‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi deChapitre 69 sur 125 · SECTION I · texte numérisé non relu

SECTION I

pAolégomènes; temps antébieurs au xii* siècle '.

I Avilie d'Amiens, à Fépoque où César fit la conquête I de la Gaule, portait le nom de Samarobriva, c'est-àdire, pont sur la Somme ^. Elle était la capitale des ^Ambiani, Tune des tribus de la grande famille des peuples gaulois qui, sous le nom de Belges, habitaient le nord du pays, depuis le Rhin jusqu'à la Marne et à la Seine. Quand il fallut repousser Tinvasion romaine, les Ambiant s'unirent aux peuples qui avaient avec eux une origine commune, et ils fournirent, en Tannée 57 avant notre ère, à Tarmée qu'avait levée la confédération des Belges, un contingent de dix mille hommes. Mais César triompha de cette ligue puissante; il dissémina ses troupes dans les villes et sur le territoire des Belges, et, à plusieurs reprises, des légions furent cantonnées à Samarobriva. Tels sont les premiers souvenirs historiques qui se rapportent à la cité d'Amiens.

On sait comment fut achevée en dix ans la conquête de la Gaule parles Romains. Le pays resta tellement soumis et pacifié, qu'un

I. Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état, 1 1, de la page I i la page 25.

S. L'ancien nom du jleuve, Samarut ou SamarOf s'est changé , yen le ti* siècle, en celui de Sumina ou Somena^ plus tard , par contraction, Sumna ou Somma, d'o% Tient le nom actuel Somme. Voyez Hadriaol Valesii NoUt. Galliar., p. 15 et 539.

deini-siècle à peine après la mort de César, Tempereur Auguste put le comprendre dans ses divisions adiùinistratives. Ce fut alors que les Ambiani et leur capitale furent rangés dans la province qui porta le nom de seconde Belgique. Dès lors Samarobriva demeura soumise au système d'administration et aux lois qui régissaient d'une manière uniforme lés diverses parties de FEmpire. Placée sous la dépendance et la juridiction d'un fonctionnaire impérial^ elle avait cependant une assez large part d'action dans les affaires de son propre gouvernement, et, comme toutes les villes où (ai importé le régime municipal romain, elle possédait un corps de magistrature et d'administration urbaine, une Curie chargée du scinde la police et des affaires locales, et investie, dans certains cas prévus et déterminés par l'autorité souveraine, du droit de justice et de l'application des lois.

Samarobriva Ambianorum , comme on disait en joignant au nom propre de la ville celui du peuple dont elle était Tancien chef-lieu , atteignit, sous la domination romaine, un haut degré de prospérité; elle s'accrut alors et s'embellit de telle sorte, que déjà, vers la fin du IV* siècle de notre ère, l'historien Ammien Marcellin l'appelait une ville éminente entre les autres villes*. Située sur Tune des grandes voies romaines qui traversaient la Gaule dans toute sa longueur, elle était en outre, comme semble l'indiquer Tltinéraire d'Antonin, le point de jonction de plusieurs routes d'une importance secondaire qui menaient à Beauvais, à Noyon , à Soissons et à d'autres villes avoisinantes ^« Elle devait sans doute à cette position favorable au commerce une part de son importance. Depuis le^ règne d'Auguste jusqu'à la chute de l'empîre, elle vit s'élever dans son enceinte de nombreux éditices; elle avait un palais où résidait le magistrat impérial, un amphithéâtre, des temples et une grande

4. Amblanl urbs, fnter allas emineDS. (Ammianl Marcell. iib. xt, apud Script, rer. Sallic. et francic, 1 1, p. tU6. )

a. Voy. Uioerarium Autonini AugusU, apnd Script rer. gallfc. et francie. , t ^ p. 406 et 401.

Digiti

manufacture d'armes*. On sait par la statistique officielle qui fut dressée vers Tan 437, que les empereurs avaient établi dans la Gaule huit ateliers où Ton fabriquait des armes de toute espèce, et que Tatelier d'Amiens devait fournir aux soldats romains des épées et des boucliers*. Le nom de Samarobriva cessa d'être en usag»» dans les bas temps de TEmpire, et celui iHAmbiani resta seul pour désigner la ville; plus tard il fut remplacé, à tous les cas, par le barbarisme Ambianus^ qui, contracté et adouci dans la langue romane, a produit le nom moderne d'Amiens'.

L'établissement du christianisme et d'un siège épiscopal à Amiens date de la fin du m* siècle de notre ère. Ce fut entre les années ^60 et 303 que Firminus^ saint Firmin, originaire de Pampelune, enseigna dans la ville la nouvelle foi religieuse et y souffrit le martyre *. Il est inscrit le premier par TÉglise sur la liste des évéques d'Amiens. On voit par cette date qu'au temps même où saint Futnin fut condamné au dernier supplice , en vertu des lois impériales, le christianisme était sur le point de triompher et de devenir la religion de l'Emptre.

En Tannée 406, où les Alains, les Suèves, les Vandales et les Bui^ondes, forçant la limite du Rhin, envahirent la Gaule et la parcoururent du nord au sud, la ville d'Amiens eut sa part des misères qui vinrent fondre sur le pays, et ne put échapper aux dévastations des Barbares. Elle est comprise par saint Jérôme aa nombre des cités qui eurent à subir les désastres de cette grande invasion'. Toutefois, il parait qu'elle répara {H*omptement ses pertes, car, vers 437, conmie l'indique la Notice de l'empire ^ elle

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