le !«' septembre 1715, trois Jours avant qu'il eût soixante-dii-sept ans accomplis. Son règne avait été de soixante et douze ans depuis la mort de Louis XIll , et de cinquante-quatre ans depuis celle de Mazarin.
8. Je ne parle Ici que du règne personnel de Louis XIV, qui dura , comme on l'a vu, de 1661 à 1715.
4. Voyez VUiitoire générulc de la civilisation en Europe, par M. Guizot, ll« leçon.
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civilisation, littérature, beaux-arts, industrie, ordre civil et forces niilitaires.
Dès lors, on voit le pouvoir, libre dans ses mouveooents , aller du centre aux extrémités, et remonter de là par des voies sûres et faciles. On voit, près de chaque ministère, fonctionner ces bureaux nombreux où se conservent les traditions et où les documents s^accumulent. On voit enfin la prévoyance de l'État se montrer mûre en quelque sorte; il sait ce que vaut le soin de Tavenir, et, sur tous les points, il s'y applique; il institue des compagnies savantes, et s'assure de bons cadres d'ofSciers, il fonde des écoles d'arts libéraux et des écoles d'armes spéciales, crée de nouveaux ports, des arsenaux et des collections scientifiques.
De singuliers progrès vers la grande fusion nationale ont accompagné, sous Louis XIV, les développements nouveaux de la puissance administrative. Considéré sous le point de vue social, l'esprit de son gouvernement fut de tendre par toute sorte de moyens au rappro* chement des classes. D acheva pacifiquement la ruine de l'indépendance nobiliaire, astreignit, sans contrainte apparente, les grands seigneurs à la vie de cour et au service régulier dans l'armée; et partout , même à la cour, fit prévaloir, pour les honneurs, la fonction sur la naissance*. Les maréchaux, qu'ils fussent nobles ou non, passaient avant les ducs; les ministres nés dans la bourgeoisie n'avaient au-dessus d'eux que les princes du sang, et leurs femmes étaient admises à la table du roi'. Dans l'armée, il n'y avait plus,
I. Peu à peu il réduisit tout le monde à servir et à grossir sa cour, ceux-là même dont U faisoit le* moins de cas. Qui étoil d'âge à servir, n'osoil différer d'entrer dan» le service. Ce Ait encore une autre adresse pour ruiner les seigneurs, et les accoutumer à régalité et à rouler pèle • mêle avec tout le monde Sous prétexte que tout
service militaire est honorable, et qu'il est raisonnable d'apprendre à obéir avant que de commander, il assujetUl tout, sans autre excepUon que des seuls princes du sang, à débuter par être cadets dans ses gardes du corps , et à faire tout le même service des simples gardes du corps, dans les salles des gardes, et dehors, hiver et été, et à l'armée. (Mémoires deSaint^imoD, 1. 1111, p. 56.)
S De là les secrétairea d'État et les ministres successivement à quitter le manteau, puis le rabat, après l'habit noir, ensuite l'uni, le simple, le modeste, enfin à s'habiUer
pour les grades, aucune préférence nécessaire de la grande noblesse sur la petite^ ni de la noblesse sur la roture; Tancienneté de service créait le droit à Favancement , et, sauf les cas de mérite signalé ou de faveur particulière, on suivait l'ordre du tableau ^
La vieille aristocratie, écartée généralement des affaires, n'avait plus, conune classe distincte^ ni pouvoir, ni influence politique; la somme de ses privilèges se trouvait réduite à des exemptions d'impôt que le fisc rendait souvent illusoires, au droit exclusif d'admission dans un ordre de chevalerie *, et à des droits seigneuriaux, devenus moins utiles pour elle qu'onéreux pour les habitants des campagnes'. L'un de ses membres , aussi homme d'esprit qu'entêté de l'orgueil de race, appelle le règne de Louis XIV un règne de vile bourgeoisiey paroles dont Tâcreté prouve qu'après RicheUeu et la chute de la Fronde, il s'était passé en France, au profit de l'égalité civile, quelque chose qui, pour les contemporains, avait un air de révolution *.
comme les gens de qualité ; de là à en prendre les manières, puis les aTantages , et par échelons admis à manger arec le roi ; et leurs femmes, d'abord sous des prétextes personnels, comme madame Colbcrt longtemps avant madame de Louvoiis; enfin, des années après elle, toutes, à litre du droit des places de leur mari, manger et entrer dans les carrosses, et n'être en rien différentes des femmes de la première qualité. (Ibid,p 17.)
1. Grands et petits, connus et obscurs, furent donc forcés d'entrer et de persévérer dans le seryice, d'y être un vil peuple en toute égalité, et dans la plus soumise dépendance du ministre de la guerre et même de ses commis. (Ibid., p. 58.) — H fut établi que, quel qu'on pût e:re , tout ce qui scrvoit demeuroit, quant au serrice el aux grades, dans une égalité entière. Gela rendit l'avancement ou le retardement d'avoir un régiment bien plus sensible, parce que de là dépendoit tout le reste des autres ayancements, qui ne se firent plus que par promotions suivant l'ancienneté, ee qu'on appelle l'ordre du tableau. ( Mém. de Saint-Simon, t XIII, p. S7. )
t. L'ordre du Saint-Esprit.
