Bataille de Goulras, le 90 octobre 4S
S. Mostre volonté et intenlion est de'commencer à tenir les estais libres et généraux des troiâ ordres de nostredit royaume, au 15 aoust prochain en nostre ville duBloys, où nous entendons que se trouvent aucun des plus notables personnages de chacune province, bailliage • etséneschaussée pour en pleine assemblée... proposer librement... ce qui sera plus propre et convenable pour du tout esleindre et ubolir les divisions qui sont entre nos subjects, mesmement entre les catholiques, et parvenir à un bon et asseuré repos, avec lequel nostre saincte religion catholique soit si bien restablie, et- toutes hérésies repurgées et extirpées de nostre royaume, que nos subjects n'ayent plus d'occasion d'y craindre changement tant de nostre vivant qu'après nostre décez. (Mandement au prévôt de Paris, dernier mai 1588, Rec. des anciennes lois françaises, t. XIV, p. 614.) - Et premièrement nous jurons et renouvelions le serment par nous faict, en nostre sacre, de vivre et mourir en la religion catholique, apostolique U. 45
se réservant le dernier recours des lâches , la trahison et Fassassinat. Tels sont les éléments dont se composa Tun des plus grands drames de notre histoire ^ celui qui rend célèbre Tannée 1588 , qui s'ouvre à Paris par l'émeute des barricades^ et se dénoue aux seconds états de Blois par le meurtre du duc et du cardinal de Guise.
La convocation des états généraux de 1588 fîit un acte du roi contre lui-même. Cette assemblée, venue à la suite d'une émeute victorieuse, et représentant, non la France entière, mais la France exclusivement
et romaine, promouvoir radvancement et conBervation dieelle, em« ployer de bonne foy toutes nos forces et moyens, sans espargner nostre propre vie, pour extirper de nostre royaume, pays et terres de nostre obéyssanee, tous schismes et hérésies condamnées par les saincts conciles et principalement par celuy de Trente, sans faire jamais ^aucune paix ou trefve avec les hérétiques, ny aucun édici en leur faveur.
Art. s. Voulons et ordonnons que tous nos subjectSj princes, seigneurs, tant ecclésiastiques, gentilshommes, habitans des villes et - plat pays, qu'autres, de quelque qualité et condition qu'ils soyent, s'unissent et joignent en eeste cause aveenous, et facent pareil serment d'employer avec nous toutes leurs forces et moyens jusques à leurs propres vies, pour l'extermination desdicts hérétiques.
Art. 3. Jurons aussi et promettons de ne les favoriser ny advancer de nostre vivant; ordonnons et voulons que tous nos subjectsunis jurent et promettent dès à présent et pour jamais, après qu'il aura pieu à Dieu disposer de nostre vie sans nous donner des. enfants , de ne recepvoir à estre roy, prester obéyssanee à prince quelconque qui soit hérétique ou fauteur d'hérésie. (Édit. de renouvellement de ranion du roi avec les princes et seigneurs catholiques du royaume. juillet 1588, ihiâ,, p. GI60
catholique y eut pour mission et pour but de fonder la prédominance des états sur le pouvoir royal*. D y a deux parts dans son histoire, l'une qui précède, l'autre qui suit l'assassinat des Guises et Tarrestation de plusieturs députés des trois ordres *. Dans la première de ces deux époques^ les états, ayant le tiers à leur tête , soutiennent contre le roi une lutte de principes sur la question de la souveraineté; ils déclarent qu'ils veulent procéder par résolution et non par supplication; ils attribuent aux seuls édits faits avec leur concours le titre de lois fondamentales. Malgré la retenue de leurs paroles et leur apparente soumission à l'ancien ordre monarchique, ils menacent la royauté d'en constituer un tout nouveau , de la mettre en tutelle permanente sous la représentation nationale , et de déléguer pour
I. G^eêt le 19 mai qu'eut lieu le soulèvement nommé Journée deê bameadesi l'ordonnance de convocation des états Ait rendue le der* nier jour du même mois. — Lettres furent de toutes parts expédiées par les provinces à ce que chacun s'avançât d'y envoyer ses députés, pourvu qu'ils fussent catlioliques romains; car autrement 11 n'étoit permis à aucun de la religion, ou soupçonné de favoriser ceux de la religion de s'y trouver. (Des étals généraux, etc., t. XIV, p. 875.) — L'assemblée s'ouvrit le 16 octobre i on y comptait 50S députés, savoir i 134 du clergé, 480 de la noblesse, et 191 du tiers état. * Voyez les noms de ces derniers, ci-après, Appendice II.
9. La Chapelle-Marteau, président du tiers état; Compans et de Neuilli, députés de Paris; Leroi, député d'Amiens; le comte de Brissac, président de la noblesse, et le sieur de Bois-Dauphin. Quatre députés du tiers état et trois du clergé, qui étaient sur la liste, 8'échappèrent C93 décembre].
ra ESSAI SUR l'histoire
le présent cette tutelle au chef de la Ligue. La seconde époque ^ où rassemblée se débat entre la crainte et la colère, ne présente, au lieu de cette hostilité agressive, qu'une opposition d'inertie sous laquelle couvq, dans le cœur de chacun, l'impatience d'être congédié pour se rendre sur un terrain propice à la rébellion ouverte*.
Ce fut le tiers état qui joua ici le premier rôle; il était la puissance du jour ; il prit Tinitiative des propositions hardies envers la royauté , ou violentes contre les huguenots. Son cahier renferme les demandes suivantes: que les ordonnances faites à la requête des états soient déclarées immuables , et n'aient pas besoin d'être vérifiées en cour de parlement; que pour tout autre édit, les cours souveraines aient toute liberté de remontrances, et ne soient jamais forcées d'enregistrer *; que les parlements ne puissent vérifier aucun édit , sans qu'auparavant il ait été communiqué aux procureurs-syndics des états, dans les pays d'états, et que toutes les provinces du royaume puissent élire à cet effet des prociïreurs-syndics; qu'il n'y ait plus de levées d'argent, pour quelque cause et sous quelque forme que ce soit.
i. Voy. le Journal d'EUenne Bernard, député du tien état de Bourgogne. Des états généraux, etc., t. XIV, p. 440 et auiy. —La séanee de clôture des états eut lieu Ie46janyier4589.
3. Cahier général du tiers état Os»S}» Recueil des cahier» généraux des trois ordres, t. ni, p. 186.
sans le consentement des états généraux * ; que les hérétiques soient punis selon les ordonnances de François P' et de Henri n , et que des mesures rigoureuses soient prises contre les fauteurs d'hérésie; que le roi de Navarre soit déclaré incapable de succéder à la couronne y et que tous ses biens soient confisqués ^.
Parmi les demandes qui ne tenaient rien des passions du moment^ on peut noter celles-ci, renouvelées pour la plupart du cahier de 1576 et de celui de 1560 : le rétablissement des élections ecclésiastiques, malgré le concordat de François P', le maintien scrupuleux de l'élection pour les emplois de judicature, la poursuite d'office contre les seigneurs coupables d'exactions sur les habitants de leurs domaines^ la restitution du droit de justice civile aux corps municipaux, l'égalité des poids et mesures'. En général , les propositions du tiers état se distinguent moins fortement qu'autrefois de celles des deux autres ordres; on voit qu'il y a, sur beaucoup de points, parité de sentiments et d'idées. De