CHAPITRE VI
US MXàn GiSfÈ»JM^ DE 15S3; LB Tl^B^ KT^ SOUS I^ WK^ D|S BfKU lY.
SonAiiB : Profcriplioa des calvinistes , remontcsaces courageuses du i)a]y iement. — États généraux de iM8, meurtre des Guises. — Insurrcctiou de Paris, fédération municipale contre la royauté. — Alliance du parti royal et du parti calviniste. — Assassinat de Henri III; Henri de Bourbon reconnu pour roi. — États généraux de la ligue. — Henri IV dans Paris; son caractère. —Sa politiipie intérieure et extérieure. — État des classes rotnrières à la fin du xvi« siècle.
E l'état de société secrète pour la défense du catholicisme la Ligue avait passé à Tétai de parti révolutionnaire préludant^ par la négation des droits de Théritier j^^^^^^^î présomplif du trône , à de futures attaques contre le roi. Sa preoûère démonstration hostile eut lieu en i585. Une armée fut rassemblée, et plusieurs provinces se soulevèrent au nom du cardinal de Bourbon, oncle du roi de Navarre, se disant premier prince du sang parce qu*il était prince catholique S et ayant derrière
de toulei parti la mine finale de noslre religion et do Testât de ce royaume est de mettre un si bon ordre que nous restabllssions ccste monarchie et tous les estais dicelie selon les anciennes fondamentales loix, sans nous despartir de la deoe obeyslance que nous devons au roy, tant qu'il sera catholique ou qu'il ne se déclarera fauteur d'hérétiques :
Premièrement c'est de faire que le plus que l'on pourra de prorinera et de villes de
ce royaume s*uulssent ensemble de force et conseil et moyens ( Instmetions du
eomité parisien de la Ligue, adressées en 45S7 à tous les comités des bonnes villes : Palma Coyel, Chronologie noTennaire, Collecl. Michaud et Poujoulat, in série, t. XII, p.U-38.)
I. La représentation admise en ligne collatérale pour la succession au royaume de France faisait passer le neveu avant l'oncle, quoique celui-ci fût plus proche d'un de^sré.
lui le duc (le Guise, véritable chef de la révolte ^ Heuri 111 était sommé respectueusement, mais sous peine de guerre avec la France orthodoxe, d'accontplir le vœu des états généraux, la réunion de tous ses sujets au culte catholique romain. 11 céda, et le traité conclu avec les révoltés fut accompagné d'un édit qui révoquait tous les édits de pacification accordés jusque-là aux calvinistes^. L'exercice de tout autre culte que la religion catholique était défendu sous peine de mort. Les ministres devaient sortir du royaume dans le délai d'un mois^ et les autres protestants dans le délai de six mois, sous la même peine. Cette proscription fut encore aggravée, et un nouvel édit, imposé par le parti ligueur, réduisit de six mois à quinze jours le délai assigné aux religionnaires pour abjurer ou quitter la France'. Tous les biens des réfractaires et de quiconque les assisterait directement ou indirectement devaient êti'e saisis et appliqués aux frais de la guerre que le roi allait reconunencer avec toutes ses forces unies aux forces de la Ligue.
Ainsi s'ouvrit la plus longue et la plus sanglante des guerres civiles du siècle, celle dont Henri IV porta le poids pendant dix ans avec une constance héroïque. Elle fut inaugurée en quelque sorte par une bulle d'excommunication qui le déclarait déchu de tout droit à la couronne de France, et qui annulait à son égard, pour le présent et pour l'avenir, tout devoir et tout serment de fidélité *. A la question
4. Voy. le manifeste ioUtuIé : Déclaration des causes qui ont inû momieur le cardinal de Bourbon, et les pairs, princes, seigneurs, villes et communautés catholiques de ce royaume, de s'opposer à ceux qui par tous moyens s'efforcent de subvenir la religion catholique et l'État, Mémoires de lu Ligue, t. I, p. 56 et suiv. — Les provinces et villes soulevées étalent la Champagne, la Picardie, la Normandie, la Bretagne et la Bourgogne, Bheims, Châlons, Soissons, Péronne, Amiens, Abbeville, Mézières, Tout, Verdun, Rouen, Caen, D^on, Màcon, Auxonne, Orléans, Bourges, Angera et Lyon.
fl. Édit de Juillet 1585. Bec. des anciennes lois françaises^ t. XIV, p. 595.— Némoires de la Ligue, t. I«p. 478.