8. Les privilèges des nobles ne sont plus que des ombres et des toiles d'araignées qui ne les mettent à l'abri de rien. Leurs fermiers et leurs terres payent au roi des impôts si excessifs, que tout le revenu du fonds est consumé. Sous prétexte de remédier à quelques désordres qui méritoient sans doute qu'on y eût égard, on a envoyé des intendants dans les provinces qui exercent sur la noblesse un empire insupportable et qui la réduisent en esclavage. Aii^Jourd'hui U faut qu'un gentilhomme ait droit et demi pour gagner son procès contre tm paysan. ( Les Soupirs de la France êêclave, etc.; Amsterdam, 4689, p. 15.)
A. Mémoires de Saint-Simon, 1. 111, p. 818. — De là l'élévation de la plume et de
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224 ESSAI SUR L^HiSTOlRE
En même temps que la noblesse , abaissée sans violence, reculait sur les rangs de la classe moyenne , celle-ci s'élevait d'un élan plus prompt que jamais en capacité, en valeur sociale, en importance dans TÉtat. C'est à elle que profitaient les nouveaux encouragements donnés à Tindustrie et à l'étude; elle développait dans tous les sens ses forces actives et inventives; ses entreprises plus étendues lui créaient des fortunes rapides, et son ambition d'avancer ne s'arrêtait pas devant les plus hautes carrières. Elle obtenait des succès , un crédit, une puissance dont les exemples frappèrent vivement le grand moraliste du siècle. La Bruyère a décrit, avec sa touche inimitable, cette émulation de travail utile , en contraste avec la somnolence d'esprit et l'oisiveté de la haute noblesse *. Sous Louis XIV, presque tous les ministres sortirent de la bourgeoisie'; plusieurs des noms
la robe et l'anéantis^ment de la noblesse par les degrés qu'on pourra Toir ailleurs, jusqu'au prodige qu'on toU et qu'on sent aujourd'hui, ce que ces gens de plume et de robe ont bien su soutenir, en aggravant chaque jour leur jôug; en sorte que les choses sont arrhées au point que le plus grand seigneur ne peut être bon à personne, et qu'en mille façons différentes il dépend du plus vil roturier. ( Ibid , t XII, p. 465.)
I. Pendant que les grands négligent de rien eonnottre, je ne dis pas seulement aux intérêts des princes et aux affaires publiques, mais à leurs propres affaires; qu'ils Ignorent l'économie et la science d'un père de famille , et qu'ils se louent euxmêmes de cette ignorance; qu'ils se laissent appauvrir et mattriâcr par des intendants; qu'ils se contentent d'êlre gourmets ou coteaux, d'aller chez Thaïs ou cbei Phryné, de parler de la meute ou de la vieille meule, de dire combien il y a de postes de Paris à Besançon ou à Philisbourg , des citoyens s'instruisent du dedans et du dehors d'un royaume, étudient le gouvernement, deviennent fins ei politiques, savent le fort et le Taibie de tout un État, songent à se placer, se placent, s'élèvent, deviennent puissants, soulagent le prince d'une parUe des soins publies. Les grands, qui les déJuignoient , |« révèrent : heureux s'ils deviennent leurs gendres. (Les Caractères de La Bruyère, ch. ix. Des grands.)
S. Sur la liste des secrétaires d'État, avant et depuis la mort de llazarin,on relève à la première vue les noms suivants : Bouthillier, Bailieul, Servien; Guénégaud. Pouquct, Michel Le Tellier. Le Tellier de Louvois, Le Teliier de Barbéiieux, Jean-Baptiste Colbert, Colt)ert deSeignelay, Golbert de Croissi, Colbert de Torci, Arnaud de Pomponne, Phélipeaux de la Vrillière, Phélipeaux de Ciiâteauneuf, Le Péletier, Desmarets, Chamitlard. Les chanceliers, comme choisis anciennement parmi la magistrature, ne figîurent pas sur ce catalogue, à moins qu'ils n'eussent débuté au ministère par un autre déparlement que celui de la Justice.
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illustres dans les armes * , et, dans les lettres, tous les grands noms, sauf trois seulement, Turent plébéiens*.
Mais si cette dernière gloire, la plus haute et la plus durable du règne, celle qui le fait compter comme époque dans Thisloire de Tesprit humain, revient pour une telle part au tiers état, une part aussi en est due à Tinfluence personnelle du roi. Non-seulement Louis XIV, conseillé par Colbert, fixa le sort des gens de lettres, en instituant pour eux des pensions régulières; mais, de lui-même, il fit plus, il les honora dans ses bienfaits. Il leur assigna une place à la cour, et mit leur association libre, T Académie française, au rang des grands corps de FÉtat'. Par sa familiarité pleine d'égards avec les principaux d'entre eux, il anoblit en quelque sorte la littérature; et, par sa dignité naturelle , sa justesse de sens et la pureté de son goût, il exerça, sans y prétendre, une véritable action sur elle*. Quelque chose est venu de lui dans cette hardiesse réglée, dans cette parfaite mesure de force et de grâce, de raison et d'imagination, qui est le caractère des chefs d'œuvre de la seconde moitié du xvii^ siècle *.
Le même règne qui mit le sceau à l'unité politique, et porta presque à son entier développement l'unité administrative, a posé les foo-