‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi de deux fragments duChapitre 25 sur 64 · CHAPITRE Yll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yll

LES ÉTATS GiXEftAUX B£ 1614.

Sommaire : Hérédité 4es offices. — EDe est un moyen de force pour le tiers état. — États géiiérau]| ^e t6U. — Ombrages mutuels et dissensions des ordres. — La noblesse et le clergé unis contre le tiers état. — Discours de Savaron et de de Mesmes , orateurs du tiers. — Discours du baron de Senecey, orateur de la noblesse. — Proposition du tiers état sur Tindépendance de la couronne. — Demandes qu'il exprime dans son cahier. — Gabier de la noblesse. — Rivalité bâilleuse des deux ordres. —Clôture des états.

Parmi les mesures fiscales qu'une impérieuse nécessité suggéra au gouvernement de Henri IV, il en est une qui eut pour le présent et dans la suite de graves conséquences; c'est le droit annuel mis sur tous les offices de judicature et de finance, et vulgairement nommé la paulette^. Au moyen de cet impôt, les magistrats des cours souveraines et les officiers royaux de tout grade obtinrent la jouissance de leurs charges en propriété héréditaire. Le premier résultat de cette innovation fut

4. Du nom du traitant Paulet, qui en prit la ferme; ce droit était d'un Boixanlième de la finance à laquelle on évaluait l'office. Voyea plus haut, chap. vi, p. ^89. note 4.

cTéleVer à des taux inconnus jusqu'alors la valeur vénald (tes offices; le second fut d'attirer sur les fonctionnaire^ civils un nouveau degi^é de considération ^ celui qui ë'at^ tache aux avantagea de l'hâréidtité. Moins de dix ans a][)rës9 on voyait des passions et des intérêts de classes soulevés et mis aux prises par les eJSfets de cé simple expédient financier. Le haut prix des chargés eu écàtv tdit la noblesse , dont une partie était pauvre ^ et dont raîitre était grevée de substitutions , et cela arrivait au moment même où , plus éclairés ^ les nobles compre^ nàient la faute que leurs aïeux avaient faite en s'éloi^ gnant des offices par aversion pour l'étude , et eu les abandonnant au tiers état. De là, entre les deux ordres^ de nouvelles causés d'ombrage et de rivalité/ TUU s'irritant de voir l'autre grandir d'une façon imprévue dans des positions qu'il regrettait d'avoir autrefois dédai-^ gnées; celui-ci commençant à puiser^ dans le droit héréditaire qui élevait des familles de robe à c6té des fàmilles d'épée, l'esprit d'indépendance et de fierté, la haute opinion de soi-même > qui étaient auparavant le propre des gentilshommes.

Quelque remarquable qu'eût été dans le cours du xn* siècle le progrès des claà§<8& bourgeoises, il avait pu s'opérer sans querelle d'amour-propre ou d'intérêt entre la noblesse et là rottlre; te grande lutte réllgieuèe dominait et atténuait toutes les rivalités sociales. Aucun procédé malveillant des deux ordres l'un envers

l'autre ne parut aux états généraux de i 576 et de 1588. Hais après l'apaisement des passions soulevées par la dualité de croyance et de culte, d'autres passions assoupies au fond des cœurs se réveillèrent; et ainsi, par la force des choses, le premier quart du xvn* siècle se trouva marqué pour recueillir et mettre au jour, avec les griefs récents^ toute Tantipathie amassée de longue main entre le second ordre et le troisième. Cette collision éclata en 1614, au sein des états convoqués, à la majorité de Louis XIII, pour chercher un remède à ce qu'avaient produit de dilapidations et d'anarchie les quatre ans de régence écoulés depuis le dernier règne*.

Ce fut le 14 octobre que rassemblée se réunit en trois chambres distinctes au couvent des Àugustins de Paris; elle comptait quatre cent soixante-quatre députés, dont cent quarante du clergé ^ cent trente-deux de la noblesse , et cent quatre-vingt-diHize du tiers état. Parmi ces derniers, les membres du corps judiciaire et les autres officiers royaux dominaient par le nombre et par rinfluence*. Dès la séance d'ouverture , on put voir entre les deux ordres laïques des signes de jalousie et d'hostilité; le tiers état s'émut pour la première fois des

1. Voy. le Bapport de mon frère Amédée Thierry sur le coneonn du prix d'histoire, décerné en 1844 par TAcadémie des sciencee morales et politiques, Mém. do TAcad., t. V, p. 816.

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