BdaUon de Florlmond Bapine, p. 4W
a coffres seize cent mille livres que vos officiers vous payent tous les « ans , et Ton ne parle point que vous supprimiez l'excès des pen- « sionS; qui sont tellement effrénées^ qu'il y a de grands et puissants a royaumes qui n'ont pas tant de revenu que celui que vous donnez
a à vos sujets pour acheter leur fidélité Quelle pitié qu'il faille
a que Votre Majesté fournisse, par chacun an, cinq millions six a cent soixante mille livres à quoi se monte Tétat des pensions qui a sortent de vos coffres! Si cette sonmie étoit employée au soulagea ment de vos peuples, n'auroient-ils pas de quoi bénir vos royales a vertus ? Et, cependant, l'on ne parle rien moins que de cçla. Ton a en remet la modération aux cahiers, et veutron à présent que <i Votre Majesté surseoye les quittances de la paulette. Le tiers état c( accorde Tun^ et demande très-instanunent l'autre '. »
Cette harangue fut un nouveau sujet d*irritation pour la noblesse, qui en éprouva un tel dépit, qu'elle résolut de se plaindre au roi. Elle pria le clergé de se joindre à elle; mais celui-ci, se portant médiateur, envoya Fun de ses membres vers rassemblée du tiers état lui exposer les griefs de la noblesse, et l'inviter, pour le bien de la paix^ à faire quelque satisfaction. Quand le député eut parlé, Savaron se leva et dit fièrement : Que ni de fait, ni de volonté, ni de paroles, il n'avait offensé messieurs de la noblesse; que, du reste, avant de servir le roi comme oflicier de justice , il avait porté les armes, de sorte qu'il avait moyen de répondre à tout le monde en Tune et en l'autre profession^. Afin d'éviter une rupture qui eût rendu impossible tout le travail des états, le tiers, acceptant la médiation qui lui était offerte, consentit à faire porter à la noblesse des paroles d'acconunodement ; et, pour que toute cause d'aigreur ou de défiance fût écartée , il choisit un nouvel orateur^ le lieutenant civil de Mesmes De Mesmes eut pour mission de déclarer que ni le tiers état en général, ni aucun de ses membres en
I. Relation de Florimond Rapine, p. 199 et suiv. 9. Relation de Florimond Rapine, p. f07.
DU TIERS ÉTAT. Ul
particulier, n'avait eu envers Tordre de la noblesse aucune intention offensante. II prit un langage à la fois di^e et pacifique; mais le terrain était si brûlant^ qu'au lieu d'apaiser la querelle ; son discours Tenvenima. Il dit que les trois ordres étaient trois frères y enfants de leur mère commune la France; que le clergé était l'aîné, la noblesse le puîné , et le tiers état le cadet ; que le tiers état avait toujours reconnu la noblesse conune élevée detiuelque degré audessus de lui y mais qu'aussi la noblesse devait reconnaître le tiers état comme son frère, et ne pas le mépriser au point de ne le compter pour rien; qu'il se trouvait souvent dans les familles que les aînés ruinaient les maisons, et que les cadets les relevaient ^ Non-seulement ces dernières paroles, mais la comparaison des trois ordres avec trois frères, et Tidée d'une telle parenté entre le tiers état et la noblesse , excitèrent chez celle-ci un orage de mécontentement. L'assemblée , en tumulte, fit des reproches aux députés ecclésiastiques présents à la séance, se plaignant que renvoyé du tiers état , venu sous leur garantie , eût apporté , au lieu de réparations , de nouvelles injures plus graves que les premières. Après de longs débats sur ce qu'il convenait de faire, il fut résolu qu'on irait sur-le-champ porter plainte au roi^.
L'audience demandée ne fut obtenue qu'après deux jours; la noblesse en corps s'y présenta. Sou orateur, le baron de Senecey, termina un exorde verbeux par cette définition du tiers état : «Ordre a composé du peuple des villes et des champs : ces derniers quasy a tous hommagers et justiciables des deux premiers ordi*es; ceux (c des villes , bourgeois, marchands artisans , et quelques officiers ; » et il continua : a Ce sont ceux-ci qui, méconnoissantleur condition, sans Taveu de ceux qu'ils représentent, veulent se comparer à