8. DéclaraUon du 16 octobre 4585. Mémoires de la Ligue, 1. 1, p. 237.
4. La sentence fulminée par Sixte V frappait également le prince do Condé, hérétique, flls d'un héréliquu, convcrU au catholicisme, puis retourné à sa religion comme le roi de Navarre. — Itaque, lu prœcelso hoc solio, et in pleniludine polestaUs quam ipse Rcx rrgum et Dominus dominauUum licet nobis indiguis tribuit, pronuu-
de tolérance d*an nouveau culte se mêlait , dans ce débat à main année^ la question de suprématie temporelle du pape sur le royaume; une même attaque était dirigée contre ie principe humain de la liberté de conscience et contre le principe national de Tindépendance de la couronne , et la majorité des Français , par haine de Fun , semblait prête à sacrifier l'autre.
Mais, dans cet égarement général, il restait encore des yeux pour Toir à quel abîme on marchait, et des consciences pour le dire. Ce fut des sommités du tiers état, de la haute magistrature, que vint, comme un cri d'alarme, la protestation du bon sens et du patriotisme. Le 18 juillet 1585, lorsque Henri m alla en personne au parlement pour y faire lire et publier son premier édit de proscription, la cour n'inscrivit Tacte sur ses registres qu'après de vives remontrances; trois mois plus tard, quand vint le second édit, et qu'avec sa promulgation fut requis, par une insigne lâcheté du roi, Fenregistrement de la bulle qui déclarait déchu de ses droits l'héritier légitime du tr^ne, il y eut de nouvelles remontrances plus pressantes et plus énergiques. « Sire, » disait la cour suprême dans un langage digne du chancelier de l'Hôpital , « le crime que vous avez voulu châtier « est attaché aux consciences, lesquelles sont exemptes de la puis- € sance du fer et du feu.... Quand tout le parti des huguenots serait c réduit à une seule personne, il n'y aurait nul de nous qui osât con- « dure à la mort contre elle , n son procès ne lui était solennelle- € ment fait, et si elle n'était dûment atteinte et convaincue de crime
tiamus et declaramus Henrieum quondam regem et Henricum Condensem supradictoB faîBBe et eue hsreUcos, in hsreses relapsos et impœnitentes, hœrellcorum quoque doces, fautorea et defensores manifestes, publiées et notorios. Bloque Issse maJestaUs divins reoa..... et speclaliter eosdem fuisse et esse ipso jura privâtes, Henricum quondam regem , Tidelicet pnetenso Navarrœ regno iUiusque parte quam adhue obtinnit, nec non Beami ; alterum vero Henricum Gondensi, et utrumque eorumque posteroB, omnibus et quibuscumque aliis principatibus, ducaUbus, dominiis, civit»tibtts et locis, feudisque et l)onis eUam emphyteuticis..... ac pariter eos ipso Jure priTatos et incapaces ac inbabiles ad succedendum in quibuscumque ducatibus, priadpatibua, dominiia et regnis, ac specialiter in regno Francise. (SixU V deelanUo, eto,, GoldaiU MonarcMa saneti romani impirii^ t. III, p. 1S5. )
414 ESSAI SUR L'HISTOIRB
c capital et énonne. Qui sera-ce donc qui, sans fimne de justioe a aucune^ osera dépeupler tant de villes , détruire tant de provinces, « et convertir tout ce royaume en un tombeau? Qui osera pronona cer le mot pour exposer tant de millions d'hommes, fenuneset « enfants, à la mort^ sans cause ni raison apparente, vu qu'on ne a leur impute aucun crime que d'hérésie , hérésie encore inconnue « ou pour le moins indécise , hérésie qu'ils ont soutenue contre les c plus fameux théologiens de votre royaume, en laquelle ils sont a nés et nourris depuis trente ans par la permission de Votre Majesté a et du feu roi votre frère^... »
Quant à la bulle du pape, à cette sentence de mort civile prononcée par le Saint-Siège au nom de son droit divin de juridiction sur tous les princes', le parlement la signalait avec indignation comme un attentat contre la souveraineté du roi et Tindépendance du royaume. Il rappelait au faible Henri m l'exemple de sesdevanciers et la tradition de ceux qui avaient en garde le dép6t des lois du pays. « Nous ne trouvons point, disait-il , par nos registres ni par toute a l'antiquité, que les princes de France aient jamais été sujets à la « justice du pape, ni que les sujets aient pris connaissance de la a religion de leurs princes'.» N*osant porter au roi le reproche de lâcheté, il se l'adressait à lui-même pour sa connivence avec l'erreur de ceux qui s'étaient flattés d'amener les protestants à