François, duc d'Anjou
héritier de la couronne *. Ce fut le signal d'une crise violente pour les partis et pour la royauté. Bien que douteuse parce que le roi était encore jeune , la perspective d'un successeur huguenot fit courir un frisson d'efiroi parmi les masses catholiques. Il ne s*agissait plus, disait-on avec une terreur sincère ou affectée, de savoir quelle mesure de tolérance serait faite à la nouvelle religion , mais si on ne la verrait pas s'asseoir sur le trône, et , devenue religion de TËtat, s'armer de la toute-puissance royale contre l'ancienne foi du pays. La Ligue, dont les progrès avaient été bornés jusque-là, en fit tout à coup d'immenses; elle pénétra cette fois daus les hautes classes de la bourgeoisie qu'elle parut embrasser tout entière.
Ici se développent dans toute leur grandeur les. projets ambitieux de Henri de Lorraine duc de Guise, d'une famille qui avait lié sa fortune et donné un martyr à la cause du parti catholique ^. Il était Tâme de la Ligue, le chef élu et servi par elle, celui dont elle voulait faire le rival d'abord, ensuite le maître du roi. Joignant l'habileté à Taudace , il savait se faire craindre sans jamais se trahir, et s'élevait à une immense popularité, tandis que la faiblesse et les débauches de Henri III rendaient ce prince pusillanime de plus eu plus impopulaire. Les doctrines républicaines, que l'indignation produite par l'attentat de Charles IX avait suscitées et propagées dans le parti calviniste , passaient alors dans les rangs opposés par Teffet du mépris où tombait la royauté présente et des appréhensions qu'inspirait la royauté à venir. On invoquait la souveraineté du peuple et le droit d*élection nationale comme sauvegardes de la foi orthodoxe contre de prétendues connivences avec l'hérésie et contre l'avénement d'un roi hérétique.
Ce fut cette crise d'opinion , où le zèle pour l'ancien dogme s'imprégnait de passions démocratiques, qui ouvrit la route et marqua
I. Lei Bourbons étalent Imus de Louis IX, par Bobert, comle de Qermont, son dernier flis.
S. François, duc de Guise, père de Henri, tué en 4663 par un geiiUiiiomme huguenot
le but à l'ambition des Guises ^ Ils visèrent à la couronne , en s'appuyant de titres faux qui lés rattachaient à la seconde race , et en prenant un point d'appui plus effectif dans le patronage>des droits que le progrès social avait mis, depuis trois siècles ^ en litige avec la royauté, ils eurent des promesses de restauration pour tous les privilèges, ceux du clergé , ceux de la noblesse , ceux des provinces et ceux des villes. Les villes de liberté municipale , qui se sentaient tomber, non sans regrets, sous le niveau de l'administration, saisirent avidement Tespérance de regagner leurs franchises perdues, et de rétablir leurs constitutions mutilées. Elles s'enrôlèrent à l'envi dans la Ligue, dont leurs milices composèrent la principale force, et Paris fut à la tète de ce mouvement. Comme au temps d'Etienne Marcel, on vit se former une association de corps municipaux sous rinfluence et la direction de la démocratie parisienne ; mais c'était dans un esprit de secte et de division, et non pour le grand intérêt national; c'était pour l'extermination d'une partie des Français, et non pour le salut de tous. En cas de victoire , le résultat de Tinsuiv rection bourgeoise et populaire devait être une sorte d'assurance mutuelle entre le clergé , la noblesse et les conununes contre l'action du pouvoir royal et le progrès vers Tunité , un régime d'intérêts spéciaux et de morcellement administratif, sous la haute protection de l'Espagne, puissance ennemie de la grandeur et de Tindépeudance du royaume '•
I. L(iS principaux membret decetle famille éUieni le ducdeGuiie, b» frères le duc de Uayeiuieetle cardinal de Guise, son Ûls aîné le prince de Joinville, cl ses oncles les dues d'Aumale et d'Elbeuf.
8. Adv(3nant le cas de la mort du roy sans enfants, les caihoUquetf le plus diligemment qu'ils pourront, feront assembler les estais pour parvenir à l'esIecUon d'un roy catholique et ordonner les loix du royaume pour remettre toutes choses au court des anciennes loix fondamentales de la Fraooe..... Il een très-uéoeuaire d'adverlir nostre saincl Père le Pape et le roy catholique de toutes nos intentions, afDn de les prévenir, et qu'au besoin Sa Sainclelé nous assiste de sa saincte béuédictiou et le roi catholique de ses forces et moyens pour une si saincte cause qui leur touche de près, voire où ils y ont intérest notable et principale delTense.
Le moyen udvisé et résolu do tenir pour essayer en ce grand désordre qui
DU Ti£HS ÉTAT. 441